‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 491 sur 506 · JUIVES · texte numérisé non relu

JUIVES

Parabole. — La Bible prend dans un sens tres large le xwoiparahole, correspondant a I'hebreu niaschal ; itWo. appelleainsi, aussi bien dans I'Ancien que dans le Nouveau Testament, tout discours figure ou allegurique, ou se trouve une comparaison, une image, une sentence enigmatique et obscure, un proverbe, etc. Dans un sens plus strict et plus moderne, on entend par parabole la symbolisation d'une verite religieuse ou morale, au moyen d'un fait, d'une a-^ion, d'un evenement, de scenes empruntees a la vie ordinaire et a la conduite de I'homme.

Jesus n'est pas I'inventeur de ce genre litteraire; la parabole, meme dans son sens strict, existait longtemps avant lui. Le genie oriental, a la riche imagination, n'aime pas seulement a revetir sa pensee d'ornements poetiques, iJ se plait au mvstere, aux formes indecises; une lecjon

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cachee sous un voile a pour lui plus de charme que la verite radieuse; il s'arretera des heures a la mediter, pour en percer Tobscurite. De la ces proverbes, ces enigmes qui abondent dans I'Ancien Testament. Des sages et des prophetes, comme Nathan (II Sai>i. xii, 1-7), comme Salomon {Eccle. ix, 14-16), comme Isaie (xxviii, 23-29), avaient aussi compose des paraboles proprement dites. A I'epoque du Sauveur, cette methodede predication etait familiere aux Rabbins, et plusieurs d'entre eux, Hillel, Schammai, Nahorai, etc., y excellaient; mais aucun d'eux n'egala jamais les touchantes et sublimes beautes des paraboles evangeliques.

Pour ne parler que de ces dernieres, quelques-unes sont tres courtes : ce n'est qu'un exemple {Afatt/i. xiii, 31, 32, 33,44, 45) 47-49)) '^i" proverbe, une sentence un peu enigmatique {Matth. xv, 14 coll. Luc^ vi, 39; MattJi. XV, 15-20; Luc^ ix, 23; xiv, 28-30, 31-33; XV, 3-7). D'autres, une trentaine environ, offrent un plus long developpement: c'est un recit fiitif, mais vraisemblable, emprunte soit a la nature, soit au commerce des hommes entre eux et aux usages ordinaires de la vie. {Matth. xiii, 3-8; xxi, 28-32, 33-41; xxii, 1-14; xxv, 1-13, 14-30. Luc, X. 30-37; xxii, 6-9; xiv, 7-11, 16-24; xv, 11-32; xvi, i-io, 19-31; xviii, 1-8, 9-1, etc.).

La parabole differe de I'allegorie, en ce que cette derniere, personnifiant dire6lement les idees, n'implique de fait aucune comparaison : voy. les belles allegories du bon Pasteur ([can, x, ri6) et de la vigne {Jean, xv, 1-8). Elle se distingue aussi de la fable en ce que ses recits, quoique fi6lifs, ne renferment rien d'invraisemblable, tandis que ceux de la fable manquent a la fois de verite el de vraisemblance, les personnages qu'elle fait agir et parler, etant le plus souvent des animaux et des plantes.

Les diverses paraboles de N.-S. ont toutes un rapport avec le royaume des cieux, dont elles exposent la nature et les proprietes, la relation avec I'humanite, et reciprocjuement. Ainsi elles nous fontconnaitre la nature du royaume des cieux (Matth. xiii, 31-33, 44-46), la maniere dont il arrive a I'homme {Man; iv, 26-29), dont il se propage {Matth. xiii, 31, 32), les conditions auxquelles il s'obtient {Luc, xiv, 16-24), quels sont les sentiments, la conduite, la destinee de ses partisans et de ses adversaires {Luc, xiii, 6-9; Afatth. xiii, 47-50; xxi, 33-44)) etc.

Le carat^tere essentiellement populaire des paraboles est une des raisons pour lesquelles N.-S. a si souvent employe ce genre litteraire. Un autre motif qui poussa le divin Maitre ay recourir ce fut, il nous

le dit lui-meme {Matth. xi, 13 sv.), de couvrir comme d'un voile les mysteres divins, dont par suite la connaissance se derobe aux esprits legers et indociles.

Toute parabole a une pensee principale, une idee mere, qu'il faut rechercher avec soin, par I'etude attentive du contexte. Les circonstances secondaires doivent etre interpretees dans leur liaison avec I'ensemble; cependant elles peuvent aussi, par elles-memes, exprimer quelque verite, pourvu que cette verite ne s'eloigne pas trop de la le^on principale. II faut encore observer, dans I'interpretation d'uneparabole, que chaque trait del'image n'a pas necessairement son application dans la chose representee. Certains traits, certains details accessoires, peuvent n'etre pas significatifs; ils sont ajoutes pour I'ornement, et ne figurent que comme une draperie destinee a donner a la parabole plus de grace et d'ampleur. C'est d'ailleurs un ancien axiome, que toute comparaison cloche.

Pdree : voy. Palestine.

Pharisiens, se6le tres consideree et tres influente, qui constituait la caste savante et orthodoxe du Judaisme. Ce nom '&\^n\'c\csepai'es, designe des croyants qui se distinguent de la masse vulgaire par leur connaissance plus approfondie de la religion, par leurs habitudes de piete, et par la fuite de tout ce qui aurait pu alterer en eux la purete legale. Leur premiere origine doit remonter aux temps qui ont suivi de pres la captivite. La dure epreuve de I'exil avait regenere le peuple de Dieu; de retour dans leur patrie, beaucoup de Juifs se mirent a etudier assidiiment les Livres sacres, et s'appliquerent soit a maintenir, soit meme a reunir par ecrit les doctrines et les interpretations de la Loi jusqu'alors transmises par la parole. Un peu plus tard, quand les Juifs, pour des raisons politiques, durent entrer en relation avec les nations etrangeres, il fallut reagircontre I'hellenismequi menarait d'envahir I'antique religion de Moise. Ainsi se fonda la se6le des Pharisiens, dont le nom existait deja a I'epoque des Machabees, au milieu du IL siecle avant J.-C. Grace a la consideration dont ils jouissaient aupres du peuple, ils eurent des le commencement une influence politique tres grande, et formerent dans I'Etat une puissance redoutable aux rois et aux pontifes eux-memes. Sous Herode le Grand, la sedle comptait plus de six mille membres, et ils oserent refuser le serment de fidelite que le roi exigeait d'eux au nom de I'empereur romain. lis peuplaient, au temps de N.-S., les cours

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de justice du pays; la plupart des membres du Sanhedrin, notamment les Scribes ou dotteurs de la Loi, etaient Pharisiens, et c'est le plus souvent comme membres, ou plutot comme representants de la se6le, qu'ils sent nommes dans I'Evangile.

Les Pharisiens admettaient, a cote des documents ecrits, la tradition orale comme source de la religion et de la loi; ils preferaient meme la tradition a la parole ecrite, ou du moins celle-la servait de mesure pour I'interpretation de celle-ci, qui se trouvait, en beaucoup de cas, non pas expliquee, mais etouffee par elle. Contrairement aux Sadduceens, ils enseignaient I'existence d'etres spirituels (anges) superieurs a I'homme, la distin6lion de I'ame d'avec le corps, I'existence propre de Pame et son immortalite, la resurrection des corps, enfin les recompenses et les peines de I'autre vie.

