‹ La Sainte Bible (volume 4)Chapitre 583 sur 938 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Consécration prophétique do Jérémie.

1» La vocation et la consécration de Jérémie comme prophète du Seigneur. I, 4-10.

Dès l'ouverture de son livre, l'auteur légitime son mandat et fournit, pour ainsi dire, ses lettres de créance.

4-8. Dlen révèle à Jérémie la mission qu'il lui destine. — Et factum est... Le divin appel a lieu sous la forme d'un dialogue entre Jéhovah et son élu. Le Seigneur notifie solennellement à Jérémie le choix qu'il a fait de lui depuis longtemps, pour en faire son prophète. Il y a une belle gradation ascendante dans les pensées. — PHv^quam in utero... C'est le premier degi-ô, la

.ÏKn. r, 6-10.

Baiictificavi te, et pio])lietaiii in geiilibiis dedi te.

6. Et dixi : A, a, a, Domine Deus, ecce nescio loqui, quia puer ego sura.

7. Et dixit Dominus ad me : Noli diceie : Puer sura ; quoniam ad omnia quse mittam te ibis, et universa qusecumque mandavero tibi loqueris.

8. Ne timeas a facie eorura, quia tecum ego sura ut eruam te, dicit Dominus.

9. Et raisit Dominus raanum suara, et tetigit os meum, et dixit Dominus ad me : Ecce dedi verba mea in ore tuo ;

10. ecce constitui te hodie super gentes et super régna, ut evellas, et de- Btruas, et disperdas, et dissipes, et aedifices, et plantes.

avant que tu fusses sorti de son sein, je t'ai sanctifie, et je t'ai établi prophète parmi les nations.

6. Je répondis : Ah, ah, ah, Seigneur Dieu, je ne sais point parler, car je suis un enfant.

7. Et le Seigneur me dit : Ne dis pas : Je suis un enfant; car tu iras partout où je t'enverrai, et tu diras tout ce que que je te comraanderai.

8. Ne les crains pas , car je suis avec toi pour te délivrer, dit le Seigneur.

9. Alors le Seigneur étendit sa raain et toucha raa bouche, et le Seigneur rae dit : Voici que je mets mes paroles dans ta bouche;

10. voici que je t'établis aujourd'hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu arraches et que tu détruises, et pour que tu perdes, et pour que tu dissipes, et pour que tu bâtisses, et pour que tu plantes.

prédestination étemelle. Novi te : connaissance spéciale, tout intime. — Hancllficavi te Second degré i la sanctification , la préparation directe. L'appel est promul^é d'une manière abrupte, niais il s'adressait à une âme que Dieu avait dé]à munie des qualités nécessaires, en vue de son grand rôle. D'après la a communia doctorum senientia » (Tirin , h. t.), appuyée sur ce passage, Jérémie aurait été purifié de la tache originelle dès le sein de sa mère, comme le Précurseur. — Et prophetam... Troisième degré : l'indication très nette du ministère confié au Jeune homme. Les mots tu gentihus forment un trait distinctif et caractéristique de la mission de Jérémie : il ne fut pas seulement envoyé à son peuple, mais aussi aux païens. Relativement k ces derniers, « son œuvre consista en partie à leur faire boire la coupe de la colère divine (cf. xxv, 15 et es.); mais il fut aussi pour eux le prophète d'un avenir brillant» et consolant (cf. XLVin, 47; XLtx, 39, etc.). — El dixi... (vers. 6). Humble réponse de l'élu, qui comprit sur-le-champ les difficultés et les périls de cette sublime mais délicate mission, et qui en fut tout effrayé. — A, a, a. Hébr.: hahâh, hélas! Cf. Jos. vu, 7, etc. — Nescio loqui. Objection Identique à colle de Moïse (Ex. iv, 10 ; cf. la. Ti, 5). Un prophète devait pouvoir parler aisément, afln de communiquer les divins messages. — Quia puer... Hébr. : na'ar, jeune homme ; expression assez élastique, qui peut fort bien désigner l'âge de vingt ans et au delà. D'ailleurs Jérémie, « dans la conscience très vive qu'il avait de sa faiblesse, était naturellement porté à employer un terme qui le rajeunissait encore. » Cf. III Reg. m, 4, etc. D'après les LXX : v£w- T£po;. Je suis trop Jeune. — Dixit Dominus... (vers. 7). Dieu encourage gracieusement son envoyé. Sans doute Jérémie est faible, Inexpérimenté, mais tl n'aur» pas autre chose à faire que

