CHAPITRE XLVII
1. Descends, assieds -toi dans la poussière, vierge fille de Bab^done; assiedstoi à terre • il n'y a plus de trône pour la fille des Ghaldéeus; on ne l'appellera plus molle et délicate.
2. tïends la meule, et mouds la farine; dévoile ta honte, découvre ton épaule, montre tes jambes, passe les fleuves,
3. Ton ignominie sera découverte, et ton opprobre paraîtra; je me vengerai, et personne ne me résistera.
1. Descende, sede in pulvere, virgo, filia Babylon ; sede in terra : non est solium filiae Chaldaeorum, quia ultra non vocaberis mollis et tenera.
2. Toile molam , et mole farinam ; dénuda turpitudinem tuam, discooperi humerum, révéla crura, transi flumina.
3. Revelabitur ignominia tua, et videbitur opprobrium tuum; ultionem capiam , et non resistet mihi homo.
choses qui ne doivent arriver que plus tard. — Consilium... stabit. Les décrets de Dieu se réall- Beront tels qu'il les a révélés à ses prophètes. — Vocans ab oriente... (vers. 11). Cf. xu, 2 et 26. Du générale, l'argumentation devient ici très spéciale, puisque c'est encore la mission de Cyrus ■jui est prophétisée. Il est figuré par l'oiseau de proie dont parle l'héhreu (Vulg., avem), escellent emblème de la rapidité de ses conquêtes. Toyez une métaphore semblable dans Jérémle, ALIX, 22, et dans Ezéchiel, xvii, 3. On a souvent fait remarquer que, d'après Xénophon iCyrop., vu, 1,4, etc.), Cyrus et ses successeurs avaient Tin aigle d'or pour étendard. — Virum voluntatis... Hébr. : l'homme de mon dessein. Le ministre et l'exécuteur des volontés de Jéhovah. — Locutus sum et adducam... A.s8ertion d'une grande vigueur.
12-13. La délivrance d'Israël est certaine, et elle approche. — Duro corde. Reproche .-.évàre, mais trop bien mérité par ces Israélites incrédules. — Prope /eci justitiam... La justice de Dieu n'est iiutre en cet endroit que sa fidélité ù l'ailiancc. à toutes sof^ promesses. — Dabo...
salutem... Très douce parole, pour conclure os grave discours. Comp. xlv, 26.
§ VIII. — Huitième discours : chute de Voigueilleuse Babylone. XLVII, 1-15.
Morceau très lyrique, d'une remarquable beauté. Il contient la suite naturelle du discours précédent : Babylone périra comme ses idoles, qui n'auront pu la protéger.
10 Première strophe : chute ignominieuse de la cité superbe. XLVII, 1-4.
Chap. XLVII. — 1 - 4. Descende. Dès le début , c'est l'humiliation et la honte qu'on lui prédit : 11 faut qu'elle descende de son trône glorieux. — Sede in pulvere. Comme autrefois Jérusalem ; cf. ni , 16 ; III Reg. xvi , 2 , etc. — Virgo fliia... Babylone est comparée à une Jeune fllle délicate (mollis et tenera; hébr., délicate et voluptueuse), qui devra désormais remplir les pénibles fonctions de la dernière des esclaves .• toile molam,... (le moulin à bras; cf. Ex. xi, 5, et VAtl. arch., pi. XXI, flg. 1-3). Sur la corruption qui régnait à Babylone, voyez Jer. li, 39; Dan. v, 1 et ss.j Quinto-Curce, v, 1 , etc. — Dénuda..., discuopcii...
Is. XLVII. 4-9.
4. Redemjjtor noster, Doiniuus exercituum nomeu illius, Sanctus Israël.
6. Sede tacens, et intra ia tenebras, fi lia Chaldseorum , quia non vocaberis ultra domina regnorum.
6. Iratus sum super populum meum, contamina vi hereditatem meam, et dedi eos in manu tua ; non posuisti eis misericordias, super senem aggravasti jugum tuum valde.
7. Et dixisti : In sempitemum ero domina. Non posuisti hœc super cor tuum , neque recordata es novissimi tui.
8. Et nunc audi hœc, delicata, et liabiians confidenter, quae dicis in corde tuo : Ego sum, et non est prseter me amplius; non sedebo vidua, et ignorabo Bterilitatem
9. Veuieut tibi duo liaec subito iu die una, sterilitas et viduitas; universa veuerunt super te, propter multitudinem maleficionim tuorum, et propter duritiam incantatorum tuorum vehementem.
4. Notre rédempteur, c'est celui qui a pour nom le Seigneur des armées, le Saint d'Israël.
5. Assieds-toi en silence, et entre dans les ténèbres, fille des Chaldéens, car tu ne seras plus appelée la souveraine des royaumes.
6. J'étais irrité contre mon peuple, j'avais profané mon héritage, et je les avais livrée entre t«s mains, et tu n'as pas eu de compassion pour eux, mais tu as appesanti cruellement ton joug sur le vieillard.
