‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 288 sur 873 · AUX GALATES · texte numérisé non relu

AUX GALATES

INTRODUCTION

1° Les destinataires. — Étymologiquement, « Galates » (FaXocTai) est le même mot que « Celtes » (KÉXTat ou KsAxot). La Galatie est donc sous ce rapport la Gaule de l'est; aussi certains écrivains romains appellent-ils ses habitants Gallif de même que plusieurs écrivains grecs nommaient raXâxat les habitants de l'ancienne France ^ A bon droit, car, d'après l'histoire, les Galates étaient un rameau de la puissante race celtique , qui , après avoir commencé à quitter, dès le vie et le ive siècle avant Jésus -Christ, les régions lointaines de l'Oxus et du Turkestan où elle élait domiciliée, occupa peu à peu une partie considérable du centre et de l'ouest de TEurope.

Le rameau dont nous avons à nous occuper plus spécialement venait des Gaules et avait tenté d'envahir la Grèce-; mais, battues à Delphes, les bandes qui le formaient étaient revenues sur leurs pas, avaient franchi l'Hellespont et envahi l'Asie Mineure, en partie sur l'invitation de Nicomède 1er, roi de Bithynie, alors engagé dans une guerre contre son frère. En récompense de leurs services, ce prince donna à ses alliés, sans parler d'un riche butin, un territoire agricole très fertile ^, qu'ils se mirent à agrandir les armes à la main, jusqu'à ce qu'Attale 1er, roi dePergame, les eût contraints de se fixer dans la région limitée par le Pont, la Gappadoce, la Bithynie, la Paphlagonie, la Lycaonie et la Phrygie^.

Telle fut l'origine de la Galatie, qu'on appela aussi plus tard la Gallogrèce, à cause du mélange qui s'opéra, par la force même des choses, entre les nouveaux venus et l'ancienne population grecque. L'an 189 avant notre ère, les Galates, impliqués dans la lutte de Rome avec Antiochus le Grand, au service duquel ils s'étaient engagés comme mercenaires, furent défaits par le consul E. Manlius et soumis à la domination romaine. Toutefois, ils purent conserver leur religion^, leur organisation politique et leurs lois nationales, ainsi que

^ Voyez Ammien Marcellin , xv, 9,3; Polybft, Hist., I, G; Denya d'Halicarnasse, ix, 35; Arbois de Jubainville, les Celtes, les Galates, les Gaulois {Revue archéol., 1875, ii, p. 4 et sg.).

- De 281-275 av. J.-C.

3 Situé à peu près au centre de l'Asie Mineure, sur des plateaux montagneux.

^ "Voyez VAtl. géogr. de la Bible, pi. xvii.

^ L'anclea druidisme, qui s'amalgama peu à peu avec les cultes grecs et phrygiens.

ÉPITRE AUX GALATES

leurs tétrarques*. L'un de ces derniers, Déjotare, qui avait soutenu Pompée contre Mithridate, reçut même de Rome le titre de roi, avec une augmentation de territoire. Son successeur, Amyntas, vit encore sa domination s'étendre sur la Pisidie, l'Isaurie et les districts de la Pamphilie, de la Lycaonie et de la Phrygie. Mais, à la mort d'Amyntas ^, le royaume entier, ainsi développé, devint province romaine sous le nom général de Galatie ^.

De ces détails historiques, il résulte que cette appellation avait été employée dans le cours des temps pour désigner deux régions très différentes sous le rapport de l'étendue: l'une plus petite, qui correspondait à l'ancien royaume des Galates; l'autre, beaucoup plus vaste, qui embrassait non seulement la Galatie primitive, mais tout le territoire qui y avait été successivement ajouté, et qui forma en fin de compte une province romaine très importante dans l'Asie Mineure. Une question se pose donc tout naturellement : quels sont les Galates auxquels saint Paul a adressé son épître? Pour lui, cette dénomination est- elle un terme géographique, qui ne convient qu'aux habitants de la Galatie ancienne et restreinte, ou bien la traite-t-il comme l'équivalent d'une division simplement politique et administrative?