Les preceptes de morale enseignes par les Pharisiens jouirent, a I'origine, d'une grande autorite; eux-memes etaient de veritables modeles de vertu. Mais peu a peu ils s'ecarterent de I'esprit de Dieu; en theoiie comme en pratique, ils n'eurent plus d'estime que pour les observances ex'terieures, pour un furmalisme etroit et outre, et transformerent I'esprit primitif, serieux et moral, en une saintete affe(5lee, cachant sous ce voile menteur I'envie, la haine, la colere, I'avarice. Ils mettaient un grand zele a commenter la Loi et a I'appliquer a toutes les actions de la vie; mais, I'interpretant avec une subtilite extreme, ils en tirerent les consequences les plus eloignees, et finirent par batir, surtout au sujet du repos sabbatique, un labyrinthe de regies, d'entraves, de defenses minutieuses et d'ordonnances genantes, qui avaient fini par transformer la Loi en un joug pesant, en rendaient la pratique aussi difficile que ridicule, et ])roduisaient, comme un fruit naturel, I'hypocrisie sous ses formes les plus varices. Ajoutez un orgueil insupportable, une vaine recherche des preseances et des titres. Un Pharisien etait un homme infaillible et impeccable, qui se regardait comme meilleur que tous les autres, (jui prenait la premiere place a la synagogue, qui priait sur les places publiques, qui faisait I'aumone a son de trompe, qui voulait etre salue dans les rues, qui extenuait son visage pour qu'on y vit la trace de ses jeunes. De tels hommes devaient etre les adversaires naturels de Jesus, le refoimateur des coeurs. Toutefois ce portrait ne convient pas a tous; nous avons dans Nicodeme et dans Gamaliel des exemples de nobles et vertueux Pharisiens, et sans doute plusieurs autres leur ressemblaient. Ajoutons que les Pha-

risiens, sauf quelques alterations peu importantes de la veritable do6frine, s'en montraient, surtout vis-a-vis des Sadduceens, les gardiens fideles et courageux. Voila pourquoi N.-S., tout en reprenant leurs vices, rappelle qu'ils sont assis sur la chaire de Moise, et recommande d'ecouter leurs enseignements {Matth. xxiii, 2, 3).

Philippe : voy. H^rode (Famille d').

Pilate. — L'an 26 de I'erevulg , 779 de Rome, avant Paque, Jesus etant dans sa 31'' annee, arriva en Judee le procurateur romain Ponce Pilate. Josephe est le seul historien qui parle de son administration, mais pour n'en relever que des traits de violence, de cruaute et de perfidie. Cette conduite exaspera les plus considerables d'entre les Juifs, qui accuserent le pro curateur aupres de Vitellius, propreteur de la province de Syrie, dont la Judee formait comme une annexe. Le propreteur destitua Pilate etle fit poursuivre a Rome (788 de Rome, au mois de mars); mais Tibere mourut (an yj) avant que Pilate arrivat pour se defendre. Le proces n'eut sans doute pas une issue favorable; car, au temoignage d'Eusebe, I'ex-procurateur de Judee fut exile a Vienne, dans les Gaules, ou il se tua de desespoir.

L'interet que Pilate parait porter a Jesus s'explique par des raisons tres faciles a comprendre : d'abord par la haute dignite de Taccuse, dont il devait deja avou- entendu parler; ensuite par I'obligation oil il etait de rendre compte a I'empereur de toutes les affaires importantes; enfin et surtout par la haine qu'il portait aux Pharisiens, ces ennemis irreconciliables des Romains. Une vie de plus ou de moins, un a6le de justice, c'est ce dont Pilate s'inquietait peu, comme le prouve la barbare flagellation qu'il infligeaau Sauveur; mais il n'avait aucune envie d'etre favorable aux Pharisiens, comme le demontre son mot laconique : Quod scripsi, scripsi. Neanmoins, quand les Pharisiens menacerent de I'accuser lui-meme aupres de Cesar, sacrifiant ses ressentiments a sa securite, il leur livra Jesus, et mit un terme a ce drame deplorable par un trait de comedie, en se lavant les mains.

Princes ou Principaux du peuple :

voy. Sanhedrin.

Prince des pretres : voy.SANHEORiN.

Proselytes (7rpo(jTj?\'j-o?, advena, celui fiui s'approche). On appelait de ce nom les Gentils qui, du paganisme, passaient au Tudai'sme. Les proselytes etaient done des etrangers, des paiensqui avaient consent! a se laisser incorporerau Judaisme

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et qui en avaient adopte, du moins en partie, las croyances, le culte et les diverses pratiques. Leur nombre etait assez considerable, car les Pharisiens de I'ecole de Hillel, se considerant coinme les missionnaires de I'idee juive, parcouraient les terres et les niers pour faire un proselyte {Maft/i. xxxiii, 15;. D'autant que I'idealde purete, de charite qu'ils proposaient le plus sou vent, attirait a la Loi Mosaique, surtout parmi les Grecs et les Romains, bien des ames revoltees des liontes du paganisme.

On distinguait : i. Les teSojjisvoi, --poSouijievo'. Tov 3£dv, les craignanf Dieu. Cetaient des paiens pieux afifilies a la communaute juive, sans toutefois etre assujettis c\ la circoncision. lis n'appartenaient done pas au peuple de Dieu en qualite de membres; mais conime les Israelites, ils reconnaissaient le Dieu unique, I'honoraient du meme culte, prenaient part aux reunions des Svnagogues et se soumettaient a certaines "prescriptions de la loi ceremonielle.

2. Les proselytes proprement dits, les gerwi ou r.poaiiXuTot tout court. Cetaient les seuls paiens qui se soumettant a la circoncision etaient incorpores au peuple juif et s'assujettissaient a I'observation de toutes les prescriptions de la Loi. Outre la circoncision, ils etaient tenus de recevoir un bapteme de purification {tehilah) et de faire I'oblation du sang {haretsa'af/i ddniim). On les regardait comme faisant definitivement partie de la communaute, et on leur accordait a peu pres les memes droits qu'aux Juifs de naissance.

L'antiquite judaique ne parait pas avoir connu de proselytes de la parte. Les gerim thoschab dont parle la Mischna, — dans les ecrits rabbiniques du \IiosQwK%^les eirangers de la Porte {^erim haschsch'ar) — ne sauraient etre identifies avec les asSdij-svoi ou craigna?it Dieu. On comprenait sous ce nom les etrangers non-juifs, admis a resider aux portes, au milieu d'Israel;ce sont les gerini de I'Ancien Testament. Vov. Exod. x\, 10; Dent, v, 14; xiv, 21; xxiv, 14. Ils n'appartenaient a aucun titre a la communaute juive; on les obligeait seulement a I'observation des preceptes dits de Noe,et qui se divisaient : a) en 4 moraux : ne pas blasphemer, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas se revolter contre I'autorite, et : b)en 3 legaux : ^viter le culte des images, I'inceste entre parents aux degres prohibes de nouveau par Moise, I'usage du sang et des viandes non saignees (comp. AH. XV, 29). — Les proselytes du second degre, et meme ceux du premier, etant soit par I'incorporation au peuple juif, soit du moins par I'observation partielle de la Loi participants de la justice

legale, et par suite bien separes des etrangers de la parte, ont ete designes sous le nom d'etra?igers ou proselytes de la Justice c'est-a-dire justes, {gerei hatstsedaqali).

