CHAPITRE XIII
1. Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante.
2. Et quand j'aurais le don de prophétie, et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science ; et quand j'aurais toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.
3. Et quand je distribuerais tous mes biens pour nourrir les pauvres, et quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité , cela ne me sert de rien.
1. Si linguis hominum loqnar, et angelorum, caritatem autem non habeam, factus sum velut ses sonans, aut cymbalum tinniens.
2. Et si habuero prophetiam, et noverim m3'steria omnia, et omnem scientiam ; et si habuero omnem fidem ita ut montes transferam, caritatem autem non habuero, nihil sum.
3. Et si distribuero in cibos pauperum omnes facultates meas, et si tradidero corpus meum ita ut ardeam, caritatem autem non habuero, nihil mihi prodest.
3° La voie par excellence. XIII, 1-13.
C'est, là une des plus belles pages qui aient été écrites dans le langage humain. De telles paroles ne se commentent guère; on les lit en adorant et en aimant. Du reste, les saints en ont donné des explications admirables, surtout l'auteur du livre de V Imitation, 1. III, c. 5, « De mirabili effectu divini amoris. » Voyez au?sl les cantiques d'amour de saint François d'Assise et du B, Jacopone da Todi, dans Ozanam, les Poètes franciscains, p. 462 et ss. — L'auteur démontre d'abord la nécessité de l'amour, vers. 1-3; il en décrit ensuite les principaux caractères, vers. 4-7; puis il parle de sa perpétuelle durée et de sa supériorité universelle, veis. 8-13.
Chap. XIII. — 1-3. La nécessité de l'amour. Sans la charité, les dons spirituels, même les plus relevés, sont complètement inutiles. Dans les vers. 1-2, saint Paul suppose divers « charis-
Génie jouant des c.vni')alc3.
(D'après les monuments grecs.)
mata » existant dans un chrétien sans l'amour, et 11 affirme énerglquement qu'ils n'ont dans ce cas aucune valeur réelle. Au vers, a, il
suppose un chrétien sacrifiant tout ce qu'il possède, même sa propice vie, sans amour, et il montre de même qu'une telle générosité ne servirait de rien. — Linguis hominum. Sur leur nombre, voyez les notes de xiv, 10. — Aut angelorum. Langage autrement ineffable. C'est, dans les deux cas, le don des langues élevé « à sa plus magnifique réalisation possible ». — Caritatem a''Uem non... L'hypothèse n'est pas absolument Impossible, puisqu'il s'agit de « gratias gratis datae » qui peuvent se rencontrer même chez les pécheurs. — ^s sonans aut... Détails dramatiques, pour désigner des bruits sonores, mais vains. — Si... prophetiam... (veis. 2). Supposition encore plus relevée que la précédenle, puisque le don de prophétie l'emporte sur 1-^ don des langues. Cf. xiv, 1 et ss. — La gradation continue avec les mots mysteria omnia, omnem scientiam, qui représentent des connaissances aussi étendues que surhumaines.— Omnem fldem. La « fldes miraculosa ». Voyez xii, 9» et le commentaire. — Jta ut montes... : selon la promesse de Noire-Seigneur Jésus-Olirist. Cf. Matth. xxi, 21. — Le résultat e-t brièvement et énerglquement exprimé : nihil sum. — Et si distribuero... (vers. 3). Dans les hypothèses qui précèdent, c'était Dieu qui accordait généreusement ses dons; ici, c'est l'homme lui -môme qui donne et se sacrifie, nrais également à pure perte, par ce qu'il est supposé dénué d'amour. — Omnes facultates... Le trait in cibos pauperum manque dans le grec, où on lit seulement : « Et si je distribuais tous mes biens. » — Si tradidero corpus... Sacrifice beaucoup plus excellent que celui des bi ns matériels; et pourtant il est inutile luimême sans la charité. — Ita ut ardeam. D'après le grec : (Si je livrais mon corps) pour être brillé.