‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 258 sur 832 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1. Baltassar rex fecit grande convivium optimatibus suis mille, et unusquisque secnndum suam bibebat setatera.

I. Le roi Baltassar fit un grand festin à mille des grands de sa cour, et chacun buvait selon son âge.

(cf. Job, IX, 12). Sur cette couleur biblique de l'édit, voyez la fin de la note qui sert d'Introduction à ce paragraphe, p. 254. — Le texte chaldéen n'a pas les mots apud eum. Au lieu de in nihilum reputatl..., il dit seulement : « non reputati s:nt. » Il emploie le singulier (« in vlrtute caeli »; la force, c.-à-d., l'armée des anges), au lien de in virtutibus... — Qui resMat... A la lettre : Qui lui frappe sur la main ( pour l'empêcher d'agir). — In ipso tempore... (vers. i)3). Au moment même où Nabuchodonosor s'humiliait ainsi devant Dieu, 11 recouvrait pleinement la santé, selon qu'il lui avait été prédit. Cf. vers. 22«> et 29*. Ce trait est répété (comp. le vers 31«), à can?e de sa connexion Intime avec le suivant : et ad honorem... Dans le texte : Et pour l'honneur de ma rovauté, ma splendeur (Vulg., rfecorem), mon éclat (Vu'g., figura mea), me revinrent. Cftte splendeur et cet éclat représentent probablement l.i dignité d'homme et la prestance extérieure que Nabuchodonosor avait perdues.

— Optimaux... requisierunt... Ni in qu'on eut abandonné le roi complètement à lui-même durant sa maladie ; mais ces mots désignect l'acte solennel par lequel II fut réintégré dans ses fonctions. — SlagnificenHa amplior... Il vécut donc un temps assez consii'.érable après sa giiérlson. € Ses derniers Jours furent brillants comme les premiers. Il mourut à Babylono. après un règne de quarante- trois années, en 561 avant J.-C. Il devait avoir près de quatre-vingts ans. » ( F.VIgourotix, l. e.. p. 338.)

34. Oinfluslon de l'édit. Il s'achève par une antre belle doxologle. Cf. m, 99- 100. — Laudo, et magnifico... Accumulation de synonymes, comme au vers. 31, pour marnucr un vif cnipres- •emcnt à louer Dieu. — Opéra... vrra. D'après le chaldéen : Toutes ses œuvres sont fermeté, c.-ft-d. vi'-rlté (parfaitement conformis h la vérité).

— Jvdlria. De nouveau l'abstrait p<iur le contnt : sa conduite entière eat équitable. — Qra-

dienles... humillare. Nabuchodonosor venait d'en faire la terrible expérience. Réilexion fréquente dans les saints Livres; cf.I Reg. ii 7; Ps. xvu, 28; Is. X, 33; XIII, 11; xxv, 11, etc. C'est toujours en polythéiste que le monarque chaldéen tient ce beau langage au sujet de Jéhovab. La puissance du Dieu des Juifs l'avait rempli d'admiration, et il lui rendait un culte respectueux, mais sans cesser d'adorer ses antres dieux. Voyes II, 47; III, 95-98, et les notes. — Les LXX ont encore en cet endroit une longue interpolation.

5 V. — ilané, Thécel, Phares. V, 1-31.

c Magniflque peinture. » La scène décrite < présente une grandeur saisissante ». Elle nous conduit brusquement de rhlstoire de la folle du grand roi à « la dernière nuit de Baltassar, qui fut aussi la dernière de l'Indépendance de Babylone i>.

l» Le festin sacrilège de Baltassar. V, 1-4.

Oe fut l'occasion de tout l'épisode.

