‹ La Sainte Bible (volume 3)Chapitre 494 sur 941 · T. IV · texte numérisé non relu

T. IV

Quant a la forme littcraire, tantot la verite est simplement cxprimce, tantot elle se deguise sous le voile de la metaphore ou de la comparaison plus ou moins explicite; parfois elle affe6le lc tour de renigme, de la question a resoudre (cf v. g. ch. xxx); en un mot, elle prend les aspe6ls les plus varies, dans le but evident de piquer davantage I'attcntion et de penetrer plus profondement.

Les Orientaux se plaisaient beaucoup, plus que nous sans doute, a Texcrcice intclle6lucl qu'exige la composition et rintcUigence de ces Misle. II est rapporte, au premier livre des Rois (iv, 31), que Salomon en avait compose trois mille. Au troisieme livre (x, i) il est raconte que la reine de Saba vint lui proposer des sentences enigmatique^ pour eprouver sa reputation d'intelligence et de sagesse. Le lixrc de Y Ecelesiaste et, plus tard, ceux de la Sagesse et de X Ecclesiastique nous donnent une nouvelle preuve de la vogue que ce genre de composition avait en Orient.

II n'y a done rien detonnant que I'Esprit-Saint ait voulu se servir de cette poesic pour inculc]uer la verite religieuse et morale.

Ces ouvrages ont etc designes, des les premiers siecles, par les Peres de I'Eglise, sous lc nom gencrique de livres sapientiaux, et depuis, la liturgie ecclesiastique les a fait lire sous le titre de Livre de la Sagesse : Liber Sapientice. lis sont au nombre de cinq {Oidtique libri Salojiionis) ; ce sont, outre les Proverbes, VEecL'siaste, le Cantique des eaiitiqiies, la Sagesse et VEeelesiastiqiie.

LE LIVRE DES PROVERBES

Le livre des Proverbes ne presente pas une parfaite unite de composition. II est forme de plusieurs collections distin6les de style, de methode et meme d'origine. Neanmoins, ainsi qu'on le verra, la presque totalite en revient a Salomon, comme auteur.

La premiere collection comprend les neuf premiers chapitres (i-ix), et porte en tete I'inscription : Pamboles de Salomon, fils de David, rol d' Israel. EUe consiste surtout en instructions et exhortations a embrasser la conduite de la sagesse. Les paroles, mon fils, adressees par le sage a son disciple, peuvent servir a les distinguer.

II a particulierement en vue le jeune homme inexperimente dans la vie.

Cette partie est tres soignee ; I'auteur s'ycleve a une grande hauteur d'idees, surtout dans les chapitres viii et ix.

La deuxieme colle6lion renferme les chapitres x a xxii, i6, et porte aussi I'inscription : Pamboles de Salomon. Ellc est suivie de deux supplements (xxii, 17 — xxi\^, 22 et xxiv, 23-34), ^^ ^^"^"^ corps avec elle. Dans cette partie I'auteur change de style et de methode. Aux exhortations precedentes font place une serie de maximes, de preceptes moraux et religieux detaches, sans liaison ni ordre sensible. Tout a I'heure il exhortait a suivre les conseils et la conduite de la sagesse; a6luellement il enseigne cette sagesse meme. Ses lecons s'adressent a toutes les classes : grands et petits, pauvres et riches, maitres et serviteurs; maris et femmes, peres et enfants, rois et sujets : nul n'echappe a sa sollicitude. La crainte de Dieu, I'horreur du vice, les avantages de la vertu, les peines reservees au mechant sont le fond de toutes ces sentences et en determinent le cara6lere en meme temps que I'unite. Les 376 maximes contenues dans cette colle6lion cchappent a I'analyse;. on trouvera neanmoins, dans le commentaire, I'indication des

sujets qu'elles traitent, quand il y a une suite.

