CHAPITRE IX
1. Primo tempore alleviata est terra Zabulou et terra Nephthali ; et novissimo aggravata est via maris trans Jordanera Galilaeœ gentium.
2. Populus, qui ambulabat in tenebris, vidit lucera magnam ; habitantibus in regione umbrse raortis, lux orta est eis.
3. Multiplicasti gentem , et non magnificasti Isetitiam. Lsetabuntur coram
1. Au temps passé le pays de Zabulon et le pays de Nephthali ont été humiliés, et au temps à venir, la route de la mer, au delà du Jourdain, la Galilée des nations , seront couvertes de gloire.
2. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière; sur ceux qui habitaient dans la région de l'ombre de la mort, une lumière s'est levée.
3. Vous avez multiplié le peuple dont vous n'aviez point augmenté la joie. lia
de désespoir, » durant laquelle les méchants ne verront pas briller la niDlndre lueur d'espérance. Petites nuances dans l'hébreu : Et voici, il y aura détresse, et obscurité, et nombre d'angoisse, et ténèbres étendues au loin. C'est la période des Invasions assyriennes qui est ainsi décrite. — Et non poterit avolare.^ D'après l'hébreu, ces mots appartiennent au verset suivant, et ont une signification différente, car Us introduisent la description du bonheur des temps messianiques (ix, 1 et sa.). Littéralement : Mais 11 n'y a plus de ténèbres pour le pays qui a été dans l'angoisse. Il est donc prédit que la Palestine, après avoir été opprimée et ravagée par l'ennemi, respirera en paix et jouira d'un bonheur complet.
40 Le règne d'Emmanuel. IX, 1-7.
C'HAr. IX. — 1-5. La lumière apportée par le Messie. Magnifique contraste avec le tableau qui précède. Dans l'hébreu, le vers. 1 est rattaché au chap. vni. — Primo tempore. Aux époques plus anciennes de l'histoire d'Israël , par opposition aux temps glorieux dont va parler le prophète. — Alleviata..., aggravata est... Il faut nécessairement donner à ces deux verbes le sens de ceux qui leur correspondent dans le texte primitil ; autrement , ils exprimeraient le contraire de la penséa d'Isaïe : Au premier temps (Dieu) a couvert d'opprobre (par conséquent, « levis, vills facta est n) la terre de Zabulon..., et au dernier temps , il a couvert de gloire (« gravis, gloiiosa facta est ») le chemin de la mer... — L'expression novifisimo (en hébreu, hâ'aharôii) représente l'ère messianique. Cf. 11, 2, et le commentaire. — Les cinq locutions terra Zabulon, t^ra NephUuiU, via maris, trans Jor-
danem et Gali'icx gentium, sont à peu près synonymes, et désignent, à elles toutes, la Palestine septentrionale. Le deux premières représentent le territoire des tribus de Zabulon et de Nephthali. Par «chemin de la mer » il faut entendre le district situé à l'ouest du lac de Tlbérladu. « Au delà du Jourdain, » c'est ici le nord de la Palestine transjordanienne. Enfin la « Galilée (hébr.: g'iil, cercle, district) des (îentils » était située du côté de la Phénlcie, et elle portait ce nom parce qu'une partie considérable de sa population était païenne. Voyez X'Atl. géogr., pi. vu et X. Toute la région ainsi décrite ayant eu ou devant avoir plus particulièrement à souffrir des Invasions assyriennes, on lui prédit que le Messie Inl apportera des bénédictions spéciales, qui compenseront leurs maux. — Populus qui... « Le cercle de la vision du prophète s'étend, » car 11 est maintenant question d'Israël tout entier. — In tenebris : dans les ténèbres du malheur. Cf. viii, 20, 22. — In reglone umbrm mortis : dans le séjour des morts, qui est le Heu ténébreux par excellence. Cf. Ps. x.^i, 4, etc. — Vidit hicem..., lux orta... (irande emphase dans ces mots. Voici que la condition d'Israël est totalement transformée; c'est le jour parfait, la pleine lumière, après les plus affreuses ténèbres. Saint Matthieu, rv, 13 et 88., applique directement ce passage à Jésus - Christ , qui apporta une si brillante lumière aux habitants de la Galilée, lorsqu'il vint établir à CapharnaUm le centre de sa prédication ; le Talmud l'a compris de la même manière, car 11 en déduit que « le Messie sera manifesté en Galilée J>. — iJultipHcasti gentem... (vers. 3). L'humble reste d'Israël, si souvent mentionné par Isaïe (v, 13 ; ni, 17-23, etc.), deviendra uni'
Is. IX, 4-7.
ee réjouiront devant vous, comme on se réjouit à la moisson, et comme les vainqueurs tressaillent d'allégresse lorsqu'ils ont pillé l'ennemi, et qu'ils partagent le butin.
4. Car le joug qui pesait sur lui, la verge qui déchirait son dos, et le sceptre de celui qui l'opprimait, vous les avez brisés, comme h la journée de Madian.
•6. Car toutes les dépouilles remportées avec violence et dans le tumulte, et les vêtements souillés de sang seront mis au feu, et deviendront la pâture de la flamme.
6. Car un petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; il portera sur son épaule la marque de sa principauté; et il sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle futur, Prince de la paix.
7. Son empire s'étendra de plus en plus, et la paix n'aura pas de fin ; il
te, sicut qui Isetantur in messe, sicut exultant victores capta prasda, cpiando dividiHit spolia.
