‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 121 sur 506 · Sans parler des obstacles insurmon · texte numérisé non relu

Sans parler des obstacles insurmon

tables que les Apotres auraient rencontres,

il est evident qu'ils n'ont pu meme songer a enlever le corps de leur Maitre. En effet, ou ils croyaient qu'il ressusciterait dans trois jours, ou ils ne le croyaient pas, ou ils doutaient. S'ils croyaient a la promesse du Christ, pourquoi se fussent-ils exposes inutilement k des dangers certains.'' Ils n'avaient besoin que d'attendre trois jours. — S'ils ne croyaient pas sa resurrection possible, ils jugeaient qu'ils avaient ^t^ trompes par lui, ils voyaient tomber, avec sa promesse de revenir a la vie, toutes celles qu'il leur avait faites; I'entreprise, au succes de laquelle ils avaient cru, etait aneantie sans ressource ! Dans cette situation, ie plus simple bon sens et la tiniidite dont ils avaient donne des preuves, ne leur laissaient que I'alternative de se derober aux regards des Juifs, ou de demander pardon pour I'imposture dont ils avaient et^ les innocents complices. — S'ils doutaient, le meme bon sens et la meme timidite leur disaient de se cacher pendant trois jours, pour savoir de quel cote se trouveraient la verite et la puissance. — Dans toutes ces hypotheses, rien ne put leur suggerer I'idee d'ei.lever le corps du Crucifie. Voy. xxviii, 15 note.

116 £VANG. SELON S. MATTHIEU.Chap XXVII, 65, 66; XXVIII, i— 17.

et ne disent au peuple : II est ressuscite des morts. Cette derniere imposture serait pire que la premiere. " 65 Pilate leur repondit : " Vous avez une garde; allez, gardez-le comme

vous I'entendez. " ^^Us s'en allerent done, et ils s'assurerent du sepulcre en scellant la pierre et en y mettant des p-ardes.

lA

IJo — JESUS RESSUSCITE [Ch. XXVIII].

Lcs saintes femmes au tombeau ; Jesus leur apparait [vers, i — 12]. Les gardes soudoyes [13 — 15]. Apparition en Galilee, mission des Apotres 9^33 [16 — 20].

pjPres le sabbat, des I'aube du premier jour de la semaine, Marie-Madeleine et I'autre Marie allerent visiter le sepulcre. ^Et voila qu'il se fit un grand tremblement de terre; car un ange du Seigneur, etant descendu du ciel, vint rouler la pierre, et s'assit dessus.

3 Son aspeft ressemblait a I'eclair, et son vetement etait blanc comme la neige. 4A sa vue, les gardes furent frappes d'epouvante, et devinrent comme morts. sEt I'ange, s'adressant aux femmes, dit : " Vous, ne craignez pas; car je sais que vous cherchcz Jesus qui a ete crucifie. ^H n'est point ici; il est ressuscite comme il I'avait dit. Venez, et voyez le lieu ou le Seigneur avait ete mis; 7et hatezvous d'aller dire a ses disciples qu'il est ressuscite des morts. Voici qu'il vous precede en Galilee ; la, vous le verrez; je vous I'ai dit." ^Aussitot elles sortirent du sepulcre avec crainte et grande joie, et elles coururentporter la nouvelle aux disciples.^9Et voila que Jesus se presenta devant

elles et leur dit : " Salut! " Elles s'approcherent, et embrasserent ses pieds, se prosternant devant lui. ^^Alors Jesus leur dit : " Ne craignez point; allez dire a mes freres de se rendre en Galilee : c'est la qu'ils me verront." "Pendant qu'elles etaient en chemin, quelques-uns des gardes vinrent dans la ville et annoncerent aux Princes des pretres tout ce qui etait arriv^. ^^(^eux-ci rassemblerent les Anciens, et, ayant tenu conseil, ils donnerent une grosse somme d'argent aux soldats, i3en leur disant :

" Publiez que ses disciples sont venus de nuit, et I'ont enleve pendant que vous dormiez. HEt si le gouvcrneur vient a le savoir, nous I'apaiserons, et nous vous mettrons a couvert. " ^sLes soldats prirent I'argent, et firent ce qu'on leur avait dit ; et ce bruit qu'ils repandirent se r^pete encore aujourdThui parmi les Juifs.

