‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 4 sur 752 · K>5 — K>< — JO · texte numérisé non relu

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Intiobiiction.

BIEN que place le premier dans la serie des prophetes dont nous avons les ecrits, Isai'e fils d'Amos^ n'est pourtant pas le plus ancien : Osee, Amos, Jonas, Joel, ont vecu avant lui. Invest! de sa mission la derniere annee d'Ozias (vi, i sv.), il exer^a le ministere prophetique a Jerusalem et en Juda pendant toute la seconde moitie du 8^ siecle, jusqu'aux premieres annees du siecle suivant, sous les regnes d'Ozias, de Joatham, d'Achaz et d'Ezechias. Une antique tradition, dont rien ne demontre la faussete, vcut qu'il ait continue de prophetiser pendant une partie du regne de Manasses. Ce roi impie, fatigue de ses remontrances, I'aurait fait mourir par le supplice de la scie.2

La predication d'lsaie embrasse done une periode de plus de cinquante annees, Tune des plus critiques de I'histoire d'Israel.C'est I'epoque oil les deux grandes puissances rivales, I'Egypte et I'Assyrie, se rencontrant enfin sur les champs de bataille de I'Asie anterieure dont elles se disputent I'hegemonie, menacent de miner la nationalite et I'avenir providentiel du peuple de Dieu.

Le royaume des dix tribus allait bientot s'ecrouler sous les coups de Sargon (721) : Asarhaddon consomma sa ruine, predite par Isaie 65 ans

avant I'evenement (vii, 8. Comp.

II jRo/s, xxviii, 24; I Esdr. iv, 2).

Dans le royaume dejuda, la situation n'etait guere meilleure : deja la decadence morale et religieuse etait grande. Apres avoir loue la piete 6!0sias ou Azarias (797-745) et de Joatham (747-741), I'historien sacre ajoute tristement : " Mais le peuple continuait d'immoler et de brCder I'encens sur les hauts lieux" (II Rois, XV, 35), " et il ne cessait de se corrompre " (II Par. xxvii, 2). Selon plusieurs exegetes c'est le sombre tableau de cette decadence que retracent les premiers chapitres (ii-v) du livre. (Voyez II Rois, xv, 32-38; II Par. xxvii, 1-9).

Ac/iaz (741-726) compte parmi les plus mauvais rois de Jerusalem. " II ne fit pas ce qui etait bien aux yeux du Seigneur, mais il suivit les voies des rois d'lsrael" (II Pc?;'. xxviii, i sv. Comp. II Rois, xvi, 2). Pour le punir de son impiete Dieu le laissa en proie a ses ennemis. Au nord, Rasin roi de Syrie et Phacee roi d'lsrael le battirqnt plusieurs fois chacun de son cote; puis, joignant leurs forces, ils menacerent serieusement sacapitale, decides a le detroner {Is. vii, 6). Au midi les Idumeens desolaient le pays par leurs incursions(II/'«r.xxviii, 17); a I'ouest, les Philistins reprenaient les villes dont les avaient chasses Ozias et Joatham (II Par. xxviii, 1 8). Tous cespeuples etaient coalises avec

> II ne faut pas confondre 'Amots, le pere d'lsaie, avec le proph^te Amos {'Amos avec un samech). L'origine loyale attribuee k notre auteur est au moins douteuse. Une tradition juive relatee par S. Jerome fait de lui le beau-pere de Manasses, fils d'Ezechias, roi de Juda. — /n Isatam, 1. v, cap. xx, M. xxiv. c. 189, B.

-Cette tradition est acceptec par S. Jus-

tin, C. Tryph. 120. M. vi, 756; Orighie, ad African. 9, M. xi, 65 ; .S". Athanase, Or. de incarn. Verbi, iM. xxv, 160; Tertullien, De patientia, 14, M. i, 1270; S. Ambroise, in Luc. XX, 10, M. XV, 1800; 6". Augustin, De Civit. Dei, xviii, 24, M. xli, 582; S. Jerome, in Is. i, 10, M. xxiv, n et 546. — Voyez les Afla SS., Jul. t. II, p. 250 sv., ed. de Venise (1747) et la plupart des modcrnes

LA PROPH^TIE D'ISAIE

I'Egypte centre leroid'Assyrie.Avant de se porter a la rencontre de ses redoutables armees, il leur importait d'aneantir la puissance du roi de Juda, qui, laisse libre, pouvait les prendre a revers.

Dans cette extremite, Achaz aurait dii reconnaitre ses fautes, se repentir et se confier en Dieu : c'etait son devoir de roi theocratique, descendant de David (II Sam. vii, 14 sv.; Is. viii, 12 sv.). II ne le fit pas. Au contraire, il afificha la plus scandaleuse incredulite, et implora la prote6lion du monarque assyrien Teglatphalasar (II Rots, xvi, 7).^ Le grand roi saisit avec empressement cette occasion d'intervenir.Il delivra Achaz de ses deux envahisseurs; mais desormais le royaume de Juda etait a sa merci. (II Par. xxviii, 20; Comp.

