‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 383 sur 873 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1. Au reste, mes frères, réjouissezvous dans le Seigneur. Vous écrire les mêmes choses ne m'est pas pénible, et cela est avantageux pour vous.

1 . De cetero , fratres mei , gaudete in Domino. Eadem vobis scribere, mihi quidem non pigrum , vobis autem necessarium.

des âmes à Dieu (saint Jean Chrys.). — Etiam et mei... Ce trait révèle l'âme aimante de Paul ù l'égard de ses amis. — Tristitiam super... La tristesse causée par la mort de son zélé collaborateur, en sus de celle que lui occasionnait sa propre captivité. — Festinantius ergo... k (vers. 28) : plus promptement que je l'aurais l'ait en d'autres circonstances. — Misi est à ce qu'on nomme l'aoriste épistolaire, puisque Épaphrodite fut probablement le porteur de cette lettre. Nous dirions : Je l'envoie. — Iterum gaudeatis : oubliant toute la peine ressentie à cause de la grave maladie d'Épaphrodite. — Et ego sine... Avec une nuance très âne dans le grec : Et que je sois moins triste. — Excipite itaque... (vers. 29). Accueillez -le avec joie, puisque c'est pour vous réjouir que je vous l'envoie. — In Domino : une joie toute surnaturelle, goûtée en Jésus -Christ. — Et ejusmodi: Toùs Totoùxouç, de tels hommes, des hommes de ce mérite. — La recommandation qui précède est motivée : Quoniam propter... (vers. 30). Par opus Christi, il faut entendre non seulement le long et pénible voyage entrepris par Épaphrodite pour apporter à Paul l'aumône des Philippiens, mais encore et surtout ses travaux évangéliques à Rome après son arrivée : c'est ainsi qu'il avait contracté sa maladie. — Tradens. L'expression grecque uapaêoXf/jaàfXSvoç (Ici seulement) signifie à la lettre : ayant joué, ayant mis en jeu (sa vie) ; c.-à-d. , l'ayant exposée sans songer au péril. L'Itala traduit :

« Parabolatus de anima sua. » Plus tard, on donna le nom de « parabolani » à des clercs qui étaient chargés de soigner les malades atteints de maux contagieux. Quelques manuscrits portent, avec une légère variante d'orthographe : Tiapaêo"uXcUcrâfj,£voç , « maie consulens » ; négligeant (sa vie), n'en tenant aucun compte. — Ut impleret id... Touchante et très courtoise explication du zèle ardent d'Épaphrodite, comme aussi de la libéralité des Philippiens. Celle-ci reçoit de nouveau un nom symbolique, emprunté au culte divin : obsequium, XscTOupyîa; (comp. le vers. 25^, d'après le grec). Or, à cette pieuse offrande il manquait quelque chose (id quod ex vobis deerat, xo û[X(ov 'jcrT£pYi[JLa), pour qu'elle eût toute sa valeur : ceux de qui elle provenait étaient au loin, et n'avaient pu la présenter en personne à l'apôtre ; or, c'est précisément à ce défaut qu'Épaphrodite avait suppléé. Grâce à lui , 11 ne manquait plus rien à l'offrande. — Au lieu de erga meum, il faudrait « erga me » : ce qui manquait à votre service religieux à mon égard ; c.-à-d. , au service que vous me rendiez.

§ IV. — Paul met les Philippiens en garde contre les docteurs judaïsants, et les presse de tendre toujours à la per/ection. III, 1-21.

1" Contre les judaïsants. III, 1-11.

Chap. III. — 1. Transition. — De cetero : to XoiTtôv, pour ce qui reste. Formule asse.". éiaa-

Phil. m, 2-3.

2. Videte caues, videte malos opéra rios, videte concisionem.

3. Nos enim sumus circumcisio, qui spiritu servimus Deo, et gloriamur in Christo Jesu, et non in carne fiduciam habentes ;

2. Prenez garde aux chiens, prenec garde aux mauvais ouvriers, prenez garde aux/awic circoncis.

3. Car c'est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui servons Dieu en esprit, et qui nous glorifions en Jésus- Christ, et qui ne mettons pas notre confiance dans la chair.

tique, par laquelle saint Paul aborde un nouveau sujet, d'ordinaire à la fin, mais parfois aussi au milieu d'une épitre. Cf. iv, 8; I Coi*, vu, 29; Eph. VI, 10; I Thess. iv, 1; II ïhess. m, 1; Hebr. x, 13, etc. — Gaudete... Exhortation d'un caractère général, qui ne se rapporte directenit^ut ni à ce qui précède, ni à ce qui suit. Réjouissezvous comme chrétiens, à cause des consolations perpétue Ues que procure la foi. — In Domino. Comme plus haut, n, 29. — Eadem... scribere. D'après la fin du verset (« vobis... necessarium »), cette réflexion ne porte pas sur l'invitation à la joie, que l'apôtre avait déjà adressée ci -dessus à ses lecteurs (cf. ii, 18, 29), mais sur le grave avertissement inséré au vers. 2. Or, comme Paul n'a rien écrit au sujet des judaisants dans les deux premières pages de sa lettre (l'insinuation Indirecte de i, 15" et 17 ne saurait entrer ici en ligne de compte), il est possible qu'il fasse allusion ici à une ou plusieurs lettres qui se sont perdues. Saint Polycarpe, ad Phil., m, semble supposer que saint Paul écrivit plusieurs fois aux Philippiens. Voyez l'Introd. gén., p. 369. D'après Estius : « Eadem vobis scribere, quœ praesens dixi et inculcavi; vel eadem scribere vobis quae scripsi aliis, ut Romanis, Galatis. » Mais cette explicatiou est moins naturelle. — Non pigrum. La Vulgate a donné à l'adjectif ox.vïip6v sa signification primitive ; mieux vaut ici le sens dérivé : Il ne m'est pas fastidieux. — Vobis... necessarium. Plutôt, d'après le grec : Pour vous, cela est sûr, c.-à-d. , profitable.

