Mechants dans la prosperite, justes dans I'afflidlion
15. La joie : conclusion plusieurs fois repetee dans le livre : comp. ii, 24; iii, 12, 22; V, 17. 11 s'agit toujours d'honnetes jouissances, qui sont ^ la fois un don de Dieu et le fruit du travail de I'homme, et que Ton ne goute qu'avec un sentiment de reconnaissance pour le souverain Dispensateur de tout bien. — Oest la ce qui dolt I'accovipagner : meme sens que I'expression plus fa-
LIBER ECCLESIASTES. Cap. VIII, 7—17; IX, i.
tempus est,et opportunitas,et multa hominis afflictio : 7. quia ignorat pra£terita,et futura nullo scire potest nuntio. 8. Non est in hominis potestate prohibere spiritum, nee habet potestatem in die mortis, nee sinitur quiescere ingruente bello, neque salvabit impietas impium.
9. Omnia haec consideravi, et dedi cor meum in cunctis operibus, quas fiunt sub sole. Interdum dominatur homo homini in malum suum.
I o. Vidi impios sepultos : qui etiam cum adhuc viverent, in loco sancto erant, et laudabantur in civitate quasi justorum operum : sed et hoc vanitas est. 11. Etenim quia non profertur cito contra malos sententia, absque timore ullo filii hominum perpetrant mala. 12. Attamen peccator ex eo quod centies facit malum, et per patientiam sustentatur, ego cognovi quod erit bonum timentibus Deum, qui verentur faciem ejus. 13. Non sit bonum impio, nee prolongentur dies ejus, sed quasi umbra transeant qui non timent faciem Domini.
14. Est et alia vanitas, quae fit super terram : sunt justi, quibus mala pro veniunt, quasi opera egerint impiorum : et sunt impii, qui ita securi sunt, quasi justorum facta habeant : sed et hoc vanissimum
judico. 15. Laudavi igitur laetitiam quod non esset homini bonum sub sole, nisi quod comederet, et biberet, atque gauderet : et hoc solum secum auferret de labore suo in diebus vitas suas, quos dedit ei Deus sub sole.
16. Et apposui cor meum ut scirem sapientiam, et intelligerem distentionem,quas versatur in terra :
est homo, qui diebus et noctibus somnum non capit oculis. 17. Et intellexi quod omnium operum Dei nullam possit homo invenire rationem eorum, quae fiunt sub sole : et quanto plus laboraverit ad quasrendum, tanto minus inveniat : etiam si dixerit sapiens se nosse, non poterit reperire.
— :i:— CAPUT IX. -^^
Nemo scit an Dei odio vel amore sit dignus : quod eadem cunctis hie eveniunt : et cum post hanc brevem et incertam vitam non restet tempus operandi, monet nunc operibus instanter incumbendum : et licet sapientia praestet fortitudini, in paupere tamen non aestimatur.
MNIA haec tractavi in corde meo, ut curiose intelligerem : Sunt justi atque sapientes, et opera eorum in manu Dei : et tamen ne-
miliere a I'auteur : c'es^ let sa par-i, ce qui lui revient. C'est en vain que I'homme voudrait aller plus loin et connaitre tous les secrets de la Providence, toutes les raisons de la conduite de Dieu dans le monde : ce domaine est inaccessible a ses recherches (vers. 16 suiv.).
16. Car ni le jour ni la nuit I'esprit de I'homme ne cesse de penser. Motais : an point que ni la nuit ni le joier mes yeu.x ne connaissaient le sonwteil.
