LIVRE DE LA SAGESSE. Chap. XI
qu'ils avaient autrefois expose sur le fletive et rejete avec mepris, ils I'admirerent a la fin des evenements, lorsqu'ils eurent souffert une soif bien differente de celle des Hebreux. ^jEn punition des pensees extravagantes, fruit de leur perversite, qui les egaraient et leur faisaient adorer des reptiles sans raison et de vils animaux, vous leur envoyates une multitude de betes stupides : ^^pour leur apprendre que ce qui sert a rhomme pour pecher sert aussi a son chatiment. '711 etait facile a votre main toute-puissante, qui a fait le monde d'une matiere informe, d'envoyer contre eux une multitude d'ours ou de lions feroces, ^^ou des betes nouvellement creees, pleines de fureur et inconnuesy«j'^«^-/^, respirant une vapeur enflammee, exhalant une fumee infecle ou lan^ant par les yeux de terribles eclairs, i9capables enfin, non seulement de donner la mort par une blessure, mais de foudroyer de peur par leur seul aspe6t. ^oEt sans cela meme, ils pouvaient perir par un
simple souffle, poursuivis par la justice et disperses par le souffle de votre puissance; mais vous avez tout regie avec mesure, avec nombre et avec poids. ^iCar la souveraine puissance est toujours a vos ordres, et qui done resisterait a la force de votre bras? 22 Le monde est devant vous comme I'atome qui fait pencher la balance, comme la goutte de rosee matinale qui tombe sur la terre.
23 Mais, parce que vous etes puissant, vous avez pitie de tons, et vous fermez les yeux sur les peches des hommes pour les amener a la penitence.
24Car vous aimez toutes les creatures, et vous ne haissez rien de ce que vous avez fait ; si vous aviez hai une chose, vous ne I'auriez pas faite.
25 Et quel etre pourrait subsister si vous ne le vouliez, etre conserve si vous ne I'aviez appele a I'existence.'' ^ejvfais vous pardonnez a tons, parce que tout est a vous. Seigneur, qui aimez les ames, (ch. xii, i) car votre esprit incorruptible est dans tons les etres.
soit par le fait meme de son exposition, soit lorsqu'il demandait a Pharaon de laisser partir les Hebreux. D'autres traduisent in exposiliotie : au temps on les enfanls des Hebreux etaient exposes. Au lieu de autrefois (gr. TraAxt), il y a dans la Vulg. prava, criminelle, se rapportant k expositiotie. — Une soif differente : la soif des Egyptiens, pendant que les eaux du Nil ^talent changees en sang fut beaucoup plus cruelle que celle des Hebreux dans le desert, celle-ci n'dtant qu'une epreuve de courte duree.
1 5. Fruit de leur pen'ersit/. : comp. Rom. 1, 21. — Des reptiles sans raison (Vulg. sans paroles : comp. II Pier. ii. 12) : cette expression peut comprendre aussi les crocodiles. • — Betes stupides : grenouilles, moucherons, sauterelles, etc. Voy. Exod.
viii et X.
Spiritualiste k I'origine, la religion egyptienne degen^ra en un grossier f^tichisme,
surtout parmi le peuple, qui substitua facilement I'embleme k I'idee, la statue et I'animal k la divinite qu'ils representaient.
Au lieu de guidani^ il faut probablement lire dans la Vulg. quidein.
17. Alati^re informe : ce sont les elements premiers des choses, tirees du n^ant par un premier acfle cr^ateur; la Genese nous les montre au commencement k I'etat de iohu vaboku, c.-k-d. de confusion, en attendant que la main de Dieu y mette de I'ordre et en fagonne le monde acfluel et tous les etres qui I'habitent. On ne peut done soutenir que I'auteur, tout en se servant d'une expression empruntee a Platon. admette comme lui une matiere coeternelle k Dieu. — Uenvoyer contre eux, au lieu de chetifs insedles, des ours : comp. Lev. xxvii, 22; Jcr. viii, 17; II Rois., ii, 24; otc des lions : comp. I Rois , xiii, 24; II Rois, xvii, 26. \
LIBER SAPIENTL^. Cap. XI, 15—27.
agi, commemorati sunt Dominum, admirantesinfinemexitus.15.Quem enim in expositione prava projectum deriserunt, in finem eventus mirati sunt : non similiter justis sitientes : 16. pro cogitationibus autem insensatis iniquitatis illorum, '^quod quidam errantes colebant mutos serpentes, et bestias supervacuas, immisisti illis multitudinem mutorum animalium in vindictam :
17. ut scirent quia per quas peccat quis, per haec et torquetur. 18. Non enim impossibilis erat omnipotens manus tua, quas creavit orbem terrarum ex materia invisa, ^immittere illis multitudinem ursorum,aut audaces leones, 1 9. aut novi generis ira plenas ignotas bestias, aut vaporem ignium spirantes, aut fumi odorem proferentes, aut horrendas ab oculis scintillas emittentes :
20. quarum non solum laesura poterat illos exterminare, sed et aspectus per timorem occidere. 21. Sed et sine his uno spiritu poterant occidi persecutionem passi ab ipsis
factis suis, et dispersi per spiritum virtutis tuae : sed omnia in mensura, et numero, et pondere disposuisti.
22. Multum enim valere, tibi soli supererat semper : et virtuti brachii tui quis resistet.^ 23. Ouoniam tamquam momentum staterse, sic est ante te orbis terrarum, et tamquam gutta roris antelucani, quas descendit in terram. 24. Sed misereris omnium, quia omnia potes, et dissimulas peccata hominum propter pcenitentiam. 25. Diligis enim omnia quas sunt, et nihil odisti eorum quas fecisti : nee enim odiens aliquid constituisti, aut tecisti.
26. Quomodo autem posset aliquid permanere, nisi tu voluisses.? aut quod a te vocatum non esset, conservaretur.'' 27. Parcis autem omnibus : quoniam tua sunt Domine, qui amas animas.
18. L'auteur parait s'etre inspire de la description du Leviathan (crocodile) Job, xli, 10 sv.
20. Sans cela, sans qu'il fut besoin de ces monstres. — Un simple souffle, un acle special de la puissance divine : comp. Job, iv, 9. — Par la justice ou la vengeance divine; Vulg., a raison de leurs propres crimes. — Vous avez tout regie : proposition generale qui s'applique k toutes les ceuvres de Dieu, aussi bien dans I'ordre physique que dans I'ordre moral, mais qui vise ici le cas particulier du chatiment des Egyptiens : Dieu les a punis, non selon I'etendue de sa puissance ou la rigueur de sa justice, mais avec mesure, etc. Comp. Job, xxviii, 25; Ps. xl, 12.
21. Car : Dieu aurait pu chatier les Egyptiens comme il est dit versets 17-20, car, etc.
Dans la Vulg., soli est ajoutd sans raison, et supererat est probablement pour superat, dans le sens neutre, en gr. TrapEaTi'v, adest.