Miror quod sic tam cito transferi
le commentaire. — Qui dédit... (vers. 4). Telle est, dès l'exorde, la pensée fondamentale de l'épître. Simplement indiquée ici, elle sera développée à son tour dans la partie polémique, in -IV. Elle exprime clairement notre rachat de la mort éternelle par Jésus -Christ, à l'exclusion de tout autre médiateur, et notamment des observances judaïques. — Le verbe dédit a ici le sens très spécial de livrer à la mort. Cf. Joan. ni, 16. — Pro peccatis... Le grec flotte entre les leçons Tcspi à(xap- Tifov et ÛTièp àfjLapnùv. La première est peut-être mieux garantie. Ce n'est d'ailleurs qu'une simple nuance : pour nos péchés, ou à cause de nos péchés. Dans les deux cas : pour les effacer. — Le trait suivant, ut nos eriperet..., détermine davantage encore le but du sacrifice de Jésus-Christ. Cf. Rom.
m, 23 et ss.; Col. ii, 14; I Petr.
1, 19, etc. — De... saeculo... Le siècle ( alto v), c.-à-d. le monde (voyez Matth. xiii, 22; Rora.
xii, 3 ; I Cor. i, 20; Eph. ii,
2, etc ), est personnifié et comparé à un tyran qui nous tient sous sa domination ; mais Jésus nous a arrachés à son joug en se sacrifiant pour nous. — Le monde est appelé nequam à cause de sa perversité proverbiale. Cf. I Joan. v, 19.
Quant à l'épithète évîT-ràiTOÇ, quoiqu'elle ait parfois la signification d'Imminent, de prochain, elle désigne ici, comme partout ailleurs dans le Nouveau Testament (cf. Rom. viii,
38; I Cor. m, 22 et vu, 26; Hebr. ix, 9), le temps présent, par opposition à l'avenir. -— Secundum voluntatem... Ces mots peuvent être rattachés soit à « dédit », soit à « eriperet ». La première connexion est la mellleiire (saint Jean Chrysostome et la plupart des anciens auteurs). C'est conformément aux desseins éternels de Dieu que Jésu«- Christ s'est fait notre rançon. — Dei et Patris...: de Dieu, qui est en infime temps notre Père. — Cui est (mieux vaudrait : u slt *) gloria... (vers. 5). Pieux souhait qui
s'échappe du cœur de l'apôtre au souvenir de la bonté de Dieu pour nous. Cf. Rom. xi, 36 ; I Tim. I, 17, etc. Dans le grec : y| 66^a avec l'article ; la gloire par antonomase , la gloire qui n'est due qu'à Dieu. — In sœcula sxculorum, C.-à-d. : à tout jamais. Formule déjà employée
^.T)rtB^lîeI^,!ieU
Carte de Ja Galatie.
dans l'Ancien Testament. Cf. Ps. ex , 10 ; Dan. VII, 18.
20 Entrée en matière sévère et Indignée. I, 6-10.
6-7. Le blâme. D'ordinaire, après avoir salué les destinataires de ses lettres, saint Paul leur adresse quelques éloges délicats , les préparant ainsi à mieux recevoir ses enseignements et ses conseils. Mais, cette fois, il n'a malheureusement pas à louer; tout au contraire. — Miror (6au[jLâ2ia) ). En mauvaise part : Je suJS'
Gal. I, 7-10.
mini ab eo qui vos vocavit in gratiam Christi, in aliud evangelium :
7. quod non est aliud, nisi sunt aliqui qui vos conturbant, et volunt convertere evangelium Christi.
8. Sed licet nos , aut angélus de cselo evangelizet vobis prseterquam quod evangelizavimus vobis , anathema sit.
9. Sicut prgediximus, et nunc iterum dico : Si quis vobis evangelizaverit prseter id quod accepistis, anathema sit.
10. Modo enim hominibus suadeo , an Deo? An qusero hominibus placere? Si
niez si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ , pour passer à un autre évangile.
7. Non pas qu'il y en ait un autre ; mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l'évangile du Christ.
8. Mais si quelqu'un, fût-ce nousmême ou un ange du ciel, vous annonçait un autre évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème !
9. Je l'ai dit, et je le dis encore maintenant : Si quelqu'un vous annonçait un autre évangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème!
