‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 332 sur 873 · AUX ÉPHÉSIENS · texte numérisé non relu

AUX ÉPHÉSIENS

INTRODUCTION

io Éphèse et son Église. — Éphèse était, à l'époque de saint Paul, la ville la plus importante et la capitale de la province romaine nommée Asie proconsulaire 2. Quoiqu'elle fût située à trois milles de la mer, elle possédait en réalité un port considérable, grâce au fleuve Caystros, sur les bords duquel elle était bâtie, et qui était alors navigable dans la dernière partie de son cours; aussi était-elle le centre d'un commerce très florissant. Il est question au livre des Actes, XIX, 23 et ss., de son magnifique temple de Diane et de son vaste théâtre. Sa population était en partie d'origine grecque, en partie formée d'éléments asiatiques.

Saint Paul y vint pour la première fois vers la fin de son second voyage apostolique, vers l'an 54, lorsqu'il allait de Grèce en Syrie ^; ses amis Aquila et Priscille l'accompagnaient. Il les y laissa, lorsqu'il dut repartir après un séjour très rapide, pendant lequel il s'était contenté d'annoncer l'évangile aux seuls •Juifs, dans leur synagogue ^. Les deux saints époux continuèrent probablement son œuvre, car ils manifestaient un grand zèle pour la cause du Christ.

La seconde visite que l'apôtre fit aux Ephésiens eut lieu à l'occasion de son troisième voyage, et elle se prolongea durant trois années entières, de 55-57^. Il obtint des résultats merveilleux, dignes de son activité infatigable; à tel point que le christianisme fit des conquêtes nombreuses, non seulement dans la métropole, mais dans tous les districts d'alentour^. La violente émeute suscitée par l'orfèvre Démétrius l'obligea de partir brusquement "^. Il ne revit Ephèse qu'assez longtemps après, entre sa première et sa seconde captivité à Rome*.

On voit par ces détails que la chrétienté d'Éphèse était unie à saint Paul par des liens très intimes; il en était vraiment le fondateur et le père. Ses membres

^ Pour les commentaires catholiques, voyez la page 12. Nous n'avons à ajouter que l'ouvrage de F. A. Henle, der Ephesierbrief des heil. Apostels Paulus erklsert, Augsbourg,

2 C'est en 133 avant Jésus -Christ qu'elle tomba au pouvoir des Romains, avec le royaume

de Pergame, dont elle faisait alors i>artio. 3 Act. XVIII, 18-21.

'* Act. XVIII, 19.

•^ Act. XIX, 1 et ss. ^ Act. XIX, 10.

■^ Act. XIX, 23-40; xx, 1, * Cf. I Tim. I, 3.

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étaient issus soit du judaïsme, soit du paganisme^; les païens convertis formaient la grande majorité.

2o Le groupe des épitres compofiées pendant le premier emprisonnement de saint Paul à Rome. — Elles sont au nombre de quatre: à savoir, les lettres aux Ephésiens, aux Colossiens, à Philémon et aux Philippiens ^. Il est aisé de démontrer qu'elles furent toutes composées à Rome, tandis que l'apôtre des Gentils y était captif pour la première fois.

L'auteur y fait mention de ses chaînes à plusieurs reprises^. En même temps, il manifeste l'espoir d'être bientôt remis en liberté, de sorte qu'il pourra visiter sans délai ceux auxquels il écrit "*. Or, il ne saurait être question, dans ces passages, ni de la captivité de saint Paul à Césarée, antérieurement à son départ pour Rome ^, ni de son second emprisonnement dans la capitale de l'empire, immédiatement avant sa mort. En effet, à Césarée, il ne pouvait pas espérer une prompte délivrance, puisqu'il était nécessaire qu'il allât comparaître au tribunal de l'empereur. Pour le même motif, il n'avait pas à redouter la mort lorsqu'il était enfermé dans le palais d'Hérode®; et pourtant, dans l'épître aux Philippiens, i, 27 et ii, 17, il envisage sa condamnation au moins comme possible. De plus, lorsque l'auteur de cette lettre parle du prétoire dans lequel ses chaînes ont fait du bien ', et des gens de la maison de César qui saluent les Philippiens ^, il montre clairement qu'il est à Rome. La tradition fixe d'ailleurs nettement la composition de nos quatre épîtres dans cette ville ^.

Durant sa seconde captivité romaine, Paul n'avait pas lieu d'espérer et n'espérait pas sa délivrance; tout au contraire, comme on le voit par II Tim. iv, 6. Ce n'est donc pas de cette époque tardive que datent ces quatre lettres, mais de la période indiquée ci -dessus, c'est-à-dire des années 62-63, plus probablement de l'an 63, puisque la fin de la captivité approchait.

II existe un lien tout spécial entre les épîtres aux Ephésiens, aux Colossiens et à Philémon , car les deux premières furent portées simultanément par le même disciple, Tychicus, et celui-ci, accompagné d'Onésime, remit aussi à Philémon celle qui lui était destinée. La lettre aux Philippiens fut écrite un peu plus tôt suivant les uns, un peu plus tard suivant les autres; il n'est pas possible de trancher le fait d'une manière certaine.

