LES LIVRES DES MACHABÉBS
composition. L'opinion la plus probable est donc que l'œuvre fut publiée antérieurement à sa mort (106 avant J.-G. ), et même assez longtemps avant cette date. On ne trouve, dans tout le récit, aucune allusion, quelque petite soit-elle, qui puisse se rapporter à des événements postérieurs à Jean Hyrcan.
La première des deux lettres qui servent d'introduction au second livre est datée de l'an 188 de l'ère des Séleucides (124 avant J.-G.) V L'ouvrage, sous sa forme actuelle , n'a donc point paru antérieurement à cette époque. La seconde lettre ne porte pas de date précise ; mais elle suppose que Judas Machabée vivait encore lorsqu'elle fut écrite^. Si, comme nous le croyons plus probable, elle raconte la mort d'Antiochus Epiphane (163 avant J.-G.), elle remonte vraisemblablement à l'année 162. C'est vers ce même temps que Jason dut composer son travail, puisqu'il signale, lui aussi, la mort d'Antiochus IV, et que le dernier des faits racontés par lui est antérieur à celle de Judas Machabée. Quant à l'œuvre de l'abréviateur, elle peut fort bien dater de la même époque que la première lettre, c'est-à-dire du règne de Jean Hyrcan. Divers critiques, il est vrai, la datent seulement du milieu du premier siècle avant notre ère, mais sans raisons suffisantes, croyons -nous.
50 Les sources et la véracité des livres des Machabées. — 1. L'auteur dv premier livre ne nous dit pas formellement quelles furent ses sources ; mais nous savons qu'outre ses souvenirs personnels et les récits des témoins oculaires qu'il put consulter, il en eut de très sérieuses à sa disposition. La remarque par laquelle il conclut sa narration, I Mach. xvi, 23-24, et qui démontre de la façon la plus claire l'existence de documents officiels pour l'époque de Jean Hyrcan, suppose qu'on en avait rédigé et conservé de semblables sous les gouvernements précédents. De plus, ix, 22, il fait remarquer à ses lecteurs qu'il avait été impossible de noter par écrit tous les exploits guerriers de Judas Machabée, à cause de leur grand nombre; mais cette réflexion même nous donne à entendre qu'on en avait noté au moins quelques-uns : fait très expressément confirmé par H Mach. 11, 14. Enfin, l'auteur nous a communiqué tout au long une quantité relativement considérable de papiers d'État, qui datent de la période historique qu'il décrit. Gf. viii, 23-32; x, 18-20, 25-45; xi, 30-37; xii, 6-23; XIII, 36-40; XIV, 20-23, 27-45; xv, 2-9, 16-21. Il en cite d'autres encore, en les abrégeant. Gf. x, 3 et ss.; xv, 22-23. Il est donc certain qu'il put consulter, soit dans les archives publiques, soit ailleurs, des sources excellentes et très sûres. Quelques critiques rationalistes ont nié, il est vrai, l'authenticité des documents que nous venons de signaler; « mais ils ne peuvent donner aucune [treuve de leur négation. Les moyens de contrôler l'exactitude de quelquesunes de ces pièces nous font défaut; pour celles qui émanent des rois de Syrie, elles portent des marques incontestables d'authenticité ^. »
Tout cela est une très forte garantie de la véracité parfaite de notre auteur, comme l'admettent, tout en rejetant l'inspiration et la canonicité de son livre, la plupart des critiques protestants qui se sont occupés de lui *. Non seulement sa candeur et sa simplicité sont manifestes à tout instant; mais, ce qui vaut mieux encore comme preuve, il existe une coïncidence remarquable entre sa narration et les récits des historiens grecs et romains qui ont écrit sur la
' Cf. Il Mach. I, 10».
■* Cf. II Mach. I, lO*. Voyez le commentaire. Judas moumt l'an 161.
^ Man. bibl., t. II, n. 563, 6°. « On n'a pas démontré la non -authenticité d'une seule d'entre
* « L'importance de cet ouvrage pour la connaissance de l'histoire juive au n" siècle avant J.-C. peut à peine être surpassée.» « Notre livre est, sous le rapport historique, d'une valeur inappréciable. » (t La valeur de ce Uvre est incalcu-
elle*, » dit un Interprète protestant (Keil). ' lable. » Bto.
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même période (notamment ceux de Polybe, d'Appien, de Diodore de Sicile, de Tite-Live, de Justin, que nous aurons souvent à citer dans le commentaire), c Nulle part il ne contredit aucune assertion de ces écrivains, si ce n'est lorsqu'ils sont en désaccord les uns avec les autres. » Les monnaies des rois de Syrie contemporains des Machabées attestent aussi l'exactitude de sa chronologie.
