Pat
36, II. Supra 37, I.
JI^:REMIE. Chap. LII, 3—20.
imitant tout ce qu'avait fait Joakim.
sCela arriva a cause de la colere de Jehovah contre Jerusalem et Juda, jusqu'a ce qu'il les eut rejetes de devant sa face. Et Sedecias se revolta contre le roi de Babylone,
4 La neuvieme annee de son regne, au dixieme mois, le dixieme jour du mois, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint avec toute son armee contre Jerusalem; ils camperent devant elle et construisirent des ouvrages tout autour. sEt la ville resta assiegee jusqu'a la onzieme annee du roi Sedecias. ^Au quatrieme mois, le neuvieme jour du mois, la famine regnait dans la ville, et le peuple n'avait plus de pain. 7Alors la ville fut forcee et tous les hommes de guerre prirent la fuite ; ils sortirent de la ville pendant la nuit, par la porte entre les deux murs qui est pres du jardin du roi, tandis que les Chaldeens entouraient la ville, et ils prirent le chemin de la plaine. ^Mais des soldats chaldeens poursuivirent le roi; ils atteignirent Sedecias dans les plaines de Jericho,ettoutes ses troupes sedisperserent loin de lui. 9 On s'empara du roi, et on I'amena au roi de Bab\'lone, a Rebla, dans le pays de Hamath, et il lui prononca sa sentence.
10 Le roi de Babylone fit egorger les fils de Sedecias sous les yeux de leur pere ; il fit aussi egorger tous les chefs de Juda a Rebla. "Puis il fit crever les yeux a Sedecias et le fit Her d'une double chaine d'airain; et le roi de Babylone I'emmena a Babylone et le tint en prison jusqu'au jour de sa mort.
i^Au cinquieme mois, le dixieme
jour du mois, — c etait la dix-neuviemc annee du regne de Nabuchodonosor, roi de Babylone, — Nabuzardan, capitaine des gardes, qui etait ministre du roi de Babylone, vint a Jerusalem; ^Set il brula la maison de Jehovah, la maison du roi et toutes les maisons de Jerusalem; il livra au feu toutes les maisons des grands.
'4 Et toutes les troupes chaldeennes qui accompagnaient le capitaine des gardes demolirent les murailles de Jerusalem tout a I'entour.
^sNabuzardan, capitaine des gardes emmena captifs une partie des plus pauvres du peuple, avec le reste des gens qui etaient demeures dans la ville et les deserteurs qui avaient passe au roi de Babylone et ce qui restait d'artisans. ^^Mais Nabuzardan, capitaine des gardes, laissa une partie des pauvres du pays comme vignerons et comme laboureurs.
i7Les Chaldeens briserent les colonnes d'airain qui faisaient partie de la maison de Jehovah, les supports et la mer d'airain qui etaient dans la maison de Jehovah, et ils en emporterent I'airain a Babylone. ^^Us prirent les chaudieres, les pelles, les couteaux, les coupes, les cuillers et tous les ustensiles d'airain employes pour le culte. ^9Le capitaine des gardes prit aussi les bassins, les brasiers, les coupes, les chaudieres, les chandeliers, les cuillers et les urnes, ce qui etait d'or et ce qui etait d'argent.
20 Quant aux deux colonnes, a la mer et aux douze boeufs d'airain qui etaient dessous, et aux supports que le roi Salomon avait faits pour la maison dc Jehovah, on ne pesa pas
2).Cela, la mechancetd de Sedecias. Sens : Dieu, dans sa juste colere contre Jerusalem et Juda, permit le regne de ce mauvais prince, pour amener le royaume a sa ruine.
7-1 1. Comp. xxxix, 2-7. La ville Jut forcee; ou bien, une briche fiit faite h la ville.
12, Le 10' )our, le 7^ d'apres II Rois, xxv, 8 : erreur de copiste dans I'une des deux relations. — Qui etait Jiiinistre, etc.; mieux peutetre : // etait cominissaire du roi de Babylone ix Jerusalem,
13. 11 livra au feu tout particulierement les ?naiso/is des grands.