4. Jugum enim oneris cjus, et virgam humeri ejus, et sceptrum exactoris ejus superasti , sicut in die Madian.
5. Quia omnis violenta prsedatio cum tumultu, et vestimentum mixtum sanguine, erit in combustionem, et cibus ignis.
6. Parvulus enim natus est nobis, et filius datus est nobis ; et factus est principatus super humerum ejus; et vocabitur nomen ejus Admirabilis, Consiliarius, Deus, Fortis, Pater futurisasculi, Princeps pacis.
7. Multiplicabitur ejus imperium, et pacis non erit finis ; super solium David,
nation nombreuse et puissante. — Et von... Imtitiam. L'hébreu dit au contraire, d'après la note mai'giiKilc (le q'ri) à laquelle se sont conformés les LXX et le syriaque : Tu multiplies la nation, tu lui prépares une grande joie. La leçon adoptée par la Vulgate (le k'tib) n'a de sens dans ce passage que si l'on traduit : Tu multiplies la nation à laquelle tu n'avais pas accordé une grande Joie (litote pour signifier : la nation que tu avals abreuvée d'épeuves). Sur la multiplication merveilleuse du peuple de Dieu, voyez xxvi, 16, 18-19; Jer. xxxi, 27; Ez. xxxvi, 11, etc. — Lsetabuntur coram te... Détail touchant : leur bonheur est très saint, et « dépend de la présence de Jéhovah » parmi eux. — In messe, sicut victores. ■ . La Joie de la moisson a été de tout temps proverbiale (cf. Ps. cxxv, 6, et Jer, xlviii, 33, etc.); celle de la victoire est plus grande encore (cf. un, 12, Jud. V, 30; Ps. lxvii, 13; cxviii, 162). — Jugum... oneris... (vers. 4). Hébraïsrae : le Joug pesant que les ennemis du peuple de Dieu (ejus), et spécialement les Assyriens, lui avaient Imposé. — Virgam humeri. Autre hébraïsme : le bâton qui avait frappé cruellement le dos des Israélites. — Sceptrum exactoris. Plutv'it : la verge du maître de corvées. Cf. Bx. v, 6, et VAtl. archéol., pi. xlix, flg. 6. — Superasti. L'hébreu dit avec plus de force : Tu as brisé.
— In die Madian : le Jour où Gédéon battit les Madianltes d'une manière miraculeuse. Cf. Jud. VII, 1 et ss. 11 n'en coûtera pas davantage à Jéhovah pour détruire les bataillons assyriens, quoique plus redoutables que ceux de Madian.
— Omnis violenta priedatio (vers. 5). Variante considérable dans l'hébreu : Toute chaussure qu'on porte dans la mêlée; c.-à-d. les bottes solides des soldats. — Vestimentum mixtum... : les tuniques militaires souillées de sang pendant te combat. — Erit in combustionem : parce que la paix régnera «lésorDials. « Tout appareil de
guerre disparaît du royaume messianique. » Cf. u, 4 ; Ez. XXXIX , 9 ; Zach. ix, 10, etc.
6-7. La naissance et la royauté d'Emmanuel, sources de cette lumière et de tout ce bonheur, « Hymne de Noël » magnifique, chanté plus de sept cent trente ans avant la naissance du Christ. — Parvulus... La particule enim rattache à la naissance de l'Enfant les heureux événements qui viennent d'être décrits (vers. 1-6), et cet enfant, accueilli avec tant d'amour et de Joie, ne diffère certainement pas d'Emmanuel, du Messie, dont le prophète annonçait naguère (vu, 14) la conception miraculeuse : le contexte ne permet pas le moindre doute sur ce point. Natus est et datus est sont des prétérits prophétiques. Le pronom nobis est très fortement accentué : le divin Enfant devait réellement naître pour Israël et pour tous les hommes. — Factus est principatus... Glorieuse énumération des attributs et dos noms d'Emmanuel. Il sera le roi du monde entier. Cf. Ps. Lxxi, 8 et ss. ; Mich. v, 3-5, etc. — Super humerum ejus. Expression figurée. Le pouvoir était regardé à bon droit comme un fardeau ; c'est pourquoi les grands dignitaires de l'État portaient parfois sur l'épaule les insignes de leur charge. Cf. xxii, 22. — Vocahitur nomen ejus... Cinq noms remarquables, dont le nouveau -né réalisera pleinement la slgniflcation. — Admirabilis : d'après l'hébreu, péW, à l'abstrait, c.-à-d. merveille. — ConsiUarius : le conseiller parfait et infaillible de ses sujets, auxquels U indiquera toujours la vole la plus excellente. — Deus Jortis. Ces deux mots ne doivent pas être séparés, car Ils n'en font qu'un en réalité. Hébr. : 'El gibbôr, Dieu fort. Cf. x, 21; Deut. x, 17, etc. Ce nom explique et complète celui d'Emmanuel , « Dieu avec nous. » Il n'était pas possible d'énoncer la divinité du Messie en termes plus formels, car le mot 'EU désigne toujours Dieu dans les saints Livres, — Pater /uturi sseculi. Le Christ gou-
Is. IX, 8-12.
et super regnum ejus sedebit, ut confirmet illiid et corroboret in judicio et justitia, amodo et usque in sempiternum; zelus Domini exercituum faciet hoc.