Chap. V. — l. Le banquet. — Bnltassar. Ce nom , quoique Identique dans la Vulgate à celui qui avait été donné à Daniel ( cf. i , 7 ; IV, 5 ), n'a pas la même orthographe, ni la nif-rae signification, dans le texte original. Là, c'était BeltSa'f^ar ; Ici, nous Usons BelS'affir, qui correspond à l'a-syrien Bel-sar- j/ffur, « que Bel protège le roi I » Voyez la note de i, 7. — La mention de ce |irlnce par l'auteur du livre de D.-iniel a créé de tout temps de grandes difflcultés. D'après les vers. 2, II, 13, 18 et 22, Il aurait été flls de Nabuchodonosor; d'après vu, 1 et yni, 1, il régna enviion trois ans à Babylone; d'après le vers. 31 du présent chapitre, l'empire chaldéen sombra la nuit même de sa mort, et passa entre les mains de Darius le Mède. Or, les nutret document» clani-lques, soit sacrés, folt profanes, qui concernent cette époque, semblent contredlr» en tous points ces données. Jérémie, lit, 31, et l'auteur du quatrième livre des Rois, xxv, tt»

Dan. V, 2.

2. Le roi, déjà pris de vin, ordonna qu'on apportât les vases d'or et d'argent que son père Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusalem, afin que le roi, ses grands, ses femmes et ses concubines s'en servissent pour boire.

2. Prsecepit ergo, jam temulentus, ut afEerrentur vasa aurea et argentea quae asportaverat Nabuchodonosor, pater ejus, de templo quod fuit in Jérusalem, ut biberent in eis rex et optimates ejus, uxoresque ejus, et concubinse.

supposent formellement que Nabuchodonosor eut pour successeur son fils Évilmérodach, et ce fait est attesté plus clairement encore par les fragments qui nous restent de Bérose et d'Abydène, et par le canon de Ptolémée. D'après ces dernières sources, nous savons qu'Évllmérodach fut assassiné, après un règne tyrannlque de deux ans (561-669 avant J.-C), par NérlgUssor, son beaufrère; que celui-ci lui succéda et régna trois ans et quelques mois (559-656) ; que Nérigllssor eut pour successeur son tout Jeune fils, qui pr rit bientôt, assassiné h son tour (656); que Nabonide s'empara du trône et régna pendant dix -huit ans (556-538), puis qu'au moment où Cyrus s'empara de Babylone, il fut fait prisonnier dans une ville du nord de la Chaldée, où il se trouvait alors, et qu'il fut réduit à accepter de son vainqueur le titre de satrape de Carmanie. Rien de Baltassar en tout cela. Sans doute, Baruch, i, 11-12, signale comme flls et héritier présomptif de Nabuchodonosor un prince de ce nom ; mais on ne saurait Identifier ces deux Baltassar, puisque le passage de Baruch est daté de l'an 583, tandis que nous sommes ici en 838. On conçoit que les rationalistes aient essayé de tirer parti de cette difflculté, en niant purement et simplement l'existence du roi Baltassar, et en attaquant la véracité, l'authenticité des pages qui parlent de lui d'une manière en apparence contraire à l'histoire. Lesi commentateurs anciens et modernes, ne pouvant faire de lui un personnage k part, ont essayé de l'identifier avec quelque roi babylonien de ces temps (on a nommé tour à tour Laborosoarchod, Évilmérodach , Nabonide etc.) ; toutefois, aucun de ces systèmes n'était satisfaisant. Mais voici que «c des testes cunéiformes récemment découverts ont sinon jeté une pleine lumière, du moins grandement éclaire! cette question et justiflé Daniel. Grâce à une inscription dédicatoire de Nabonide... et à une tablette de Cyrus contenant un abrégé du règne (de Nabonide)..., nous savons que le flls aîné de celui-ci se nommait précisément Baltassar (Bel-«or-M??ur); que ce prince, tandis que son père se tenait perpétuellement renfermé dans son palais de Téma, protégeait le pays à la tête des grands et de l'armée... Au contraire, la dixseptième année, Nabonide prend lui-même le commandement de l'armée, quitte Babylone, et, battu par Cyrus, est fait prisonnier. Comme le texte ne dit plus rien du flls du roi, il est croyable qu'il était rentré ù Babylone et y commandait à la place de son père. Le rôle Joué par Balias- •ar est donc analogue à celui de Nabuchodonosor du vivant de son père Nabopnlassar ; aussi Jérémie, xlvi, 2, donne -t-il à Nabuchodonosor te titre de roi, comme Daniel, v, 1, le donne à iialtassar. Il est probable que cette sorte d'as-