On lui reproche cependant d'être tombé dans quelques erreurs de détail, surtout en ce qui concerne les peuples étrangers : par exemple, « quand il dit qu'Alexandre, fils de Philippe de Macédoine, avait divisé son royaume, avant sa mort, entre ses généraux (i, 7); quand il représente les Romains comme acquiesçante toutes les requêtes qu'on leur adresse, etc. (viii, 1-16); quand il nous montre dans les Spartiates des frères des Hébreux (xii, 6) '. » On l'accuse aussi, lorsqu'il cite le nombre des soldats qui composaient les armées belligérantes, d'avoir augmenté celui des ennemis et diminué celui des Juifs. Nous répondrons aux objections de la première série en expliquant les passages qu'elles concernent directement '. Quant aux chiffres, il est possible qu'ils aient été altérés çà et là par les copistes, ou exagérés dans un sens ou dans l'autre par la rumeur populaire; mais nos adversaires seraient bien embarrassés s'il leur fallait démontrer que c'est l'auteur lui-même qui est en défaut, et le plus souvent l'exagération n'existe que dans leur propre esprit ^.
2. Gomme nous l'avons dit plus haut, l'auteur du second livre des Machabées indique nettement ses sources, et il a même pris la peine de décrire d'une manière assez complète* la prmcipale, le récit de Jason, qu'il se proposait de vulgariser en l'abrégeant. Mais, ce récit s'étant perdu de très bonne heure, il nous est impossible de savoir au juste en quoi a consisté le travail de 1' « epitomator ». Les narrations sont en général très développées; aussi a-t-on conjecturé qu'à part de rares passages, qui sont réellement condensés*, l'abréviation a plutôt consisté à supprimer des parties plus ou moins considérables de l'œuvre primitive, qu'à resserrer le fond ou la forme pour en diminuer l'étendue.
Quelques critiques ont prétendu que l'abréviateur cesse de prendre Jason pour guide dans les quatre derniers chapitres •*, et qu'il suit alors un autre document. Ils appuient leur opinion sur le fait que, dans sa petite préface ', il semble limiter le récit de Jason aux règnes d'Antiochus Épiphane et d'Antiochus Eupator, tandis que les chapitres xii-xv sont consacrés aux événements du règne de Démétrius 1er. Mais cette conclusion n'est nullement fondée; car, d'une part, si 1' « epitomator » ne nomme que les rois Antiochus IV et Antiochus V dans sa préface, c'est parce qu'ils jouent un rôle plus important dans
' Man. bbl., t. II, n« 663.
' Voyez aussi F. Vigoureux, les Livre» Bainta et la critique rationaliste, t. IV, p. 132 -IBl de U 3« édition ; Kaulen, XinUitung in die h. Sehrlfl, nn. 283 et 2S6 do la 1" édition ; Cornely, Introd. sprcialis, t. II, p;ir8 u, p. 469-460. « Le P. Frœhllch, S. J., ayant publié à Vienne, en 1744, ses Annales eompendlarii rerum et rerurn Syriae ntimmis veUribus illuxtrati , dans lesquelles U soutenait la véracité des deux llTres des Machabées, fut attaqué par E.-F.Wem8dorfl, Prolusio d« /ontibUH hiKtorise Sj/r*w in lihris MachnheBOrum, Leipzig. 1749. lie 1'. Frœbllcli répliqua p.ir 'on De /ontibus hinlorite Syriœ in Hbris Mnchafiteorum proluaio in examei, vocatn, Vienne, 1 74C. l.p frère de l'auteur, Qth. WemsdorlT, essaya do répondre ma «avant ]é«ait« par sa OommentaUo
historico-critiea de flde librorum McuAabseO' rum, Breslau, 1747. Le P. Khéll, S. J., réfuta, sous le voile de l'anonyme, cette nouvelle attaqae dans Auctoritas vtriiisque Uhrl Machabœorum canonico - historica asserta , et Frcehlichiani Annales Syrim df/eiiei adwrsus Commeritatinrtem historico-criticam O.WemsdorJJli, Vienne, 1749. Ce dernier ouvrage demeura sans réponse. >» ilan. 6161., t. II, n» .563, note 1.
* Cette réflexion s'applique égatotnent an Fécond livre, dont, en outre, les chiffres ne sont pas toujours Identiques à ceux dn premier.
■♦ Cf. II Mach. n, 20 et 88.
" II Macb. xni, 2'.'-26, en ett on exemple frappant.
• n Maob. xn-Tv.
