Parla a Achaz par I'organe du prophete
1 1. Un signe miraculeux de la prochaine delivrance de Juda. Comp. Jug. vi, 37 sv. Is. xxxviii, 7 sv.
12. Achaz simule le respecfl de la loi {Deut. vi, 16) pour couvrir sa mauvaise volonte et son incredulite. Au fond, il n'a pas confiance dans le secours divin, et il ne veut
pas renoncer au secours de Phomme; car il a deja pris le parti de recourir a I'assistance du roi d'Assyrie.
13. Maison de David : Achaz en etait le representant. — Celle de Dieu, la patience de Dieu, plus difficile pourtant a lasser que celle de I'homme.
14-25. Suite des pensees : vous refusez le signe de salut que Dieu vous ofifre; Dieu va vous en donner un plus grand et plus merveilleux, choisi par lui-meme (14); mais le salut qu'il annonce n'empechera pas votre perte : vos ennemis acfluels seront bientot detruits, mais les Assyriens qui vous ddlivreront d'eux deviendront les executeurs de mon jugement contre votre incredulite (17-20). Tableau de la desolation produite par rinvasion assyrienne (21-25).
14. La Vierge, hdbr. hcfalmdh (LXX, TCapfis'vo?, virgo) : ce mot, sans etre absolument synonyme de bethoulah, qui exprime la notion propre de virginite {Gen. xxiv, 16), ne se dit jamais que d'une jeune fille non mariee, supposee vierge (Gen. xxiv, 13; Exod. ii, 8; Ps. Ixviii, 26; Ca7tt. i, 3; vi, 8; Prov. xxx, 19). — Elk lui donne le nam : c'etait souvent la mere qui donnait a I'enfant son nom {Gen. xxix, 32; I Sam. i, 20, al.). — Emmatiuel, c.-a-d. Dieu avec nous.
S. Matthieu (I, 23) et a sa suite toute la tradition catholique entendent par la Vierge la vierge par excellence, la Vierge Marie, et par Emmanuel le Verbe incarne, le Fils de
ISAIE. Chap. VII, 15—25.
nuel. 15 II mangera de la creme et du micl jusqu'a ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien ; ^^car avant que I'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont les deux rois t'epouvantent sera devaste. ^7jehovah fera venir sur toi et sur ton peuple, et sur la maison de ton pere, des jours tels qu'il n'}^ en a pas eu de semblables depuis le jour qu'Ephraim s'est separe de Juda, — le roi d'Assyrie. ^^ En ce jour-la, Jehovah sifflera les mouches des extremites des fleuves d'P2gypte, et les abeilles du pays d'Assyrie. i9Elles viendront toutes et se poseront dans les vallees escarpees et dans les fentes des rochers, sur tous les buissons et sur tous les patu-
rages. 20 En ce jour-Ia, le Seigneur rasera avec un rasoir qu'il aura loue au-dela du fleuve, avec le roi d'Assyrie, la tete et le poil des pieds, et il enlevera aussi la barbe. ^lEn ce jourla, un homme nourrira une vachc et deux brebis, ^^et a cause de I'abondance du lait, on ne mangera plus que de la creme ; car la creme et le miel seront Faliment de tous ceux qui seront restes dans le pays. 23 En ce jour-la, tout endroit ou il y avait mille ceps de vigne, valant mille pieces d'argent, sera convert de ronces et d'epines. 24 On y entrera avec des fleches et avec I'arc, car tout le pays ne sera que ronces et epines.