3° Il existe quelques difficultés au sujet des destinataires de l'épître aux Ephésiens, qui auraient été, d'après un assez grand nombre d'exégètes modernes et contemporains ^^, non pas les seuls chrétiens d'Éphèse, mais aussi les membres de plusieurs autres Eglises d'Asie. Voici les raisons sur lesquelles s'appuient ces savants, pour faire de notre lettre une sorte de circulaire destinée à diverses chrétientés asiatiques. !<> Dans l'adresse même de l'épître, i, 1, les mots Iv 'EcpeVo (Vulg., « Ephesi ») sont omis par quelques manuscrits très anciens, et saint Basile nous apprend^* que tel était déjà le cas de son temps. 2« Marcion, ainsi que nous le savons par Tertullien ^'^, regardait cette épître comme adressée aux Laodiciens; d'où il ressort qu'il n'avait pas lu les mots èv 'Ecpéaco.

1 Comp. I, ]3; II, 2-3, 11-22; m, 13; iv, 17- 19, etc.

2 On peut leur rattacher l'épître aux Hébreux, écrite durant la dernière période de ce même emprisonnement, ou aussitôt après la mise en liberté de l'apôtre. Voyez l'Jntrod. spéciale à cette épître.

3 Eph. ni, 1; IV, 1; VI, 1; Phil. i, 7, 13, 17; Col. IV, 3, 18; Phllem. 1, 9, 10, 13.

^ Cf. Phil. I, 26 et II, 24; Philem. 22.

^ Act. XXIII, 23 et BS.

^ Act. xxiii, 25.

7 Phil. i, 12-13.

8 Phil. IV, 22.

^ Les Pères et les Inscriptions des manuscrits sont d'accord sur ce point.

^® Parmi eux, on compte plusieurs commentateurs catholiques.

^* C. Eunom., ii, 19.

*2 Adv. Marc, v, 11, 17.

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3" On ne trouve dans le corps de la lettre aucune allusion aux relations intimes qui existaient entre saint Paul et les Éphésiens, et pas une seule salutation particulière^; le sujet choisi par l'auteur est traité d'une manière toute générale. L'apôtre semble lui-même supposer, dit-on, que ceux auxquels il écrit n'étaient pas connus de lui personnellement, et qu'ils ne le connaissaient aussi que par ouï -dire*.

Ces raisons ne sont pas absolument sans valeur. Néanmoins, leur force n'es' pas telle, qu'elle puisse nous décider à adopter ce sentiment, car la tradition a toujours cru que notre épître était destinée aux seuls Éphésiens ^. D'ailleurs, tous les manuscrits s^recs, à part trois, et toutes les versions ont les mots ev 'EcpsVo, dont l'authenticité ne saurait être douteuse. Assurément, le fait signalé en troisième lieu, c'est-à-dire, le manque d'allusions et de salutations personnelles, a quelque chose de surprenant; mais les données historiques nous font défaut pour l'expliquer d'une manière entièrement satisfaisante. Au reste, l'auteur dit expressément que Tychicus, chargé de porter la lettre à sa destination'*, devait suppléer à ce qu'il ne faisait pas lui-même sous ce rapport''.

4« L'occasion et le but de Vépilre. — L'absence d'allusions personnelles qui a été signalée plus hauf^ est cause qu'on ne peut rien dire de bien certain sur ces deux points. Voici du moins des hypothèses très plausibles.

Il résulte du passage i, 15 et ss. que l'apôtre avait reçu naguère, peut-être par Epaphras ^, des nouvelles de sa chère chrétienté d'Ephèse. Quoique bonnes en général, elles excitèrent cependant de l'anxiété dans l'âme de saint Paul, à plusieurs points de vue. Quelques années plus tôt, en faisant ses adieux au clergé d'Éphèse réuni à Milet, il avait prédit que le christianisme serait exposé, dans l'Asie proconsulaire, à un danger plus terrible que la persécution extérieure, au danger qui provient des fausses doctrines^. Ce péril avait réellement éclaté depuis son départ. Pour l'Église d'Éphèse comme pour les chrétientés voisines, les erreurs en question pouvaient surgir de deax côtés distincts; du côté des judaïsants, qui profitaient de toutes les occasions pour maintenir l'autorité de la loi mosaïque^, et du côté des théosophes grecs et orientaux, précurseurs des gnostiques, dont les spéculations subtiles trouvaient aisément des admirateurs. Ces divers systèmes ne pouvaient pas manquer d'exercer une influence pernicieuse sur les mœurs. C'est pour prévenir ces dangers de différente nature que l'apôtre, profitant du départ de Tychicus, dut écrire sa lettre aux Éphésiens. Il n'y attaque pas directement les erreurs, parce qu'elles n'avaient pas encore fait de victimes; mais il les écarte pour ainsi dire d'avance, en montrant à ses lecteurs l'immense avantage qu'ils avaient, d'une part, à être

* Voyez vx, 23.