7. Et tu as dit : Je serai à jamais souveraine. Tu n'as pas mis ceci dans ton cœur, et tu ne t'es pas souvenue de ta fin.
8. Ecoute maintenant ceci , délicate, toi qui demeures dans la sécurité, qui dis dans ton cœur : C'est moi , et il n'y en a pas d'autre que moi; je ne deviendrai pas veuve, et je ne connaîtrai pas la stérilité.
9. Ces deux choses viendront tout à coup sur toi en un seul jour, la stérilité» et le veuvage; tous ces malheurs viendront sur toi, à cause de la multitude de tes maléfices et de l'extrême dureté de tes encKanteurs.
Hébr.: Ote tx)n voile, relève ta traîne (ce dernier mot n'est pas absolument sûr). C'est une grande iguomiale pour une Orientale que d'enlever son voile en public. — Transi fiumina. Elle devra franchir des fleuves à gu6, pour s'en aUer au loin sur le théâtre de sa servitude. — Révélatitur... (vers. 3>. « Image fréquente pour décrire la plus vile dégradation. » Ct m, 17; Jer. xm, 28; Thren. i, 8, etc. — Ultionem capiam... Le Seigneur prend un instant la parole, pour diie à Babylone qu'U est lui - même l'auteur de sa ruine, et qu'il la châtie ainsi k cause de ses Iniquités. — Non resistet.^ Rien n'arrêtera le cours de cette juste rétribution. L'hébreu peut signifier aussi : Je n'épargnerai personne. — Redcmptor noster... (vers. 4). Pieuse exclamation d'Isaïe au nom de ses concitoyens, pour établir un contraste saisissant entre Babylone, abandonnée de ses dieux, et Israël, sûr de la protection de Jéhovah.
2» Seconde strophe : elle a abusé sans pitié de sa puissance contre le peuple du Seigneur. XLVII, 5-7.
5 - 7. Tacens. .., in tenehras. La cité tumultueuse et brillante est maintenant réduite au silence et plongée dans les ténèbres du malheur, de l'oubli. Cf. XLii, 7, 22. — Domina regnorum. Des royaumes nombreux étaient ses tributaires. Cf. xni, 19 ; Ez. xxvii, 7. — IratiLS... super populum... (vers. 6). Comme autrefois Assur (cf. X, 6-7), Babylone a dépassé son mandat, et elle a excité ainsi ].\ colère de celui dont elle
n'était que l'u^ii ruinent. — Contaminavi hereditatem... Cf. XLni, 18; Ez. xxi, 26. Dieu s'était servi des Chaldéens pour humilier Israël et le rendre semblable à un peuple profane , vulgaire ; mais il se proposait simplement de l'améliorer par l'épreuve , U ne voulait pas l'anéantir, tandis que Babylone l'a traité avec barbarie : non posuisti..., super senem... Ce dernier trait est fort expressif. Cl. Thren. rv, 16; v, 12. — Et dixisti... (vers. 7). A la cruauté, Babylone a ajouté l'arrogance : « elle présumait que le colosse de sa puissance ne serait jamais renversé, oubliant le danger qu'il y avait à provoquer le Dieu des dieux. » — Non posuisti haec. Pronom BouUgûé.qui représente les terribles représailles que la vUle orgueilleuse devait s'attirer par sa dureté envers Israël. — Novissimi tui : la honte qui l'attendait finalement.
3» Troisième strophe : elle expiera tant de fautes et sera réduite an plus complet abandon. XLVII, 8-11.
8-11. Et nunc... delicMa Hébr. : voluptueuse; comme au vers. 1. — Quae dicU...: Ego sum... Le comble de l'orgueil. — Non sedebo vidua... C.-à-d. seule, abandonnée. Gt, Thren. i, 1 ; Apec, xviii, 7. — Ignorabo sterilitatem. Elle prétend qu'elle aura toujours autour d'elle sa brillante couronne d'habitants et même de peuples vassaux. Etrange aveuglement, oar ventent tibi duo haec... (vers. 9). — Universa venerunt (.\)réiéri\, prophétique)... Hébr.: Elles sont venues sur toi (ces deux choses) dans leur perfection, o.-à-d.
is. XLYIL 10-16.
10. Ta arais confiance dans ta méchanceté, et tu ns dit : Il n'y a personne qui me voie. Ta sagesse et ta science même t'ont séduite. Et tu as dit dans ton cœur : C'est moi, et il n'y en a pas d'autre que moi.
11. Le mal viendra sur toi, et tu ne sauras pas d'où il vient; la calamité fondra sur toi, et tu ne pourras t'en défeudre; il viendra tout à coup sur toi une misère que tu n'auras pas prévue.
12. Reste avec tes enchanteurs, et avec la multitude de les maléfices auxquels tu t'es appliquée depuis ta jeunesse, et vois si tu en tireras quelque avantage, ou si tu peux devenir plus forte.