Is. viii, 7 sv.). Jusqu'a la fin Achaz s'obstina dans son impiete. II fit mettre en pieces le mobilier de la maison du Seigneur, ferma les portes du temple, abolit le culte du vrai Dieu, dressa des autels en I'honneur des idoles a tous les carrefours de Jerusalem et etablit des hauts lieux dans chacune des villes de Juda (II Par. xxviii, 22 sv.).

Le regne d'Ezechias, son fils et son successeur (726-698), fut une pcriode de reforme religieuse et morale. Isaie sembleavoir ete son conseiller ecoute; c'est du moins ce qu'il est permis de conje6lurer d'apres le recit de I'invasion assyricnne et de la maladie d'Ezechias, soit dans notre prophetic (xxxvi-xxxix),soit dans le livre des Rois (II Rois,-^^^., 2.). La sagesse de son administration ramena la prosperite dans les affaires publiques.

Malheureusement il ne reussit pas, autant qu'il I'eut desire, a faire refleurir dans la nation le culte sincere de Dieu et I'observation entiere de la Loi. Beaucoup revinrent aux prati- •

ques exterieures; les coeurs n'etaient pas changes.

Docile aux prescriptions de la Loi et aux sages conseils du prophete, Ezechias " mit sa confiance dans Jehovah, Dieu d'Israel " ; malgre les pressantes instances d'une fa6lion puissante a la cour et dans le pays, il refusa avec fermete de jouer le sort de son royaume dans une alliance avec I'Egypte contre I'Assyrie. II n'en reussit pas moins a se retirer de I'assujetissement auquel Juda se trouvait reduit depuis le regne d'Achaz son pere (II Rois, xviii, 7).

Un moment toutefois, cedant a une pensee d'orgueil, il sedepartitde sa prudente conduite. II re^ut avec honneur les ambassadeurs que le roi de Babylone Merodach-Baladan lui envoyait, sous pretexte de le feliciter d'une guerison miraculeuse dont il venait d'etre I'objet. II s'agissait en realite d'entrainer le roi de Juda dans un soulevement general contre Ninive. Ezechias fut flatte de cette attention {Is. xxxiv, 2) ; " son coeur s'eleva" (II Par. xxxii, 25); il etala complaisamment devant ces etrangers toutes ses richesses : " I'argent et I'or, les aromates et I'huile fine, tout son arsenal et tout ce qui se trouvait dans ses tresors, il n'y eut rien qu'Ezechias ne leur fit voir dans sa maison et dans tout son royaume " {Is.

xxxix, 2). Les livres sacres ne disent pas si le traite fut conclu ; mais il semble bien qu'Ezechias n'etait pas cloigne d'entrer dans les vues du roi de Babylone.

Le monarque assyrien dejoua le calcul de ses ennemis. II ecrasa successivement tous les confederes, battit les troupes egyptiennes a Altaqou (Elthece, /(7J. xix, 44; xxi, 23) pres d'Accaron, envahit la partie meridionale de Juda qu'il devasta, et envoya en captivite plus de 200,000 person-

' Probablement le Phul de II Rois, xv, 19 sv. Voyez la note in h. 1. — Vigour., Bible et Decouv. IV, p. 91-99, 4^ cd ; Cor-

nely, Introd. II 2 p. 309, 2^ ed.; Masp^ro, Histoire ancienne des peuples de I'Orient classique, t. Ill, p. 112-113.

LA PR0PH6tIE D'ISAIE.

nes avec un butin immense. Ezechias fut reduit a payer une ran^on de trois cents talents d'argent et de trente talents d'or, sans reussir a detourner le fleau.

Dieu le cMtiait a cause de sa faute.

Mais deja le saint roi s'etait humilie. '* La parole de Jehovah que tu as prononcee est bonne," avait-il repondu a Isaie, qui lui signifiait I'arret divin, Exau^ant son desir, Dieu lui accorda " paix et surete " pendant sa vie (/$•. xxxix, 8 et xxxviii, 6). En efifet, Sennacherib se vit inopinement contraint d'interrompre sa campagne vi6lorieuse. Au moment ou il se dirigeait sur Jerusalem pour I'investir, il lui fallut s'arreter devant un retour offensif du pharaon Tharaca(II Rois, xix, 9);il se disposait a livrer une bataille decisive, quand un fleau soudain et mysterieux aneantit sa ma-

gnifique armee {Is. xxxvii, 36). Ramassant le reste de ses troupes, il retourna precipitamment a Ninive (701). Pendant les 19 annees qu'il regna encore, 11 guerroya beaucoup; mais la Palestine et les nations occidentales ne le revirent plus. ^

Les dernieres annees d'Ezechias furent heureuses. En 698 (696) son fils Manasses lui succedait, age de onze ans (Voy. II Rois, xviii-xx, 21 ; II Par. xxix-xxxii, 33. — Comp.