CHAP. IX
I. Sont dans la main, sous la puissance et la dependance absolue de Dieu, qui agit avec eux a sa guise, et permet qu'ils soient exposes comme les mechants aux miseres et aux accidents de cette vie. — Ni P amour, etc., passage obscur, diversement explique : a) I'amour et la haine designent ici les mar-
ques exterieures de la faveur ou du deplaisir de Dieu, la prosperite et I'adversite : personne ne sait s'il sera heureux ou malheureux en cette vie. b) Delitzsch : les evenements n'etant pas au pouvoir de I'homme, ce dernier ne sait pas s'il aura de Tamour ou de la haine, car ce sont les circonstances exterieures, encore inconnues de lui et independantes de sa volenti, qui determineront ses sympathies et ses antipathies; il pourra hair demain celui qu'il aime aujourd'hui. c) Vulgate : mil ne sait s'il est digne d' amour et de haine, ce que Motais explique ainsi : des peines et des joies que nous envoie la Providence, nous n'avons pas le droit de conclure que Dieu est content ou mecontent de nous, par la raison qu'il n'est point oblige a traiter des ce monde chacun selon son merite. — Tout est devant eux, dans I'avenir, par consequent hors de leur port^e;
LECCLESIASTE. Chap. IX, 2—18.
connus des hommes : tout est devant eux. 2 Tout arrive egalement a tous :
meme sort pour le juste et pour le mechant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; ce qui arrive a riiomme bon arrive au pecheur; il en est de celui qui jure conime de celui qui craint de jurer. sC'est un mal, parmi tout ce qui se fait sous le soleil, qu'il y ait pour tous un meme sort, et il en resulte que le cceur des enfants des hommes est plein de mechancete et que la folie est dans leur cceur pendant leur vie; apres quoi ils vont chez les morts. 4Car pour I'homme qui est parmi tous les vivants, il y a de I'esperance; mieux vaut un chien vivant qu'un lion mort. 5 Les vivants, en effet, savent qu'ils mourront, mais les morts ne savent rien, et il n'y a plus pour eux de salaire, puisque leur memoire est oubliee. 6j)^j4 jgujamour, leur haine, leur envie a peri, et ils n'auront plus jamais aucune part a ce qui se fait sous le soleil.
7Va, mange avec joie ton pain et bois gaiement ton vin, puisque Dieu depuis longtemps se montre favorable a tes cEuvres. ^Ou'en tout temps tes vetements soient blancs, et que I'huile parfumee ne manque pas sur ta tete. 9jouis de la vie avec une femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta fugitive existence que Dieu t'a donnee sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanite; car c'est ta part dans la vie et dans le
travail que tu fais sous le soleil.
10 Tout ce que ta main peut faire avec ta force, fais-le; car il n'y a plus ni oeuvre, ni science, ni sagesse, dans le sejour des morts ou tu vas.
^^J'ai encore vu sous le soleil que la course n'est pas aux agiles, ni la guerre aux vaillants, ni le pain aux sages, ni la richesse aux intelligents, ni la faveur aux savants; car tous sont soumis aux circonstances et aux accidents. ^^Car I'homme ne connait pas son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piege;comme eux les enfants des hommes sont enlaces au temps du malheur quand il fond sur eux tout a coup.
i3j'ai encore vu sous le soleil ce trait d'une sagesse qui m'a paru grande. ^411 y avait une petite ville, avec peu d'hommes dans ses murs; un roi puissant marcha contre elle, I'investit, et eleva contre elle de hautes tours. ^5 II s'y trouvait un homme pauvre et sage, qui sauva la ville par sa sagesse, et personne ne s'est souvenu de cet homme pauvre. '^Et j'ai dit : La sagesse vaut mieux que la force ; mais la sagesse du pauvre est meprisee, et sss paroles ne sont pas ecoutees. i7Les paroles des sages, ecoutees avec calme, valent mieux que les cris de celui qui commande au milieu des insenses. ^^La sagesse vaut mieux que les instruments de guerre; mais un seul pecheur peut detruire beaucoup de bien.
ils ne peuvent rien sur les evenements futurs, qui dependent uniquement de Dieu.
La Vulg. rattache ces mots au verset suiv. et les traduit : mais toiiies clioses sontreservees pour Ptn'emr, ctant itKeriaines dans le present (Glaire).
2. Qui jure pour des choses I^geres ou pour attester le mensonge. Comp. Matth.
3. // en resulte^ etc : la justice de Dieu ne se montrant pas, les hommes n'en deviennent que plus mechants : comp. viii, 11. — La folie : soit le d^couragement, I'indifference pour toutes choses, et par suite
I'inacftion; soit I'oubli de Dieu, et par suite la recherche effrenee des jouissances grossieres.