sociation an trône eut une proclamation officielle quelques années avant la fin de Nabonide, comme cela se fit pour Assurbanipal du vivant d'Asarhaddon, et c'est de cette époque que Daniel date quelques-unes de ses prophéties (cf. vu, 1 ; viii, 1), Cette association au trône est admise par la plu part des assyriologues... Mais le contexte laiss( entendre que Baltassar n'était pas encore mo narque ludépendant : il n'occupe que la second* place du royaume, et Daniel , dont 11 veut faira Bon ministre, n'occupera que la troisième (cf. Dan. v, 7, 16)... De plus, dans le texte chaldéen, on lit b'malkûtâ', dans le royaume, et non (comme le disent les versions grecques et latines), b'mal- Jcûti, dans mon royaume. A plusieurs repri-e»,

<wtîyT'ît]îit>aît

U sa Bîl-sarusur Et en ce qui concerne Baltasar

habal ris- tu -u

[mon] fils premier-né

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^i- it

le rejeton «

Ub- bi- y a de mon cœur

Inscription de Xabonide , mentionnant 800 flls Baltassar. (D'après on cylindre babylonien.)

il est vrai, Baltassar est nommé flls de Nabuchodonosor; mais... les mots père, flls, ont ici le sens large, fréquent en babylonien, en assyrien et dans toutes les langues sémitiques, d'ancêtre ou prédécesseur, descendant ou tuccesseur. Rien ne s'oppose (d'ailleurs) à ce que Nabonide ait véritablement épousé une flUe de Nabuchodonosor, même avant de monter sur le trône, car il était alors grand dignitaire religieux de l'empire. » (F. Yigouroux, Diction-n. de la Bible, t. I, col. 1420-1421). — Fecit... convivium. La ville était à ce moment assiégée par les troupes de Cyrus; mais on la croyait imprenable, et les habitants vivaient dans une aveugle sécurité. Cf. Is. xxi, 5, et le commentaire. — Optimatibus... mille. Ce nombre n'a rien d'étonnant dans la circonstance. Cf. Esth. i, 3-8. Les banquets gigantesques étaient du goût des an« ciens, suitout dans les cours orientales. — UnuaquiSQue... secundum... Le ohaldéen a une

Dan. V, 3-7.

3. Tune allata sunt vasa aurea et argentea quse aspoitaverat de templo quod fuerat in Jérusalem ; et biberunt in eis rex et optimales ejus, uxores et concubinae illius.

4. Bibebant vinirm , et laudabaut deos 6U0S aureos et argenteos, œreos, ferreos, ligneosque et lapideos.

5. In eadem hora apparuemnt digiti, quasi manus hominis scribentis contra candelabrum, in superficie parietis aulœ regiae ; et rex aspiciebat articules manus scribentis.

6. Tune faciès régis commutata est, et cogitationes ejus conturbabant eura, et compages renura ejus solvebantur, et genua ejus ad se invicem coUiiiebantur.

7. Exclamavit itaque rex fortiter, ut introducerent magos, Chaldœos et aru- Bpices; et proloquens rex ait sapientibus

3. Alors on apporta les vases d'or et d'argent qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem, et le roi, ses grands, ses femmes et ses concubines s'en servirent pour boire.

4. Ils buvaient du vin et ils louaient leurs dieux d'or et d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre.

5. Au même instant apparurent des doigts et comme la main d'un homme qui écrivait en face du candélabre, sur la paroi du mur de la salle royale, et le roi voyait les doigts de la main qui écrivait.

6. Alors le visage du roi se changea, et ses pensées le troublèrent, et les jointures de ses reins se relâchèrent, et ses genoux se choquaient l'un l'autre.

7. Le roi cria donc avec force qu'on fît venir les mages, les Chaldéens et les augures; et le roi, prenant la parole, dit

tout autre leçon : Et 11 (le roi) buvak du vlu devant lesmillo. Ce détail prépare celui du vers. 2. Baliassar était probablement assis à une table séparée, conformément ù l'étiquette de l'Orient. C'est ù la suite du repas proprement dit qu'eut lieu la scène d'orgie qui va être racontée.

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