Eccli. xlviii, 19-25; xlix, 5; II Mack. XV, 22).

"Les proplieties d' Isaie ont trait en partie a I'histoire contemporaine des deux royaumes, dont elles parlent tantot a la fois, tantot separement. Elles se rapportent aussi en partie a des evenements plus eloi-

'Avec plusieurs exegetes catholiques aiitorises nous admettons, ici et dans le commentaire (ch. xxxvi, i, p. 113) que la maladie d'Ezdchias et I'ambassade du roi de Babylone sont anterieures de plusieurs anndes k I'invasion de Sennacherib.

En efifet i" Ezechias a regne en tout 29 ans (II Rois, xviii, 2. Comp. II Par. xxix, i). Au moment de sa maladie Isaie lui promet de la part de Dieu encore 15 ans de vie {Is. xxxviii, 5. Comp. II Rois, xx, 6). Done la maladie du roi et sa guerison eurent lieu en la 14^ ann^e de son regne.

2° D'autre part, et malgre Vindication de xxxvi, I, il semble impossible de placer ^invasion de Sennacherib en cette annee 146, En effet, Ezechias etant mont^ sur le trone en I'annde 727 (chronologic communement re^ue), la 14"^ annee de son regne tombe en 713. — Or d'apres le canon des Eponymes, Sennacherib ne devint roi d'Assyrie que vers 705. Son invasion et le desastre subi au moment ou il allait se porter sur Jerusalem sont de I'ann^e 701 ou 700. L'assertion est certaine, dit Knabenbauer, et tout le monde aujourd'hui en tombe d'accord {in Isaicwi, i, p. 596).

3° U'ailleurs le texte sacre permettrait difficilement d'assigner a cet ev^nement une date anlerieure a la maladie du roi. Car precisement avec I'assurance d'un prolongement de vie, Dieu fait donner a Ezechias un autre gage de sa bienveillance : il protegera Ezechias et " le delivrera de la main de I'Assyrien, lui et la cite sainte " (/y.xxxviii, 6).

II faut done, ou bien admettre une deuxieme invasion assyrienne en tout pareille k celle qui aurait precede la maladie du roi ; ou bien convenir que I'accomplissement de la promesse est raconte dans les ch. xxxvi et xxxvii, avant le recit de la promesse ellememe,

40 Ezechias, cedant a un entrainement reprehensible, montra aux deputes du roi de Babylone tous ses tresors et ses arsenaux {Is. xxxix, 2). Or au cours de I'invasion assyrienne, Ezechias se vit contraint de vider tous ses tresors et de donner jusqu'aux richesses du temple pour apaiser la colere de Sennacherib (II Rois, xviii, 14-16). Si I'invasion est anterieure a I'ambassade et par consequent k la maladie du roi de Judee, comment concilier ces deux assertions de I'auteur inspird?

En intervertissant ainsi I'ordre historique des faits, Isaie a obei sans doute a d'importantes considerations d'ordre litteraire. L'auteur du dernier livre des Rois — probablement J Premie — a reproduit le recit dejk connu de notre prophetie, en y ajoutant quelques details puis^s a d'autres sources.

Nous pouvons citer en faveur de cette opinion le R.P. Comely, Introd. hist, etcritica, II 2, 2e ed. p. 309 not. 8 et p. 346; — le R. P. K}tabe?ibauer, in Isaiam, t. I, pp. 5 sv. et 596 sv.; t. II,pp. 29-30; 33; 53. — M. Vigouroux, Bible et Decouv. IV, pp. 185-186, 4e ed. ; — le card. Meignan, les Prophetes d'Israel, Quatre siecles de lutle

LA PROPHETIE D'ISAIE

gnes, et annoncent le retour du peuple en Judee apres la captivite de Babylone. Mais ce que le prophete a principalement en vue dans tous ses oracles, c'est la vocation des Gentils et I'avenement de Jesus-Christ. " Ces paroles de S. Jerome dans sa lettre a Paula et Eustochium, font assez bien connaitre le cara6lere particulier de la mission d'lsaie et I'objet principal de ses propheties.

Envoye pour rappeler " a la loi et au temoignage " les Israelites indifferents ou prevaricateurs; pour consoler, encourager, fortifier les Israelites pieux a I'heure ou viennent fondre sur le pays les premieres invasions, prelude des prochaines et supremes epreuves, Isaie ravive dans les ames la foi messianique menacee, il ranime Icur fidelite et les remplit d'une confiance illimitee au Dieu de I'Alliance.