Publicains. — On appelait ainsi {xz).wiix: pul'licani), en Palestine, au temps de N.-S., tous les agents du fisc, coUecteurs d'impots, douaniers, etc., charges de recueillir, pour le compte des Romains, les divers tributs que la nation juive payait alors aux maitres du monde. On les trouvait partout, dans les ports, sur les pouts, sur les grandes routes, telles (jue celle d'Acre a Damas, celebre sous le nom de route de la mer. Ces fon6lionnaires ne sont jamais aimes du peuple; chez les Juifs, ils etaient abhorres et assimiles aux pecheurs et aux paiens, non seulement a cause de leurs exactions et de leurs tracasseries, mais parce que I'impot, nouveau pour le peuple de Dieu, etait un signe de sa decadence et de sa vassalite. On les comparait aux voleurs, aux assassins, aux gens de vie infame; on fuyait tout commerce avec eux, on evitait de se marier dans leurs families, et ces sortes de mariages, quand ils avaient eu lieu, pouvaientetre rompus. Ces fondtions n'etaient le plus souvent remplies que par des employes de bas etage, ou des paiens; les Juifs qui les acceptaient etaient excommunies.

Quirinius (Recensement de). — - P. Sulp. Quirinius, ne a Lanuvium de parents obscurs, s'eleva par son ardeur guerriere et son habilete dans les affaires aux premieres charges de I'empire. II fut consul en 742, senateur, et en dernier lieu gouverneur de Syrie. En cette qualite, il opera en Judee un recensement auquel le peuple juif ne se soumit qu'apres divers essais de resistance. Mais Josephe(^«/?^. xviii, i) associe ce recensement a la deposition d'Archelaiis, et le place I'an 37 apres la bataille d'A61;ium, 759 de Rome, 6 de I'ere vulgaire, et par consequent 10 ans apres la naissance de J.-C. — Cela pose, comment faut-il expliquer le texte de S. Luc (ii, 1-2) qui rattache la naissance de J.-C. a Bethleem au recensement e^xecute par Quirinius.?

On a resolu cette difificulte de plusieurs manieres, entre lesquelles les savants se partagent.

I. Outre le recensement fait en Judee par Quirinius Tan 6 de I'ere vulgaire, il y en eut un autre I'annee meme de la naissance de N.-S. TertuUien, dans son traite contre Marcion (iv, 19), en appelle expressement a ce premier recensement conserve dans les archives de I'empire, etdontl'auteur, Sentius Saturninus, fut propreteur de Syrie de I'an 744 a I'an 748 de Rome.

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Mais comment Tertullien nomme-t-il Saturninus, tandis que S. Luc nomme Quirinius? Plusieurs estiment que la reponse est facile. L'empereur Auguste, qui avait fait executer la description cadastrale de tout I'empiie, voulut y joindre un denombrement des personnes. " II choisit, dit Suidas, vingt hommes des plus distingu^s par leur probite et leur maniere de vivre et les envoya dans tous les pays de son obeissance, afin de faire le recensement des personnes et des biens. Quirinius fut sans doute un de ces vingt commissaires. Car il avait toute la confiance de I'empereur, comme le demontre sa position de reclor (conseil ou precepteur) aupr^s du jeune Caius Cesar. Ses antecedents le designaient pour la province de Syrie; en effet Tacite nous apprend qu'il avait obtenu les honneurs du triomphe pour avoir conquis les forteresses des farouches montagnards de Cilicie. II arriva done en Syrie avec des pouvoirs extraordinaires, et c'est sous ses ordres que Saturninus fit en Judee le denombremeut dont parle S. Luc. Ce dernier lui donne le titre de gonver7ieur non au sens rigoureux de legat, mais dans le sens large d'ofificier, de simple envoye CKtraordinaire de Cesar, charge par lui de faire le recensement de la Judee.

2. Le texte grec se prete tres bien a la traduction suivante : Ce premier rece?isement eiit lieu avant que Q uii-iniusfutgouverueur de Syrie. La Judee, a cette epoque, n'etait encore qu'une alliee, non une province de I'empire romain ; mais les allies fournissaient aussi a I'empire de I'argent et des hommes. Rome avait done interet a connaitre les ressources du pays; ce desir devait etre surtout naturel a Auguste, alors que, pendant la vieillesse d'Herode, il songeait peut-etre a changer ses allies en sujets, a convertir le tribut en impot, en reduisant la Judee en province romaine : ce qui arriva en effet dix ans apres, i'an 6 de I'ere vulgaire. Ce recensement ayant ete fait par Herode (sur I'ordre d'Auguste), il fut opere selon la forme juive : d'ou il suit que Joseph dut se faire inscrire, non au lieu de son domicile, mais au lieu de son origine (comp. Nombr. i, 2 avec Luc, ii, 4); Marie I'y accompagna sans y etre obligee.

3. Les savantes recherches de Zumpt {Coinnientat. epigraph, ii, 86-104; — De Syria romana provincia, 97-98) et de Mommsen (Res gestcv divi Augusti) mettent hors de doute que Quirinius fut deux fois gouverneur de Syne, une premiere fois au temps ou mourut Herode, de 750 a 753, et dix ans apres, de 7S9 a 765, comme I'atteste expressement Josephe. Pendant son premier gouvernement, Quirinius acheva le recensement commence

I'annee precedente, et interrompu par la mort d'Herode. Si ce premier recensement a laisse moins de traces dans les annales juives et n'a pas cause, comme le second, de revokes sanglantes {AH. v, 13. Josephe, Antiq. xviii, 1,1; Bell. jud. ii, 9, 2), c'est qu'il fut une simple description des personnes et des biens, n'entrainant ni levee de taxes, ni service militaire; c'est surtout qu'Herode vivait encore, et qu'il avait su, par une habile politique, s'en nienager la dire(;;l;ion.

Cette solution nous parait a la fois la plus simple et la plus sure.

Royaume de Dieu, royaume du Christ, roj'aume des cieux. Ces expressions si souvent employees dans I'Evangile ne se rencontrent pas dans I'Ancien Testament. Mais I'idee qu'elles expriment s'y rencontre frequemment (Vov. Is.