15. L.es plus pauvres du peuple de Jerusalem, par opposition aux plus pam'res du pays, de la contree (vers. 16). Selon d'autres, une partie des pauvres, des petites gens, en general, fut emmenee en captiviie, une autre partie (vers. 16) laissee dans le pays pour cultiver la lerre. — Ce qui restait d\irtisans, hebr. \xuidn : comp. Prov. viii, 30; ou bien avec la Vulg.,
PROPHETIA JEREMI^. Cap. LII, 3—20.
lum in oculis Domini, juxta omnia quae fecerat Joakim. j. Quoniam furor Domini erat in Jerusalem et in Juda usquequo projiceret eos a facie sua : et recessit Sedecias a rege Babylonis.
25. 4. '' Factum est autem in anno ^^' nono regni ejus, in mense decimo, decima mensis : venit Nabuchodonosor rex Babylonis, ipse, et omnis exercitus ejus adversus Jerusalem, et obsederunt eam, et aedificaverunt contra eam munitiones in circuitu.
5. Et fuit civitas obsessa usque ad undecimum annum regis Sedecias.
6. iMense autem quarto, nona mensis obtinuit fames civitatem : et non erant alimenta populo terrae. 7. Et dirupta est civitas, et omnes viri bellatores ejus fugerunt, exieruntque de civitate nocte per viam portas, quas est inter duos muros, et ducit ad hortum regis (Chaldasis obsidentibus urbem in gyro) etabierunt per viam, quas ducit in eremum.
8. Persecutus est autem Chaldasol^um exercitus regem : et apprehenderunt Sedeciam in deserto, quod est juxta Jericho : et omnis comitatus ejus difFugit ab eo. 9. Cumque que comprehendissent regem, adduxerunt eum ad regem Babylonis in Reblatha, quas est in terra Emath :
et locutus est ad eum judicia. 10. Et jugulavit rex Babylonis filios Sedecias in oculis ejus : sed et omnes principes Juda occidit in Reblatha.
1 1. Et oculos Sedecias eruit, et vinxit eum compedibus,et adduxit eum rex Babylonis in Babylonem : et posuit eum in domo carceris usque ad diem mortis ejus.
12. In mense autem quinto, decima mensis, ipse est annus nonus decimus Nabuchodonosor regis Babylonis: venit Nabuzardan prmceps militias, qui stabat coram rege Babylonis in Jerusalem. 13. Et incendit domum Domini, et domum regis, et omnes domos Jerusalem, et omnem domum magnamigni combussit. 14. Et totum murum Jerusalem per circuitum destruxit cunctus exercitusChaldaeorum,qui erat cum magistro militias.
15. De pauperibus autem populi, et de reliquo vulgo, quod remanserat in civitate, et de perfugis, qui transfugerant ad regem Babylonis, et ceteros de multitudine, transtulit Nabuzardan princeps militias. 16. De pauperibus vero terras reliquit Nabuzardan princeps militias vinitores, et agricolas.
17. Columnasquoque aereas, quas erant in domo Domini, et bases, et mare asneum, quod erat in domo Domini, confregerunt Chaldasi, et tulerunt omne aes eorum in Babylonem. 18. Et lebetes, et creagras, et psalteria, et phialas, et mortariola, et omnia vasa asrea, quae in ministerio fuerant, tulerunt : 19. et hydrias, et thymiamateria, et urceos, et pelves, et candelabra, et mortaria, et cyathos : quotquot aurea, aurea : et quotquot argentea, argentea tulit magister militias :
20. etcolumnasduas,et mareunum, et vitulos duodecim aereos, qui erant sub basibus, quas fecerat rex Salomon in domo Domini : non erat pondus asris omnium horum vaso-
le reste de la multitude, h^br. hainon : comp. xxxix, 9.
17. Les deux colonnes a I'entree du temple (I Rots, vii, 15-22). — Les supports ou bases : voy. I Rois, vii, 27-37. — La met- d^ai- 7'at7j, la grande cuve dans le parvis : voy. I Rois, vii, 23-26.
iZ.Les chaudieres, ou les cendriers. — Les ctcillers, ou les lasses.