d'exécuter les ordres de son maître (ad omnia quse...); or celui-ci, en confiant un rôle, ne manque pas d'accorder les grâces nécessaires pour le remplir. Les mots universa... loqueris répondent directement à l'objection de Jérémie (vers. 6) : Dieu lui mettra lui-même sur les lèvres tout ce qu'il devra dire. — Ne timeas... (vers. 8). Le jeune prophète se fera nécessairement des ennemis, lorsqu'il menacera les pécheurs au nom de Jéhovah ; mais 11 sera l'objet d'une protection particulière, qui le délivrera de tout péril.

9- 10. La consécration de Jérémie. Elle consiste, comme celle d'Isaïe (cf. Is. vi, 4), en un acte symbolique (vers. 9*) et en quelques paroles qui expliquent cet acte (vers. 9'>-10). — Misit... et tetigit... Jérémie reçut ainsi le pouvoir de parler au nom du Seigneur : Ecce... verba mea. Le langage d'un prophète Inspiré est le langage de Dieu lui - même. — Constitui te. Hébr. : Je t'ai préposé. Ce verset renferme de très Intéressants détails sur la nature du rôle confié ù Jérémie. Sa juridiction prophétique s'étendra bien au delà de son peuple (super gentes ; cf. vers, t^) ; mais les Juifs sont compris parmi les « royaumes » auxquels il portera les ordres de son Dieu. — Ut evellas..., et dissipes. Côté négatif, vraiment terrible, de son ministère, décrit par quatre verbes synonymes. Les deux premiers forment une assonance dans l'hébreu : n'tôê, n'fô?. Le côté positif est représenté par deux verbes seulement : xdiflces et plantes. « Toute la suite du livre est un commentaire de ces paroles : à travers la terreur et les ténèbres, il passe à la gloire et aux bénédictions de la Nouvelle Alliance. » Assurément, ce n'est pas Jérémie qui détruira et qui rebâtira, qui arrachera pour replanter eneuite ; mais les prophètes sont censés accomplir ce qu'Us :iiinoncent. Cf. Is. yi, 10 ; Ez. xun, î, etc.

.ÎKn. î, 11-16.

11. La parole du Seij^ncur me fut adressée en ces ternies : Que vois -tu, Jérémie? Je lépondis : Je vois une branche qui veille.

12. Et le Seigneur me dit : Tu as bien vu, car je veillerai sur ma parole pour l'accomplir.

13. La parole du Seigneur me fut adressée une seconde fois en ces termes : Que vois -tu? Je répondis : Je vois une chaudière bouillante, qui vient du côté de l'aquilon.

14. Et le Seigneur me dit ; C'est de l'aquilon que le malheur fondra sur tous les habitants du pays ;

15. car voici que je vais appeler tous les peuples des royaumes de l'aquilon, dit le Seigneur; et ils viendront, et ils établiront chacun leur siège à l'entrée des portes de Jérusalem, et tout autour de ses murailles, et dans toutes les villes de J uda ;

16. et je prononcerai mes jugements contre eux, à cause de toute la malice

11. Et faotuni est verbum Domiiii ad me, dicens : Quid tu vides, Jeremia? Et dixi : Virgam vigilantem ego video.

12. Et dixit Dominus ad me : Bene vidisti ; quia vigilabo ego super verbo meo, ut faciara illud.

13. Et factura esî verbum Domini secundo ad me, dicens : Quid tu vides? Et dixi : OUam succensam ego video, et faciem ejus a facie aquilonis.

14. Et dixit Dominus ad me : Ab aqnilone pandetur raalum super omnes habitatores terrte;

15. quia ecce ego convocabo omnes cognationes regaorum aquilonis , ait Dominus ; et venient, et ponent unusquisque solium suum in introitu portarura Jérusalem, et super omnes muros ejus in circuitu, et super universas urbes Juda;

16. et loquar judicia mea eu m eis super omnem malitiam eorum qui dere-

2» Visions et paroles encourageantes. I, 11-19.