10. Car, en ce moment, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou
douloureusement surpris. — Sic tam cito. Ces adverbes, mis en avant, appuient fortement sur la pensée. Il n'y en a que deux dans le grec : ouTwç Ta)(éa)Ç, si promptement. Ils font allusion à la rapidité navrante avec laquelle les chrétiens de Galatie s'étaient laissé séduire par les docteurs jndaïsants. Le point de départ de ce « si vite » , c'est , d'après le contexte (« ab eo qui vos... »), la conversion même des Galates, qui remontait seulement à quelques années. La mobilité de l'esprit de cette race est célèbre. Le rhéteur grec Thémistius dit des Galates qu'ils étalent tellement avides de nouveauté, qu'il leur suffisait d'entrevoir le manteau d'un philosophe pour se jeter sur lui, le saisir et y adhérer comme les paillettes de fer à l'aimant. — Travsferimini. L'emploi de l'indicatif présent montre que l'apostasie n'était pas encore totale, mais qu'elle s'accomplissait chaque jour. Le verbe (x-ETaTiôecrOs est peut-être à la forme moyenne : Vous vous détournez. — Ab eo qui... vocavit... D'après le grec, on pourrait traduire : Du Christ qui vous a appelés à la grâce. Mais saint Paul attribue habituellement à Dieu le Père cet appel à la foi (cf. I, 15; Rom. viii, 30 et ix, 24; I Thcss. II, 12; II Thess. ii, 12; II Tim. i, 9, etc.); c'est donc plutôt la première personne de la sainte Trinité qu'il a voulu désigner ici. — Au lieu de in gratiam Christi, le grec porte : « in gratia.. », c.-à-d., par la grâce du Christ, à cause de ses mérites infinis. Suivant la leçon de la Vulgate, ces mots exprimeraient le but du divin appel , à savoir, la participation aux grâces que Jésus -Christ nous a values. — In aliud (stepov, « dlversum ») evangelium. L'apôtre nomme ainsi la doctrine perverse de ceux qui ne réussissaient que trop bien à détourner les Galates de la vraie foi. Ils la présentaient sans doute hardiment eux-mêmes comme un évangile, une bonne nouvelle, mais comme un évangile différent de celui de Paul. Toutefois l'expression même était paradoxale, attendu qu'il n'y a pas deux évangiles, et que la prédication des docteurB Judaïaants ne méritait nullement ce beau
nom; c'est pourquoi l'apôtre se reprend aussitôt, pour expliquer sa pensée : quod non est aliud (aXXo), nisi... Il n'existe pas d'autre évangile que celui que je vous al prêché; ce qu'il y a, c'est que des hommes misérables travaillent à vous perdre. — Vos conturbant. C'était le résultat produit par les meneurs hérétiques. Le but secret qu'ils se proposaient n'est pas moins clairement indiqué : volunt convertere... Mieux : « transvertere », transformer ([i.txa.aTÇ>i<\)ai) , et par suite corrompre.
8-10. Les anathèmes. La grandeur du forfait qu'il vient de signaler indigne à tel point saint Paul, qu'il lance coup sur coup deux malédictions contre ses auteurs. — Licet nos aut angélus... Deux hypothèses d'une réalisation impossible, et choisies à dessein pour donner plus de force à la pensée. « A plus forte raison la malédiction frappera- 1 -elle ceux dont les actes sont dans la sphère des choses possibles ou réelles. » — Prseterquam quod. Le grec Tiap' 0 a plutôt ici le sens de « contra quod ». — Anathema sit. Sur cette formule, voyez Rom. IX, 3; I Cor. xvi, 22, et les notes. — Sicut prsediximus (vers. 9). D'après de nombreux commentateurs, ces mots, qui introduisent le second anathème, se rapporteraient simplement au premier : Je viens de le dire et je le répète... Mais 11 vaut mieux , avec saint Augustin , saint Jéi-ôme et la plupart des exégètes contemporains, y voir une allusion à la conduite de l'apôtre durant son séjour en Galatie : Je vous ai déjà donné ces graves avertissements, et Je vous les donne encore. L'opposition qui existe entre « prœdiximus » (pour « antea diximus ») et nunc favorise cette interprétation. — Si quis. La formule est toute générale cette fols. — Modo enim... (vers. 10). Paul, répondant à une objection tacite, indique brièvement le motif qui lui inspire une si grande sévérité. La gloire de Dieu est en cause : son devoir est de la défendre par tous les moyens, dût-il, en agissant ainsi, perdre l'estime et l'affection des hommes. - Modo. En cet Instant même (apti). — Suadeo. Dam le
Gal. I, 11-13.
celle de Dieu? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ.
11. Je vous déclare donc, mes frères, que l'évangile que j'ai annoncé n'est pas selon l'homme ;
12. car ce n'est pas d'un homme que je l'ai reçu ni appris, mais par la révélation de Jésus - Christ.
13. Vous avez appris, en effet, quelle était autrefois ma conduite dans le judaïsme, comment je persécutais à outrance l'Église de Dieu, et la ravageais.
adhuc hominibus placerem, Christi servus non essem.
11. Notum enim vobis facio, fratres, evangelium quod evangelizatum est a me, quia non est secundum hominem ;
12. neque enim ego ab homine accepi illud, neque didici, sed per revelationem Jesu Christi.
13. Audistis enim conversationem meam aliquando in judaismo, quoniam supra modum persequebar ecclesiam Dei, et expugnabam illam.
sens de « mlhi conciliare studeo ». Certes, Paul n'avait guère pris les moyens, dans les lignes qui précèdent , de gagner la faveur des hommes ; du moins, il s'était proposé de gagner celle de Dieu. — An qusero...? Il insiste sur l'idée, en la généralisant. Sa réponse à la question montre pourquoi il se préoccupait si peu d'obtenir les suffrages des hommes dans l'exercice de son ministère. En agissant autrement, dit-il, on serait indigne d'être le serv^iteur de Jésus- Christ : Christi se rvus non... Ailleurs, il est vrai (cf. I Cor. X, 33; II Cor. v, 11), saint Paul affirme qu'il cherchait à plaire à tous les hommes ; mais il parle alors de circonstances secondaires, temporelles, et encore a-t-il soin d'ajouter qu'il n'avait en vue que l'intérêt du prochain , tandis qu'ici il est question de principes au sujet desquels un ministre du Christ doit demeurer à jamais inflexible.