CHAPITRE I
1. Et factura est verbum Domini ad Jonani, tilium Amatlii, flicens :
2. Surge, et vade in Niniven, civitatem grandem , et prsedica in ea , quia ascendit malitia ejus coram me.
3. Et surrexit Jonas, ut fugeret in Tharsis a facie Domini ; et descendit in Joppen , et invenit navem euntem in
1. La parole du Seigneur fut adressé* à Jonas, fils d'Amathi, en ces termes :
2. Lève -toi, et va à Ninive, la grande ^^lle, et prêches -y, car sa malice est montée jusqu'à moi.
3. Et Jonas se leva , pour fuir à Tharsis de devant la face du Seigneur; il descendit à Joppé, et trouva un vais-
1 I — La désobéissance et le châlimenl de Jonas. 1,1— II. 1.
1» L'ordre da Seigneur, la fuite du prophète. 1,1-3.
Chap. I. — 1-2. Jéhovah commande à Jonas daller annoncer aux Ninivltes la eentence de ruine qu'il a portée contre eux. — Et /aclum est. Comme plusieurs autres parties de la Bible (l'Exode, le Lévltlque, les Nombres, Josué, les Juges, Ruth, III et IV Rois, II Parai, Esdras, Esthcr et Ézéchlel), le livre de Jonas commence par la conjonction et. < L'usage de la copule dénote, dans chacun de ces cas, la conscience Qu'avait l'écrivain sacré de consigner par écrit des choses qui s'associaient d'elles-mêmes, d'une manière organique, à d'autres livres déjà existants. » — Jonam, filium. Amathi. Sur le nom et lorlglne de Jonas, voyez l'Introd., p. 451. — Snrge, et vade... (vers. 2). L'ordre est pressant, •crontué. — NinUen. La capitale, déjà très ancienne, de l'Assyrie (cf. (îen. x, 11-12), bâtis sur U rive orientale du Tigre, en face de la Mossonl moderne : " la plus magnifique de toutes les capitales de l'ancien monde. » — Civltatem grandem. CI. ni, 2-3 ; rv, 11. Ses ruines gigantesques, découvertes de nos Jours, et ce que les anciens auteurs racontent de ses dimensions, Justlflont parfaitement cette assertion. Comp. Strabon, xvi, 1. 3, et DifKlore do Sicile, ii, 3. D'après ce dcrnler,8on enceinte mesurait 480 stades (ou H railles g.ographiqiK-s), tandis que celle de Rabylone n'en avait >|up 3Bf>. Elle formait plutôt une agglomération de villes qu'une cJté unique. Voyei
r^M. géogr., pi. ix, et Oppert, expédition scientifique en Mésopotamie, t. III, p. 67 et ss. — rrxdica in ea. L'hébreu signifie plutôt : Crie contre elle. Le message spécial que Jonas devait porter aux Ninivltes de la part de Jéhovah n'est cité que plus loin, m, 4; mais nous apprenons parrv, 2, qu'il le reçut dès le premier Instant. — Quia ascendit... Motif du divin décret, exprimé en termes pittoresques. Cf. Gep. iv, 10; .wm, 20, etc.
3. Jonas, au lien de prendre la route de Ninive, 8'embarque pour l'Espagne. — Surrexit. Jusque-là il obéit (comp. le vers. 2': «surge »); mais c'est pour désobéir Imciédlatement après : ut fugeret... Dieu l'envoie dans l'extrôme orient, et U part pour l'extrême occident. En effet, Tharsis (hébr.. Tarm) représente Ici l'antique cité de Tartessus," située dans la partie sud-ouest de l'Kspiigne, près de l'embouchure du Guadalqulvir. Cf. III Reg. x, 20; Is. ir, 16, etc. iAtl. géogr., pi. i). — -< fade Domini. Non que Jonas crût pouvoir échapper à l'omniprésence du Seigneur en se réfupl.ant dans ce pays lointain ; mais il savait que Jéhovah se manlfestaii dune manière particulière dans la Terre sainte (cf. IV Reg. xvii, 18, 20, 23 ; xxiii. :'7, etc.), et c'est
I cette pré«>nce sF<5cialo qu'il voulait fuir. Mais pourquoi cette fuite, qui paraît tout d'abord si
I étrange? Le prophète nous met lui-même, iv, 1 - 8 , sur la vole de la véritable explication : Il
' craignait, dit-il, que Jéhovah, dont il connaissait la grande miséricorde, ne pardonnftt aux Nlnl-
I vîtes, après les avoir menacés. Or, Indépendara-
I ment du préjugé religieux dont U • été parlé
JON. t, 4-Ô.