4. L^honime qui est (litt. associej hebr. iechabour : c'est le kethib)/<^ir;;// les vivants. Motais : a quelque vivaiit qu^on soit associe, quelle que soit la situation qu'on ait dans la vie. D'autres suivent le qeri (hebr. ieboucha>) : car qui est excepte de la loi de la mort? Pour tous ceu.x qui invent^ etc. — Un cJiien vivaftt: le chien etait chez lesHebreux le type de I'abjecftion : comp. I Sam. xvii, 43.
5. // ny a plus pour eux de salaire ou de recompense dans le monde superieur, ou Ton
LIBER ECCLESIASTES. Cap. IX, 2—18.
scit homo utrum amore, an odio dignus sit : 2. sed omnia in futurum servantur incerta, eo quod universa asque eveniant justo et impio, bono et malo, mundo et immundo, immolanti victimas, et sacrificia contemnenti : sicut bonus, sic et pecca^ cator : ut perjurus, ita et ille qui verum dejerat. j.Hocestpessimum inter omnia, quae sub sole fiunt, quia eadem cunctis eveniunt : unde et corda filiorum hominumimplentur malitia, et contemptu in vita sua, et post hasc ad inferos deducentur. 4. Nemo est qui semper vivat, et qui hujus rei habeat fiduciam : melior est canis vivus leone mortuo. 5. Viventes enim sciunt se esse morituros, mortui vero nihil noverunt amplius, nee habent ultra mercedem : quia oblivioni tradita est memoria eorum, 6. Amor quoque, et odium, et invidiam simul perierunt,nec habent partem in hoc sasculo, et in opere, quod sub sole geritur.
7. Vade ergo et comede in laetitia panem tuum, et bibe cum gaudio vinum tuum : quia Deo placent opera tua. 8. Omni tempore sint vestimenta tua Candida, et oleum de capite tuo non deficiat, 9. Perfruere vita cum uxore, quam diligis, cunctis diebus vitas instabilitatis tuas,qui dati sunt tibi sub sole omni tempore vanitatis tuae : hasc est enim pars in vita, et in labore tuo, quo laboras sub sole. 10. Ouodcumque
facere potest manus tua, instanter operare : quia nee opus, nee ratio, nee sapientia, nee scientia erunt apud inferos, quo tu properas.
1 1. Verti me ad aliud, et vidi sub sole, nee velocium esse cursum, nee fortium bellum, nee sapientium panem, nee doctorum divitias, nee artificum gratiam : sed tempus, casumque in omnibus. 12. Nescit homo finem suum : sed sicut pisces capiuntur hamo, et sicut aves laqueo comprehenduntur, sic capiuntur homines in tempore malo, cum eis extemplo supervenerit.
13. Hanc quoque sub sole vidi sapientiam, et probavi maximam :
14. civitas parva, et pauci in ea viri : venit contra eam rex magnus, et vallavit eam, exstruxitque munitiones per gyrum, et perfecta est obsidio. 15. Inventusque est in ea vir pauper et sapiens, et liberavit urbem per sapientiam suam,et nullus deinceps recordatus est hominis illius pauperis. 16. Et dicebam ego, meliorem esse sapientiam fortitudine : quomodo ergo sapientia pauperis contempta est, et verba ejus non sunt audita.? 17. \ erba sapientium audiuntur in silentio plus quam clamor principis inter stultos.
1 8. Melior est sapientia, quam arma bellica : et qui in uno peccaverit, multa bona perdet.
a bien vite oublie leur memoire et le souvenir des services qu'ils ont purendre autrefois.
6. Leur amour, etc. : ils n'^prouvent plus les passions qui agitent les hommes dans la vie presente. L'auteur decrit ici, non ce qu'il croit, mais ce qu'il voit, ce que la premiere apparence nous montre relativement a la condition des defunts.
7. Sens : puisqu'il en est ainsi (vers. 3-6), jouis, dans les limites tracees par la sagesse, des biens que ton travail et la benedi(51;ion de Dieu t'ont donnes en abondance.
8. Les vetements blancs et les parfums sont simplement des symboles de joie.