25 Et tu n'iras plus sur toutes les
Dieu fait homme, veritablement Di'eti a7/ec nous, i'^' Le contexte du chap, vii conduit a I cette interpretation. En effet, le salut dont Dieu donne le signe dans la personne d'Emmanuel ne peut s'apphquer a la prochaine defaite des deux rois ennemis, annoncee vers. 15 et 16. Cette delivrance, r€sultat de I'alliance impie d'Achaz avec I'Assyrien, cause et prelude de la ruine de Juda, n'est pas un veritable salut, et c'est a un salut reel, complet, conforme k la pens^e de Dieu, que doit s'appliquer le signe divin d'Emmanuel. Apres le refus d'Achaz, ce salut dans le present n'etait plus possible; I'avenir seul restait, comme I safe lui-meme le laissera clairement entendre plus loin (viii, 17). 20 La comparaison du chap, vii avec les chap, viii, ix, xi, elroitement lies ensemble, et avec Mich^e (v, 2, 3), contemporain d'Isaie, montre jusqu'a I'dvidence que, dans la pensee du prophete, Emmanuel n'est autre que le Messie. En effet, d'apres VII, son avenement est un signe, un fait prodigieux; d'apres VIII, le pays de Juda lui appartient (vers. 8); c'est lui qui doit faire dchouer les desseins des ennemis du peuple de Dieu (vers. 10); d'apres IX, 1-6, le fits qui est ne est le " Dieu fort," etc. : le prophete lui donne tous les attributs de la divinite; enfin nous le retrouvons au chap. XI comme le rejeton d'Isai (le pere de David), c.-a-d. comm.e le Messie, regnant sur toute la terra.
15-16. Manger de la crime (ou du bciirrc) et du miel, dit Le Hir, est I'indice, non d'un temps d'abondance, mais d'une epoque de devastation ou la terre n'est plus cultivee, ou il n'y a pas de r^coltes, ou Ton n'a plus pour se nourrir que les produits spontanes du sol; il s'agit de la devastation de Juda par les armees de Syrie et d'Ephra'im. C'est
dans ces circonstances que grandira Emmanuel, et cette desolation durera jusqu'a ce qu'il soit en dtat de discerner le bien et le mal (selon les apparences exterieures :
comp. Luc, ii, 52). Avant meme qu'il soit arrive a cet age, le pays des deux ennemis, Rasin et Phacee, sera ravage k son tour par les Assyriens, et la devastation de Juda prendra fin, mais pour un temps seulement, car il sera bientot apres envahi et devaste par les successeurs de Theglath-Phalasar. C'est cette nouvelle phase qui est decrite dans les vers. 17-25.
A I'interpretation qui precede des vers. 14-16, on a fait une objection : comment un dvenement si lointain que la naissance du Messie pouvait-il etre pour Achaz le signe de la delivrance prochaine? — Cette difficulte vraiment serieuse a ete resolue de diverses manieres par les interpretes catholiques; il nous semble qu'on peut y repondre ainsi : comme nous I'avons deja fait observer, ce n'est a proprement parler ni pour convaincre I'impie Achaz, ni comme garantie de la prochaine delivrance de Juda. Le refus du roi et son incredulity ont excite dans I'ame d'Isaie une indignation profonde; sous cette impression, le sens proph^tique s'eleve en lui il la plus haute puissance. Achaz ne veut pas de la delivrance qui lui est ofterte; aussitot un salut plus grand et plus complet, le veritable salut d'Israifl, le salut par le Messie, apparait k I'intuition du prophete. Cet dvenement encore si eloign^, mais si certain et si nccessaire, qu'il est la garantie des promesses et des esptf ranees d' Israel, Isaie le contemple en esprit comme dejk present; il voit naitre et grandir Emmanuel au milieu de son peuple et partager son sort; les traits de la situation acfluelle du pays viennent ainsi se meler au tableau
PROPHETIA ISAI^. Cap. VII, 15—25.