seau qui allait à Tharsis ; il paya son passage et y entra pour aller avec les autres à Tharsis, loin de la face du Seigneur.
4. Mais le Seigneur envoya un grand vent sur la mer; et une grande tempête s'éleva sur la mer, et le vaisseau était en danger d'être brisé.
5. Les matelots eurent peur, et ils crièrent chacun vers son dieu, et ils jetèrent à la mer les objets qui étaient sur le vaisseau, afin de l'alléger. Cependant Jonas était descendu au fond du navire, et il dormait d'un lourd sommeil.
6. Et le pilote s'approcha de lui et lui dit : Pourquoi te laisses -tu accabler par le sommeil ? Lève - toi , invoque ton Dieu ; peut-être Dieu pensera -t- il à nous, et nous ne périrons pas.
Tharsis, et dédit naulum ejus, et descendit in eani ut iret cum eis iii Tharsis a facie Domini.
4. Dominus autem misit ventum magnum in mare ; et facta est tempestas magna in mari, et navis periclitabatur conteri.
5. Et timuerunt nautse, et clamaverunt viri ad deum suum, et miserunt vasa, quge erant in navi, in mare, ut alleviaretur ab eis. Et Jonas descendit ad interiora navis, et dormiebat sopore gravi.
6. Et accessit ad eum gubernator, et dixit ei : Quid tu sopore deprimeris ? Surge, invoca Deum tuum, si forte recogitet Deus de nobis , et non pereamus.
dans l'Introduction (p. 451-452), préjugé que Jonas semble avoir partagé avec ses compatriotes, nous comprenons, d'après les monuments assyriens récemment découverts, pourquoi 11 avait une telle répugnance à exécuter un ordre dont 11 pressentait que le résultat serait le salut pour Ninive. De son temps, la grande et puissante cité avait déjà humilié à plusieurs reprises le royaume d'Israël. Ainsi Ramniannirar III, l'un de ses rois, à peu près contemporain de Jéroboam II , avait imposé un tribut au « pays d'Amri », c- à - d., aux dix tribus schismatiques, et son grand-père, Salmanasar II , s'était vanté d'avoir fait de même. C'est pour cela que les sentiments religieux et patriotiques de Jonas se mirent en pleine révolte contre l'ordre du Seigneur. — Descendit in Joppen. Hébr. : à Tâ/â ; la Jaffa moderne, qui, dès l'époque de Salomou était un port célèbre. Cf. II Par. n, 16 (.Atl. géogr., pi. vu, xn). L'expression « descendre de JafCa » est très exacte ; car la Galilée, pays de Jonas, était beaucoup plus haute que Joppé {AU. géogr., pi. xvni). — Invenit navem: un navire phénicien sans doute, attendu qu'il était en partance pour une colonie phénicienne, que l'équipage était païen, et que les Phéniciens avaient alors entre les mains presque tout le commerce maritime. — Dédit naulum... Le projet de Jonas avait donc été, dès le début, de s'emb.irquer pour quelque contrée lointaine, puisqu'il arrive à Jafta muni d'une somme considérable, et qu'il n'éprouve pas la moindre hésitation au sujet de la direction à prendre.