1° Si les calamites se succedent, si les nations etrangeres prevalent contre Israel, ce n'est pas que le Seigneur soit impuissant a le defendre, ni qu'il ait revoque ses promesses.

C'est qu'Israel a peche. Par la multitude et par I'enormite de ses crimes il a rendu le chatiment inevitable (Comp. i, 4, V. 7>

C'est pourquoi Dieu va accomplir ses menaces. II armera contra son peuple infidele toutes les nations paiennes qui I'entourent : " la Syrie a rOrient et la Philistie a I'Occident " (ix, 12); "les mouches des extremites des fleuves de rEgypte,et les abeilles du pays d'Assyrie " (vii, 18). Commencees sous le regne d'Achaz, renouvelees sous Ezechias, et momentanement detournees par un miracle

de la proteflion divine, les invasions assyriennes et chaldeennes (xxxix, 6 sv.) vont .se multiplier a mesure que le peuple s'endurcira davantage dans sa rebellion. Des le debut de son ministere le prophete voit et annonce cette longue succession de desastres, qui ne cesseront plus " jusqu'a ce que les villes soient devastees et sans habitants; qu'il n'y ait plus personne dans les maisons; que la terre soit ravagee et deserte; jusqu'a ce que Jehovah ait eloigne les hommes et que le pays soit devenu un immense desert" (vi, 11).

2° Puis, brusquement, Isaie nous transporte au dela du chatiment accompli. Apres " la detresse, I'obscurite, I'angoisse, la nuit d'affreuses souffrances " c'est " I'aurore " du salut (viii, 20) : " Sur ceux qui habitaient le pays de I'ombre de la mort, la lumierc resplendit " (ix, i). Israel sort du creuset, purifie de ses scories et transforme (i, 25. Comp. xlviii, 10). Sans doute la partie infidele de la nation — c'est le grand nombre (vi, 10) — sera reprouvee. Hors de I'enceinte de la Jerusalem nouvelle et glorieuse " on verra les cadavres de ces hommes revoltes contre Dieu; leur ver ne mourra point et Icur feu ne s'eteindra point; et ils seront en horreur a toute chair " (Ixvi, 24.

Comp. i, 28). Jugement de colere contre les impies qui prepare les voies au jugement de grace. Avec le "petit reste" des Juifs demeures ou redevenus fideles,choisisde preference parmi les petits et les pauvres et "recueillis des quatre bouts de la terre" (xi, 1 1 sv.), Dieu se formera un peuple

etc. 1892, p. 475; — M. Fillion^ La Sainte Bible, t. II, p. 668; t. V, p. 416; M. Clair, Le livre des Rois, t. II, p. 542; M. Trochon, Isaie, p. 187; M. Pelt-Sclwpfcr, Histoire de I'Ancien Testament, 1897,1. II, p. 234; M. Mangenot, dans le Dia. de la Bible, t.^ II, article Chrofwlogic, c. 732 et art. Ezechias, c. 2145. — Lenormant-Babelfltt, Hist. anc. de I'Orient, t. IV, p. 296 sv. (1885); cependant plus loin, t. VI, p. 297 (1888)

I'auteur raconte d'abord I'invasion. — Plusieurs anciens exegetes avaient dejk laisse soup9onner notre explication, qui est celle de la plupart des modernes, dit Knabenbauer (I. p. 5). Voir aussi Comely, I. c. p. 309, not. 8.

Pour soutenir I'opinion opposee on peut s'appuyer sur M. Alaspt'ro, Histoire anc. des peuples de I'Orient classique, t. Ill, p. 283 sv.

LA PROPH^TIE D'ISAIE

nouveau. " Sion sera retablie ; elle aura des juges comme autrefois et des conseillers comme aux premiers temps; on I'appellera la ville de justice et la cite fidele" (i, 26).

3° Due a la pure mis^ricorde de Dieu (xliii, 21, 25; xlviii, 11; Ix, lO; Ixiii, 9 etc.) cette restauration glorieuse sera I'oeuvre du ATessie, " le germe de Jehovah qui fera Tornement et la gloire des rechappes " (iv, 2).

II est fils de David, " rameau sorti du tronc de Jesse et rejeton issu de ses racines"; il nait d'une Mere Vierge (vii, 14 sv.) et possede en propre tous les noms et tous les attributs de la Divinite (ix, 5), en particuHer la plenitude de I'Esprit qui repose sur lui (xi, 2 sv. ; xlii, i ; Ixi, i). C'est la region jusqu'alors plus particulierement eprouvee du pays de Genezareth dans la Galilee des Gentils, qui recueillera d'abord les joies de la Redemption (viii, 23; ix, i). Devant sa puissance tous les ennemis de la theocratie sont vaincus et disparaissent (viii, 8 sv.); " d'un souffle de sa bouche il exterminera I'impie " (xi, 4).