^i^Les onze disciples s'en allerent en Galilee, sur la montagne que Jesus leur avait designee. ^vRn le voyant, ils I'adorerent; mais quelques-uns

CHAP. XXVIII

I. Apres le sabbat, etc. le dimanche matin. Ayant passe dans leurs maisons le sabbat de la Paque, ces pieiises femmes ne savaient pas qu'une garde avait ete mise au tombeau du Sauveur, et elles venaient avec des aromates pour embaumer son corps, ce qu'elles n'avaient pu faire le jour precedent {Luc, xxiii, 56). Les faits racont^s versets 2-4 sont anterieurs k leur arrivee. — Marie-Madeleine et Vauire Marie (xxvii, 56), accompagnees de Salome {Marc,

xvi, i) et de quelques pieuses compagnes. S. Luc en nomme une Jean tie (xxiv, 10) et I'on pent supposer qu'elles marcherent en deux groupes distindts, qui parvinrent au sepulcre successivement.

2. N.-S. etait sorti du tombeau sans I'ouvrir, son corps glorifie jouissant du don de subtilite.

4. Coiniue inoris... puis ils s'etaient enfuis, de sorte que les saintes femmes ne les trouverent plus.

5. Ai(x femmes, moins Madeleine qui, apercevant la pierre enlev^e, etait allee, en

EVANG. SEC. MATTH^UM. Cap. XXVII, 65, 66; XXVIII, i— 17. 117

sepulcrum usque in diem tertium :

lie forte veniant discipuli ejus, et furentur eum, et dicant plebi :

Surrexit a mortuis : et erit novissimus error pejor priore. 6^. Ait illis Pilatus : Habetis custodiam, ite, custodite sicut scitis. 66. Illi autem abeuntes, munierunt sepulcrum, signantes lapidem, cum custodibus.

— :>— CAPUT XXVIII. — :i:— Facflo terr?emotu, exterritisque ciistodibus, Angelus mulieribus narrat Christi resurrecflionem : qui ipsis apparens jubet (sicut et Angelus jusserat) ut discipulis nuntient, quod Dominum in Galihx;a visuri sint : milites sepulcri custodes, pecunia corrupti, dicunt corpus Christi furto sublatum : discipuli videntes in Galilaea Dominum, jubentur ire ad docendas et baptizandas omnes gentes.

ESPERE autem sabbati, 'quas lucescit in prima sabbati, venit Maria Magdalene, et altera Maiia videre sepulcrum. 2. Et ecce terr«motu<? facrus est magnus. Angelus enim Domini descendit de coelo : et accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum : 3. erat autem aspectus ejus sicut fulgur : et vestimentum ejus sicut nix. 4. Pras timore autem ejus exterriti sunt custodes, et facti sunt velut mortui. 5. Respondens autem Angelus dixit mulieribus : Nolite timere vos : scio enim, quod Jesum, qui crucifixus

est, quasritis : 6. non est hie : surrexit enim, sicut dixit : venite, et videte locum, ubi positus erat Dominus. 7. Et cito euntes, dicite discipulis ejus quia surrexit : et ecce prascedit vos in Galila^am : ibi eum videbitis : ecce praedixi vobis. 8. Et exierunt cito de monumento cum timore, et gaudio magno, currentes nuntiare discipulis ejus. 9. Et ecce Jesus occurrit illis, dicens : Avete.

Illas autem accesserunt, et tenuerunt pedes ejus, et adoraverunt eum.

