EPITRE DE SAINT JACQUES
toutes les parties de l'empire a Jerusalem dans les grandes fetes, et ses rapports personnels avec les autres predicateurs de l'Evangile lui donnaient chaque jour occasion de s'informer des progres de la foi parmi les chretiens Hebreux. Or les nouvelles qu'il en recevait n'etaient pas consolantes, comme on peut l'infererdu temoignage de S. Paul. La plupart des judeo-chretiens, ne comprenant pas la necessite d'une renovation spirituelle, gardaient les vices nationaux apres etre entres dans la societe nouvelle. Leurs disputes passionnees, le ton tranchant qu'ils prenaient en matiere religieuse, leur cupidite et leur ostentation etaient un sujet de douleur amere pour I'apdtre S. Paul {Tit. i, 10; I Tim. i, 4-6; vi, 3-10). Si quelqu'un devait et pouvait, par un langage encrgiquc, corriger les chretiens des douze tribus,c'£tait sans contredit l'apotre S. Jacques, nazarecn des sa jeunesse, que sa piete et sa fidelite a observer la loi avaient fait surnommer le Juste, en meme temps qu'il etait l'interprete accredite de Jesus-Christ et son proche parent.
Les temoignages les plus anciens confirment / \ipostolicite de cette epitre. S. Clement de Rome, disciple de S. Pierre et de S. Paul, et le Pasteur d'Hermas y font des allusions. II en est de meme de S. Irenee, de Clement d'Alexandrie et de Tertullien.
La Peschitto, composee au deuxieme siecle, non loin des lieux ou vecut l'Apotre, la contient. Origene, enfin, en parle expressement sous le nom d epitre de Jacques. II y eut bien, a cet egard, quelques hesitations dans l'Eglise latine; mais, des la fin du IVe siecle, il n'en reste plus aucune trace, et la lettre de S. Jacques tient sa place dans tous les canons ou catalogues de la Bible. Sa valeur ne fut remise en doute qu'au XVIe siecle.
Elle cut surtout pour adversaire Luther, dont elle sapait par la base le dogme favori de la justification par la foi seule. Ce novateur prompt a l'injurc l'appelait " une epitre de paille, qui n'avait rien d'evangelique, rien d'apostolique. " De nos jours, la critique meme rationaliste ou protestante, devenue plus equitable, commence a reconnaitre ses droits a la veneration des chretiens.
Unpassagedecetteepitre(ii, 14-26) ou saint Jacques recommande fortement la pratique des bonnes ceuvres comme une condition necessaire de la justice chretienne, a fait croire a quelques interpretes (S. Augustin,etc.) que l'auteur s'etait propose de reagir contrc les abus auxquels donnait lieu la doctrine de la justification par la foi prechee par S. Paul; plusieurs sont alles juqu'a soupconner une polemique contre l'Apotre des gentils. 1
Mais.d'abord, il n'y a pas, dans 110tre epitre, un seul mot qui puisse donner lieu de penser que la vraie doctrine de la justification par la foi r^gnait dans l'csprit des le6leurs, de maniere a ce qu'ils eussent abuse pour tomber dans le relachement; ils sont precisement a l'extreme oppose dans leur judaisme, si peu penetre encore de l'Evangile.
Ensuite, la question traitee par les deux apotres n'est pas du tout la meme. L'homme, ne dans le peche, peut-il s'elever, par ses seuls efforts, a un etat de justice devant Dieu ?
peut-il, par ses merites propres, obtenir la vie eternelle? Non, repond S. Paul; la justice et la vie eternelle s'obtiennent par la grace divine, sans qu'il y ait, a l'origine, aucun merite de la part de l'homme. La seule condition que Dieu exige de lui, e'est la foi, ou l'acceptation du divin Mediateur et de son ceuvre de salut {Philip. iii, 9); et cette foi elle-meme avant
1 Comp. Jacques, ii, 21 avec Rom. iii, 28 ;
iv, 2 sv.