PREMIÈRE PARTIE, PERSONNELLE ET APOLOGÉTIQUE
Paul est vraiment l'apôtre du Christ.
"l, ll-II, 21.
Pour renverser l'autorité et l'enseignement de saint Paul, les meneurs judaisants ne se lassaient pas de répéter qu'il n'était point apôtre dans le sens strict de l'expression. Il lui manquait, d'après eux, une condition essentielle de l'apostolat : il n'avait pas reçu directement de Dieu sa mission et la matière de sa prédication. Suivant ses adversaires sur ce terrain, il prouve, les faits en main, qu'il n'avait passé par l'école d'aucun homme, mais qu'il avait été élu immédiatement par Dieu et instruit immédiatement par le Christ.
§ I. -- Origine divine de la mission et de la doctrine de saint Paul. I, 11-24.
11-12. La thèse à démontrer. — Notum enim... Sur cette formule de transition, voyez I Cor. XV, 1; II Cor. viir, 1. Il faut lire d'après la meilleure leçon du grec : « Notum autem... » ('v; au lieu de yap ), — L'écrivain sacré a recouvré son calme, et il donne maintenant aux
Galates le nom accoutumé de fratres. — Non secundum hominem (où... -/.(xxà avôpwuov ). A la lettre : (Mon évangile) n'est pas à la manière de l'homme. C.-à-d,, d'après l'interprétation la plus exacte : N'est pas tel qu'il serait s'il provenait des hommes; il n'est pas un produit de l'intelligence humaine; il n'a rien d'humain.— La preuve de cette assertion est aussitôt donnée en termes généraux : Non enim... ab..., sed... (vers. 12). L'évangile annoncé par Paul n'est pas humain dans sa nature, puisqu'il a une origine toute céleste. — Neque... accepi..., neque didici. Ces deux verbes ne sont pas entièrement synonymes. ff Le premier (irapéXaêov) marque un fait négatif, la réception extérieure de l'évangile; le second (ÈôiSàxô'O^) désigne un phénomène interne , l'acte de s'approprier par la réflexion et la méditation l'enseignement reçu. » L'évangile de Paul n'a eu d'origine humaine en aucune de ces manières. — Per revelationem Jesu... C.-à-d., par une communication directe du Christ, « per Christum revelantera. » Cette révélation eut lieu, non seulement sur la route de Damas, au moment de la conversion de Paul, mais aussi durant les visions subséquentes dont il fut favorisé. Cf. Act. xxvi, 15 et ss. ; II Cor. XII, 2, etc.
13-14. Partageant sa vie en deux parties, séparées par sa conversion, Paul démontre qu'il n'a pas pu recevoir l'évangile par l'intermédiaire des hommes durant la première période, alors qu'il était encore un Juif fanatique. — Audistis. . . Les détails biographiques qui suivent, et dans lesquels l'apôtre confesse ses crimes avec autant de force que d'humilité, étaient universellement connus. — Conversationem. .. in... : ma manière d'agir lorsque j'étais Juif. Paul va décrire sa conduite d'alors à un double point de vue : envers l'Église et envers la loi mosaïque. — A l'égard du christianisme, il était un prédicateur cruel et sans pitié : supra modum persequebar... et expugnabam. (èiropôouv, je dévastais)... Comp. Act. VII, 58 et ss.; viii, 3; ix, 1 ; XII, 4; xxvr, 10; I TRm. i, 13. — A l'égard de 1.1 religion juive, au contraire, il manifestait un zèle et dea progrès toujours croissants : Pro-
Gal. I, 14-17.
14. Et proficiebara in jiidaismo supra multos coaetaneos meos in génère meo, abundantius semulator existens paternarum mearum traditionum.
15. Cum autem placuit ei qui me segregavit ex utero matris mese, et vocavit per gratiam suam ,
16. ut revelaret Filium suum in me, ut evangelizarem illum in gentibus, continue non acquievi carni et sanguini,
17. neque veni Jerosolymam ad antecessores meos apostolos ; sed abii in
14. Et je Hur[)assais dans le judaïsme bon nombre de ceux de mon âge et de ma nation, ayant un zèle plus ardent pour les traditions de mes pères.
15. Mais lorsqu'il plut à celui qui m'a mis à part dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par sa grâce,
16. de révéler son Fils en moi, pour que je fusse son évangéliste parmi les les nations, aussitôt je ne pris conseil ni de la chair ni du sang ;
17. je n'allai pas non plus à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant
flciebam... (vers. 14). Cf. Act. xxii, 3. — In génère meo. C.-à-d. : Dans ma race, dans mon peuple. — La manière spéciale dont il dépassait beaucoup de ceux de son âge est déterminée par les mots abundantius semulator. . . Non content d'observer strictement la loi, il adbérait de toutes ses forces, en pratique comme en théorie, aux traditions pharisaïques, qu'il nomme ici traditions paternelles , parce qu'il était, comme
Attaque d'une place forte.