10. Tunc ait illis Jesus : Nolite timere : ite, nuntiate fratribus meis ut eant in Galilasam, ibi me videbunt.

1 1. Quae cum abiissent, ecce quidam de custodibus venerunt in civitatem, et nuntiaverunt principibus sacerdotum omnia, quae facta fuerant. 12. Et congregati cum senioribus consilio accepto, pecuniam copiosam dederunt militibus, 13. dicentes : Dicite quia discipuli ejus nocte venerunt, et furati sunt eum, nobis dormientibus.

14. Et si hoc auditum fuerit a praeside, nos suadebimus ei, et securos vos faciemus. 15. At illi accepta pecunia, fecerunt sicut erant edocti. Et divulgatum est verbum istud apud Judasos, usque in hodiernum diem.

16. Undecim autem discipuli abierunt in Galilasam in montem, ubi constituerat illis Jesus. 17. Et videntes eum adoraverunt : quidam

toute hate prevenir les Apotres, et qui, revenue au tombeau peu apres le depart de ses premieres compagnes, fut honoree la premiere d'une apparition du Sauveur. Voy. Jean, xx, i, 11 sv. et Marc, xvi, g.

7. Les Disciples, qui etaient Galileens, devaient naturellement s'en retourner dans leur pays apres I'octave de Paque. Jesus s'y trouva avant eux, et leur apparut plusieurs fois. Ades, i, 3.

ID. Outre ce rendez-vous donne en Galilee a la generalite de ses disciples, J^sus se reservait de se montrer auparavant aux Apotres et a quelques privil^gies, en des apparitions que saint Alatthieu ne mentionne pas.

15. " Comment ces hommes faibles, (les Apotres), que I'arrestation de Jesus avait disperses, auraient-ils trouve apres sa mort I'audace de I'imposture? Comment ces hommes simples (on le peut voir au ton de leur recit et a la candeurde leurs propres aveux) auraient-ils invente, Jesus mort, tout un systeme que, de son vivant meme, ils n'enlendaient pas?" IVallon.

17. (2iielqiies-uns : il s'agit probablement ici de certains disciples, et non des Apotres, lesquels avaient d'ailleurs aussi eprouve, en voyant Jesus ressuscit^,un sentiment d'hesitation {Luc, xxiv, 41). S. Paul dit que N.-S., apres sa resurre(f\ion, se fit voir a plus de cinq cents disciples assembles (I Cor. xv, 6).

118 EVANGILE SELON S. MATTHIEU. Chap. XXVIII, 18—20.

-> (/ju hesitaient a croire. ^^Et Jesus s'approchant, leur parla ainsi : " Toute puissance m'a ete donnee dans le ciel et sur la terre. 't9Allez done, enseignez toutes les nations, les baptisant

au nom du Pere, et du Fils, et du Saint-Esprit, 20 leur apprenant a garder tout ce que je vous ai commande :

et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'a la fin du monde.

20. La fin du monde ^ litt. du siecle (voy. xiii, 39, 40, 49). Apres etre demeure invisibleinent avec son Eglise jusqu'au dernier jour de ce monde, Jesus-Christ viendra alors

visiblement la delivrer et la glorifier. — " Digne parole de I'Epoux celeste, qui engage sa foi pour jamais a sa sainte Eglise ! Ne craignez point, mes Apotres, ni vous qui

EVANGELIUM SECUNDUM MATTH^UM. Cap. XXVIII. 18—20. 119

autem dubitaverunt. 18. Et accedens Jesus locutus est eis, dicens :

Data est mihi omnis potestas in *Marc. 16, ccelo, et in terra. 19. ^Euntes ergo '5- docete omnes gentes : baptizantes

eos in nomine Patris, et Filii, et

Spiritus sancti : 20. docentes eos servare omnia quascumque mandavi vobis : et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem saeculi.

succederez k un si saint ministere : moi ressuscite, moi immortel, je serai toujours avec vous ; vainqueur de I'enfer et de la mort, je vous ferai triompher de Tun et de

I'autre ; et I'Eglise que je formerai par votre sacrd ministere, comme moi, sera immortelle. " Bossuet.