19. Chaudieres, ou cendriers. Sur ces ustensiles, voy. I Rois, vii, 40, 45, 50.
20. Qui etaient dessous et aiix supports : les douze boeufs servaient de support a la mer d'airain, mais non pas aux bases, comine le fait entendre la Vulgate, d'apres une legon qui parait fautive. Le roi Achaz avait fait enlever la mer d'airain et briser les panneaux ciseles des bases (I I Rois, xvi, 17). Sans doute Tun de ses successeurs, Ezechias ou Josias, les avait retablis. Ce trait ne se lit pas dans II Rois, xxv, 16.
JER^:MIE. Chap. LII, 21—34.
I'airain de tou.s ces objets. 21 La hauteur de chaque colonne etait de dixhuit coudees, et un cordon de douze coudees en mesurait le tour; elle avait quatre doigt.s d'epais.seur et etait creuse. ^aEHc etait surmontee d'un chapiteau haut decinq coudee.s; tout autour sur les chapiteaux il y avait un treillis et des grenades, le tout d'airain. La seconde colonne etait pareille; elle avait au.ssi de.s grenades. 23 II y avait quatre-vingt-.seize grenades sur les faces, et toutes les grenades autour du treillis etaient au nombre de cent.
24 Le capitainc des gardes prit Saraias, le grand-pretre, Sophonie, le second pretre et les trois gardiens du seuil. 25 Et de la ville il prit un eunuque prepose sur les gens de guerre, sept hommes d'entre ceux qui voyaient la face du roi, lesquels furent trouves dans la ville, le secretaire du chef d'armce charge d'enroler le peuple du pa}'s, et soixante hommes du peuple du pays qui se trouvaient dans la ville. ^^Nabuzardan, capitaine des gardes, les prit et les fit conduire au roi de Bab)'lone a Rebla. 27 Le roi de J^abylone les frappa et les fit mourir a Rcbla, dans
le pays de Hamath. Et Juda fut transporte loin de sa patrie.
^^Voici le nombre des hommes que Nabuchodonosor transporta : la septieme annee, trois mille vingt-trois hommes dc Juda; 29 la dix-huitieme annee de Nabuchodonosor, huit cent trente-deux personnes de la population de Jerusalem ; sola vingt-troisieme annee de Nabuchodonosor, Nabuzardan, capitaine des gardes, deporta encore sept cent quarante-cinq hommes de Juda; en tout quatre mille six cents personnes.
31 La trente-septieme annee de la captivite de Joachin, roi de Juda, au douzieme mois, le vingt-cinquieme jour du mois, Evil-Merodach, roi de Hab)'lone, en I'annee de son avenement, fit grace a Joachin, roi de Juda, ct le fit sortir de prison. 32II lui parla avec bonte et mit son trone au dessus du trone des rois qui etaient avec lui a Bab}^lonc. 33 II lui fit changer ses vetements de prison, et Joachin mangea a sa table toute sa vie; 34et son entreticn, un entretien perpetuel, lui fut accorde par Ic roi dc Bab}'lone, pour chaque jour jusqu'au jour dc sa mort, tons les jours de sa vie.
22 sv. Le narrateurdonneces details pour faiie lemarquer le inerite arlistique des objets brisks par les Chaldeens.
24. .Sa}-ains, probablement I'ancetre d'Esdras {Esdr. vii, i sv.), et dilTerent du Saraias mentionne li, 59. — Gardiendu seni/ : voy. x.xxv, 4.
25. Qui Toyaieti/ la face (ill joi\ ses conseillers intimes, ayant droit d'entrce chez lui. — Peuple (tu pays, sens de la canipagne.
28. Les vers. 28-30 manquent dans le grec. — La sepfiiiiie aniicc : il s'agirait done de la deportation qui eut lieu sous Joachin, et cette annee correspondrait a la huitihnc de II Rois, x\iv, 12 sv. La manit^re de compter differe, soit que le ]:)oint de depart ne soit pas le nieme, soit que Ton ne calcule ici que les annces entieres. Or, dans ce dernier rccit, le nombre de ces premiers deportds s'eleve a environ dix-huit mille.