La troisieme colle6lion s'etend du chapitre xxv a xxix et contient les proverbes de Salomon reunis et ajoutes au volume par les soins du roi Ezechias. L'inscription qui la precede en fait foi. Qui furent ces gens d' Ezcehias? lis ne sont pas positivement connus, mais on pent nommer, avec quelque probabilite, d'abord le prophete Isaie, dont I'autorite etait si grande aupres du roi ; puis le scribe Sobna ainsi que I'historiographe Joahe,dontil est fait mention flVi?^/^, xviii, 18). Ce recueil se distingue surtout par le nombre de comparaisotis et de similitudes ou paraboles qu'il renferme. Etait-ce une colle6tion distin6le ou Ton avait reuni ce genre de maximes, empruntees peut-etre aux 3000 proverbes? L'auteur avait-il luimeme fait ce recueil? on ne saurait rien affirmer.

Deux petites colle6lions dues, Tune a Agur fils de Jake, I'autre au roi Lamuel, ou a sa mere, d'apres les inscriptions memes qu'elles portent, occupent les chap, xxx et xxxi, 1-9.

La methode et le style y different beaucoup soit entre elles, soit avec les parties precedentes. Dans la premiere on est frappe de la forme enigmatique des sentences. La deuxieme n'est qu'un fragment tres court de neuf versets.

Le livre se termine (chap, xxxi, 1 0-3 1 J par le petit poeme alphabetique, bien connu, de la Femme forte.

II contient 22 versets, commencant chacun par I'une des lettres de I'alphabct hcbreu.

Les Proverbes ont toujours etc attribues a Salomon. Ouelques rares auteurs, a raison du cara6lere de ce livre, ont pu douter de leur inspiration, mais la question d'authenticite restait intacte. En voici les preuves.

10 La tradition constante et universelle. La Synagogue, I'Eglisechre-

LE LIVRE DES PROVERBES

tienne, tous les Peres, le moyen-age, les commentateurs modernes ont toujours admis ce livre comme I'oeuvre de Salomon. Nul temoignage historique, nul courant traditionnel n'est venu ebranler cettc certitude.

2° Le temoignage des inscriptions placees en tcte du livre et des diverses colle6lions. Les trois principales parties du livre portent, comme nous I'avons dit, le nom de Salomon. II est vrai que I'inscription de la 2'' partie (x, i) ne se trouve ni dans les Septante ni dans la version syriaque; mais elle est dans I'original hebreu, dans la paraphrase chaldaique et dans la Vulgate. On ne pent faire que des hypotheses sur son absence cle ces deux versions. Mais a supposer qu'elle fut unc addition posterieure, cette addition meme aurait eu pour but d'affirmer la tradition que, malgrc la difference de genre, cette 2" partie etait encore dc Salomon. Du reste, inscription du chap, i suffirait a lui rapporter les chap, i-xxiv, puisque au chap, xxv on nous avertit qu'il ne .s'agit plus de la colle(5lion faite par Salomon, mais de celle qui a etc ajoutee sous le roi Ezechias. — Cette derniere partie lui appartient done aussi. Deux a trois siecles environ apres Salomon on pouvait sans doute encore connaitre un auteur dont la reputation de science avait eu un si grand retentissement.

30 L'impossibilite d'assigner un autre auteur. Contre ces preuves on n'a rien allegue de serieux. Seul Ic parti pris de nier fait rejeter le temoignage des inscriptions aussi bien que celui de la tradition a quelques-uns des hypercritiques contemporains.

Et toutefois nul auteur ne conteste serieusement a Salomon les chap.

x-xxii, ceux prccisement dont I'inscription pourrait paraitre douteuse.

11 n'y a pas plus dc motifs a contcster le reste. Les divergences de maniere et de style s'expliquent naturellement par la ditfcrencc des genres.

Salomon a pu ecrire les sentences gnomiques de la 2" partie, et il n'aurait pu composer les similitudes et les paraboles rontenues dans la 3"!

Autre grief. Comment attribuer ce livre a un roi qui fut idolatre et debauchc? Pour conclure il faudrait du moins prouver qu'il le fut toujours.