:^^m^^^^mm^^^^m^^mmm':^m^m:^mM:Mmmmmmmm:^mmmmM:M^m

WWWWWWWWWWWWWWWWWWWWW.WWWWWWWWWWWWWWWWWWWW

Intratiuctian.

L'AUTEUR du second Evangile parait avoir ete le disciple qui figure dans les A6les des Apotres tantot sous le nom de Jlf^i:^, tantot sous celui dej^'a^}-, tantot sous les deux reunis (xii, 12, 25; xiii, 5, 13; XV, 39). Jean etait son nom juif ; devenuchretien etcompagnon desApotres, il prit le nom romain de Afarc, comme Saul avait pris celui de Pan/ au commencement de sa premiere mission ^ Sa mere, appelee Marie, habitait Jerusalem ; c'est dans sa maison que les premiers fideles se reunissaient pour celebrer les saints mysteres, et c'est la aussi que saint Pjerre, miraculeusement delivre de prison, alia dire6lement chercher un asile. Cette derniere circonstance suppose qu'il existait deja d'intimes relations entre le prince des Apotres et la famille de saint Marc. Dans sa premiere epitre (v, 13), Pierre appelle Marc son fits : cette expression, dans le^langage chretien, est plus qu'une appellation de tendresse ; elle indique un fils selon la grace, et semble dire que c'est de la main de saint Pierre que notre Evangeliste avait re^u le bapteme.

Saint Marc fut aussi admis de bonne heure, sans doute par les soins

de son oncle saint Barnabe, dans la societe de I'Apotre des gentils. II I'accompagna dans sa premiere mission, dans riLe__de Chypre et dans I'Asie-Mineure. Mais, au moment de penetrer dans les provinces les plus inhospitalieres deda Syrie. il semble avoir recule devant les dangers d'un si penible ministere ; il quitta Paul pour revenir i-Jixosalein. Plus tard, nous le retrouvons a.AiitiQ£he, resolu a tout affronter pour la diffusion de I'Evangile {Acl. xv, 36 sv.); puis a .S-Oine, parmi les chretiens qui soulageaient saint Paul pendant sa premiere capti vite ( Col. iv, i o ; PJiileni. 24). II etait venu dans cette ville, on ignore a quelle date, avec saint Pierre, qu'il accompagnait habituellement en qualite d' interpreter c'est-a-dire de secretaire.2

D'apres la tradition, I'evangeliste saint Marc fonda I'Eglise patriarcale (T Alexandrie ; il occupa ce siege jusqu'a la huitieme annee de Neron (an 62) et se donna pour successeur Anianus. II aurait subi le martyre sous Trajan. Sa chaire fut transportee d'AIexandrie a Venise, qui lui a eleve une des plus belles et des plus riches basiliques de I'univers.

Papias3 est le premier qui nous

^ Un certain nombre d'exdgetes (Baronius, D. Calmet, Patrizzi, Danko, etc.) font de I'Evangeliste S. Marc et du Jean-Marc des A<fles deux personnages distintfls. Ce sentiment a pour lui i" la tradition liturgique, qui cdlebre la memoire diTS^ Evangeliste le 25 avril, et celle de Jean-Marc le 27 septemhre ; 2" la difficulte qu'il y a a voir un disciple assidu de S. Pierre dans Jean- Marc, qui, apr^s avoir ete, jusque vers I'an 52, compagnon de S. Paul et de S. Barnabe {Afl. xiii, 5 ; xv, 39), est encore designe par S. Paul comme I'un de ses fideles collaborateurs, vers I'an 63 {Col. iv, 10; Philem. 24) et meme I'an 67 (II Tim. iv. 1 1).

Dans cette opinion, la vie de S. Marc I'evangeliste nous serait presque totalement inconnue ; il ne serait nomme que I Pierre,

- C'est le sens que S. Jerome donne a ce mot {ad Hedib. 11). II ne faut done pas entendre par la que I'office de Marc fut de traduire en grec ou en latin les discours de Pierre prononcej en arameen. II ecrivait siniplement, comme font les secretaires, sous la diflee ou sous I'inspiration de son maitre, tout ce qui dtait reclame par les besoins de la mission.

