Jugez des choses selon Tai^parence
Si quelqu'un se persuade en lui-même qu'il est au Christ, qu'il pense aussi en lui-même que comme il est au Christ, il en est ainsi de nous.
8. Car, quand je me glorifierais un peu plus de la puissance que le Seigneur nous a donnée pour votre édification, et non pour votre destruction, je n'en rougirais pas.
9. Mais pour qu'on ne croie pas que je veux vous efîraj^er par mes lettres
10. (car, dit -on, ces lettres sont graves et fortes ; mais, quand il est présent, il paraît chétif de corps, et méprisable en son langage),
11. que celui qui est dans ce sentiment considère que tels nous sommes en paroles dans nos lettres, étant absents, tels nous sommes par nos actes étant présents.
12. Car nous n'osons pas nous égaler ni nous comparer à certains hommes.
7. Quse secundnm facîem sunt, videte. Si quis confidit sibi Christi se esse, hoc cogitet iterum apud se, quia sicut ipse Christi est, ita et nos.
8. Nam, et si amplius aliquid gloriatus fuero de potestate nostra, quam dédit nobis Dominus in œdificationem , et non in destructionem vestram, non erubescam.
9. Ut autem non existimer tan quam terrere vos per epistolas,
10. quoniam quidem epistolae, inquiunt, graves sunt et fortes, prsesentia autem corporis infirma, et sermo contemptibilis ;
11. hoc cogitet qui ejusmodi est, quia quales sumus verbo per epistolas, absentes, taies et prsesentes in facto.
12. Non enim audemus inserere, aut comparare nos quibusdam, qui seipsos
apôtre. — Quae secundum faciem... C.-à-d. : Considérez (pXéucTe) la face extérieure des choses, jugez d'après l'évidence , et vous verrez que Je suis assez puissant pour mettre mes menaces à exécution. — Si quis confidit... C'est là ce que l'apôtre demande aux Corinthiens de bien envisager tout d'abord -. il est le ministre de Jésus- Christ, au moins autant que les faux docteurs qui se vantaient de posséder ce titre. Cf. xi , 5, 13, 22-23. — Christi... esse. C.-à-d,, d'après le contexte, appartenir au Christ en qualité d'apôtre. — L'adverbe iterum a la signification de « vicissim », pareillement. — Ita et nos (à savoir « Christi sumus »). Il y a une litote dans ces mots, car saint Paul affirme maintenant et démontrera bientôt qu'il possédait beaucoup plus que ses adversaires l'autorité apostolique : Nam, et si... (vers. 8). Amplius : plus qu'il ne s'est glorifié dans les vers. 1-6, — La proposition incidente quam... in sedificationem, et non... décrit la manière dont Paul avait utilisé ses pouvoirs apostoliques, et indirectement la conduite tout opposée de ses adversaires. Lui, il s'était efforcé de bâtir à Corinthe un bel édifice à la gloire du Cliri>t (cf. I Cor. m, 9-10, 16); eux, ils ne travaillaient qu'à détruire. — Non erubescam. Il n'aurait pas à rougir dans l'hypothèse indiquée, comme s'il s'était attribué des droits exorbitants; mais il est en mesure de Justifier toutes ses prétentions.
9-11. Paul sera aussi courageux en face et de vive voix, qu'il l'est à distance dans ses lettres. — Ut autem... Il revient, pour la réfuter encore, à la sotte calomnie déjà mentionnée au vers. 1. — Per epistolas. L'apôtre avait déjà écrit deux fols aux Corinthiens. Voyez I Cor. v, 9, et les notes. — Quoniam quidem... Ce vers. 10 forme une parenthèse. II contient les paroles ae
moyen desquelles les ennemis de saint Paul travaillaient à effacer les vives impressions que produisaient ses lettres. — Graves et fortes. C.-à-d., sévères et énergiques. PJen de plus vrai, quoique les écrits de Paul respirent aussi très souvent la douceur et l'affection. — A ses lettres, on opposait sa présence personnelle et son langage, que l'or disait être dépourvus de vigueur : prsesentia... et sermo... Comp. I Cor. ii, 3-4, où l'apôtre rappelle lui-même aux Corinthiens ce qu'il y avait eu d'humble et de faible en lui, lors de son premier séjour auprès d'eux.
— Roc cogitet... (vers. 11). Ces mots reprennent la phrase commencée au vers. 9 et interrompue par la parenthèse. — Qui ejusmodi... , 6 rotoO- To; : celu^ qui se permet de parler ainsi. — Verbo per epistolas..., taies... Tous les mots sont accentués dans cette seconde moitié du verset. Paul saura exécuter de près ses menaces formulées à distance, et, au moment décisif, il ne reculera devant personne. Cf. xni, 3.
30 Lorsqu'il parle du succès de sa prédication, saint Paul demeure dans les limites qui lui avaient été fixées par la Providence ; ses détracteurs ne font pas de même. X, 12-18.
Ce passage n'est pas. sans quelque obscurité, comme le faisait déjà remarquer Théodoret.
12. Odieuse vanité des ennemis de Paul. — Non enim audemus. . . Trait rempli d'ironie. L'apôtre justifie sa dernière assertion (c.-à-d.: il n'y a pas de contradiction entre mes paroles et ma conduite) en montrant qu'il n'imite point, malgré la nécessité où il est de faire parfois son propre éloge, la vantardise effrénée de ses adversaires.