Ces traits repandus dans la premiere partie font deja connaitre la personne, I'ceuvre et les fon<5lions royales du Messie. La deuxieme partie decrit plus particulierement son ceuvre redemptrice en tant que " Seiviteur de Jehovah. " C'est un Sauveur, doux et humble, qui ne brisera pas le roseau froisse et n'eteindra pas la meche qui fume encore (xlii, 3. Comp.

Ixi, I sv.). Son ministere, destine d'abord a retablir les tribus de Jacob et a ramener les preserves " d'Israel ", s'^tend au monde entier. II est envoye pour etre " la lumiere des nations et pour faire arriver le salut de Jehovah aux extremites de la terre " (xlix, 6). Cette ceuvre, il I'accomplit au prix de sa vie, s'offrant lui-meme en " sacrifice expiatoire pour nos peches " (liii, 10).

Le prophete contemple " avec stupeur " (Hi, 14) et raconte dans le detail ses souffrances inou'ies, preludes

d'une mort ignominieuse. II voit le Serviteur de Jehovah, defigure, "son aspe6l n'est plus celui d'un homme, ni son visage celui des enfants des hommes " (lii, 14); " il n'a plus ni forme ni beaute pour attirer nos regards, ni charme pour exciter notre amour" (liii, 2); il est comme " un etre hideux devant lequel on se couvre le visage " (liii, 3); ses contemporains le regardent " comme un puni, frappe de Dieu et humilie. " " Mis au nombre des malfaiteurs (liii, 12) il est enleve par I'oppression et le jugement, et il est retranche de la terre des vivants " (liii, 8). Parmi les hommes de sa generation bien peu comprennent ce mystere; eclaire par le divin Esprit, le prophete le connait. II sait que le Serviteur de Dieu " a ete transperc^ a cause de nos peches, qu'il a ete brise a cause de nos iniquites; c'est par ses meurtrissures que nous avons ete gueris"

(liij, 5)-

40 Le fruit de ses souffrances c'est

la reconciliation du monde pecheur.

Le salut, repousse par la majeure partie du peuple Juif (Ixv, i sv.), passe aux Gentils qui le resolvent. Par leur conversion le Messie sera glorifie :

" il verra une posterite; il vivra de longs jours, et le dessein de Jehovah prosperera entre ses mains " (liii, 10). Aucun prophete n'a insiste au meme degre sur le cara^ere d'universalite du royaume messianique. Deja la prophetic de la Montagne du Seigneur (ii, 2 sv.) nous montrait les nations affluant de partout vers Sion pour lui demander de " les instruire de ses voies, de les guider dans ses sentiers "; plus loin, apres avoir predit le chatiment des peuples paiens, Isaie avait annonce aussi leur admission dans I'Eglise; il nommait entre autres I'Ethiopie (xviii, 7), I'Egypte (xix,22 sv.)et peut-etreTyr(xxiii,i8).

Dans les derniers chapitres de la deuxieme partie, cette prophetic consolante, seulement ebauchee jusque la, se developpe et se precise.

LA PROPH^TIE D'ISAIE

La Jerusalem nouvelle, restauree et couronnee de gloire par le Messie, voit des fils lui venir de toutes parts; " les nations marchent a sa lumiere et les rois a la clarte de son lever " (Ix, 3). Les predicateurs du salut, envoyes par le Messie jusqu'aux iles lointaines, ramenent de partout des multitudes de croyants " comme lorsque les enfants d'Israel apportent Toffrande dans un vase pur a la maison de Jehovah " (Ixvi, 20). " Les portes de Sion sont toujours ouvertes, jour et nuit ; elles ne se ferment pas pour laisser entrer les tresors des nations, et leurs rois en cortege triomphal" (Ix, 11). " L'espace est trop etroit " (xlix, 20); il lui faut elargir la tente, deployer les tentures de sa demeure, allonger ses cordages et affermir ses pieux " (liv, 2). Les magnifiques promesses faites autrefois au Pere des croyants {Gen. xxii, 16 sv.) s'accomplissent a la lettre en faveur de Sion, Eglise du Messie. En elle toutes les nations sont benies ; en dehors d'elle pas de salut. " La nation et le royaume qui ne la serviront point, periront; ces nations-la seront entierement detruites " (Ix, 12).