PROPHETIA JEREMI^. Cap. LII, 21—34.
7, rum. 21. 'De columnis autem, decern et octo cubiti altitudinis erant in columna una : et funiculus duodecim cubitorum circuibat earn :
porro grossitudo ejus, quatuor digitorum, et intrinsecus cava erat, 22. Et capitella super utramque a?rea : altitude capiteili unius quinque cubitorum : et retiacula, et malogranata super coronam in circuitu, omnia asrea. Similiter columnas secundas, et malogranata, 23. Et fuerunt malogranata nonaginta sex dependentia: et omnia malogranata centum, retiaculis circumdabantur.
24. Et tulit magister militias Saraiam sacerdotem primum, et Sophoniam sacerdotem secundum : et tres custodes vestibuli. 25. Et de civitate tulit eunuchum unum, qui erat praspositus super viros bellatores : et septem viros de his, qui videbant faciem regis, qui inventi sunt in civitate : et scribam principem militum, qui probabat tyrones : et sexaginta viros de populo terrae, qui inventi sunt in medio civitatis.
26. Tulit autem eos Nabuzardan magister militiae, et duxit eos ad regem Babylonis in Reblatha. 27. Et percussit eos rex Babylonis, et interfecit eos in Reblatha in terra
Emath : et translatus est Juda de terra sua. *
28. Iste est populuSj'quem transtulit Nabuchodonosor : In anno septimo Judasos tria milliaet viginti tres : 29. in anno octavodecimo Nabuchodonosor de Jerusalem animas octingentas triginta duas :
30. in anno vigesimotertio Nabuchodonosor, transtulit Nabuzardan magister militias animas Judasorum septingentas quadraginta quinque :
omnes ergo animae, quatuor millia sexcentae.
31. Et factum est in trigesimoseptimo anno transmigrationis Joachin regis Juda, duodecimo mense, vigesimaquintamensis,elevavitEvilmerodach rex Babylonis ipso anno regni sui, caput Joachin regis juda, et eduxit eum de domo carceris.
32. Et locutus est cum eo bona, et posuit thronum ejus super thronos regum, qui erant post se in Babylone. 33. Et mutavit vestimenta carceris ejus, et comedebat panem coram eo semper cunctis diebus vitas suae : 34. et cibaria ejus, cibaria perpetua dabantur ei a rege Babylonis, statuta per singulos dies, usque ad diem mortis suae cundlis
diebus vitas ejus. "^ '^4 Reg. 25,
Comment concilier ces donnees divergentes? Des chiffres ont pii etre inexadlement transcrits ; ainsi, au lieu de la z*" an/u'e, il nous parait vraisemblable qu'on doit lire la /7'" aiinre, soit I'annee du siege de Jerusalem ; en effet les 3025 de'portes sont des Iwinines dc Juda, c.-a-d. habitant la campagne, par opposition aux habitants de la capitale alors assiegee.
31. Evil-Mcrodnch, fils et successeur de Nabuchodonosor, monta sur le trone Fan
561 av. J.-C, 68 ans apres le commencement du ministere prophetique de Jdremie. — Fit grace a Joachin, litt. relcva la teie de Joachin: comp./^j'.iii,4. — Nous aimons a rappeler, en finissant cette prophetie de Jercmie, la parole de Theodoret : " (luce omnia pnedicant cleinentiam et benignitatetn Dei ; piiniens enini tniseretiir et castigationc utens consolatiir jtistitiixqiie setiteiitiani dementia temperat" (In h. 1.).
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Intuotiuctiaiu
LA Vulgate a donne ce titre, emprunte des LXX (Gpy-vQt) a un recueil de cinq elegies qui nous sont parvenues sous le nom de Jeremie. Dans nos bibles hebraiques modernes on les designe par le premier mot du livre, qui est I'interjeftion 'EikaJi^ helas ! Au temoignage de S. Jerome les anciens hebreux les connaissaient sous le nom de Qinoth.
