‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 11 sur 873 · DE LA JUSTIFICATION. I, 18- V · texte numérisé non relu

DE LA JUSTIFICATION. I, 18- V

§ I. — Tous les hommes sans exception ont besoin de la justification chrétienne. I, 18- III, 31.

C'est ici comme la base de l'argumentation de saint Paul. Avant de décrire la nouvelle voie de salut qui nous a été ouverte par le Christ, moyennant la foi , l'apôtre fait voir jusqu'à l'évidence le besoin absolu que tous les hommes avaient de la rédemption messianique. Reprenant la division donnée plus haut du genre humain en deux catégories (cf. vers. 16*>), les païens, ou les Grecs, et les Juifs, il établira successivement ce besoin pour chacune d'elles.

10 La culpabilité et le châtiment des païens. I, 18-32.

Ce que saint Paul va dire du paganisme, de son origine et de ses conséquences funestes , est assurément ce qu'on a écrit de plus profond et de plus remarquable sur ce sujet.

18-23. La colère divine, excitée par le crime inexcusable des païens. — La particule enim sert pour la quatrième fois de trait d'union depuis le vers. 16». La justification par la fol est l'unique voie de salut , puisque , en dehors d'elle, tous les hommes sont sous le coup de la colère divine, à cause de leurs péchés. Sans elle, ils seraient à tout jamais perdus. Cf. Eph, ii, 3. — Remarquez l'antithèse frappante qui existe entre la première ligne du vers. 18 et le début du vers. 17. — Ira Dei. Car, dans le cœur de Dieu, il y a place pour la colère, à côté de l'amour infini et de l'infinie bonté ; l'histoire entière de l'humanité, et en particulier celle de la révélation, le prouvent. Colère qui est d'ailleurs toujours celle d'un Juge souverainement juste. C'est « la réaction intime de la sainteté divine contre le péché » qui lui résiste insolemment. Nous la verrons à l'œuvre à partir du vers. 24. — Revelatur. Au temps présent, comme au vers. 17 et pour le même motif; mais, là c'était l'heureuse révélation du salut, tandis qu'ici c'est la révélation terrible du châ»-

Rom. I, 19-21.

vêle du haut du ciel contre toute l'impiété et l'injustice de ces hommes qui retieunent la vérité de Dieu dans l'injustice ;

19. car ce que l'on connaît sur Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître.

20. En effet, ses perfections invisibles sont devenues visibles depuis la création du monde, par la connaissance que ses œuvres en donnent; de même sa puissance éternelle et sa divinité : de sorte qu'ils sont inexcusables,

21. parce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâces ; mais ils se sont

super omnem impietatem et injustitiam hoininum eorum (^ui veritatem Dei in injustitia detinent;

19. quia quod notum est Dei manifestum est in illis ; Deus enim illis manifesta vit.

20. Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi, per ea quse facta sunt, intellecta, conspiciuntur; sempiterna quoque ejus virtus et divinités : ita ut sint inexcusabiles ,

21. quia, cum cognovissent Deum, non sicut Deum glorificaverunt, aut gratias egerunt ; sed evanuerunt in cogita tioni-

