TROISIÈME PARTIE
Paul maintient énergiquement contre ses adversaires sa dignité d'apôtre. X, 1-XII,
Après son instruction sur l'aumône fchap. vni et ix), il revient à son apologie personnelle, pour la continuer en termes plus directs , plus vifs et d'une manière entièrement polémique. Dans la première partie, il s'était adressé à la portion de la communauté corinthienne qui était bien disposée à son égard , et il avait justifié avec ealme ?a conduite apostolique ; maintenant c'est à ses adversaires qu'il s'adresse directement. De là le changement de ton et de langage qui se fait remarquer dès les premières lignes du chap. X. Paul ne parle presque plus à la première personne du pluriel, mais au singulier <« Ego )>). Son style, qui avait été jusqu'alois affectueux et paternel , devient tout à coup agressif, ironique, tout de feu. On ne doit pas oublier que ses ennemis étaient des judaïsants obstinés, qui mettaient en péril l'existence même de l'Église du Christ. En outre, leurs procédés à son égard étaient lâches et déloyaux ; ils l'attaquaient par derrière, avec les armes de la calomnie. Essayer de les exhorter et de les convaincre eût été peine perdue. Ce qu'il fallait avec eux, c'était la guerre ouverte et sans m» rci, la dénonciation énergique de leurs menées infâmes. En frappant
un grand coup, l'apôtre espérait ruiner leur autoi ité et ouvrir les yeux à ceux qu'ils avaient
séduits.
§ I. — Le pouvoir et les travaux de saint Paul. X, 1-18.
1» Paul saura renverser toutes les oppositions. X, 1-6.
Chap. X. — 1-2. Il conjure ses ennemis de ne pas le contraindre d'user contre eux de ses armes apostoliques , qu'ils traitent à tort de charnelles. — Il y a beaucoup d'emphase dans les premiers mots : ipse... ego Paulus. L'apôtre se dresse fièrement, avec une noble majesté qui ne redoute rien. Néanmoins, comme il aurait voulu malgré tout employer la bonté plutôt que la rigueur envers ses adversaires, il fait encore une tentative pour les ramener à de meilleurs sentiments, et il les invite (obsecro), par la douceur du Christ lui - même , à revenir à résipiscence. — Per mansuetudinem et modestiam... Dans le grec , ces deux substantifs sont synonymes : par la douceur et la clémence... Sur cette mansuétude devenue proverbiale, voyez Matth. xi, 29-30 ; Is. xLii, 2, 8 et Lii, 4-7. — Qui in facie..., absevs... Ces mots expriment un jugement très méchant que les ennemis de saint Paul portaient contre lui : Moi qui (dites -vous) suis humble et modeste lorsque je suis auprès de vous face à face, et qui me montre plein de hardiesse contre vous (lisez « audeo in vos », au lieu de confido in vobis), lorsque je suis à distance. — Rogo vos (vers. 2). Paul reprend sa phrase inachevée du vers. 1. — Ne... audeam... Il annonce qu'il sera, si on l'y force, aussi hardi de près qu'on affirme qu'il l'est de loin ; per... confidentiam qua... (il faut sous -entendre << absens » devant le verbe audere). — In guos'lain. Il y a un certain dédain dans l'emploi de ce pronom. Paul caractérisera très nettement plus bas les tristes personnages qu'il a ici on vue. — Tanquam secundum carnem... Accusation très grave, que
II Cor. X, 3-6.
tanquam secundum carnem ambulemus.