xlii, i; xlix, ^•,Jerem. lii, 13 sv.; xxiii,'2 sv.; Ezech. xi, 16 sv.; xxxiv, 12 sv.; Os. ii, 12 sv.; Am. ix, i sv.; Mich, ii, 12-13; »''. 12 sv.; et surtout Z>a;/. ii, 44; vii, 13-14). Cette idee c'est 1° le rovaume du Messie {Matth. xii, 28; Luc, xvii, 16; xvi, 20 al.) annonce et decrit par les anciens prophetes. Ce royaume, dit Daniel (chap, vii), I'Ancien des jours (I'Eternel) I'a donne au Fils de I'homme (au Messie); il durera eternellement; son but est le salut de I'humanite, la formation et la glorification des elus; ce sera le royaume des saints, et, quand le nombre des elus sera complet, que le Prince du monde sera pleinement vaincu, le Christ livrera a son Pere, sans cesser de regner sur lui, ce royaume pacific, sa glorieuse conquete (I Cor. xv, 23-24). k cause de sa nature spirituelle et vraiment celeste,- - il vient en effet de Dieu etconduitaDieu,— ce royaume du Messie, appele ordinairement par S. Matthieu royaume des cieux, est toujours nomme par les deux autres Synoptiques et par S. Jean royaume de Dieu. Toutefois la nature du royaume du Messie n'est pas purement spirituelle. D'apres I'ensemble de i'Ecriture "He" I'Ancien et du Nouveau Testament, le regne de Dieu est un ptgt heureux du monde regenere et gouverne, au nom de Jehovah, par son Christ, fils de T)avid. A cet etat heureux doit prendre part, a sa maniere, la creation materielle (Rom. viii, 19 sv.; II Fier. iii, 13) et surtout les saints dans leurs corps ressuscites. D^ja commence, grace a la redemption du Christ, I'etablissement du regne de Dieu ici-bas, suivi de sa consommation, sous sa forme la plus parfaite, dans le ciel, aura lieu grace a une defaite terrestre et visible des impies, partisans de IWntechrist, (]ue N.-S. vaincra et detruira lorsdesonsecondavenement(II77/£-i«r.ii,8;

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Apoc. xix, 15 sv.)- Mais les Juifs contemporains de N.-S., et les Apotres euxmemes, avant que le Saint-Rsprit ne les eCit pleinement eclaires, s'arreterent trop exclusivement a I'idee d'un Messie conqueiantet triomphateur. Ilsconsidererent trop le regne du Messie conime un regne reparateur et purement terrestre quiassurerait le relevement glorieux du trone de David, ferait courber rsous le joug d'Israel tous les peoples paiens, et assurerait a ses sujets I'abondance de tous les plaisirs. Le royaume de Dieu est avant tout glorificateur, spirituel, celeste.

2° Parce qu'elle est un premier stade, la premiere forme de I'ceuvre messianique, c'est rEglis.emilitante fondee par le Christ pendant qu'il vivait sur la terre {Matth. xvi, 19; xiii, 31, 33, 47), qui est le le royaume de Dieu ou du Messie; cette Eglise est son corps mystique {Ephes. iv), il continue d'y vivre, et de san6lifier en elle et par elle toutcs les generations; il lui a donne des lois, une organisation determinee; elle forme une societe visible etexterieure (Matth. xvi, \Z\Jea?i, xx, 23; J/arr, xvi, 15, 16; Liic, X, 16), pourvue de toutl'organisme qui sied a un royaume. Dans un sens large, ceux-la appartiennent a TEglise (visible), qui faisant profession de la vraie foi en J.-C. obeissent a son vicaire en terre, quand menie leurs sentiments intimes et leurs (jeuvres ne seraient point en harmonie avec leur croyance {Matth.

xiii, 4 sv. 24 sv. 47 sv. xxv, i sv. 14 sv.). Mais ceux-la seulement participent au bienfait de la redemption, qui rec^oivent la grace a laquelle ils sont appeles, c'esta-dire qui ne sont pas seulement appeles^ mais encore justifies^ et ainsi rendus dignes d'etre glorifies {Rom. viii, 28 sv. ; Ephes. i, 4 sv.).

3" De la cette autre notion du royaume de^ Dieu : le regne de Dieu dans I'ame des justes. La grace, en effet, rattache ces ames au Messie et a Dieu, et les dispose a jouir un jour de la gloire du regne consomme. C'est de la grace ou encore du service de Dieu qu'il faut entendre les passages de I'Evangile oil Notre-Seigneur nous enseigne a prier pour gue son regne arrive {Matth. vi, 10); oil il nous recommande de chercher avatit tout le royaume de Dieu et sa justice {ibid, vi, 33); ou il dit : "Si je chasse les demons par I'Esprit de Dieu, le royaume de Dieu est done venu a vous " {Matth. xii, 28); ou, aux Pharisiens qui lui demandent quand viendra le ivyaume de Dieu, il repond : '• Le rovaume de Dieu ne viendra pas d'une maniere qui frappeles^ regards; on ne dira point : II est icT, il est la. Car le royaume de Dieu est au milieu de vous " {Luc, xvii, 20, 21) ; oil il compare le

royaume de Dieu a un levain {Matth.

xiii, 33;; ou il adresse aux Juifs endurcis la menace que le royaume des cieux leur sera retire, pour etre donne a ceux qui en produiront les fruits {Matth. xxi, 43), c'esta-dire qui coopereront a la grace.

4" Enfin le royaume de Dieu consomme et sous sa forme la plus parfaite, c'est le ciel, c'est le regne du Christ en nos ames dans les splendeurs des cieux, par la gloire et la jouissance de Dieu (Eglise^Jriomphante, Matth. xiii, 43; Alarc, ix, 46 : comp. 42 et 44; Luc, xiii, 29; xxiii, 42). — Nous n'avons pas besoin defaire observer que, dans la bouche des Juifs, ou des Apotres non encore eclaires par I'Esprit- Saint, ces memes locutions, royautne de Dieu, des cieux, ne sont pas autre chose que I'expression des idees plus ou moins erronees, qu'ils se faisaient du royaume du Messie.

Sadduceens, sefte juive diredlement opposee, aussi bien en theorie qu'en pratique, a celle des Pharisiens. Rejetant toutes les explications traditionnelles de la loi recueillies ou inventees par les Pharisiens, ils firent profession de borner leur vertu a la lettre meme de la Loi, de s'en tenir a la tsedaqah, c'est-a-dire a la pure justice legale. De la le nom de justes (tsidagim, d'ou Sadduceens) dont ils aimaient a se parer, par opposition sans doute aux vaines observances pratiquees par leurs rivaux. Mais bientot, par leur facilite a se meler avec les nations etrangeres,leur foi s'affaiblit et les do6lrines materialistes trouverent acces aupres d'eux.

Tout en admettant Dieu, ils rejetaient la Providence dans I'ordre moral, et isolaient de Dieu I'homme, laisse sur la terre sans aucun secours divin, sans une destinee superieure. Ils niaient I'existence d'etres spirituels, tels que les anges; quant a I'ame humaine, ils ne la regardaient pas comme essentiellement distin6le du corps, comme ayant une existence propre; formee d'une matiere plus subtile, elle s'eteignait avec la vie presente : par consequent, pas de vie future, pas de recompense ou de chatiment apres la mort, pas de resurre6lion des corps. Ils admettaient cependant une revelation extraordinaire de Dieu, car les livres de I'ancien Testament etaient pour eux, comme pour tous les Juifs, des Ecritures sacrees; mais ils rejetaient la tradition si respe6tee des Pharisiens.

Des hommes qui limitaient I'existence humaine a la vie presente, devaient en rechercher sans scrupule toutes les jouissanceset tous les plaisirs; et, comme ils n'admettaient pas I'element traditionnel,ils faisaient fort peu de cas d'une foule de rites

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et d'observances ; des pretres (un grand nombre appartenaient a cette sedle) donnaient jusque dans le temple le scandale de cette negligence. Josephe nous apprend encore que Ics Sadduceens aimaient a disputeret acontredire,etse montraient dans le commerce de la vie, et specialement dans les fondlions de jiiges, durs et impitoyables. Bien moins nombreuse et moins consideree que celle des Pharisiens, cette se(5le comptait des partisans surtout parmi les riches et les principaux de la nation, ce qui explique son influence dans le Sanhedrin et I'elevation de quelquesuns de ses membres au souverain pontificat. Ces materialistes et ces epicuriens n'hesiterent pas a se joindre aux Pharisiens, leurs adversaires, pour combattre le Sauveur et le christianisme naissant.