11-12. Première vision : la baguette d'aïuaiidier. — Et factum eut... Formule «le transition et d'introduction fréquente dans Jcrémie. Cf. vers, i, 13, etc. — Quid tu vides...? Paroles destinées à exciter l'attention du voyant. Cf. Am. vn, 8, et vm, 2 ; Zach. iv, 2 ; v, 2, etc. — Virgam vigilantem. Hébr. : une verge d'amandier. Le mot êâqed, employé Ici, n'est pas le nom habituel de l'amandier, mais une dénomination poétique, qui signifie littéralement : Celui qui est éveillé. Ainsi s'explique la traduction de la Vulgate. L'amandier sort du sommeil de l'hiver longtemps avant les autres plantes, et il fleurit parfois en Palestine dès le mois de janvier; c'est pourquoi il est choisi en cet endroit comme « l'emblème de la vigilance et de l'activité ». Cf. Pline, Hist. nat., xvi, 25. — Quia vigilabo (hébr. : Sôqed)... Application terrible du symbole : Dieu va sortir de son calme et de sa patience, pour frapper sans pltté les Juifs coupables.

13-16. Deuxième vision : la chaudière d'eau bouillante. Cette vision complète la première et en détermine nettement le sens, car elle annonce avec une parfaite clarté les malheurs réservés à la nation théocratique. — OUam. L'hébreu sîr désigne habituellement une chaudière de métal , d'assez grandes dimensions. Cf. I Reg. ii, 14; IV Reg. IV, 38 (Atl. archéol., pi. xx, flg. 2, 11). — Succensam. Littéralement, d'après l'hébreu : sur laquelle on souffle. En réalité, c'est sur le feu que l'on soufflait pour le rendre plus ardent; l'eau de la chaudière était donc bouillante. — Faciem ejus (le côté situé en face du prophète) a facie. .. Manière de dire que cette chaudière était penchée dans la direction du sud, de sorte

que son contenu brûlanf allait se réjiandre sur le royaume de Juda. — Et dixit Dominus... Interprétation de la seconde vis'.on, d'abord en termes généraux (vers. 14), puis avec quelques détails (vers. 15-16). — Pandetur. Ci' yerhe fait

Chaudière assyrienne. (Bas-relief de Ninive.)

image. A la lettre : scia ouvert. — Cognationes... aquilonis. Les Chaldéens, que ces mots représentent d'une façon évidente d'après tout l'ensemble du livre de Jérémie (cf. iv, 6 ; vt, 1, 22 ; X, 22 ; XXV, 9, etc.), habitaient en réalité à l'est de la Palestine ; mais le prophète mentionne le nord, parce qu'Us devaient nécessairement envahir en premier Heu les réglons septentrionales rie la Terre sainte avant d'atteindre Juda et Jérusalem. Voyez VAtl. géogr., pi. vu et viii. — Prvent... solium... Les chefs des nations multiples qui compos.aient l'armée chaldéenne viendront siéger en maîtres aux portes de la capitale juive , et ils imposeront

Jrr. I, 1/ — îf, 2.

liqueniut me, et libaveiuut diis alieni.s, et adoraverunt opiis manuum Buarum.

17. Tu ergo, accinge lumbos tuoR, et Burge, et loquere ad eos omnia qn.-E ego praicipio tibi. Ne formides a facie eorum. nec enim tiraeje te faciam vultiiin eorum.

18. Ego quippe dedi te hodie in civitatem munitam , et in columnam ferream, et in murum aereura, super omnem terram, regibus Juda, priiicipibus ejuK, et sacerdotibus, et populo terrse.

19. Et bellabunt adversum te, et non praevalebunt, quia ego tecum siim , ait Dominus, nt liberem te.

j d(^ «eux <|ui m'ont abandonné, qui ont oirert. des libations aux dieux Airangeis, et q\ii ont adurc l'œuvre de leurs mains,

17. Toi donc, ceins tes reins, et lèvetoi , et dis-leur tout ce que je t'ordonne Ne redoute pas de paraître devant eux, car je ferai que tu ne craignes pas leui présence.

18. Car je t'établis aujourd'hui comnie une ville forte, comme une colonne de fer et un mur d'airain sur tout le pays, à l'égard des rois de Juda, de ses princes, de ses prêtres et de son peuple.

19. Ils combattront contre toi, mais ils n'auront pas l'avantage, car je suis avec toi pour te dclivrer, dit le Seigneur.

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