‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 309 sur 832 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le livre des symboles, ou le mariage d'Osée et sa signification pour le royaume d'Israël. I, 2 — III, 5.

Cette partie se compose de deux actions symboliques (i, 2-n, 24; in, 1-6), commandées successivement par le Seigneur à son prophète, et exécutées par celui-ci. La première est exiwsée avec beaucoup plus d'ampleur; la seconde est simplement esquissée. Leur slgnlfl cation, qui nous est très clairement dévoilée, est à peu près identique. Ces actions sont d'une nature el délicate,

et elles paraissent, à première vue, tellement étranges, que l'on se demande tout d'abord si elles ont eu lieu réellement, objectivement, ou si elles ne se sont passées qu'en vision, dans l'esprit du prophète. Les commentateurs ont été de tout temps divisés sur ce point. Un certain nombre d'anciens rabbins, saint Irénée, saint Éphrem, Théodoret, saint Augustin et plusieurs autres Pères, Estlus, Cornélius a Lapide, etc., en somme, la plupart des exégètes anciens et modernes, sont favorables à l'interprétation littérale; la paraphrase chaldaïque, quelques rabbins, saint Jérôme et un certain nombre de commentateurs plus ou moins récents, se déclarent pour l'interprétation figurée. Les raisons pour lesquelles nous admettons, nous aussi, la réalité des faits racontés, sont surtout les suivantes : l» Rien, dans la narration du prophète, ne nous indique qu'il parle en termes allégoriques, et qu'il se borne à exposer un phénomène Interne, subjectif. Au contraire, il donne à son récit une forme tout objective, appuyant sur le caractère extraordinaire de l'ordre qu'il reçoit, citant le nom de la femme et de son père (cf. i, 2-3), etc. D'ordinaire, les écrivains sacrés fournissent à leurs lecteurs quelque moyen pour reconnaître qu'il s'agit seulement de visions ou d'allégories. 2» Plus la chose commandée à Osée était étrange et difficile, plus elle était capable de faire impression sur les Juifs et de les secouer de leur torpeur religieuse, en leur manifestant la grièveté de leurs crimes, et en leur montrant avec la plus grande clarté, d'une part, ce qu'ils avaient à redouter de l'amour irrité du Seigneur, s'ils persévéraient dans leurs Infidélités, et, d'autre part, ce qu'ils pouvaient espérer du divin amour, si tendre et si profond, s'ils s'amendaient courageusement. Or, avertir son peuple d'une mw

Os. I, 2-4.

2. Piincipium loquendi Domino in Osée, et dixit Dominus ad Osée : Vade, Bume tibi uxorem fornicationum, et fac tibi filios fornicationum, quia fornicans fornicabitur terra a Domino.

3. Et abiit, et accepit Gomer, filiam Debelaim; et concepit, et peperit ei filium.

4. Et dixit Dominus ad eum : Voca nomen ejiis Jezrahel, quoniam adhuc modicum, et visitabo sanguinem Jezrahel super domum Jehu, et quiescere faciam resrnum domus Israël.

2. La première fols qne le Seigneur parla à Osée, le Seigneur dit à Osée : Va, prends pour femme une prostituée, et aie des enfants de prostitution ; car le pays d'Israël se prostitue et s'éloigne du Seigneur.

3. Il alla et prit Gomcr, fille de Débélaïm, et elle conçut et lui enfanta un fils.

4. Et le Seigneur lui dit : Appelle -le du nom de Jezrahel, car dans peu de temps je vengerai le sang de Jezrahel sur la maison de Jéhu, et je mettrai fin au royaume de la maison d'Israël.

nlère retentissante, tel était précisément le bnt que Dieu se proposait en commandant à ses prophètes d'accomplir certaines actions symboliques. Cf. Is. XX, 2 et ss.; Jer. xiii, 1 et es.; xix, 1 et ss.; XXVII, 2 et 68.; Ez. iv, 1 et ss.; v, 1 et ss^ etc.; S. Irénée, Adv. hser., iv, 20, 12. 3° L'ordre donné à Osée ne contenait en lui-même rien qui fût indigne de Dieu ou de son représentant.

Section I. — Pasmàas action stubouqite.

f I. — Le type, ou le mariage du prophète Osée avec Oomer. I, 2 — II, 1.

1° Ce mariage et ses différentes phases symbolisent l'idolâtrie et le châtiment du royaume d'Israël. I, 2-9.