' Cf. Il Miich. n, «a
LES LIVBES DES MÂCHABÊEB
la narration; d'autre part, en annonçant (ii, 20) que les exploits de Judas Machabée et de ses frères formaient l'objet Jes cinq livres de Jason, il montre suffisamment que le règne de Démétrius n'en était pas exclu.
Autant les exégètes protestants et rationalistes font l'éloge du premier livre des Machabées sous le rapport de la crédibilité, autant ils se défient du second livre, dont ils attaquent tout du long la véracité. Us lui reprochent de « nombreuses erreurs historiques », « des préjugés et des idées préconçues, qui le rendent en certains points indigne de confiance, » a de la prédilection pour le merveilleux, » de fréquentes contradictions avec les récits du premier livre. Ici encore nous renvoyons au commentaire pour la réfutation détaillée des principales objections *. Qu'il suffise de répondre actuellement d'une manière générale : 1» que les préjugés existent, mais qu'on les trouve beaucoup moins dans notre auteur que dans ses adversaires, très souvent injustes; 2° que les faits < merveilleux » nous sont présentés sciemment comme des manifestations (imçaveîai) de la puissance divine en faveur des Juifs ^., et que l'on ne voit pas pourquoi le Seigneur n'aurait point fait alors de grands prodiges, comme à d'autres époques critiques de l'histoire juive, afin de sauver son peuple; 3° que, pour attaquer sérieusement la véracité du livre, il faut démontrer ou que l'abréviateur a condensé d'une manière infidèle les récits de Jason, ou que celui-ci lui-môme ne mérite aucune confiance : deux démonstrations pareillement impossibles; 4o que, pour crier plus facilement à la contradiction entre les deux livres des Machabées, on a multiplié les passages prétendus parallèles, et qu'on a ainsi opposé l'une à l'autre des narrations qui n'ont rien de commun entre elles, ou qui exposent des épisodes différents d'un même fait ^.
6" Langues dans lesquelles ont été composés les livres des Machabées. — 1. Le premier livre a été certainement écrit en hébreu; mais le texte primitif s'est perdu de très bonne heure , et nous ne le connaissons que par l'intermédiaire de la traduction grecque insérée dans la Bible des Septante. Saint Jérôme affirme ^ avoir vu de ses propres yeux le texte hébreu. Suivant Origène^, le livre aurait été intitulé en hébreu : Sap6ri6 aapêavkX; ce qui équivaut vraisemblablement à : ëarbat êar b'né 'El, « Histoire du orince des fils de Dieu » (c.-à-d. : Histoire de Judas, chef des Juifs )'^.
Le témoignage des deux Pères les plus familiarisés avec la langue et la littérature hébraïques est à lui seul décisif. Il est d'ailleurs si visiblement confirmé par le texte grec lui-même, qu'aucun doute n'existe et ne saurait exister sur ce point, a A travers la traduction en grec alexandrin, semblable à celui des LXX, perce la phrase sémitique; les expressions sont helléniques, la construction et la manière de parler sont hébraïques '. » Tantôt nous rencontrons des hébraïsmes particulièrement durs , qui ne peuvent s'expliquer que par le fait d'une version fidèle, mais servile *; tantôt ce sont des fautes de traduction, qui supposent évi-
* Voyez aussi Kaulen, l. c, p. 243-244; Cornely, l. e., p. 462 - 472 ; F. VJgonronx , les Livre» taints et la critique rationaliate , p. 151-177 de la seconde édition.
' Cf. II Macb. n, 19 et sa.; m, SS et 88.;v, 2; n, 8; XV, 12, etc.
' C«la est vrai surtout des expéditions de Jadas Machabée contre les Syriens et contre les petits peuples païens voisins de la Palestine. Cf. I Macb. ni-vn et II Macb. vm-xn. Le P. Patrlïl a magistralement traité cette question dans ëon bel ouvrage De conaensu vUriuaq;ue libri Maehabmorum, Borne, 16M.
•* Proloijus galeatus: s Machabseorum primum librum hebraicum reperi. »
s Cf. Eusèbe, Hiat. eccl., vi, 25, 2.
® D'autres lisent : Sarblt sâré h'né 'El, Sceptre des princes des fils de Dieu ; c- à - d.. Gouvernement des Macbabées.
■^ Man. UU., t. n, n. 666.
* Nous ne pouvons signaler ici que quelques exemples; le commentaire en indiquera d'autres. Le livre s'ouvre i, 1, par la formule tout bébraïque xal èyévETO, vayy'hi, « Et factum est » ; cf. Jud. I, 1; Ruth, i, 1, etc. t, 4 (Vulg., 9), i^ivsvTO aÙTÔ) S(( «dpev (s'oit l'hébreu hayyâh