timent. — De cxlo. Cette colère se manifestera du haut du ciel, le séjour de Dieu par excellence. — Super (pour descendre sur) omnem... On a dit que les deux substantifs impietatem et injustitiam désignent le péché sous un double aspect général : en tant qu'il est commis contre Dieu et contre les hommes. Mais il est plus exact de dire que le premier représente l'irréligion, et le second, tout acte allant contre la volonté de Dieu. — Eominum eorum qui... Les païens ne sont pas nommés directement ; mais il est visible , par le sens , qu'il s'agit d'eux dans toute la suite de ce chapitre. — Toute leur vie criminelle est résumée dans le trait énergique veritatem (ici, la vraie connaissance de Dieu et des choses divines)... detinent. Ce verbe est très expressif : retenir une chose de manière à l'empêcher de remplir son but; par suite, la retenir captive, la supprimer. Cf. Luc. iv, 22; II Thess. II, 6 et 7. Saint Paul reproche à bon droit aux païens d'empêcher la vérité de briller au dehors : par sa nature même, la vérité frappe à la porte des intelligences et des cœurs ; si elle ne peut pénétrer, c'est qu'on la repousse volontairement. — Le mot Dei manque dans le grec; la Vulgate l'a suppléé d'une manière très conforme au sens. — In injustitia : en vertu de l'injuBtlce qui vient d'être signalée. — Quia... ( vers. 19). Preuve que les païens ont librement et criminellement rejeté la vérité religieuse : il ne tenait qu'à eux de l'accepter. — Quod notum... Dei (to y^wo-tov toO Ôeou ). C.-à-d., en fait, ce que nous pouvons connaître de Dieu. Ou bien, d'après le sens primitif de l'expression, ce que Dieu nous a fait connaître de lui au moyen du monde extérieur, sans révélation spéciale. — Mani/estum est. . . : s'imposant en quelque sorte à l'esprit. — Deus... mani/estavit. Le vers. 20 précise la nature de cette manifestation. Il s'agit de la révélation naturelle que Dieu fait de son être et de ses attributs par l'intermédiaire de ses œuvres extérieures : invisibilia enim. . . Cf. Act. xiv, 17 ; xvii, 26-28. — Ces mots sont expliqués à la ligne suivante par sempiterna. . . ejus virtus et divinitas , qui représentent l'existence et les attributs Invi-

sibles de Dieu, par opposition à ses œuvres visibles. — A creatura (dcTcb xriç XTiaew;).,. C.-à-d., depuis la création du monde. Moins bien, selon quelques Interprètes : par la création ; ou, ce qui revient au même, par les créatures,

— Per ea quce facta... Simplement dans le grec : par les œuvres, N^ous avons ici, on le voit, la démonstration de l'existence de Dieu par ce qu'on nomme l'argument physique. Saint Paul raisonne à la façon d'Aristote, qui disait : « Le Dieu invisible est vu dans ses œuvres » (de Mundo, 6). Cet argument revient souvent aussi dans l'Ancien Testament; cf. Job, xii, 9; XXVI, 14; Ps. xviii, 1 et ss. ; xcii, 1 et ss.; Is. xLii, 5 ; XLV, 18 ; Sap. ii, 23 et xiii, 1, 5, etc.

— Conspiciuntur, Le grec a un verbe composé : xaôopaTa'. , sont vu^ s clairement. Intuition tout intellectuelle (intellecta, vooûfieva). — Virtus (6uva(xiç) : la toute - puissance divine, telle qu'elle nous est manifestée dans la création. — Ita ut... inexcusahiles. Puisqu'il est si facile à l'homme de parvenir à la connaissance de Dieu, il ne peut alléguer aucune excuse valable, s'il n'obtient pas ce résultat. — Quia cum... (verset 21). La pensée fait un pas en avant : non seulement les païens n'ont pas reconnu Dieu dans ses œuvres; parfois, l'ayant connu, ils ne l'ont pas honoré comme Dieu. — Les expressions glorificaverunt et gratias egerunt embrassent ici tout l'ensemble du culte religieux, résumé dans le double devoir de l'adoration et de la reconnaissance. Il y eut donc un moment dans l'histoire où les hommes , après avoir connu le vrai Dieu, cessèrent de lui rendre hommage; ensuite , Us transportèrent leurs adorations aux idoles, comme il va être dit bientôt. Telle fut l'origine du paganisme, qui ne fut pas, comme l'affirment , d'une manière erronée , certains philosophes contemporains, une sorte de prélude nécessaire du monothéisme. Il en fut, au contraire, une altération et une dépravation. — Sed evanuerunt in... Littéralement dans le grec : Ils furent rendus vains dans leurs raisonnements. C.-à-d. que Dieu les châtia, en permettant qu'ils raisonnassent comme des insensés, et qu'ils tombassent dans des erreurs de plus ea

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