15. Butyrum et mel comedet, ut sciat reprobare malum, et eligere bonum. 16. Quia antequam sciat puer reprobare malum, et eligere bonum, derelinquetur terra, quam tu detestaris a facie duorum regum suorum. 17. Adducet Dominus super te, et super populum tuum, et super domum patris tui dies, qui non venerunt a diebus separationis Ephraim a Juda cum rege Assyriorum. 18. Et erit in die ilia : Sibilabit Dominus muscas, quae est in extremo fluminum iEgypti,etapi,quae est in terra Assur, 19. et venient, et requiescent omnes in torrentibus vallium, et in cavernis petrarum,et in omnibus frutetis, et in universis
foraniinibus. 20. In die ilia radet Dominus in novacula conducta in his, qui trans flumen sunt, in rege Assyriorum, caput et piles pedum, et barbam universam. 21. Et erit in die ilia : Nutriet homo vaccam boum, et duas oves, 22. et prae ubertate lactis comedet butyrum :
butyrum enim et mel manducabit omnis qui relictus fuerit in medio terrae. 2^. Et erit in die ilia : Omnis locus ubi fuerint mille vites, m.ille argenteis, in spinas et in vepres erunt. 24. Cum sagittis et arcu ingredientur illuc : vepres enim et spinae erunt in universa terra.
25. Et omnes montes, qui in sarculo sarrientur, non veniet illuc terror
de sa naissance et se refletent dans la description de sa personne. Emmanuel, I'enfant qui nait d'une vierge a Bethlehem, mais dont " I'origine remonte aux temps anciens, aux jours de I'eternite" {Alic/i.y, 2); "I'Ange de I'alliance" dont le temple de Jerusalem est le temple {Mai. iii, i); Emmanuel, en qui Dieu lui-meme habite, a vu son peuple, partage les miseres passageres de I'invasion syrienne (vers. 15 sv.), comme il assistera, en temoin muet, au d^bordement plus terrible de la devastation assyrienne (viii, 8), comme au desert il ^tait present au milieu de son peuple et le rafraichissait par des eaux miraculeuses (I Cor. 8, 4), comme enfin, apres son apparition terrestre, il continue a partager dans le ciel les souffrances de ses fideles {Ad. ix, 4 sv.). — Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul endroit de I'Ecriture ou un signe est donne qui ne se realisera que dans un avenir plus ou moins eloigne : comp. Exod. iii, 12; I Sam. x, i; II Rois., xix, 20. II est vrai encore quAchaz ne verra pas ce signe : sa desobeissance Pen a rendu indigne; mais la nation le verra dans un temps donne, lorsque le Christ viendra pour la delivrance d'ennemis bien plus redoutables que les Syriens. Enfin c'est parce que la realisation du signe d'Emmanuel ne doit avoir lieu que plus tard, que Dieu en donnera bientot un autre, celui-la prochain et special a la circonstance, dans la naissance d'un fils d'lsaie : voy. viii, 1-4.
17. Le rot d'Assyrie, opposition k ce qui precede : les jours mauvais qui sont annonces seront tels par I'invasion des armees assyriennes.
18. Sijfflera, appellera en sifflant : comp. V, 26. La nation Egyptienne, avec ses foules nombreuses, est comparee a un essaim de
mouches; les Assyriens, plus belliqueux et plus puissants, k un essaim d'abeilles. Chaque image convient d'ailleurs au pays qu'elle carafterise : en Egypte abondent les mouches et les cousins, comme les abeilles en Assyrie. — Les fieuves d^ Egypte^ le Nil et ses bras. Leurs exireinites, du point de vue de la Palestine, sont les parties les plus reculees du pays. — L'invasion des Egyptiens eut lieu sous Nechao (II Rois., xxiii, 29 sv.), celle des Assyriens sous Sennacherib (II Rois, xviii, 13'*^).
L'image se continue dans le verset suivant.
19. Vallees escarpees; Vulg., les torrents des vallees. — Les pdiurages, ou les halliers; Vulg. les trous.
20. Autre image de la terrible devastation de Juda : ce dernier est compare k un homme, et le roi d'Assyrie a un rasoir qui lui coupera tous les cheveux, tous les polls, meme la barbe qui est comme I'honneur d'un Oriental. Sens : PAssyrien ravagerala terre et tous ses produits (vers. 21 sv.). — Le fleiive par excellence pour les Hebreux, I'Euphrate.