Samarie : voy. Palestine.

Samaritains. — Lorsque Salmanasar, roi d'Assyrie, eut detruit Samarie (en Tan 721 av. J.-C ) et emmene en captivite la plus grande partie des habitants du royaume d'Israel, il se preoccupa de repeupler cette contree. A cette fin il envoya de cinq provinces de son empire, surtout de la region de Cutha, des esclaves paiens qui se melerent avec le petit nombre d'Israelites restes dans leur patrie (II Rflis, xvii, 24). C'est de ce melange que descendaient les Samaritains ou habitants du pays de Samarie. Quoiqueformant un peuple a demi paien, ils pretendaient neanmoins, par un sentiment d'orgueil national, descendre de Jacob (voy. Josephe, A?it. ix, 14, 3; xi, 3, 6). lis faisaient profession de la loi et de la religion mosaique, au moins dans quelques-unes de ses croyances et de ses pratiques essentielles, mais en meme temps ils honoraient les dieux etrangers. De meme ils avaient conserve les cinq livres de Moise, mais ils rejetaient le reste de la Bible. A cause de leur origine impure et de leurs erreurs religieuses, les Juifs, au retour de la captivite babylonienne, refuserent de les reconnaitrecomme faisant partie du peuple de Dieu. Des lors une profonde antipathie divisa les deux peuples. L'ere6lion sur le mont Garizim d'un temple rival de celui de Jerusalem, mit le comble a la haine des Juifs. Vainement ce temple sacrilege fut detruit par Jean Hyrcan (i^gavant j.-C), les Samaritains n'en continuerent pas moins d'adorer en ce lieu et de regarder cette coUine comme la plus sainte du monde. Aussi les Juifs evitaient-ils comme une souillure tout commerce avec eux. Une bouchee mangee avec un Samaritain rendait aussi coupable que si I'on eut mange de la chair de pore. Ils ne pou-

vaient, sans crime, en recevoir aucun service, meme un verre d'eau. Mais ils lui pretaient sans scrupule a gros interets, car ils ne le regardaient pas comme un frere envers qui ils dussent accomplir le precepte du Deuteronome (xxiii, 20) : ce qui contraste singulierement avec I'exemple du bon Samaritain. Les Samaritains, de leur cote, ne traitaient pas mieux les Juifs. lis refusaient Thospitalite aux pelerins qui, du nord de la Palestine, se rendaient au temple de Jerusalem. II sutifisait, pour etre mal accueilli d'eux, d'avoir, selon I'expression de I'Evangeliste, la face tournee du cote de la ville sainte {Luc, ix, 53). lis leur tendaient meme quelquefois des embuches, de sorte que la route de la Samarie n'etait rien moins que siire, et que, si Ton voulait aller en securite de la Galilee a la cite de David, il fallait passer a Test du Jourdain.

La conduite de Jesus envers les Samaritains est tout a fait remarquable. Ces vi(51imes de la haine des Juifs lui ont servi a se montrer a nous sous ses traits les plus aimables et les plus divins. Jamais nous n'entendons sortir de ses levres un seul mot contre eux. Lorsque Jacques et Jean voulurent faire tomber le feu du ciel sur un village samaritain qui, selon I'usage, avait refuse de donner I'hospitalite a des pelerins se rendant a Jerusalem, Jesus, loin de se plaindre avec eux, leur dit ces paroles qui retentiront dans son Eglise jusqu'a la fin des temps {L2/C, ix, 52 sv.) : " Vous ne savez pas de quel esprit vous etes : le Fils de I'homme n'est pas venu pour perdre les ames, mais pour les sauver. " C'est le meme accent qui se fait entendre dans I'admirable discours du Maitre a la Samaritaine, discours qui devient plus beau encore, s'il est possible, quand on a present a I'esprit ce que nous venons de rapporter sur la tres viveanimositeoui divisait les deux races. Onsoupconneaup S. Matthieu, qui ecrivait specialement pour les Juifs, a omis a dessem ce que N.-S. a dit ou fait en faveur des habitants de Samarie.

A travers mille vicissitudes, les Samaritains ont survecu jusqu'anos jours;mais ils sont bien pres peut-etre de s'eteindre. La ville de Naplouse (I'ancienne Sichetn) en compte encore une trentaine de families, qui ont conserve I'antique veneration de leurs peres pour le mont Garizim.

Sanhedrin ou grand Conseil. —

A dater du temps des Asmoneens (IP siecle avant J.-C), on trouve dans I'histoire juive un tribunal superieur ou haute cour de la nation, appele des divers noms de Saiat, Conseil, grand Conseil et San/ieilrin (du grec ajvloptov, asseniblce). Des

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Rabbins soutiennent que I'institution de ce grand Conseil remonte au temps de Moise. lis s'appuient sur le passage du livre des Nombres (xi, 24-25) ou Moise raconte que peu de temps apres avoir quitte le Sinai pour s'avancer vers laterre promise, il institua, sur I'ordre de Dieu, un conseil de 70 anciens, auxquels Dieu communiqua une large effusion de dons spirituels, en particulier le don de prophetie. Mais il ne semble pas que ces Anciens aient forme un corps constitue qui aurait subsiste jusqu'a I'exil.et qui,retabli apres I'exil, serait devenu le Sanhedrin. En effet, il n'est plus question d'eux dansles liyres posterieurs au Pentateuque. Leur institution parait done n'avoir ete que temporaire. II nous semble par consequent que le Sanhedrin ne fut etabli qu'apreslacaptivite et peut-etre, comme son nom grec parait I'indiquer, date-t-il de I'epoque macedonienne et du temps de la domination des Seleucides.

Le Sanhedrin etait compose deyi membres, y compris le president, qui portait le titre de N^asi (prince), et le grand pontife, appele Ab bethdin (pere du tribunal). On y distinguait trois classes de personnes : celle des Princes ou chefs des pretres, nommes aussi grands pretres ou archipretres; celle des Scribes on doHeurs de la Loi, et celle des Anciens, Princes ou Principaiix du peuple. Comme le nonibre des membres de chaque classe n'etait pas fixe d'une maniere invariable, il arrivait souvent que le college des pretres formait la majorite. Le Sanhedrin exergait I'autorite do6lrinale, judiciaire et administrative, dans les cas les plus graves. Voici comment la Mischna, traite Sanhedrin^ decrit ses attributions : " Le jugement des soixanteonze est convoque quand I'affaire concerne toute une tribu, ou un faux prqphete, ou le grand pretre; quand il s'agit de savoir si Ton doit commencer la guerre, si Ton doit agrandir Jerusalem, ou y faire des changements essentiels, " etc. Les seances se tenaient dans une salle pres du temples nommee Gazith.\.Q.% sieges etaierit disposes en demi-cerclej le Nasi ou president etait assis au milieu, ayant a sa droite le Pere du Sanliedrin, ou le grand pretre; puis tous les autres membres de chaque cote, le visage tourne vers le san6tuaire, afin de ne jamais oublier les regies de la justice; a chacune des deux extremites de I'hemicycle etait place un secretaire. — Disons un mot de chacune des trois classes qui composaient le Sanhedrin.