Cette seconde opinion, quoiqu'elle ne remonte guère au delà du milieu du siècle dernier, a un assez grand nombre de partisans'^. Mais la grande majorité des interprètes s'en tient, et très justement, croyons -nous, au premier sentiment. Saint Luc, Act. xvi, 6 et xviii, 23, parlant de la Galatie, sépare nettement cette contrée de la Phrygie et des autres districts où étaient situées les villes de Lystres et de Derbé^. On voit, par les inscriptions antiques, que ces territoires ne furent jamais rattachés à la Galatie dans le langage officiel et administratif; aussi ne comprendrait -on guère que saint Paul ait interpellé solennellement par le nom de Galates ^ des hommes qui étaient en réalité des Lycaoniens et des Pisidiens. Qui penserait à affirmer que Timothée, originaire de Lystres, ait pu prétendre au titre de Galate ? En outre , Paul rappelle à ses lecteurs ' que « la raison qui décida de la fondation de leurs Églises fut accidentelle : une maladie qui força l'apôtre à s'arrêter dans leur pays. Comment pourrait -il s'exprimer ainsi en parlant de la fondation des Églises de Lycaonie et de Pisidie? Cette fondation était le but exprès de ses voyages », d'après Act. xiii et xiv. C'est donc bien à la Galatie du nord, à la Galatie proprement dite, que s'adresse saint Paul dans cet écrit, et non pas à la Galatie dans le sens large ^.

L'épître est adressée ecclesiis Galatiœ {xcdç IxxArjçyiatç t^ç FaXaTiaç)^; ce qui lui donne le caractère d'une lettre circulaire, que les diverses Églises de Galatie

1 Ils étalent divisés en trois tribus : les Trocmi, les Tolistobogii et les Tectosages, dont les villes capitales étaient Tavium, Pessinus et Ancyra (aujourd'hui Angora).

- L'an 25 av. J.-C, sous Auguste.

•^ Voyez Tite-Live, xxxviii, 16-17; Strabon, XII, 5 ; G. Perrot, de Galatia provinda romana, Paris, 1867, et Eoiploration archéologique de la Galatie, Paris, 1872.

^ Parmi lesexégètes catholiques, nous pouvons citer les noms, avantageusement connus sous le rapport scientifique , du P. Cornely, Introd. specialis in singulos N. T. libros, p. 415 et ss. ; du D"" J. Belser, Einleitung in das N. T., Pribourg - en - Brisgau , 1901, p. 430 et es., et du D' V. Weber. Ce dernier a composé réceuinieiit plusieurs ouvrages, tout exprès pour démontrer

la thèse en question : die Abfassuvg des Galaterbriefes vor dem Apostelkonzil , Ravensburg, 1900; die Adressaten des Galaterbriefes , Bavensburg, 1900; der heilige Paulus vont AposteliibereinJcoinmen bis zum Apostelkonzil , Fribourg - en - Brisgau , 1901. Voyez aut^sl W. M. Ramsay, St. Paul the Traveller and the Roman Citizen, Londres, 1900, p. 89-193 de la 5e édit.

^ Comp. Act. XIII, 14, où la ville d'Antioche est formellement rattachée à la province de Pisidie

6 Cf. Gai. m, 1.

■7 Cf. Gai. IV, 13.

*^ Comp. Gai. i , 21 , où saint Paul appelle Syrie, non pas la province romaine de ce nom, mais le territoii-e dont Antioche avait été la capitale, par opposition à la Judée.

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devaient se communiquer. C'est là un fait unique dans la littérature paulinienne; car toutes les autres lettres de l'apôtre des Gentils furent composées pour des Églises particulières ou des individus isolés^.

Ces Églises avaient été fondées par saint Paul lui-même, ainsi qu'il ressort très clairement de notre épître ^. Le missionnaire avait été accueilli « comme un aoge de Dieu », et sa prédication avait produit de prompts et d'heureux résultats. C'était, d'après Act. xvi, 6, durant son second voyage apostolique^. Environ trois ans plus tard , pendant son troisième voyage , il avait visité de nouveaii ses chers néophytes, pour les fortifier dans la foi^. Ceux-ci étaient, pour la plupart, des païens convertis^, puisque les habitants de la Galatie appartenaient en masse au paganisme. Nous savons toutefois que les Juifs avaient fondé des colonies commerciales jusque dans cette lointaine province ®, et il est probable qu'un certain nombre d'entre eux avaient aussi adopté la foi chrétienne ; mais ils ne formaient qu'une faible minorité.