Les qinSt/i, sorte de chants funebres, fort en usage chez les nations orientales,ne letaient pas moins chez le peuple Israelite. David composa un chant funebre pour pleurer la mort de Saiil et celle de son ami Jonathas (II Sam. i, ly sv.). II fit de meme pour la mort d'Abner, I'un de ses plus vaillants capitaines (II Sam.
iii, T)?))- Pl'-is tard, trente ans avant la destru6lion de la ville sainte, tout Juda et Jerusalem, surtout Jeremie avec les chantres et les chanteuses.
redirent des lamentations sur la mort tragique du roi Josias a Mageddo (II Par. XXXV, 24, 25). Ce que Ton faisait dans les deuils prives, on le pratiquait done aussi, semble-t-il, a I'occasion des grandes calamites pu-
bliques, chute d'une ville, desastre ou catastrophe qui emportait un royaume (Voy. Amo.<:,v, 1-16; Ezech.
xix, \\Jcr. ix, 10, 17-22).
Nos Qinoth ont pour objet de pleurer la calamite supreme qui renversa sous les coups des armees de Nabuchodonosor la cite sainte, le temple de Jehovah et la theocratic, et placa tout un peuple sous le joug de Babylone.i
Tout en exprimantdans ses chants pathetiques la douleur inconsolable des vrais Israelites, le poete fait oeuvre de predicateur. Amener ses concitoyens cruellement affliges a reconnaitre dans le malheur qui les frappe, le juste chatiment de leurs peches, en particulier de leur longue infidelite a I'alliance et de leur idolatrie ; decider les volontes a une conversion sincere, totale : voila son but.
Chacun de ces petits poemes embrasse dans son ensemble le sujet tout entier (Voy. II Rots, xxv.). Toutefois, il n')- a ni monotonie, ni confusion. Une pensee dominante, fortement accusee, marque le point de vue special sous lequel I'auteur sacre envisage chaque fois la catastro- I phe ; elle precise le sujet, commande
1 En deux endroits de ses ecrits, saint Jerome semble croire, avec FI. Josephe(/4«//^. X, vi), et la paraphrase clialdaique (iv, 20) que les Threnes ont pour objet de pleurer la mort de Josias (Cfr. S. Hier. in Zachar. xii, II, M. xxv, 1515; et Contr. Pelag. ii, 23, M. xxiii, 560). Cette opinion a ete recjuepar la Glose interlineaire, d'ou elle a passe dans les oeuvres de quelques exegetes du Moyenage. On objecfle, avec raison, ce semble, que ni le contenu, ni le ton des Lamentations ne conviennent a la situation creee
par le desastre de Josias k Mageddo. Quant a S. Jerome, il suffira de faire lemarquer qu'il n'a pas toujours tenu le meme langage. Dans la preface de Jeremie, oii il parle du sujet e.v pro/esso, il est explicite en faveur de Topinion commune : " Dans son quadruple alphabet Jeremie deplore la ruine de la cite sainte." II s'exprime en termes presque identiques dans son Commentaire d'Isaie, ixiii, 3 (M. xxiv, 612) : '^' Jeremtas in Laiiioitationihiis plangit eversionetii Jertisa- Iciit."
LES LAMENTATIONS DE JEREMIE
le choix des details, et fait de chaque composition un tout parfaitement homogene.
Premiere Lamentation : Desolation de la cite sainte. — Abandon et humiliation. — Description generale, mais tres vive.
Deuxieme Lamentation : Le principal et veritable auteur de cette desolation sans exemple est Dieu luimeme. Les Chaldeens n'ont ete que des instruments. Le Seigneur a ete juste; il faut penser a le flechir.
Troisihne Lamentation : Grandeur des calamites. — Tout est-il done desespere? — Dans I'exces de sa douleur le peuple,represente par le poete, le dit un instant (iii, 8); il se reprend aussitot : non, rien n'est desespere.
Dieu ne chatie que pour sauver (iii, 32-39); done humble aveu de ses fautes et priere confiante.
Quatrihne L amentation : L'iniquite du peuple, plus grande que celle de Sodome {iv,6: com^. Jerem. iii, i sv.) : voila qui explique pourquoi Dieu I'a frappes\ durement. — Tous sontchaties; car tous sont coupables. Mais surtout les grands, les pretres, les faux prophetes, les chefs du peuple.