L Classe des Princes des pretres. A I'epoque de la Passion de N.-S., elle etait presidee par Joseph Caiphe, qui avait ete nomnie pontife peu de teuii)S avant I'ar-

rivee de Pilate. Apres lui venait comme Sagan du sacerdoce (coadjuteur du grand pretre), le vieil Ananus ou Anne, (lui d^ja, 22 ans auparavant, avait occupe pendant 8 ans le siege d' Aaron; puis une dizaine d'ex-pontifes, ou de grands pretres destitutes; en fin les Princes des pretres proprement dits, c'est-a-dire, les chefs des 24 families ou classes des pretres, dont chacune etait chargee pendant une semaine du service ordinaire du temple. Parmi eux se trouvait sans doute Helcias, tresorier du temple a cette epoque, d'apres Josephe : c'est de lui que Judas dut recevoir les trente deniers, prix de sa trahison.

IL Classe des Scribes ou docleurs de la Loi. On appelait ainsi les Juifs instruits qui avaient pour fondlion d'expliquer et d'interpreter la I-oi. A Jerusalem, on pouvait les entendre a toute heure du jour dans les cours et les portiques du temple, rendez-vous d'une foule considerable. Ces dodteurs avaient un rang tres eleve dans la nation; souvent meme ilsl'emportaient en consideration sur les pretres, dont les fondtions etaient purement rituelles. On les appelait, suivantleur dignite, rab, rabbi, ou rabban. Plusieurs d'entre eux faisaient ecole et avaient de nombreux disciples; la republique juive ne compte guere, a partir des derniers prophetes, de noms plus illustres que ceux de Hillel et de Schammai, deux maitres celebres qui venaient de mourir quand N.-S. vint au monde, et dont les disciples se divisaient et se passionnaient pour des questions de doctrine ou de casuistique, a peu pres comme faisaient au moyen age les disciples de S. Thomas et de Scot. Tandis que la plupartdes pretres etaient Sadduceens, presque tous les Scribes professaient les do(5lrines du pharisaisme : voila pourquoi on les trouve si souvent dans I'Evangile unis aux Pharisienscontre Jesus. Les docteurs de la Loi formaient la deuxieme classe du Sanhedrin. Elle etait presidee, au temps de N.-S., par Gamaliel, de la race de David, et petit-fils de Hillel. II etait pharisien, comptait parmi ses disciples celui qui fut plus tard I'apotre S. Paul, et se montra sans doute, dans le Sanhedrin, favorable au parti du Messie (voy. AH. V, 34; xxii, 3). Mais sa voix fut etouffee dans ces jours d'epouvante par les cris de fureur de la race deicide. II embrassa le christianisme et mourut apres la ruine de Jerusalem. A cette classe appartenait Nicodeme, disciple secret, mais fidele du Sauveur {/can, iii, 10).

III. Classe des A?iciens, ou des Princes du peuple. Toute la nation Israelite etait divisee en douze tribus, et chaque tribu en plusieurs families; en outre, chaque tiibu, comme chaque famille, avait son

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chef, et ce chef etait, en general, selon la coutunie des Orientaux, le plus ancien de la famille ou de la tribu. Des le sejour des Hebreux en ALgy])\.e, nous voyons les Anciens figurer comme chefs, comme juges ou comme representants du peuple aupres de Moise, qui confere avec eux sur les affaires importantes. Sous la monarchic, il n'est plus question d'eux, ainsi que nous I'avons dit plus haut. Mais apres le retour de la captivite, il en est de nouveau fait mention dans les Livres Saints. lis font alors partie du Sanhedrin, et forment ainsi une portion importante de la magistrature supreme de la nation. L'Evangile les appelle Princes du peuple, Anciens du peuple, ou simplement F/inces, Anciens; il nous donne meme le nom de I'un d'eux, Joseph d'Arimathie, disciple secret de Jesus {Matth. xxvii, 57, 59; Marc, xv, 43-46; Luc, xxiii, 50; Jean, xix, 38). Ajoutons que dans certains passages les mots Prince ou Ancien designent un membre du Sanhedrin en general, sans distin6lion de classe. C'est ce conseil qui fit convoquer une assemblee extraordinaire a I'arrivee des Mages; c'est lyi qui se reunit plusieurs fois avant la Passion pour deliberer sur les mesures a prendre a I'endroit de Jesus; c'est devant lui que le Sauveur comparut pendant la nuit du Jeudi Saint chez Caiphe, et au matin du Vendredi Saint. C'est devant lui aussi que plus tard furent amenes les Apotres.

Scribes : voy. Sanhedrin.

Synagogue (c"est-a-dire assemblee), nom donne chez les Juifs a certaines reunions religieuses et aux edifices ou se tenaient ces reunions. Le Pentateuque ne prescrit nulle part de se rassembler dans des lieux particuliers pour prier, en dehors du tabernacle et par consequent dans le sandtuaire unique de Jerusalem; mais les Juifs en eprouverent le besoin de bonne heure (II Rois, iv, 23), surtout a I'epoque de la captivite. Dans I'impossibilite de se rendre au temple de Jehovah, ils organiserentdes assemblees pour entretenirdans leur coeur et dans celui de leurs enfants I'amour de leur religion, et pour rendre a Dieu les hommages du culte public que la loi permettait, c'est-a-dire la j^riere, moins le sacrifice. Apres leur retour en Palestine, les synagogues se multiplierent rapidement. Toute la population fut organisee en sections, avec des chefs reconnus, et I'on se rendait ensemble, a certains jours, en un lieu choisi dans ce but, pour y faire des prieres publiques, y chanter des psaumes, y lire et y e.xpliquer la sainte Ecriture.

Au temps de J.-C, chaque ville ou village de la Palestine possedait au moins une synagogue; il en etait de meme dans les viiles de I'empire romain ou se trouvait une colonic juive; a Jerusalem, on en comptait jusqu'a 450, au dire des rabbins. C'etaient des edifices de forme redlangulairc, variant de richesse et de grandeur selon I'importance des viiles. Elles etaient orientees de maniere que les fideles, en entrant et en priant, fussent tournes du cote de Jerusalem. On n'y voyait ni images, ni autel, mais, vers le fond, un chandelier a branches qu'on allumait aux grands jours, et un coffre de bois, convert d'un voile, qui contenait les Livres saints. C'est dans le voisinage de ce coffre que se trouvaient les premiers sieges, tantrecherches des Scribes et des Pharisiens {Matth. xxiii, 6), et ou Ton conduisait les personnages distingues {/acq. ii, 3). Vers le milieu s'elevait I'estrade oil montait le lecteur de la Bible, et le rabbi qui exhortait I'assemblee. Quant aux fideles ordinaircs, ils se tenaient dans la nef, qu'une cloison ou treillis divisait en deux parties, Tunc pour les hommes, I'autre pour les femmes.