21. Plus de grands troupeaux, comme autrefois : ils sont devenus la proie de Tennemi; deux ou trois betes pour avoir du lait.
22. L'abotidance du lait tiendra a deux causes : d'une part, tout le pays, non cultive, devenu un immense paturage; d'autre part, rarete des habitants.
23. Mille pieces d'' argent, ou niille sides, de 3 fr. environ.
24. Avec des fleches : le pays ne sera plus bon qu'a la chasse; les betes feroces en feront leur sejour.
25. Parcraintej la Vulg. traduit par terror et fait de ce nom le sujet de veniet (h. la
ISAIE. Chap. VIII, i — 12.
Ch. VIII.
montagnes que Ton cultivait avec le epines ; elles seront le paturage des sarcloir, par crainte des ronces et des boeufs, et la brebis en foulera le sol.
CHAP. VIII, I — IX, 6. — Emmanuel, liberateur du peuple de Dieu. Signe prophetique de la mine de Damas et de Samarie [vers, i — 4]. Oppression des Assyriens sur Juda [5 — 8]. lis seront vaincus par Emmanuel : que le peuple ait confiance [9 — 17]; ceux qui n'auront pas foi au temoignage divin periront [18 — 22]. Le chatiment accompli, Israel sera delivre par Emmanuel [23 — IX, 6].
^T Jehovah me dit : " Prends une grande tablette, et ecris-y
'^ en caracteres lisibles a tons :
Hatez le pillage! Butinez vite!" ^Et je pris avec moi des temoins dignes de foi, le pretre Urie et Zacharie, fils de Jebarachie. sEt je m'approchai de la prophetesse, et elle concut et enfanta un fils. Et Jehovah me dit :
" Appelle-le Maher-Schalal-Chasch- Baz. 4 Car avant que I'enfant sache crier : Mon pere, ma mere! on portera les richesses de Damas et les depouilles de Samarie devant le roi d'Assyrie."
sjehovah me parle encore en disant : 6" Farce que ce peuple a meprise les eaux de Siloe qui coulent doucement, et qu'il se rejouit au sujet de Rasin et du fils de Romelie, 7a cause de cela, voici que le Seigneur va faire venir sur eux les eaux du
fleuve, fortes et profondes, le roi d'Assyrie et toute sa puissance; il s'elevera partout au-dessus de son lit, et se repandra par-dessus toutes ses rives; ^il penetrera en Juda, il debordera, il inondera, il montera jusqu'au cou, et le deploiement de ses ailes couvrira toute I'etendue de ton pays, 6 Emmanuel.
9Poussez des cris de guerre, peuples, et vous serez defaits! Pretez I'oreille, vous tous qui habitez aux extremites de la terre. Equipez-vous, et vous serez defaits! Equipez-vous, et vous serez defaits! 'oFormez des projets, et ils seront aneantis; donnez des ordres, et ils resteront sans effet, car Dieu est avec nous! "Car ainsi m'a parle Jehovah, quand sa main me saisit et qu'il m'apprit a ne pas suivre la voie de ce peuple, en disant :
12" N'appelez pas conjuration tout ce
2^ pers. en hdbr.), ce qui rend le verset ;i pen pros incomprehensible.
CHAP. VIII
1 . Une grande tablette : on se servait, pour ecrire, de tablettes de bois ou de metal enduites d'une legcre couche de cire, sur lesquelles on tra^ait des lettres avec un poinqon. — En caraderes lisibles a tuns, litt. avec un poini;o?i dUiotntne, c. -a-d. en caracSleres ordinaires, tels qu'on les formait dans I'usage commun, sans abbreviation ni ornementation savante. — Hatez, etc., en hebr. inaher sc/ialal, chasch has : ces paroles visent la devastation prochaine de la Syrie et d'Ephraim par les Assyriens. Le prophete ne le dit pas, I'inscription ne devant servir qu'a constater plus tard que les evenements avaient ete annonces d'avance; voila pourquoi il prend deux temoins qui meritent toute creance.