Cinqiiieme Lamentation : " Priere de Jeremie le prophete " au nom de tout le peuple. II fait I'humble et repentant aveu des fautes commises.
Dieu ramenera les exiles ; il leur " rendra des jours nouveaux, comme dans les commencements " v. 21.
Les quatre premiers poemes sont alphabetiques. I Une lettre par strophe. La strophe est de trois vers dans les trois premieres Lamentations. 2 Dans la troisieme, la lettre de I'al-
phabet qui est propre a la strophe commence chacun des vers du tercet.
La strophe n'est plus que de deux vers dans la quatrieme Lamentation.
II en est de meme dans la cinquieme, avec I'alphabetisme en moins. Les vers sont de douze syllabes, suivant G. Bickell ; de onze seulement d'apres le P. Gietmann.3 Une cesure les partage en deux hemistiches dans la premiere etdans ladeuxiemeLamentation.
L'auteur est certainement Jeremie.
II est vrai, nous n'avons dans I'Ecriture aucun temoignage precis qui I'affirme. Mais la tradition tant juive que chretienne est formelle.
Pour les anciens Juifs, les Lamentations ne faisaient qu'un avec le livre de la Prophetic de Jeremie. Nous le Savons a n'en pouvoir douter par le temoignage d'Origene, de S. Hilaire, de S. Epiphane et de S.Jer6me.4 On s'explique par la comment le recueil des Threnes ne figure pas dans certaines listes du canon palestinien, par ex. dans celui de Meliton de Sardes.
Plus tard, a une epoque deja recente, probablement apres le quatrieme siecle, les Lamentations furent separees de la prophetie. Pour des raisons liturgiques sans doute, elles furent rangees parmi les cinq Megillot/i, dans le livre des Kethoubim (Hagiographes). C'est la qu'on les trouve dans nos bibles hebrai'ques; elles ont la troisieme place, apres le le Cantique (lu pendant les fetes pascales) et Ruth, (lu pendant la solennite de la Pentecote), et avant I'Ecclesiaste (fete des Tabernacles) et Esther (fete des Purim).
1 S. Jerome, dans son Proloo;. galeaiiis : '• qiiadruplex diversis metris redit alphabetum,"
-Excepte, dans I'etat acluel du texte, i, 7 et ii, 19 oil la strophe est de quatre versets.
^G. Bickell, Carniina V. T. nietrice,
p. 1 1 2- 1 20. Gietmann, S. J. De re metrica HebrcEoriini^ p. 58.
iOrigen., in Psalm, i, M. xii, 1084.
S. Hilar. Prolog, in Psalm, no 15 M. ix, 241. .S. Epiphan. Hfer. viii, 6. M. xli, 213. S. Melito Sard. apud. Euseb. H. E. iv, 26. j\I. XX, 397. 6". Hier. Prolog. Galeatus.
LES LAMENTATIONS DE JEREMIE
Nous devons aux Alexandrins une petite preface, accueillie par notre Vulgate. EUe n'est pas canonique et ne I'a jamais ete. Le texte massoretique I'a toujours ignoree. Saint Jerome, fidele a la veritc hcbraique, I'avait omise dans sa version. Les plus anciens interpretes n'en ont pas eu connaissance. On ne la trouve ni dans de bons manuscrits, com me VAmiatinus, ni dans les correftoires. Elle n'est done en aucune maniere ecriture inspiree. Mais elle n'est pas depourvue d'autoritc historique : elle temoigne en favcurd'une tradition ancienne.
Or il y est affirmc que Jcremie est I'auteur des Threnes.
C'est aussi la conclusion qui se degage de I'etude attentive de ces courts poemes. L'auteur a vu la catastrophe qu'il decrit, il en a ete vi6lime ; il le declare. A defaut de son affirmation, on le devinerait assez aux cris de douleur que ce souvenir lui arrache, a la vivacite de ses descriptions, a la flamme de son discpurs. Nousentendons un temoin,un a(5leur du sombre drame.
