LE LIVRE D'AGGÉE
INTRODUCTION
i" La personne et f époque du prophète. — Son vrai nom était Haggai *, « festivus. » La forme latine Aggseus a été calquée sur 'AYyaro; des Septante. Aggée ne nous fournit pas le moindre détail sur sa famille. Nous ne savons pas même d'une manière certaine s'il était né avant ou pendant l'exil , en Judée ou à Babylone, quoique cette dernière hypothèse soit plus probable. Il nous apprend seulement qu'il exerça le rôle de prophète à Jérusalem, pendant la seconde année du règne de Darius, fds d'Hystaspe (520 avant J.-G.) *''. Aggée ouvre donc la série des trois prophètes postérieurs à l'exil. Zacharie fut son contemporain; Malachie exerça son ministère environ quatre-vingt-dix ans plus tard. Gomme nous l'apprennent les six premiers chapitres d'Esdras, l'époque d'Aggée et de Zacharie était pénible, douloureuse même, car la théocralir rencontrait, du côté des hommes, de nombreux obstacles pour sortir de ses ruines; le découragement avait même atteint les Juifs au point de vue religieux : c'est précisément pour ranimer leur énergie que Dieu leur envoya ses messagers , qui réussirent dans leur noble mission.
2° Le sujet et la division du livre. — Deux fois de suite Esdras mentionne la part très grande que les prophètes Aggée et Zacharie prirent à la reconstruction du temple de Jérusalem'; or, ce qui caractérise précisément le livre d'Aggée, c'est que tout y est rattaché à cette reconstruction, qui en forme même le centre et le thème principal*. « La nécessité de la restauration du temple ressortait, pour le prophète, de la place considérable qu'occupait le sanctuaire dans la vie de la nation privilégiée. C'était, en effet, le signe autorisé de l'alliance conclue au Sinai entre Jéhovah et Israël, le symbole de l'habitation de Dieu au sein de son peuple. Le temple renversé devait donc représenter sous une forme visible la rupture de cette alliance, la cessation plus ou moins complète des rapports qui unissaient le Seigneur à la nation tout entière ; et la reconstruction du sanctuaire devenait dès lors, aux yeux du prophète, une obligation sacrée entre toutes, qui devait s'imposer à la conscience des contemporains. »
Les introductions historiques et chronologiques, très nettes dans leur concision , qu'Aggée lui-même a placées en avant de chacune de ses prédictions ^,
' De la racine hag , fête. 1 3 pf Ksdr. v, 1-2, et vi, 14-15.
* Les événements racontés tlans ce livre se * Ce fait est si frappant, qu'on n'a pas songé
passèrent durant le court Intervalle de trois mois à attaquer l'authenticité des oracles d'Aggée.
et vingt -quatre Jours. Cf. I, 1 et ri, 11, 21. I * Cf. i, 1 ; n, 2, 11 , 21.
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divisent son livre en quatre petits discours, prononces en autant d'occasions distinctes, m;iis poursuivant tous le même but et ayant entre eux les relations les plus intimes. Le premier (i, 2-ii, 1) blâme sévèrement les Juifs de leur lenteur à reconstruire le temple, et attribue à cette grave négligence la sécheresse qui avait détruit une partie notable des récoltes. Le second (n, 2-10) annonce que le nouveau temple, si humble dans ses débuts, aura une gloire bien supérieure à celle du premier, bâti par Salomon et renversé par les Chaldéens. Le troisième (ii, 11-20) encourage, par la promesse d'une grande fertilité, les travaux du peuple, qui poussait avec zèle la restauration de l'édifice sacré; il blâme toutefois l'accomplissement purement extérieur de la loi. Le quatrième (ii, 21-24) prédit le rétablissement glorieux du royaume de David '.
Deux de ces discours, le second et le quatrième, sont messianiques, car ils prédisent clairement, d'une part, la venue relativement prochaine du Messie, qui devait honorer de sa présence le nouveau sanctuaire, et, d'autre part, la splendeur magnifique de son règne.
3° Le genre d'Aggée comme écrivain. — Son langage ne s'élève guère audessus de la simple prose. Il a des sentiments ardents, élevés; mais il ne s'inquiète pas de les revêtir d'un beau style. Néanmoins, il réussit par moments à donner plus de vie à ses discours par l'emploi du rythi^e, par dos répétitions' et des interrogations^ qui accentuent la pensée. On remarque aussi des passages d'une rigoureuse concision, faisant suite à une entrée en matière un peu diffuse* : ce qui a fait dire de lui qu'il cache sous une écorce un peu épaisse un noyau petit, mais plein d'intensité, a Ajoutons, note un autre critique, qu'.Vggée a précisément dans sa simplicité, qui émane d'une situation saisissante et d'un cœur profondément ému, cjuelque chose d'extraordinairement attrayant et d'extraordinairement touchant ^. »
' Ponr une analyse plus complète, voyez le 1 * Cf. i, s"), is"»; ii, s*, I9i>. commentaire et notre .Bibîia .'socra , p. 1030-1031. * Pour les commentaires caihollques, toj»'
* Cf. I, 6, 9-11; n, 6, 23, etc. 1 tapage 339, note J,
* Cf. 1,4, 9; II, 3, 12, 13, 19. 1