2^ L'occasion et le but de l'épître aux Galates. — La situation d'abord très florissante des Églises de Galatie avait promptement fait place au trouble, à la défaillance et partiellement à l'erreur'. Après le départ de Paul, des hommes qui ne sont pas nommés directement dans la lettre, mais qu'il est facile, au portrait qu'elle en trace, de reconnaître pour des docteurs judaïsants*, s'étaient introduits parmi ces jeunes chrétientés, venant sans doute de Palestine, et y avaient créé une agitation religieuse des plus vives, en prêchant une doctrine entièrement contraire à celle de l'apôtre des Gentils sur un point essentiel. A la justification gratuite par la foi, ils opposaient la nécessité de certaines pratiques mosaïques, en particulier de la circoncision^. Pour mieux réussir à inculquer leur enseignement faux et subversif, ils avaient essayé d'amoindrir aux yeux des Galates l'autorité de Paul ^°, affirmant qu'il ne possédait pas en plein la dignité apostolique, mettant en contraste avec lui les grands apôtres Pierre, Jacques et Jean, dont la doctrine, prétendaient -ils, contredisait la sienne sur le point débattu. Ils ne réussirent que trop bien à gagner à leur cause un certain nombre de Galates; saint Paul ne tarda pas à en être informé, et il prit aussitôt la plume pour lutter de son mieux contre ces hommes pervers.

Son but est visible « à chaque phrase » . Il se propose de réduire à néant l'influence pernicieuse que les meneurs judaïsants avaient conquise auprès des chrétiens de Galatie, et de rétablir sur des bases inébranlables la vérité dogmatique menacée. Pour cela, il avait d'abord à défendre son autorité apostolique, si indignement attaquée ; puis il lui fallait démontrer, par des arguments irrésistibles, la théorie de la justification par la seule foi en Jésus -Christ, indépendamment des pratiques juives, et la liberté intégrale des fidèles par rapport à la loi de Moïse.

3° La langue et le lieu de la composition. — La date de l'épître aux Galates a toujours été l'objet de vives contestations, à tel point qu'on l'a placée tantôt au début, tantôt au milieu, tantôt sur la fin du ministère de saint Paul. D'après quelques critiques, cette lettre serait la toute première des écrits de l'apôtre,

* L'épître aux Hébreux, qui fait exception d'une certaine manière, n'est pas adressée à un groupe d'Églises , mais à l'ensemble des chrétiens d'origine juive qui résidaient à Jérusalem et en Palestine.

2 Cf. Gai. I, 6-9; m, 2-3; IV, 13 et ss. ^ Voyez rintrod. gén., p. 6.

* Cf. Act. xvni, 23.

* Cf. Gai. IV, 8; v, 2-3; vi, 12-13, etc.

^ Voyez Josèphe, Ant., xvi, 6, 2. Le célèbre « monument d'Ancyre », érigé dans le temple d'Auguste, mentionne de nombreux privilèges accordés aux Juifs de Galatie par ce prince.

7 Cf. I, 6; IV, 9 et 88.

^ Voyez Act. xv, 1 et le commentaire.

9 Cf. II, 15-16, 20; III, 2 et ss., etc.

1° Cf. I, 9; II, 1 et ss.

lâpiTBB AUX GALATES

qui l'aurait composée vers l'an 49, avant le concile de Jérusalem*. D'un autre côté, plusieurs auteurs anciens ^, suivis par (juel({ues commentaleurs modernes "*, reculent la composition jusqu'à l'époque de la première captivité de, saint Paul à Rome. Il y a exagération des deux parts. Gomme il a été dit plus haut^, l'auteur de la lettre avait visité deux fois les Galates lorsqu'il leur écrivit ^, et sa seconde visite avait eu lieu pendant son troisième voyage de mission, entre 55 et 59. L'épître n'est donc pas antérieure à l'an 55. De plus, elle ne doit pas être placée beaucoup plus bas que cette date, car, d'après i, 6, c'est peu de temps après le second séjour de saint Paul en Galatie que se passèrent les événements douloureux qui occasionnèrent sa lettre. Celle-ci paraît donc avoir été composée en 55 ou en 56, comme on l'admet assez généralement. Paul se trouvait alors à Éphèse. Les mots eypàcpT) qltzo Fwjxy); (« elle a été écrite de Rome »), qu'on lit à la fin de l'épître dans un certain nombre de manuscrits, sont sans autorité^.

4o Le sujet et la division. — « La loi juive et la loi chrétienne s'excluent mutuellement. A la loi est rattachée la malédiction, de même que la bénédiction divine a été promise à la foi en Jésus -Christ. Choisissez entre la circoncision et la croix de Jésus ! » Tel est le thème principal traité dans cette lettre \

On la divise communément en trois parties, dont la première est personnelle, la seconde dogmatique, la troisième pratique et morale. Après un préambule (i, 1-10) qui renferme la salutation d'usage et une entrée en matière « ex abrupto », l'auteur démontre dans la première partie (i, 11 -ii, 21) qu'il est vraiment l'apôtre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ayant été élu directement par Dieu pour ce rôle glorieux, et ses pleins pouvoirs ayant été reconnus sans conteste par les autres apôtres. La seconde partie (m, 1-iv, 31), mettant en parallèle la loi et l'évangile, prouve d'une manière irréfutable la théorie de la justification par la foi et, par suite, l'indépendance des chrétiens en ce qui concerne les observances légales. Dans la troisième partie (v, 1-vi, 10), l'apôtre exhorte les Galates à pratiquer cette sainte liberté, dont il indique les avantages et le mode ; puis il leur trace quelques règles de conduite. Dans un épilogue éloquent (VI, 11-18), il récapitule les arg^uments de la partie dogmatique, et il termine par la bénédiction accoutumée ^.