2-6. Osée épouse Gomer et en a un premier enfant. — Principium loquendi est un hébraïsme évident, qui revient à dire : Commencement des paroles que le Seigneur adressia â Osée; ou, plus clairement encore, en Joignant ces deux mots aux «ulvantB : Lorsque Jéhovah commença à parier '' "^^ée, Il lui dit : Va et prends... Le prophète raconte donc loi quelle fut la toute première révélation qu'il reçut de Dieu. Cette formule n'attribue pas nécessairement à Osée, BOUS le rapport chronologique, le premier rang ptrml les prophètes qui nous ont laissé des écrits. — La locution loquendi... (n Osée, au lieu de a ad Osée », est remarquable : c'est au plus Intime de l'âme du prophète que Pieu fit retentir son ordre. — Uxorem /omlcaUonum. Hébraïsme très expressif (le pluriel accentue la pensée), pour désigner une femme dont l'impudicité devait être le caractère notoire. Comparez les locutions analogues : une fomme de querelles (Prov. xxvn, 15), un homme de sang (Ps. v, 7), un homme de douleurs (Is. un, 3). D'après quelques commentateurs (entre autres, saint Augustin), cette expression signiiicrait qne la femme en question n'aurait mené une mauvaise vie qu'avant son marlngc, et qu'après elle serait demeurée chaste. MalH si, de primo abord, ce sentiment par.ift rendre plus acct'pt.ible l'acte commandé à Osée, en réalité 11 accroît les dlffloultés d'interpretatlon, car 11 fait disparaître en grande partie le ijnibollgiiie. Kn effet, c'est en tant qu'elle fut mue épouse Inâdèle que Ctomer représente la con-

duite d'Israël envers Jéhovah ; or, dans tout son livre, Osée parle avant tout des crimes du peuple théocratique postérieurs à l'alliance du SlnaT. En outre, le passage parallèle ni, 1, qui désigne très probablement la même femme, em;iloie des termes qui font disparaître toute ambiguïté : « Mullercra dilectam amlco et adulteram » (voyez le commentaire ). — Le trait /ac... filios fornicationum confirme cette explication, car 11 slgni> fie, suivant l'opinion la plus vraisemblable : Aie de cette femme des enfants qui ne seront pas sûrement les tiens, mais dont la légitimité sera très douteuse, à cause de l'inconduite de leur mère. — Les mots /ac tiM manquent dans l'hébreu, qui rattache le complément « filios » au verbe « sume ». — Quia fornicans... terra... Motli de l'union étrange que Dieu Imposait à Osée. Elle était destinée à être un emblème vivant des infidélités d'Israël envers le Seigneur. Au lieu de fornicabitur, mieux vaudrait le temps présent, « fomicatur, » car c'e.«t sur des faits déjà existants que porte l'allusion. — Et abiit... (vers. 3). Le serviteur de' Dieu obéit héroïquement, sans hésiter. — Accepit: dans le sens de prendre en mariage, que ce verbe a fréqtiemment dans la Bible. — Go nier... Debelaim (hébr., Z>/6îaïm). On a essayé parfois do trouver des symboles dans ces noms propres; mais leur signification est Incertaine, et ils ne paraissent être mentionnés que pour démontrer la réalité des faits. — Concepit et peperit... Si le pronom ei est authentique (plusieurs manuscrits hébreux l'omettent ), ce premier enfant au moine semblerait avoir eu Osée pour père. Cf. Gen. xxi, 2-3, etc. D'ailleurs son absence même ne serait pas une garantie absolue de l'Illégitimité. Cf. Ex. n, 2. — Voea nomen.^ Osée s'e.'t borné à noter le fait do son mariage et à en signaler brièvement le symbolisme (vers. 2'») ; Il Insistera davantage sur les enfants et sur leurs noms, car « son principal dessein est d'annoncer les conséquences désastreuses qu'attirera à Israël son Infidélité envers son Dieu ». Or, chacun de ces enfants figure la nation Israélite sous un des aspects douloureux qu'elle devait avoir au temps du châtiment, aspects qui sont précisément esquissés dans les noms donnés aux trois enfants. — Jezrahel (hébr., Izr"'el). La nation théocratique, devenue Infidèle à Jéhovah, ne méritera plus de porter le bcan nodi de

Os. I, 5-7.

Page 1