Entre ceux qui lui appartiennent il n'existe plus aucune distinflion ni de race, ni de privilege : tous sont egalement et au meme titre " le peuple saint, les rachetes de Jehovah " (Ixii, 12). Parmi les Gentils convertis, comme parmi les Israelites, Dieu choisit " ses pretres et ses levites " (Ixvi, 21), " leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agrees sur son autel, dans sa maison, qui sera appelee une maison de priere pour tous les peuples " (lvi,7). Entres les premiers dans i'Eglise, ils seront a la fin les missionnaires du salut, et rameneront a Sion la partie rebelle du peuple de I'alliance : ce mystere, si clairement affirmi^ par S. Paul {Rom. xi, 25 sv.), est annonce par Isai'e. II a vu le Messie venir " en Redempteur pour Sion, pour ceux de Jacob qui se convertiront de leurs iniquites " (lix, 20). A Jeru-

salem desolee du sort malheureux de ses enfants, il montre les nations converties de la gentilite lui " ramenant ses fils entre leurs bras, et lui rapportant ses fiUes sur leurs epaules " (xlix, 22).

Reunis en un seul peuple, dans la Jerusalem nouvelle " orgueil des siecles et joie de toutes les generations " (Ix, 1 5), autour du Messie " glorifie et souverainement exalte " (lii, 13), les elus gouteront avec delices la paix, et savoureront les joies d'une felicite sans declin (Ixvi, 10 sv.), dont les nouveaux cieux et la nouvelle terre " (Ixvi, 22) cr^es pour eux sont le reel et imperissable symbole. " Une allegresse eternelle couronnera leur tete; la joie et I'allegresse seront leur part ; la douleur et le gemissement se sont enfuis " (li, 11); car le salut de "Jehovah durera eternellement, et sa justice ne perira pas " (li, 6).

Telle est, dans ses traits principaux, la prophetic d'Isaie. Elle est divisee tr^s nettement en deux grandes parties.

La Premiere Partie, qui comprend les 35 premiers chapitres, est, comme I'appelle S. Thomas, le Livre des Jugements de Dieu. La severe justice s'exerce successivement sur Israel, sur Juda, sur les nations, reprouvant les elements refra6laires, degageant I'or pur, et disposant les voies du salut.

La Deuxi£:me partie se compose des 26 derniers chapitres, (xl- Ixvi) : elle est plus particulierement le Livre des Consolations. Idealement le prophete se transporte a Babylone, au milieu de ses freres affliges et repentants. II leur annonce que la delivrance est certaine; elle est prochaine; elle est I'aurore d'une ere nouvelle et glorieuse.

Entre ces deux parties se placent quatre chapitres historiques (xxxvixxxix) qui appartiennent egalement a I'une et a I'autre : conclusion de la premiere (xxxvi, xxxvii) et prologue de la seconde (xxxviii, xxxix).

LA PROPHETIE D'ISAIE

L'analyse qui precede, les sommaires inseres dans la tradu6lion, et la table detaillee que Ton trouvera a la fin du volume, nous permettent de nous en tenir ici a ces indications generales.

L authenticite de la prophetie d'lsaie est attestee par la tradition la plus universelle, la plus constante, la plus ancienne.

1° On connaissait notrc prophetie, telle que nous la possedons aujourd'hui, et on I'attribuait sans hesitation a Isaie des le premier siecle de notre ere. Non seulement les auteurs inspires du Nouvcau Testament ont fait usage de textcs nombreux empruntes a toutes les parties de notre livre en les donnant comme ecrits divins; mais de plus, ils nomment plusieurs fois I'auteur du recueil dont ils rapportent les textes : cet auteur est Isaie. Ainsi, les quatre Evangelistes citent les celebres paroles du ch. xl, 3, en les montrant accomplies a la lettre dans la personne du S. Precurseur; ils disent expressement que ces paroles sont d'lsaie {Matth. iii, 3; Marc, i, 3; Luc. iii, ^\Jean, i, 23). — Quand Notre-Seigneur parait pour la premiere fois dans la synagogue de Nazareth, il recoit des mains du chazsan le rouleau des oracles dTsaie, et s'arretant aux premiers versets du ch. Ixi, il les lit, les commente et les declare accomplis en sa propre personne. Les Juifs de Nazareth, aussi bien que S. Luc, auteur de ce recit, etaient convaincus que cette prediction faisait reellement partie des ecrits du grand prophete; et par sa maniere d'agir, le divin Maitre montre qu'il partage cette convi6lion (L7/C. iv, 16 sv.). Saint Matthieu cite encore, avec le nom d'lsaie, le ch. liii, 4 (^Matth. viii, 17; comp. I Pierr. ii, 24); le ch. xlii, 1-4 {Matth. xii, 17) et le ch.vi, 9 (J/a///i!.xiii,i4sv.).OrrEvangeliste ne fait aucune difference en-