13. Tu t'es fatiguée par la multitude de tes conseillers. Qu'ils se lèvent et qu'ils te sauvent , ces augures du ciel qui contemplent les astres, et qui comptent les mois pour t'annoncer d'après cela ce qui doit t'arriver.
14. Ils sont devenus comme la paille, le feu les a dévorés ; ils ne délivi'eront pas leur vie de la flamme ; ce ne sera pas du charbon dont on se chauffe, ni un feu auprès duquel on f "assied.
16. Voilà ce que deviendront toutes ces choses auxquelles tu t'étais fatiguée. Ceux avec qui tu as trafiqué depuis ta jeunesse se disperseront chacun de son côté, et il n'y aura personne pour te sauver.
dans leur plénitude, dans toute leur étendue. — Propter mulUlxuHnent... Nouvelle Justiflcatlon du châtiment. — MaZeflciorum tuorum. La Chakiée et Babylone étaient célèbres par le développement que l'art magique avait reçu dans leur sein. Comp. Dan. ii, 2 et ss. (au vers. 11, 11 compte jusqu'à cinq classes distinctes de magiciens); F. Lenormant, La magie chez les Chaldéens, Paris, 1874, et La divination et la science des présages chez les Chaldéens, Paris, 187e. — Duritiam incantatorum. . . Hébr. : le grand nombre de tes enchantements. — Fiduciam... in malitia... (vers. 10). Sa sécurité impie au luilleu de ses crimes. Mais comme elle ^^e^a désenchantée I — Nescles ortum... (vers. 11): de sorte qu'elle sera saisie à l'improviste par le malheur et dans l'impossibilité de résister.
4° Quatrième strophe : ni ses magiciens ni ses marchands ne pourront la sauver. XLVII ,
12-15. Sta cum Incantatorilus. L'hébreu emploie l'abstrait : R(!ste parmi tes enchantements ; c.-à-d. continue de les pratiquer. Exhortation Ironique qui rappelle celle d'Elie aux prêtres de Baal (m Reg. xviii, 21 et ss.). — Ab adoleacentia... Rien de plus exact que ce trait : Babylone s'était livrée à l'astrologie Pt h la tnagle dès le début d« son existence. — fieri /aiiior :
10. Et fiduciam habuisti in malitia tua, et dixisti : Non est qui videat me. Sapientia tua et scientia tua haec decepit te. Et dixisti in corde tuo : Ego Bum, et prœter me non est altéra.
11. Veniet super te malum, et nescies ortum ejus ; et irruet super te calamitas quara non poteris expiare ; veniet sup^r te repente miseria quam nescies.
12. Sta cum incantatoribus tuis, et cum multitudine raaleficiorum tuorum, in quibus laborasti ab adolescentia tua, si forte quid prosit tibi, aut si posais fieri fortior.
13. Defecisti in multitudine consiliorum tuorum. Stent, et salvent te, augures cœli, qui contemplabantur sidéra, et supputabant raenses, ut ex eis annuntiarent ventura tibi.
14. Ecce facti sunt quasi stipula, ignis combussit eos ; non liberabunt animam suam de manu flammae ; non sunt prunae quibns calefiant, nec focus ut sedeant ad eum.
15. Sic facta sunt tibi in qnibuscumque laboraveras. Negotiatores tui ab adolescentia tua, unusquisque in via sua erraverunt ; non est qui salvet te.
plus forte que ses aggressenrs et en état de les refouler. — Defecisti... (vers. 13). Elle s'est fatiguée à force de consulter ses magiciens et ses devins (ira multitudine consiliorum....). — Augures ernli. Littéralement dans l'hébreu : Ceux qui divisent le ciel. Les astrologues partageaient la voûte du ciel en différentes sections, pour leurs observations superstitieuses. — Supputabant menses, ut... Hébr. : qui annoncent, à chaque nouvelle lune, ce qui doit arriver. « Le prophète fait vraisemblablement allusion aux rapports que les astronomes ofQciels, attachés aux divers observatoires de l'empire, étalent tenus d'envoyer au roi chaque mois. Quelques-uns de ces rapports se bornent à signaler les faits astronomiques; d'autres mentionnent expressément des actes politiques qui étaient Interdits par l'apparence du soleil ou de la lune. » Voyez Maspero, Lettures historiques, Paris, 1892, p. 323 et ss. de la 2« édlt. — Eece... qttasi stipula (vei's. 14). Les astrologues auxquels Babylone se confie ne sont pas assez puissants pour se délivrer euxmêmes des châtiments divins. — Non sunt prunse... Ces mots caractérisent la terrible ardeur des vengeances célestes : elle n'aura rien de commun avec la douce chaleur du foyer domestique. — f^ic facta sunt... (vers. 16). Hébr.: Teli; SQot ]>our toi Mox avec lesquels tu t'os fatigués.
Is. XLVIII. 1-5.