^ Dans Eusebe, Hist. eccl. iii, 39. Sur Papias, voy. p. i, note 3.

6VANGILE SELON SAINT MARC

donne des renseignements sur I'Evangile de saint Marc : " Au rapport du pretrc Jean (d'Ephese), dit-il, Marc, devenu I'interprete dc Pierre, consigna exaclement tout ce qu'il avait garde dans sa memoire des a6lions et des paroles de Jesus-Christ, mais non avec ordre, car il n'avait pas entendu le Seigneur et ne I'avait pas suivi ; il suivit seulement I'apotre Pierre, qui exposait les doctrines du Christ selon les circonstances. "

Clfijment d'Alexandrie^ et Qrigene2, I'un et I'autre du patriarcat \d'Alexandrie, confirment ces rensei- /gnements. L'Eglise occidentale, de son cote, nous fournit deux solides temoignages, celui de TertuUien en Afrique3, et celui de S. Irenee dans les Gaules4. Saint Jernrpe resume ainsi la tradition des premiers siecles : " Disciple et interprete de Pierre, Marc, sur la demande que les freres lui en firent a Rome, ecrivit un Evangile de peu d'etendue, d'apres ce qu'il avait oui rapporter a Pierre. Cet apotre, I'ayant entendu, I'approuva et le publia, en vertu de son autorite, pour etre lu a I'Eglise. Clement nous I'at-

> teste au VI^ livre de ses Hypotyposes.s" Toutes ces donnees de la tradition sont verifiees et confirmees par I'examen intrinseque du livre.

Et d'abord un le6leur attentif a bientot decouvert dans I'auteur du second Evangile un disciple de saint Pierre. Le nom de cet apotre est mentionne dans son recit en beaucoup d'endroits ou saint Matthieu I'omet^. Quoiqu'il vise a la brievete, il donne parfois des details qui completent saint Matthieu, et ces details sont de telle nature que saint Pierre a pu seul, ou mieux que les autres,

les fournir7. II passe s.o..us jiileiicc certains faits glorieux pour son maitre, par exemple la scene fameuse ou Jesus I'etablit comme le fondcment de son Eglise, parce que I'humiHte du chef des Apotres la lui faisait taire sans doute dans ses predications^; par contre, il insiste sur le reniement, que la predication de saint Pierre devait souvent rappeler avec I'accent dc la plus vive douleur9.

Ensuite saint Marc donne a ses le6leurs de nombreuses explications, soit de mots,iiebreux ou arameens inseres dans son recit, tels que : Boanerges, talitJia cnmi, Bartimee, corban, abba; soit d'usages juifs que des personnes etrangeres au judaisme devaient ignorer : il dit, par exemple, ce qu'il faut entendre par mains eouiniunes, ^3.r parasecve ; il fait connaitrc la situation du mont des Oliviers (xiii, 3), le jour de la celebration de la Paque (xiv, 12) : ce n'est done pas a des Juifs convertis qu'il s'adresse principalement. En parlant de I'offrande de la veuve qui avait mis dans le tronc deux petites pieces de monnaie bien connues des Juifs et des Grecs, il en indique la valeur en monnaie^;omaine ; il emploie sous une form.e grecque un grand nombre de mots latins sans les expliquer, tels (\\.\e^egion, ceiitnrion, eens, denier, pretoire, etc. ; seul il parle du renvoi du mari par la femme (x, 12 : comp.

MattJi. xix, 9), que les Juifs ne connaissaient pas, mais qui etait en usage chez les Romains; seul il fait mention d'un Chretien nomme Rufus, fils de Simon de Cyrene, qui "Hemeurait a Rome (xv, 2 1 : comp. Rom. xvi, 1 3) : c'est done pour les Romains et parmi les Romains qu'il ecrit^o.

^ Dans Eus^be, Hist. eccl. vi, 14.