Que penser des deux fragments qui terminent la deuxieme colle6lion.'' EUes commencent par ces mots :

" Ecoute les paroles des sages " (xxii, i7)"Voici encore les paroles des sages " (xxiv, 23). On peut admettre que I'auteur les a empruntees, peut-etre a la tradition populaire.

peut-etre a quelque recueil anterieur, et se les soit appropriees en les modifiant, ou en les laissant inta6les.

Cela est si vrai qu'il ajoute tout de suite, dans le meme verset (xxii, 17) : " Applique ton coeur a ///a doctrine " ; et dans tout le passage, c'est sa doctrine qu'il recommande.

Agur et Lamuel sont les auteurs des fragments qui portent leur nom.

La place qu'ils occupent a la fin du volume, avec leur inscription respective, montre bien la pensee des colle6leurs. — Contre I'autorite de la tradition on a releve que les anciens s'etaient trompes en les attribuant a Salomon. Cela est vrai, mais n'infirme pas la valeur de la tradition. Les inscriptions de ces fragments avaient ete totalement defigurees par les Septante, et la Vulgate ayant traduit les noms propres, on leur avait donne un sens symbolique. Au 16" siecle I'etudedu texte hebreu fit reconnaitre I'erreur et attribuer les fragments a leurs auteurs.

Comme tous les livres Protocanoniques de I'Ancien Testament, le livre des Proverbes nous est reste dans sa langue originale, I'hebreu. Nous en possedons egalement plusieurs versions anciennes. Un mot sur leur valeur et leur etat relativemcnt aux Proverbes.

LE LIVRE DES PROVERBES

De I'hebreu, nous n'avons que la recension massoretique, et c'est le cas de la plupart des livres de I'Ancien Testament. II est done malaise de faire la critique du texte; critique d'autant plus necessaire qu'il s'agit ici de maximes decousues que ne relie ni le fil du recit, ni I'ensemble de la composition. La divergence avec les anciennes versions, bien qu'elle n'atteigne ni la doctrine, ni les parties essentielles, nous fait regretter d'anciens manuscrits, negliges ou detruits par les massoretes, et dont les variantes eussent jete un jour precieux sur les endroits obscurs, et comble sans doute mainte lacune.

La version des Septante, dans les Proverbes, suit assez bien I'original, surtout pour les deux premieres parties (chap, i-xxiv), sauf un certain nombre de transpositions, omissions ou additions de versets. II est probable que le manuscrit du tradu6leur differait de I'hebreu a6luel, et contenait plusieurs textes que nous a conserves I'interprete grec. Les derniers chapitres s'ecartent davantage de I'hebreu pour I'ordre suivi. Cette version, obscure quelquefois, est pour nous de la plus haute importance a raison des manuscrits anciens qu'elle represente.

La version syriaque {Pesc/iJto),h\QX\ que faitc sur I'hebreu, se rapproche

beaucoup des Septante. L'analogie du Syriaque avec la langue de I'original lui permet d'etre plus fidele que le grec qui paraphrase quelquefois le texte; mais cette fidelite meme laisse subsister, pour nous du moins, I'obscurite de I'hebreu dans les passages de sens douteux. Neanmoins cette version est d'un grand secours et temoigne de I'etat du texte au second siecle.

La version latine de St Jerome, celle de notre Vulgate, est egalement faite sur I'hebreu. Elle contient pourtant un grand nombre de versets propres aux Septante. Soit que St Jerome n'ait pas cru devoir negliger cette importante version, soit qu'il ait traduit un manuscrit contenant des textes qui auraient disparu plus tard dans le travail des massoretes, il est du devoir de I'interprete dejuger, suivant les lois de la critique, de la valeur de ces passages au point de vue de leur authenticite.

La version des Proverbcs par St Jerome est une des parties les moins soignees de sa traduction de la Bible. La rapidite de son travail, op?is fndm',si\[va.nt I'expression memc de I'auteur, pourra nous en expliquer parfois les imperfe6lions.

Citons enfin, pour terminer la serie des anciennes versions, la paraphrase chaldaique qui se rapproche de I'hebreu.

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