Il est aisé de voir par ce résumé qu'il existe une affinité très réelle entre cette lettre et l'épître aux Romains ^. Le sujet dogmatique traité dans les deux écrits est le même, puisque, de part et d'autre, saint Paul étudie, et d'une manière à peu près semblable, le problème capital de la justification chrétienne par opposition au judaïsme ^^. La différence ne consiste guère que dans la forme, qui, plus objective, plus calme et plus développée dans l'épître aux Romains, est ici personnelle, polémique et en même temps plus condensée ^^. D'autre part, la section apologétique et personnelle rappelle certains passages de la deuxième épître aux

* C'est l'opinion de MM. Belser, Weber, etc.

2 Entre autres Théodoret et saint Jérôme.

3 Baron lus, Estius, etc.

^ Page 281.

^ Comp. Gai. iy, 13, où il l'affirme lui-même en propres termes.

^ Dans quelques manuscrits anciens, le mot 'Pto[j.r|; était remplacé par 'E(péa-ou.

' Cf. ni, 10 et ss. ; v, 3-14, etc.

8 Pour une analyse plus complète, voyez le commentaire et notre Biblia sacra, p. 1284- 12d9.

^ Voyez la p. 14.

^^ Voyez en particulier Rom. iv,3 et Gai. in, 6, où le même passage de l'A. T. est pris pour base d'une argumentation identique. Les coïncidences verbales sont assez nombreuses entre les deux épîtres. Comp. Rom. vi, 6-8 et Gai. ii, 20; Rom. vni, 14-17 et Gai. iv, 5-7; Rom. xili, 9 et Gai. V, 14; Rom. xv, 15 et Gai. ii, 7, etc.

*' Cette brièveté plus grande de l'épître aux Galates crée çà et là quelques difficultés au commentateur.

ÉFITRE AUX GALATES

Corinthiens; c'est, des deux côtés, la même véhémence et la même indignation contre les détracteurs de Paul, la même tendresse pour les fidèles, la même abondance de détails biographiques, etc.

Il n'est pas besoin d'insister sur l'importance spéciale de l'épître aux Galates, car elle ressort suffisamment de l'indication du sujet traité. On a très justement appelé cette lettre la « magna charta » des libertés chrétiennes. Sous ce rapport, elle marque « comme une époque dans l'histoire de l'homme; c'est le document extraordinairement précieux de son émancipation spirituelle* ».

5° Les commentateurs catholiques. — Outre ceux qui ont commenté toutes les épîtres de saint Paul ^, nous avons à signaler les auteurs suivants : lo à l'époque des Pères, saint Jérôme, Com,mentariorum in epist. ad Galat. libri très, et saint Augustin, Epistolae ad Gai. expositionis liber wnws;2o de nos jours, F. Windischmann, Erklœrung des Briefes an die Galater, Mayence, 1843; F. Reithmayr, Kommentar zum Briefe an die Galater, Munich, 1865; D. Palmieri, Commentarius in Epist. ad Galat., Galopise, 1886; A. Schaefer, Erklœrung der zwei Briefe an die Thessal. und des Briefes an die Galater, Munster, 1890; R. Gornely, Epistolse ad Corinth. altéra et ad Galatas, Paris, 1892. Voyez aussi J. Belser, die Selhstvertheidigung des h. Paulus im Galaterbriefe (i, l-ii, 21 ), Fribourg-en-Brisgau , 1896.

* Pour la question d'authenticité , voyez l'Introd. gén., p. 8 et 9. Ce n'est qu'en 1850 qu'on a prétendu pour la première fois que l'épître aux Galates n'est pas authentique; mais les témoignages extrinsèques sont si nombreux, si anciens, et cette lettre porte d'une manière si évidente,

par les pensées, par les sentiments et par le style, le sceau et la signature de saint Paul, que « quiconque en nie l'authenticité prononce contre lui-même la sentence qu'il est incapable de distinguer le A^rai du faux », 2 Voyez la p. 12.

EPITRE

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