Toute synagogue avait a sa tete un chef {archisynagogus), auquel appartenait la presidence dans les reunions, ainsi que ['administration des affaires temporelles et spirituelles. II etait assiste d'un conseil d'anciens, appeles aussi quelquefois chefs de synagogue {Marc, v, 22). Au-dessous d'eux, il y avait une sorte de ministre officiant, le scheliach, qui recitait les prieres au nom de I'assemblee; une sorte de sacristain, le chazan, qui ouvrait les portes et preparait les manuscrits ; enfin un targuniiste, ou interprete, charge de traduire aux fideles le passage hebreu que I'on venait de lire.

On se reunissait dans les synagogues trois fois la semaine, le lundi, le jeudi et le jour du sabbat; la reunion du sabbat etait seule obligatoire. Le scheliach commen^ait par reciter sur un ton monotone les prieres liturgiques; puis le chazan tirait du coffre sacre un des rouleaux ou volumes de la Loi, et le presentait a la personne de I'assemblee que le chef de la synagogue avait designee pour remplirles fondlions de ledleur. Comme cette le6lure se faisait en hebreu, que le peuple n'entendait plus depuis la captivite, le targumiste expliquait le texte sacre, phrase par phrase, dans la langue du pays. Ensuite, sur I'invitation du chef de la synagogue, un rabbi ou toute autre personne adressait au peuple " la parole de consolation,'' c'est-a-dire une instru6tion dogmatique ou morale. Si quelque Juif etranger, distingue par sa dodtrine, paraissait dans I'assistance, on s'empressait de le conduire

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a I'estrade, afin de recevoir son enseignement : Jesus eut plusieurs fois cet honneur {Luc, iv, 16-21). La reunion se terminait par quelques prieres.

Les synagogues ont joue un role important dansl'etablissement du christianisme; la Providence semble les avoir preparees pour servir de chaires aux Apotres. Dans toutes les villes de I'empire roniain 011 ils portaient leurs pas, ils trouvaient des Juifs et des reunions regulierement tenues, par consequent un auditoire tout prepare a les entendre proclamer la divmite de J.-C. et de son Eglise. Voy. AH. ix, 20, et passim.

Tiberiade. — Le lac ou mer de Tiberiade est ainsi appele du nom de la grande ville que les Romainsavaient batie surses bords. II est appele aussi lac de Gcncsaretli, a cause de la plaine de Gennesar qu'il fertilise — et mer de Galilee., parce qu'il est situe dans la partie septentrionale de cette province. Ce lac a de cinq a six lieues de long, sur deux ou trois de large. II est a 208 metres au-dessous de la Mediterranee. Le Jourdain le traverse de part en part, du nord au sud. Quoique de formation volcanique, comme I'attestent son bassin en forme de cratere, la nature des roches qui I'entourent, et la presence d'eaux thermales dans le voisinage, il etait, au temps de N.-S., environne de la plus riche vegetation, et dix villes prosperes (Capharnaum,Tiberiade,Bethsaide,Magdala,etc.), baties sur ses bords, lui formaient comme une couronne vivante, en meme temps qu'ellestiraient leurs richesses de seseaux poissonneuses et de la culture de I'olivier et de la vigne, si prospere alors en cette contree. Le Sauveur du monde s'est plu a repandre ses prodiges et ses divins enseignements autour de cette mer privilegiee : il la traversa bien des fois dans une barque; il apaisa miraculeusement ses eaux soulevees par la tempete; c'est parmi les pecheurs de ses bords qu'il choisit ses apotres, pour en faire des pecheurs d'hommes. Aujourd'hui, a part les roseaux et les lauriers-roses du rivage, et quelques palmiers qui s'elevent au-dessus des masures de Tiberiade, cette belle vegetation a disparu, et toutes les villes sont detruites.

Tiberiade, ville batie avec une grande magnificence sur le bord occidental du lac de ce nom, par Herode Antipas, tetrarque de Galilee, qui en fit sa capitale et lui donna le nom de Tiberiade en I'honneur de I'empereur Tibere. Elle etait surtout peupleed'etrangers, Grecs et Romains. L'Evangile ne dit pas que N.-S.

y soit venu; mais il est difficile d'en douter, quand on etudie les voyages de Jesus

autour du lac de Genesareth. La ville moderne de Tabarieh, entouree d'un mur de basalte, n'egale pas, a beaucoup pres, I'ancienne Tiberiade, dont on decouvre des ruines considerables un peu plus au midi. Les Chretiens y sont peu nombreux; leur eglise, consacree a S. Pierre, s'eleve au bord du lac, et a ete batie, selon la tradition, sur le lieu oil le prince des apotres jeta le filet pour la derniere fois, et ful institue pasteur supreme de I'Eglise universelle (Jean, xxi, i sv.).

Verbe, ou Parole, en grec .Voyo-, terme

par lequel S. Jean designe I'elementdivin

en J.-C., et qui correspond aux expressions

Fils de Dieu, Fits Jinique du Fere, plus

communement en usage dans I'Evangile.

Onc^nnait le sens theologique de cette

designation. Le Fils de Dieu, selon le

langage de S. Paul, est la force et la sa-

gessede Dieu (I Cor. i, 24), V image du Dieu

invisible (Col. i, 15), la spletideur et le

cara^ere ou Pempreifile de sa substance

(Hebr. i, 3), de sorte que celui qui le voit,

voit le Fere (Jean, xiv, 9). S. Jean se sert

pour designer le Fils de Dieu de I'appel-

/ lation de Verbe (Parole). De meme, en

" effet, que la parole humaine est le fruit

etla manifestation de notre entendement,

ainsi le Verbe, ou Fils de Dieu, est le

fruit substantiel de I'entendement divin,

[ia manifestation personnelle de Dieu.

Mais d'ou vient que S. jean seul, dF tous les ecrivains du Nouveau Testament, se sert de cette expression? Comment futil amene a I'employer.? Quelle est enfin I'origine de la do6frine du Verbe? II n'y a qu'une seule reponse exa(^fe a ces questions : I'Apotre a pris le mot dans la tradition juive a laquelle la philosophie de son temps (Philon, Cerinthe, etc.) I'avait aussi emprunte; mais la philosophie defigurait et rabaissait I'idee veritable du Verbe; S.Jean, eclaire d'en haut (Apoc.

xix, II sv.), la retablit et la proclame en tete de son Evangile. Donnons quelques developpements.

Des les premieres pages de la Bible, nous trouvons de vagues indications d'une pluralite de personnes dans I'essence divine. Sans nous arreter plus que de raison a certaines locutions que le genie de la langue hebraique suffit peut-etre a expliquer, telles que : Elohim (litt. les Dieux) crea (Gen. i, i); — Faisons Vliomme a notre image {Gtn. i, 26); — Void qu^ Adam est devenu semblable a run de nous (Gen. iii, 22); — Descendons et confondons leur langage (Gen. xi, 7), nous nous contenterons de rappeler les theophanies si frequentes dans I'histoire du peuple de Dieu. Elles presentent en effet cette particularite, (]ue Jehovah apparait le plus souvent