* Cf. I, 15 et m, 2.

^ Les témoignages sont aussi nets que multiples. Voyez le canon de Muratori, saint Irén-^e, c. Hxr., I, 3, 1 et v, 2, 36 ; Tertullion, adv. Marc, V, 17; Clément d'Alex., Strom., iv, 65; Origètie, c. Cels., III, 20, etc. Cette preuve de tradition est extrêmement forte; comment n'aurait -on pas su dès les temps anciens que l'épître aux Éphésiens était une lettre enc5'cUque?

^ Cf. VI, 21-22. Pour les passages, i, 15 et m, 2, voyez les notes.

•"^ En ce qui concerne l'authenticité, voyez l'Introd. gén., p. 8-9. Elle a été attaquée assez violemment de nos jours par les rationaliPtes. En réalité, l'épître aux Éphésiens est (C celle qui possède le plus de garanties dans la tradi-

tion ecclésiastique, » comme le reconnaissent de nombreux critiques. Nous reviendrons plus loin sur la ressemblance frappante qui existe entre notre lettre et celle aux Colossiens, sous le rapport du sujet traité de part et d'autre. Les particularités du style s'expliquent par celles des circonstances. Il n'y a pas une seule épître de saint Paul qui n'emploie des expressions qu'on ne retrouve" pas dans les autres, car l'apôtre avait un génie « assez souple pour adapter ea manière d'écrire à des genres de composition fort différents ».

^> Au 3".

■^ Cf. Col. IV, 12.

8 Cf. Act. XX. 29-30.

^ Act. XV, 1 et ss.

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devenus membres de l'Église du Christ, de l'autre, à posséder la morale chrétienne, dont il expose la nature idéale. Par cette lettre, il se proposait donc tout ensemble d'augmenter leurs connaissances dogmatiques et leurs vertus pratiques.

Elle semble avoir été composée très rapidement, car le style est encore moins soigné qu'ailleurs. Les constructions brisées, les longues phrases compliquées et embarrassées , y sont fréquentes, surtout dans la première partie. Déjà les anciens commentateurs signalaient la difficulté spéciale que présente son interprétation*. Partout le ton demeure calme; il n'y a de polémique nulle part, mais une simple exposition pleine de solennité et d'autorité.

5» Le sujet et le plan de la lettre. — Le sujet peut se résumer dans ces quelques mots : « L'apôtre est préoccupé de deux pensées, qu'il désire faire pénétrer dans l'âme de ses lecteurs : la grandeur de la grâce dont ils ont été l'objet, et la hauteur de sainteté à laquelle ils doivent s'élever pour répondre dignement à la vocation divine. » De là, outre un préambule fort court (i, 4-2) et une conclusion presque aussi brève (ii, 21-24), deux parties à peu près égales, séparées par une doxologie (m, 20-21).

La première partie est doctrinale; la seconde, morale et pratique. Celle-là, I, 3- III, 21, contient une courte exposition des principales vérités du christianisme et du grand bienfait de notre rédemption par Notre -Seigneur Jésus - Christ; mais ce qu'elle développe principalement, c'est l'idée de l'Église chrétienne, considérée dans son origine, dans sa diffusion, dans son union avec son divin Chef. Cette sainte institution , telle que Paul la décrit en un magnifique langage, a sa racine au sein même de l'éternité, dans le cœur de Dieu, qui voulait sauver le monde; elle a aussi son sommet dans l'éternité, près du trône divin; sur la terre, elle étend ses branches dans toutes les directions : tout cela en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Trois subdivisions dans cette première partie : 1« Une action de grâces et une prière pour la chrétienté d'Éphèse, I, 3-23; 2o Manière dont Dieu a formé l'Église, ii, 1-22; 3» Rôle personnel de saint Paul par rapport à l'Église, m, 1-21.

La deuxième partie , iv, 1-vi, 20, exhorte les chrétiens d'Éphèse à mener une vie digne de leur vocation à la foi, et digne de l'Église dont ils ont l'honneur de faire partie. Quatre subdivisions : 1° Nécessité de l'union parfaite entre ceux qui appartiennent à l'Église du Christ, iv, 1-16; 2« La sainteté chrétienne, opposée aux vices des païens, iv, 17- v, 21; 3° Devoirs qui incombant aux chrétiens dans le cercle de la famille, v, 22-vi, 9; 4» Comment un chrétien doit combattre pour sa foi, VI, 10-20 2.

En tout cela, on le voit, règne une parfaite unité.

* Voyez saint jean Chrysostome , in Eph., 1 ^ Pour une analyse plus détaill^^e, voyez le Argum.; saint Jérônae, in Eph. Proh, etc. 1 commentaire, et notre Bi&ïia Sacra, p. 1290-1295.

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