Ce temoin, auteur des Lamentations, est le meme que l'auteur de la Prophetic de Jeremie. C'est la meme pensee qui I'inspire, c'est la meme maniere de concevoir, c'est la meme langue.i
Pour infirmer cette conclusion, il ne suffit pas de signaler quelques expressions particulieres a ce recueil et que Ton ne trouve pas dans la Prophetic. Une telle particularitc n'a rien cjui doive surprendre, pour pcu que Ton tienne compte -de la dififerencc des genres. D'une part, des discours prononccs devant un auditoire melc, difficile, qu'il fallait gagncr, coinaincre, cmouvoir. D'autre part, au contraire, des chants poctiques, epanchement d'une douleur partagee par
legrandnombre, et — toutle mondele reconnait — d'une composition litteraire tres recherchee. La poesie a toujours eu le privilege d'employer certains mots et certaines formes de Iangage dontleprosatcur n'a pas coutume de se servir.
II est vrai encore que Ton peut releverquelques expressions employees aussi par l'auteur de la prophetic d'Ezechiel. Cela prouve-t-il que les Lamentations sont de ce prophete et non pas de Jeremie .' La conclusion serait pour le moins singuliere. D'ailleurs ces rencontres sont rares ; dans la plupart des cas la ressemblance est plus apparente que reelle. La solution la plus obvie et la mieux fondee ne serai t-ce pas dereconnaitrequ'Ezechiel, plus jeune que Jeremie et tres familier avec les ecrits des prophetes anterieurs, a emprunte a son predecesseur les quelques expressions qui leursont communes, ou qui paraissent telles.-* Ou bien, que Jeremie a pu connaitre et par consequent utiliser dans ses Threnes, composes apres la ruine de Jerusalem, celle des propheties d'Ezechiel qui sont antcricuresa cet evenement?
Aussi bien la tradition chretiennc n'a jamais hcsitc. Pour elle les Threnes .sont I'ceuvre de Jeremie. Dans la plupart des catalogues des livres sacres et canoniques on ne les trouve ])as mcntionnes a part. C'est qu'ils font corps avec la prophetic. II suffit au.x auteurs de ces canons de nommer Jeremie. Le Concile de Trente nc fait pas exception. II admettait sans aucun doute possible, la canonicite des Lamentations. Or il ne les nomme pas. Enumerant les prophetes, entre Isaie et Ezechiel, il mentionne Jeremie avec Baruch. Sous le nom de Jeremie il comprenait done la prophetic et les Lamentations. Les Peres de Trente constataient et sanclionnaient la foi des siecles precedents.
' Voyez, pour le detail, le P. Knabenbauer, S. J. Coiiimeufnrius in Dnnieletn Prophelnm^ Lanicntdiiones cl Banitli, p. 370-372.
LES LAMENTATIONS DE JEREMIE
Jeremie composa sans doute ces elegies peu de temps apres les tragiques evenements qu'elles deplorent, alors que rimpression de morne stupeui* ressentie par les Juifs etait recente. II etait peut-etre alors en Egypte, peut-etre meme encore sur la terre de Palestine {Jer. xli, 17-18).
De nos jours encore les Juifs chantent les Threnes dans leurs synagogues le 9*= jour du mois 6^ab (juilletaout), epoque a laquelle ils rappel-
lent la destru6lion des deux temples.
L'Eglisecatholique les lit dans I'office des trois derniers jours de la Semaine sainte. EUe aussi eprouve une sorte de stupeur en presence du severe jugement de Dieu qui substitue aux hommes coupables I'innocente Victime du Calvaire. Elle adopte les chants lugubres de Jeremie pour exprimer sa douleur, et pour rappelera ses fils pecheurs la necessite de faire penitence et de revenir a Dieu!
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[Apres que le peuple d'Israel eut ete emmene en captivite et que Jerusalem fut demeuree deserte, Jeremie le prophete s'assit en pleurant et il
fit cette lamentation sur Jerusalem ; soupirant dans I'amertume de son coeur et poussant des cris, il dit :J
CHAP. I. — Premiere elegie : Plainte du prophete et de Jerusalem.