LIVRE DE LA SAGESSE. Chap. II
brouillard que chassent les rayons du soleil et que la chaleur condense en pliiie. ^ Notre vie est le passage d'une ombre; sa fin est sans retour; le sceau est appose et nul ne revient. ^Venez done, jouissons des biens presents ; usons des creatures avec I'ardeur de la jeunesse. 7Buvons a profusion le van precieux, couvronsnous de parfums, et ne laissons point passer la fleur du printemps. ^Couronnons-nous de roses avant qu'elles se fletrissent; [qu'il n'y ait point de prairie qui ne soit le theatre de nos plaisirs]. 9Qu'aucun de nous ne manque a nos orgies; laissons partoutdes traces de nos rejouissances; car c'est la notre part, c'est la notre destinee. ^°Opprimons le juste qui est pauvre; n'epargnons pas la veuve, et n'ayons nul egard pour les cheveux blancs du vieillard charge d'annees. "Oue la force soit pour nous la loi de la justice; ce qui est faible n'est bon a rien. ^^Traquons done le juste, puisqu'il nous est inutile, qu'il est contraire a notre maniere d'agir, qu'il nous reproche de violer la loi et nous
fait une honte de dementir notre education. ^311 pretend posseder la science divine et se nomme fils de Dieu. 14 II ne sert qu'a faire paraitre la honte de nos pensees. 'sSa vue seule nous est insupportable ; car sa vie ne ressemble pas a celle des autres, et ses voies sont etranges.
16 Dans sa pensee, nous sommes d'impures scories ; il evite notre maniere de vivre comme une souillure ; il proclame heureux le sort final des justes et se vante d'avoir Dieu pour pere. i7Voyons done si ce qu'il dit est vrai, et examinons ce qui lui arrivera au sortir de cette vie. i^ Car si le juste est fils de Dieu, Dieu prendra sa defense et le delivrera des mains de ses adversaires. i9Soumettons-le aux outrages et aux tourments, afin de connaitre sa resignation et d'eprouver sa patience. ^oCondamnons-le a la mort la plus honteuse, car sans doute, selon qu'il s'en vante, Dieu aura souci de lui."
-^Telles sont leurs pensees, mais ils se trompent, aveugles par leur
produit, en definitive, la condensation des vapeurs de I'atmosphere. Du reste, il ne faut pas demander a I'auteur une explication scientifique d'un phenomene naturel; il s'en rapporte dans sa comparaison aux simples apparences.
5. Le passage d'ti/ie ombre : rombre s'evanouit quand disparait I'objet qui la projetait, ou la lumiere dans laquelle elle tombait. Cette image est frequente dans I'Ecriture; comp. v, 9; Job, viii, 9; xiv, 2; Ps. xxxix, 7, al. — Safin est sans retour, on ne meurt qu'une fois {HJbr. ix, 27). — Le sceati est appose; litt. le retour est see lie, c.-a-d. ferme, impossible; les anciens scellaient ce que nous fermons; comp. /ob, xiv, 17; Dan. vi, 17; Apoc. XX, 3. — Nul ne revient ; comp. Job, vii, 9; II Sam. xii, 23; Eccli. xxxviii, 21.
Dans les versets suiv., les impies tirent les consequences de leur materialisme :
I '■« consequence, vers. 6-9; 2e, vers. 10-20.
6. Des biens presents (en gr. ovxwv), par opposition a ceux de I'autre vie; ou bien, des biens reels, palpables, visibles, par opposition aux biens imaginaires, tels que la vertu et la sagesse.