— Inserere, aut comparare. Il y a dans le grec une pai'onomase ( âyxpîvat y| auyxptvai) que l'on peut reproduire en latin : « aeqniparare aut comparare ». Paul couimencc donc par dire qu'il
n Cor. X, 13-15.
commendant ; sed ipsi in nobis nosmetipsos metientes, et comparantes nosmetipsos nobis.
13. Nos autem non in immensum gloriabinoiiir, sed secundum mensuram régulée qua mensus est nobis Deus, mensuram pertingendi usque ad vos.
14. Non enim quasi non pertingentes ad vos superextendimus nos ; usque ad vos enim pervenimus in evangelio Christ!.
15. Non in immensum gloriantes in alienis.laboribus ; spem autem habentes crescentis fidei vestrse, in vobis magnificari secundum regulam nostram in abundantiam ,
qui se recommandent eux-mêmes ; mais nous nous mesurons sur ce que nous sommes, et nous nous comparons à nousmêmes.
13. Ainsi, nous ne nous glorifions point démesurément, mais selon la mesure du partage que Dieu nous a assigné : mesure qui consiste à être parvenus jusqu'à vous.
14. Car nous ne nous étendons pas plus qu'il ne faut, comme si nous n'étions pas parvenus jusqu'à vous, puisque nous sommes arrivés jusqu'à vous, par l'évangile du Christ.
15. Nous ne nous glorifions pas démesurément, dans les travaux des autres; mais nous espérons que, votre foi croissant, nous grandirons de plus en plus en vous selon notre partage.
n'oserait pas se placer sur la môme ligne que ses ennemis si gloi'ieux. Ceux-ci sont de nouveau désignés en termes indirects : quibusdam (ajoutez d'après le grec : « eorum ») qui. — Sed in noMs... A leurs procédés orgueilleux, l'apôtre oppose sa manière de faire personnelle, qui ne s'écarte jamais des justes bornes lorsqu'il est obligé de se louer. Même alors il demeure dans la vérité, car il veille à ce qu'il y ait une exacte proportion entre ses paroles et ses actes. Tel est le sens du texte de la Vulgate. Mais nous devons l'abandonner aussitôt pour la seconde moitié du vers. 12, et adopter la leçon du grec et des autres versions anciennes : « Sed ipsi in semetipsls semetipsos metientes, et comparantes seraetipsos semetipsis, non intelligunt. » Saint Paul continue de caractériser la ridicule façon d'agir de ses adversaires. Ils se vantaient sans cesse à pleine bouche, sans la moindre mesure, parde qu'ils se croyaient tellement grands, doués de tant de qualités, qu'ils ne trouvaient personne «lui fût digne de leur être comparé. Ils étaient donc eux - mêmes leur point de comparaison. La quadruple répétition du pronom réfléchi ( âv sauToîç lauTOuç..., eaviTOiJç iautoîç) communique beaucoup de force à la pensée. Les derniers mots du texte grec, « ils ne comprennent pas, » sont des plus expressifs. Ils reviennent à dire : Ce sont des aveugles, des insensés. En effet, « ceUii qui ne voit que lui-même, qui n'a égard qu'à lui-même, aura toujours le jugement faux, parce qu'il lui manquera la juste mesui'e. »
13-16. Paul ne se loue que dans les limites permises. — Nos autem. Contraste très frappant, surtout d'après la leçon du texte grec. — In immensum : outre mesure, à la manière des faux apôtres de Corinthe. — Secundum, mensuram... L'équivalent grec de rer/ulsp est xavovoç, root qui désigne proprement une canne servant à mesurer, et, au dérivé, une ligne de démarcation, une limite, puis une sphère d'activité.
C'est Dieu lui-même qui avait déterminé la s-phère de saint Paul, soit d'une manière générale , en le choisissant comme apôtre des Gentils
Règle en bronze, trouvée à Pompéi.
(cf. Rom. XI, 13; Gai. i, 16 et ii, 7; Eph. iti, 8, etc.), soit d'une manière plus spéciale, par suite de telles ou telles indications très précises (cf. Act. XVI, 6-8; Rom. xv, 18-19; I Cor. ii, 3 et ss., etc.). Corinthe s'était trouvée ainsi dans les limites de son ministère: mevsuram... usque ad... En disant qu'il ne voulait se glorifier que de ce qu'il avait accompli sur son propre domaine , Paul blâmait fortement la conduite tout* contraire de pes ennemis, qui parlaient et agissaient à Corinthe avec autant de jactance que si l'existence et la prospérité de la chrétienté fondée par lui étaient leur œuvre personnelle. — Non enim quasi... (vers. 14). L'apôtre répète qu'en venant évangéliser les Corinthiens il n'a pas dépassé les bornes que lui fixait la Providence. La preuve en est dans le fait même du ministère qu'il avait exercé au milieu d'eux, et dans celui de leur conversion : usque ad vos enim,... Cf. I Cor. IV, 15; ix, 1-2, etc. — In evangelio... C.-à-d., avec l'évangile du Christ. — Non in immensum... (vers. 15). Paul reprend son affirmation du vers. 13. Il ne se glorifie que de ses l)ropres travaux, nullement de ceux qu'ont accomplis les autres (non in olievis...). Toutefois il espère que, la foi des Coi'inthlens croissant de plus en plus (il faudrait l'ablatif absolu, « crescenti fldo... », au lieu de crescentis fidei ), et sa présence n'étant pluf nécewalre parmi eux,
II Cor. X, 16 - XI, 1.
16. et que nous porterons Tévangile même dans les pays qui sont au delà de vous, sans nous glorifier de ce qui s'est déjà fait sur le domaine des autres.