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aux regards mortels, non en personne, mais dans un etre mysterieux que I'Ecriture appelle I'Angedu Seigpeur. Get Ange est certainement distin6l de Jehovah, et pourtant il prend son nom incommunicable, il exerce le pouvoir divin; il recoit les honneurs dus a I'Etre supreme; partout il parle et agit en Dieu. II arrete le bras d'Abraham pret a immoler son fils : " Je sais, lui dit-il {Gen. xxii, 12), que tu crains Dieu et que pour moi tu n'as pas epargne ton fils unique," se confondant par ces dernieres paroles avec le Createur auquel Abraham offrait ce qu'il avait de plus cher. Dans un songe, il dit a Jacob : " Je suis le Dieu de Bethel." Qr le Dieu qui s'etait montre a Bethel, n'est autre que Jehovsh {Gen. xxxi, 11 :comp. xxviii, 13). Plus tard, au desert de Madian, ce meme Ange apparait a Moi'se dans le buisson ardent {Exod. iii, 2, d'apres I'hebreu), et le prophete ne voit en lui que Jehovah, n'entend qu'Elohim, et se voile la face, n'osant regarder la Divinite. Memes faits et meme langage au livre des Juges (vi,

D'autres expressions bibliques tres anciennes, non seulement renferment I'indication, obscure encore — il le fallait, a cause du penchant des Hebreux a I'idolatrie — d'une seconde personne au sein de la Divinite, mais preparent, en quelque sorte, le nom de Verbe qui lui sera donne plus tard. Ainsi Gen. i, 2, ra6le de la creation est decrit comme ayant ete realise par une parole de Dieu : Ef dixit Dens. Et cette parole creatrice, les Psaumes vont la personnifier, lui donner des attributs divins : Par la parole de Dieu., les cieux ont etc afferniis (Ps. xxxii, 6); — Jl a envoyi' sa parole, et il les a gueris (Ps. cvi, 20. Comp. Ps. cxlvi, 15).

Les livres sapientiaux {Frov. viii et ix; Eccli. i, i-io; xxiv, i sv.) nous font assister a un nouveau progres de la doftrine du Verbe, non pas, il est vrai, sous le nom de parole de Dieu, mais sous celui de Sag^SSe-diiifie, qui a la meme signification. Cette divine Sagesse n'est plus simplement un simple attribut divin; elle est rimage de Dieu, elle fait ses eternelles delices, elle se joue constamment dcvant lui. "Je suis sortie, dit-elle {Eccli. xxiv, 3, 9), de la bouche du Tres-Haut, et comme une nuee je couvris la terre. Avant le temps, des le commencement, il m'a etablie." D'apres le fils de Sirach, la Sagesse divine embrasse le ciel et la terre, et son empire s'etend a tous les peuples; mais c'est dans Israel qu'elle a fixe sa demeure, qu'elle a enfonce ses racines et pris del'accroissementjqu'elleaporte des fruits et des fleurs; elle s'est, pour ainsi dire, incarnee dans le livre de I'alliance, la loi

de Moise. Enfin, dans le livre de la Sagesse, tout voile tombe; elle se montre comme un etre personnel, une hypostase proprement dite {Sag. vii, 22 sv.; viii, 3 sv. ; ix, 9 sv.); c'est " un souffle de la vertu de Dieu, une pure emanation du Tout-Puissant, le rayonnement de I'eternelle lumiere, le principe reel, subsistant par luimeme, de la manifestation de Dieu dans I'univers; en elle habite un esprit intelligent, saint, qui peut et voit tout; elle est assise sur le trone meme de Dieu," etc. Toutes les merveilles que Dieu opere dans le monde lui sont attribuees. C'est elle qui cree le premier homme et le tire du peche, qui sauve les justes du deluge, qui veille sur les patriarches, qui fait passer la mer Rouge aux Hebreux et les guide dans toutes leurs voies. Le role que nous avons plus haut attribue a I'etre vague et mysterieux appele I'Ange du Seigneur, c'est maintenant la Sagesse personnelle de Jehovah qui le remplit. Cette Sagesse revolt quelquefois le nom de Losos (Sap. xvi, 12; xviii, 15, al.).

Les do6leurs juifs auteurs des targums ou paraphrases chaldaiques de I'Ancien Testament, firent faire un nouveau pas a la do6lrine du Logos divin. Dans un tres grand nombre de passages ou le texte hebreu porte simplement Jehovah, ils mettent Memra daya, c'est-a-dire parole de Dieu, pour designer Dieu se manifestant au dehors. Ainsi c'est la parole de Dieu qui protege Noe dans I'arche C6^^«. vii, 6), et le fils d'Agar au desert {Ge7t. xxi, 20); la voix de Dieu (Deuter. iv, 33) devient dans les targums la voix de la parole de Dieu. Bref, toute manifestation de Dieu a la race humaine. et specialement au peuple elu, est faite, d'apres les targums, par la Parole. Aussi identifient-ils souvent le Alemra daya ou pa7-ole de Jahvc avec la .Sr//^/'/;/^, c'est-a-dire avec lamanifestation de la gloire divine. Comme les Israelites, depuis les jours de I'exil, avaient completement rompu avec I'idolatrie, cette doctrine, qui s'etait transmise traditionnellement parmi les plus sages d'entre eux, pouvait et devait acquerir une clarte toujours plus grande, a mesure qu'on s'approchait du temps ou le Verbe divin allait se faire homme.

Vers I'epoque de la naissance de J.-C, les philosophes d'Alexandrie recueillirent tous ces germes disperses, plus ou moins obscurs, de I'idee de I'existence personnelle du Verbe divin, et les soumirent a une sorte d'elaboration scientifique. Mais leur effort pour penetrer le fond de cette doctrine et pour la concilier avec cellede Platon sur I'ame du monde (Adyo;, vou?), n'aboutit qu'a la defigurer. Comme nous le voyons par les ecrits de Philon, les

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Alexandrins concevaient le Verbe comme le principe de la manifestation de Dieu ad extra, comme la premiere emanation sortie de I'etre pur de la divinite, et cela afin d'expliquer la creation. Pour eux, le Logos etait un intermediaire entre Dieu et le monde, eleve au-dessus de toute creature visible, maisnon egal a Dieu, de sorte que, selon les expressions de Philon, ce n'est qu'imparfaitement et par catachrese qu'on I'appelle Dieu. Ainsi, dans leurs speculations, les Alexandrins n'ont pas tenu compte de ce point capital, savoir, que le Logos divin est avant tout le principe de la manifestation spontaneede Dieu ad intra. L'homme s'exprime luimeme a lui-meme dans sa parole interieure, c'est-a-dire dans sa pensee, et par la pensee de lui-meme il se conyoit luimeme; ainsi en est-il au sein de la Divinite, avec cette grande difference que ce qui, dans l'homme, se produit comme un

simple accident, est substantiel en Dieu. De toute eternite, Dieu a exprime et exprime tout son etre dans cette Parole substantielle et primordiale; il s'y voit luimeme, ainsi que toutes ses ceuvres; toutes les paroles qu'il a parlees et qu'il parle dans le temps, ne sont qu'un epanouissement de cette unique et eternelle Parole. Or, puisque le Logos divin est le principe de la manifestation interieure, necessaire, spontanee de Dieu, il est aussi le principe de la manifestation libre de Dieu ad extra dans la creation et la redemption du monde.Telleest Tidee du Logosdivin, comme un etre personnel, eternel, egal a Dieu, que Jeaa developpe dans son premier preambule vis-a-vis de la philosophie d'Alexandrie, apportee a Eph^e par rheretique Cerinthe; et il met c(^e idee dans un rapport etroit avec I'iaee du Messie, en decrivant le Messie comme le Verbe fait chair.

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