CHAPITRE LUI
1. Qui a cru à ce que nous avons entendu? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé?
2. Il s'élèvera devant lui comme un arbrisseau, et comme un rejeton qui sort
1. Quis credidit auditui nostro ? et brachium Domini cui revelatum est?
2. Et ascendet sicut virgultum coram eo, et sicut radix de terra sitienti; non
13-15. Le Seigneur décrit lui-même, en quelques mots éloquents, le succès du ministère de son Christ, et il en indique la cause. — La particule ecee, mise en avant, attire l'attention sur un fait remarquable. — Intelliget. Le verbe hébreu réunit les deux idées de sagesse et de réussite dans l'action. — Exaltabitur, et elevabitur, et sublimis... Hébr. : Il sera grand , 11 s'élèvera, il sera tout à fait exalté. Accumulation extraordinaire de synonymes, afln de mieux mettre en relief le succès prodigieux du Messie. Dès le début, le prophète énonce clairement ce résultat flnal, pour Jeter quelques rayons lumineux sur la sombre description qui va suivre. — Sicut... (vers. 14-16) : « l'exaltation du serviteur de Jéhovah est proportionnée à son humiliation. » — Obstupiierunt. Sentiment de stupéfaction très douloureuse. — Sic inglorius... L'hébreu coupe et arrange autrement la phrase. Ces mots et la fin du vers. 14 forment une sorte de parenthèse, puis la proposition qu'ils avaient Interrompue recommence avec le vers. 16 : De même qu'un grand nombre ont été stupéfaits à ton sujet , tant son visage était déflguré..., de mémo il arrosera des nations nombreuses... Remarquez le passage si brusque de la seconde à la troisième personne : auper te, ... lngloriu.s erit ; cela tient à l'émotion très vive de l'écrivain sacré. — Inler viros..., inter filios... C.-à-d, plus que tous les autres hommes accablés par le malheur. L'hébreu est tout à fait énergique ; littéralement : « Ita deformitas prae vlro aspectus ejus , et fleura ejus pra3 fllils hominum. » (Knabenbiiuer.) Il était tellement défait, déflguré, que son visage avait, pour ainsi dire, perdu la forme humaine. Cf. Ps. xxi , 7«. — late asperget... (luti. 15). Lo verbe hébreu yazzeh a reçu depuis
les temps anciens des Interprétations très diverses. D'après le Targum et plusieurs modernes : il dispersera , ou bien : il fera trembler les peuples. Suivant les LXX : ôaupiâo-ovrai, beaucoup de peuples admireront. Aqulla et Théodotion ont traduit comme la Vulgate, et tel parait être le véritable sens, car, dans le Pentateuque et ailleurs (cf. Lev. V, 9; xiv, 11; xvi, 14- 19; Num. xix, 17-22; Ez. XXX VI, 28, etc.) ce verbe est toujours employé pour désigner une aspersion faite avec du sang ou avec de l'eau lustrale, en vue d'expier et de purifier. Et cela convient parfaitement au Messie : « Mundabit suo sanguine sancto et divino baptismate, » dit saint Bphrem sur ce passage. — Continebunt... os suum : dans le saisissement muet qu'excitera la majestueuse grandeur du Messie ressuscité. Cf. xlix, 7; Job, xxix, 9 , etc. — Quia quibits... Avec plus de clarté dans l'hébreu : Car ils ont vu ce qui ne leur avait pas été raconté , et ils ont appris ce qu'ils n'avaient pas entendu. Manière solennelle do signaler la gloire admirable du Christ ressuscité et monté au ciel. Saint Paul applique ce passage à la dirtusion de l'évangile dans le monde entier.
2» Les humiliations du serviteur de Jéhovah. LUI, 1-3.
Chap. lui. — 1-3. Quis credidit...? Isaïo fait cette humble confession au nom des Juifs de l'avenir, qui, d'abord Insensibles aux souffrances du Messie à cause de leur incrédulité, puis repentants et désolés de ne l'avoir pas reconnu et reçu comme leur Sauveur, confessent avec amertume leur aveuglement. Cf. Zach. xir, 10. Assurément, des Juifs nombreux eurent le bonheur de croire à Jésus; mais Ils ne formaient que ïi minorité de la nation. Cf. Joan. xii, 38; Rom. .\, 1«. — Auditui nostro. Hébraïsme : ce que
Is. LUT, 3-5.
est species ei, neque décor; et vidimus eum , et non erat aspectus , et desideravimus eum ;
3. despectum, et novissimum virorum, virum doloium, et scientem infirmitatem ; et quasi absconditus vultus eju6 ; et despectus, unde née reputavirous eum.
4. Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse porta vit ; et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo , et humiliatum.
5. Ipse autem vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est propter scelera nostra; disciplina pacis nostrœ super eum, et livore ejus sanati sumus.
d'une terre desséchée, il n'a ni beanté ni éclat ; nous l'avons vu , et il n'avait pas d'apparence, et nous l'avons méconnu.
3. 11 était méprisé, le dernier des hommes, un homme de douleurs, qui connaît la souffrance; son visage était caché; il était méprisé, et nous n'avons fait aucun cas de lui.
4. Vraiment il a porté nos langueurs, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs ; et nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié.