tre les citations prises dans les vingtsix derniers chapitres, et ce dernier texte pris dans un passage d'une authenticite incontestee, meme aux yeux des critiques rationalistes : il les attribue egalement au prophete Isaie. — Plus tard, nous voyons I'eunuque de Candace, reine d'Ethiopie, occupe a lire la prophetie d'lsaie, liii, 7, au moment ou le diacre S. Philippe le rejoint sur la route de Jerusalem a Gaza {AS., viii, 27 sv.). L'auteur des A6les ne doute pas que ce passage n'appartienne en effet aux propheties authentiques d'lsaie. Saint Jean, xii, 38 cite de meme le ch. liii, i, repris plus tard par S. Paul {^Rom. x, 16), lequel cite encore, — toujours avec la mention expresse d'lsaie — x,22 {Rom. ix,27); i, 9 {Rom. ix, 29); Ixv, i, 2. {Rom. x, 20, 21.) etc. On a compte, dans les ecrits du Nouveau Testament, un nombre beaucoup plus grand de citations textuelles — pres de cinquante — et d'allegations plus libres — plus de quarante — avec la simple mention : comme il est ecrit, etc.

On croyait done universellement, des le temps de Notre-Seigneur et des apotres, a I'authenticite de toutes les propheties d'lsaie.

2° Cette convi6lion s'appuyait sur une tradition plus ancienne, et qui remonte jusqu'a I'epoque d'lsaie luimeme. En effet, le fils de Sirach, qui ecrivait au plus tard vers I'an 2C0 avant notre ere, nomme Isaie parmi les grands hommes du passe dont il fait I'eloge {Eccli.yiWm, 25-28)." Dans la grandeur de son esprit, dit-il, il vit la fin des temps, et consola les afifliges de Sion. II annonga ce qui devait arriver dans toute la suite de I'histoire, et les choses cachees avant leur accomplissement." L'auteur de I'Ecclesiastique, et avec lui ses contemporains, connaissaient done sous le nom d'lsaie le meme recueil de propheties que nous, y compris les oracles contre les nations et les vingtsix derniers chapitres.

LA PROPHETIE D'ISAIE

II en etait de meme un si^cle avant le fils de Sirach, le canon palestinien etant deja clos et arrete. Ni Esdras, ce scribe si verse dans la litterature sacree de sa nation (/ Esdr. vii, 6 et lo), et si bien place pour connaitre la verite, n'eult admis notre recueil dans la colleftion des livres sacres sous le nom d'lsaie, si ce titre lui eut paru mensonger ou incertain; ni les Septante, qui en ont traduit toutes les propheties, ne nous les auraient donnees comme etant d'lsaie fils d'Amos, si de leur temps cette origine n'eut ete universellement admise et ne leur avait paru certaine.

On connaissait notre prophetic et Ton savait qu'Isaie en etait I'auteur, au temps ou furent rediges les Paralipomenes et le dernier livre des Rois, c.-a-d. au temps d'Esdras, au plus tard, et meme des les premieres annees de la captivite. En effet, les Faralipomenes (// Par. xxxii, i sv.) racontant I'histoire de I'invasion assyrienne sous Ezechias, renvoient comme a leur source, au moins partielle, " a la vision d'lsaie, fils d'Amos, le prophete " (v. 32. Comp. Is. i, i ).

Nous pouvons remonter plus haut.

On connaissait notre Isaie pendant et avant I'exil. Les prophetes Ezechiel, Jeremie, Sophonie, Habacuc, Nahum reproduisent ou imitent scs ecrits et notamment en nombre de passages appartenant aux discours de la deuxieme partie.^

30 L'examen du livre lui-meme confirme le temoignage de la tradition.

Le style presente partout les me-

mes qualites distin6lives. S'il est vrai qu'il est plus clair, plus coulant, plus abondant dans les 26 derniers chapitres, les differences sont toutes secondaires et bien moins considerables que ne le disent les critiques rationalistes,

Elles s'expliquent du reste par la diversite des sujets traites et du but poursuivi, et par le long intervalle de temps qui separe cette composition du prophete, oeuvre de ses dernieres annees, des discours prononces pendant I'exercice de son ministere dans la maturite de I'age.^

On rencontre aussi dans toutes les parties de I'ouvrage un certain nombre d'expressions particulieres a Isaie. Telle est, par exemple, I'expression " le saint d'Israel " pour designer Dieu. Elle est employee dans vingtwm/" passages des propheties d'lsaie :

dix-sept fois dans la premiere, et douze fois dans la seconde partie, 3 tandis que dans tous les autres livres de I'Ancien Testament on ne la lit que cinq fois,4 ou plutot que trois fois, puisque Jeremie qui s'en est servi en deux endroits (i, 29; li, 5) I'a evidcmment cmpruntee a Isaie. On a signale des idiotismes de ce genre au nombre de plus de trente.s

Enfin Ton trouve partout,et en particulicr dans les propheties gratuitement contestees par les rationalistes, la langue, le ton, les details de moeurs, les circonstances de temps, de lieu, d'institutions, qui obligent a placer la composition de notre livre en Judee et qui nous reportent bien I avant I'exil.