(Bas -relief de la colonne Trajane.)
11 le dit ailleurs (Act. xxiii, 6; cf. Phil. m, 6), non seulement pharisien, mais flls de pharisiens. Voyez aussi Act. xxv, 5.
15-24. Paul n'a pas reçu non plus l'évangile de la main des hommes, pas même de la main des apôtres, durant la seconde période de sa vie, après sa conversion. Pour être plus net et plus complet, 11 divise cette période en trois phases. — Première phase : aussitôt après le grand miracle qui fit de lui un disciple de Jésus- Christ, il n'eut aucun genre de relations avec les apôtres, vers. 15-17. Le récit est ému,
solennel. L'expression cum placuit relève la gratuité du bienfait divin, — Les mots ei gui me segregavit. . . font remonter jusqu'aux premiers Instants de l'existence de Paul (cf. Is. xlviii, 1 , 5 ) le choix tout bienveillant que le Seigneur avait fait de lui pour un rôle si saint et si honorable : choix en vertu duquel il avait reçu des dons spéciaux, providentiels. — Le trait vocavit per... signale une autre circonstance du bienfait de Dieu : après le choix, l'appel proprement dit, qui avait eu lieu sur le chemin de Damas (Acr. ix, 1 et ss.). — Troisième circonstance : ut revelaret Filium... (vers. 16). Frappant contraste avec l'aveuglement antérieur de Saul. In me dit plus que « mihi » : dans mon esprit, au plus intime de moi-même. — La On pour laquelle Saul avait été ainsi béni de Dieu est ensuite indiquée : ut evangelizarem... Dès le moment de sa conversion, il fut destiné à être l'apôtre des Gentils. Cf. Act. ix, 15 et xii, SI ; XXVI, 17-18 ; Bph. m, 8, etc. — Ij adverbe continua ne porte pas seulement sur la proposition « non acquievi... », mais également sur la-première moitié du vers. 17. — Acquievi... L'expression grecque ixpoaavaxtOecrôat Ttvi signifie : s'adresser, se confiera quelqu'un, spécialement pour lui demander conseil. La chair et le sang représentent ici l'homme naturel , rempli de faiblesses et de misères. Cf. Matth. XVI, 17; Eph. vi, 12, etc. Paul veut donc dire que, dans cette crise importante de sa vie, il ne pi'it conseil d'aucun homme, mais qu'il suivit uniquement les inspirations de l'Esprit -Saint. — Neque veni... (vers. 17). Les manuscrits grecs se partagent entre les leçons oùôà aTiTjXôov, je ne suis pas allé, et oùôs àvïiXOov , je ne suis pas monté. La première semble cependant mieux garantie. — Ad antecessores meos... D'après le grec : Auprès des apôtres (qui étaient) avant moL C.-à-d., auprès de ceux qui avaient été appelés avant moi à l'apostolat. Saint Paul désigne ainsi les membres du collège apostolique, et l'on voit par son langage qu'il se reconnaissait tout à fait comme leur égal sous le rapport de la dignité ou des pouvoirs. C'est précisément pour cela qu'il n'avait pas jugé nécessaire d'aller faire confirmer' par eux le titre et la mission qu'il tenait de Jésus- Christ. — Abii in Arabiam. Ce voyage et ce séjour de Paul en Arabie sont passés sous silence
Gal. I, 18-22.
moi; mais je m'en allai en Arabie, et je revins encore à Damas.
18. Ensuite, trois ans plus tard, je vins à Jérusalem pour voir Pierre, et je demeurai auprès de lui quinze jours ;
19. mais je ne vis aucun autre des apôtres, sinon Jacques, le frère du Seigneur.
20. Dans ce que je vous écris, je proteste devant Dieu que je ne mens pas.
21. J'allai ensuite dans les régions de la Syrie et de la Cilicie.
22. Or j'étais inconnu de visage aux Eglises de Judée qui croyaient au Christ :
Arabiam , et iterum reversas sum Damascum.
18. Deinde postannos très, veni Jerosolymam videre Petrum, et mansi apud eum diebus quindecim ;
19. alium autem apostolorum vidi neminem, nisi Jacobum, fratrem Domini.
20. Quae autem scribo vobis, ecce coram Deo quia non mentior.