5. Et cependant il a été blessé pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes ; le châtiment qui nous procure la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures.
nous avons entendu, ce qui nous avait été annoncé au sujet du Messie. — Brachium Domini eui^.t C.-à-d., qui parmi nous a reconnu l'action Immédiate et toute - puissante du Seigneur dans tout ce qu'a fait et subi son serviteur? Cf. ui, 10, etc. — Et as(Xiidet.„ (11 faudrait plutôt le prétérit : Il B'esl élevé). Motif de cette incrédulité : on s'attendait à un Messie tout brillant de gloire humaine, tandis que le Rédempteur B'est présenté sous les dehors les plus humbles.
— Coram eo : devant Dieu, qui le contemplait avec amour. — Sieut virguUum. Même métaphore qu'au chap. x,let 10. L'hébreu yôneq désignait au propre un nourrisson ; les LXX l'ont traduit par Tiaiotov, petit enfant (de même le syriaque), ne remarquant pas que c'est Ici une expression figurée. — Radix. C.-à-d. un rejeton sortant de cette racine, laquelle était elle-même plantée dans une terre aride ; d'où II suit que la plante était frêle et sans beauté. Allusion à l'état de profonde déchéance de la famille royale de "David lorsque le Christ vint au monde. — Non erat Cispectris... Autres détails pour expliquer l'impression défavorable que devait produire le Messie Bur ses contemporains. « Rien, en lui, de cette grâce attrayante ou de cette majesté Imposante » qu'on se croyait en droit d'attendre du représentant de Jéhovah. — Non... aspeclua et desideraviimis... Plutôt : i ut deslderaremus eum. » Son aspect n'avait rien qui pût nous plaire et exciter notre amour. — Deapectum... Ce trait a été déjà signalé plus haut ( xlix , 7 ). — Notaiseimus virorum. L'hébreu signlfleralt, suivant quelques Interprètes : abandonné des hommes.
— Virum dolorum. Pluriel d'intensité qui accentue la pensée : homme aux douleurs multiples, violentes. — Scientem infirinitatem. C.-à-d. familiarisé avec la souffrance, la connaissant à fond par sa propre expérience. — Et quasi absconditus... Avec beaucoup plus de force dans l'hébreu : Comme quelqu'un devant lequel on se cache le visage ; à cause de son aspect repoussant, de ses plaies, etc. Cf. Job, xxx , 10 ; Thren. rv, 16. — DeapMttis , unde nsc... Répétition très paluciique.
3<> La satisfaction offerte par le serviteur de Jéhovah pour les péchés des hommes. LIII,4-Ç.
4-6. Causes des souffrances du Messie. Le ton est de plus en plus émouvant. Notez l'antithèse perpétuelle, très marquée , entre les pronoms « Ipse » et « nos ». — Languores nostros... La « satlsfactlo vlcaria i> du Christ est mentionnée Jusqu'à douze fois de suite dans ce chapitre ; c'est ici la première mention. — Tulit signifie tout ensemble : il a pris sur lui, et, Il a enlevé, 11 a fait disparaître. Knus avons péché , c'est Notre - Seigneur Jésus -Christ qui a expié. Saint Matthieu, viii, 16-17, applique ce passage au Sauveur, à propos de plusieurs gnérisons miraculeuses qu'il venait de faire. C'est un argument à fortiori : celui qui a expié les péchés des hommes avait évidemment le pouvoir d'enlever aussi le mal physique, qui est la conséquence du péché. — Et nos putavimus... « Israël a raisonné comme les amis de Job ; prétendant mesurer sa faute par sa souffrance , Il l'a tenu poor un homme que Dieu frappait d'un mal hideux, en raison de quelque crime exceptionnel. » — Quasi leprosum. Le participe hébreu nagûa', c puni, » désigne certainement la lèpre, qui est souvent appelée néga', « plaga, » un coup que l'on a reçu de la main vengeresse de Dieu pour quelque faute grave. Cf. Lev. xm, 3, 9, 20; Num. XII, 9-10; IV Reg. xv, 5, etc. — Ipse autem... ( vers. 5 ). Frappant contraste avec les mots « nos putavimus eum... » du verset précédent. — Vulneratus ( hébr., percé )... attritus... On a dit à bon droit que « le langage n'a pas d'expressions plus énergiques pour décrire une mort violente, qui martyrise ». — Propter iniquitates nostras,... scelera... Tandis qu'on le croyait châtié pour ses propres crimes , 11 l'était pour ceux d'Israël et du reste de l'humanité. — Disciplina pacis nostrœ. Hébraïsme qui revient à dire : le châtiment qui nous procure la paix , qui nous assure le salut. — Livore ejus sanati... Sorte de Jeu de mots très expressif. « Suo vulnere vulnera nostra curavit » (saint Jérôme). Cf. I Petr. u, 24. Ce verset 5 répète quatre fols coup sur coup la même pensée : deux fols poui'
Ifi. LITT, e-îî.
6. NotiB étions tous eiiaiita comme des brebis, cliacun s'était détourhé sur sa propre voie, et le Seigneur a placé sur lui l'iniquité de nous tous.
7. Il a été offert parce que lui-même l'a voulu, et il n'a pas ouvert la bouche ; comme une brebis qu'on mène à la boucherie, comme un agneau devant celui qui le tond, il a gardé le silence et il n'a pas ouvert la bouche.
8. Il a été enlevé par l'angoisse et le jugement. Qui racontera sa génération?
car il a été retranché de la terre des vivants. Je l'ai frappé pour les crimes de raon peuple.
9. Et il donnera les impies pour prix de sa sépulture, et les riches ^our prix de sa mort, parce qu'il n'a pas commis d'iniquité, et que le mensonge n'a pas été dans sa bouche.