' Voyez r^numeration detaill^e de ces citations, trop nombreuses pour etre reproduites ici, dans le P. Knabcnbatier, in Isaiam, i, p. 17-19; ii, p. 9-1 1.; Comely, Introd. hist, et critic, ii 2, p. 347-348, 2^ ed.; Vigour. Man. biblique, ii, n" 914, 3°.

II importe de remarquer que les prophetes Nahum et Habacuc ont certainement prophetise apres Isaie, et avant Tcxil, bien qu'il soit difficile d'assigner les dates precises qui encadrent leur vie. Nahum a paru avant la destruction de Ninive qu'il an-

nonce, et peu apres la prise de Thebes en Egypte (vers 664) qu'il rappelle iii, 8. — Le ministere d'Habacuc peut remonter aux dernieres annees de Manasses,et ne descend pas au-dela de Joakim. Voy. Knabenbauer in I'roph. min. ii, p. 2 et 51 sv. Cornely., Introd. ii, 2. p. 573 et 579, i" ed.

^ Voy. Vii^ouroiix, Man. bibl. ii. no 914, 50.

3 Voy. Kfiabenbauer, in Isaiam, ii, p. 24-27.

•* V'oy. .\1, 18 sv; xli, 7;xlii, 17 sv; xliv, 9sv; xlvi, 5 sv.

5 Voy. p. ex. Ivii, 3 sv; Ixv, 2 sv; Ixvi, 3 etc.

LA PROPHETIE D'ISAIE

Un auteur ecrivant vers la fin de I'exil aurait-il reproche aux Juifs, ses contemporainSjComme le fait I'auteur de la seconde partie de notre prophetic, de demeurer obstinement attaches a I'idolatrie,^ de se livrer a ccrtaines pratiques infames qui semblent avoir regne specialemcnt au temps de Manasses et plus tard, mais que ricn ne permet d'attribuer d'une fagon generale aux exiles de Babylone vers les dernieres annees de la captivite; — r de violer la saintcte du sabbat (Iviii, 13); — ■ d'etre des infideles, des apostats(lix, 1,3), des meurtriers souilles de sang innocent (lix, 3), pareils aux pasteurs indignes qui les conduiisent, aveugles, cupides et debauches (Ivi, 10-12); de mettre leur confiance dans I'appui des rois etrangers dont ils avaient eprouve cent fois I'impuissance (Ivii, 9) et de pousser la superstition idolatrique jusqu'a immoler leurs enfants a de cruelles divinites, au fond des vallees, sur le bord des torrents (Ivii, 3 sv.)?

Un auteur ecrivant vers la fin de I'exil ou meme plus tard, aurait-il en parlant des vi6loires de Cyrus et de la chute de Babylone fait remarquer avec tant d'insistance qu'il connait et predit les evenements longtemps d'avance, tirant de ce fait un argument qu'il estime sans replique en faveur du Dieu d'Israel contre les idoles?2 Que valait cet argument, si I'auteur ecrivait a une epoque ou les evenements etaient depuis longtemps accomplis? Comment admettre que les Israelites ses contemporains n'en

eussent pas reconnu la faiblesse?

Ne serait-ce pas preter aux fils de Jacob une naivete excessive, et qu'ils n'ont pas montree en d'autres circonstances?

Plusieurs details font voir , aussi que I'auteur ne vit pas en Chaldee et qu'il ecrit en Palestine. Jerusalem est encore debout : le temple existe toujours et Ton y offre des sacrifices (Ixvi, 3). Parlant d'Abraham, le prophete rappelle que Dieu I'a appele des extremites de la terre (xH, 8 sv.) : expression tres juste s'il se trouve lui-meme au pays de Chanaan, mais non pas s'il vit et s'il ecrit en Chaldee, pays d'origine du grand Patriarche. — S'adressant aux captifs de^ rives de I'Euphrate il les exhorte a profiter de la faveur de Cyrus et a quitter la, terre etrangere : or il leur dit, non pas " sortez d'ici ", comme n'eut pas manque d'ecrire un compagnon de: leur captivite; il ecrit :

"sortez de la!" {^Misc/ischdm Hi, 11).

— Les grandes puissances voisines que Juda redoute ou dont il sollicite la prote6lion sont rAssyrie,rEgypte, I'Ethiopie : il en etait encore ainsi a la fin du 8^ siecle et au debut du 7s mais non point pres de deux siecles plus tard, vers la fin de I'exil.

Ces particularites et plusieurs autres, venant confirmer le temoignage si clair et si decisif de la tradition, demontrent vi6lorieusement I'authenticite de toutes les propheties d' I sale.

Le jugement solennel de I'Eglisc en a defini I'autorite divine.

'Comp. xlii, 19; xliii, 8; lix, 2 sv.

I ^ Voy. xliii, 3; Ivii, 9 sv.

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