2 Ibid, vi, 25.

3 Contr. Marc, iv, 5.

•» Adv. Hcer. Ill, i, \, etx, 6.

5 Vir. ill. viii.

" Comp. Marc, 1, 36; v, 37 avec Matth. ix, 22. Marc, xi, 21 avec Matth. xxi, 20. Marc, xiii, 3, 4 avec Matth. xxiv, 3. Marc,

xiv, yj avec Matth. xxvi, 40. Marc, xvi, 7 avec Matth. xxviii, 7.

^ Voy. Marc, i, 29, 36 ; v, 37 sv. ; ix, 5, 9 ; xiii, 3,4; xiv, 13, 15, 37, 40-

* Comp. Marc, viii, 27 sv. avec Matth. xvi, 13 sv. et Luc, ix, 18, sv.

' Marc, xiv, 66 sv.

'° Ajoutez Marc, i, 5 {lefleuve diijourdain);

EVANGILE SELON SAINT MARC

La tradition ne nous fournit pas dedonneesconcordantes sur repoqne ou saint Marc ecrivit son Evangile. Tandis que saint Jrenee {Adv. Hcer.

Ill, I, i) en reporte la composition apres la mort de saint Pierre (an 62), Clement d'Alexandrie (dans Eusebe, Hist. eccl. vi, 14) suppose qu'il fut redige du vivant du prince des Apotres.^ Une chose est certaine, c'est qu'il fut public avant la^grise de Jerusalem par Titus, puisqu'il rapporte, sans ajouter aucune reflexion, la prophetic de ce grand evenement. II est egalement hors de doute que saint Marc ecrivit en grec, langue predominante dans I'Empire et generalement comprise a Rome a cette epoque.

On a conteste I'authenticite des vers. 9-20 du dernier chapitre. Au temoienaee dJElusebe et de saint

JixQJJlSj ce fragment manquait dans nn certain nombre de manuscrits tres exa<5ls, et Ton sait qu'il fait defaut dans les deux plus anciens que nous possedions, ceux du Vatican et du Sinai. Mais, onJaveur de son authenticite, nous avons a peu pres tous les autres manuscrits et la plupart des versions antiques anterieures aux plus anciens Codices, la version italique, la Peschito commune et la Peschito plus ancienne, dont Cureton a retrouve et public des fragments considerables; nous avons I'autorite de saint Ijenee et d'Hjppolyte (commencement du III^ siecle), qui en citent des passages. En outre, si Ton rejette les versets dont il s'agit, il faut terminer I'Evangile a ces mots : car elks craignaient,^eice serait chose bien etrange

qu'un livre finissant sur nn coj:^ Enfin des raisons tres vraisemblables expliquonljjomission de ce passage dans plusieurs manuscrits : on commen^a par I'ecarter de la le6lure publique dans certaines Eglises, soit parce que quelques-uns le croyaient, a tort, oppose a saint Matthieu sur le moment de la resurre6lion3; soit surtout a cause de la difference d'usages dans la celebration de la Paque chretienne. Les fideles d'Alexandrie qui terminaient le jeune quadragesimal au milieu de la nuit du samedi au dimanche, se fondaient sur le texte de saint Matthieu ; tandis qu'a Rome on jeunait jusqu'au dimanche matin, selon le texte de saint Marc. Omis en certains lieux de I'Orient, dans la le6lure ecclesiastique, ce passage dut I'etre aussi par plusieurs copistes, auxquels il put paraitre suspe6l.

Apres le Preavibiile (ch. i, 1-13), ou le Precurseur et le Messie font tour a tour leur apparition, I'Evangile ecrit par S. Marc pent se diviser en quatre parties :

I. Ministere de Jesus en Galilee, d'abord pacifique, puis trouble par la malveillance des Pharisiens (ch. i, 14vi, 13)-

II. Ministere de Jesus dans les regions voisines de la Galilee, pour echapper a la police soupconneuse d'Herode (ch. vi, 14-ix).

Page 1