2-3. Les docteurs judaïsants et leurs prétentions arrogantes. — Jusqu'ici Paul avait parlé aux Philippiens avec l'affection d'un père. Tout à coup son indignation éclate, et elle se manifeste pendant quelques instants par un langage très vif. Cest qu'il pense à ces adversaires dangereux de l'évangile, les Judaïsants, qu'il avait si souvent trouvés sur sa route (cf. Act. xv, 1 et les notes ;Gal. ii, 3-5,lletss., etc. ),etqui menaçaient également la chrétienté de Philippes. Il les flagelle avec une ironie terrible, avant de donner une réfutation rapide de leur erreur grossière. — Videte : piTiexe, regardez attentivement ces hommes néfastes. — Ils sont stigmatisés par trois noms méprisants, qui expriment tour à tour leur caractère hardi, profane et impur (canes, xoùç y.ûvxç avec l'article : ces chiens. Sur ce qualificatif injurieux, voyez I lleg, xxiv, 14 ; II Reg. XVI, 9; IV Reg. viii, 3; Eccl. ix, 4; Matth. vn, 6, etc.), le résultat funeste de leur activité {malos operarios : ils travaillent, mais pour détruire l'œuvre du Christ), le point essentiel de leur enseignement et de leurâ pratiques iconei-

sionem). Ce dernier trait est particulièrement mordant, car le substantif xataroixiQ (on ne le trouve pas ailleurs dans la Bible), « concisio, incisio», est opposé par l'apôtre a7rep[T0[i,iQ , circoncision (voyez levers. 3), de manière à produire un jeu de mots très énergique. Ces hommes sont de faux circoncis ; leur circoncision n'est qu'une vaine mutilation. Comp. Gai. v, 12, où l'on trouve un sarcasme analogue à celui - ci. — Nos enim... (vers. 3). Antithèse entre cette fausse

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« Cave canem ». (Mosaïque de Pompéi.)

circoncision, purement extérieure et désormais sans but, qu'exigeaient les judaïsants, et la circoncision du coeur, la seule vraie, que les chrétiens étaient fidèles à pratiquer. Voyez le développement de cette pensée dans l'épître aux Romains, ii, 25-29; comp. aussi Gai. m, 7, 29; Eph. II, 11; Col. II, 11, etc. — L'apôtre énumère trois qualités de la vraie circoncision. La première : Spiritu servi viti s (XaTpeûovteç, adorant)... C'est sous l'impulsion directe de l'Esprit- Saint que le chrétien rend un culte à Dieu; les judaïsants n'en pouvaient pas dire autant. La meilleure leçon du grec est : uveuf^axi ©eou , « Spiritu... Dei », au liou de izvcvikazi 0eâ) (variante adoptée par la Vulg.). — Seconde qualité : gloriamur in Christo... Comme les Juifs, les judaïsants mettaient leur gloire dans les observances légales ; les chrétiens placent toute la leur en Jésus- Christ, qu'ils regardent comme la source unique de la justification. Cf. Rom. v, 11 ; I Cor. I, 30-31 ; Gai. vi, 14. — Troisième condition : non in carne fiduciam... La chair, c'est, d'une manière générale, l'homme dans son état de déchéance, avant qu'il soit régénéré par l'Esprit de Dieu (cf. Rom.viii,4-5 ; Eph. ii, 3, etc.); c'est Iclj d'une manière spéciale, l'ensemble des

Phil. m, 4-8.

4. Ce n'est pas que je ne puisse aussi mettre ma confiance dans la chair. Si un autre croit pouvoir se confier dans la chair, .76 le puis bien davantage, moi,

5. circoncis le huitième jour, de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, né Hébreu et d'Hébreux ; pour ce qui est de la loi, pharisien ;

6. pour ce qui est du zèle, persécuteur de l'Eglise ; pour ce qui est de la justice de la loi, ayant été irréprochable.

7. Mais les choses qui avaient été pour moi dco gains, je les ai regardées comme une perte à cause du Christ.

8. Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l'excellence de la connaissance de Jésus - Christ mon

4. quanquam ego habeam confidentiam et in carne. Si quis alius videtur confidere in carne, ego magis,

5. circumcisus octavo die, ex genert- Israel, de tribu Benjamin, Hebrœus ex Hebrseis, secundum legem pharisaeus;

6. secundum œmulationem persequens ecclesiam Dei ; secundum justitiam, quae in lege est, conversatus sine querela.

7. Sed quge mihi fuerunt lucra, hsec arbitratus sum propter Christum detrimenta.

8. Verumtamen existimo omnia detrimentum esse, propter eminentera scientiam Jesu Christi Domini mei, propter

faits purement extérieurs auxquels les judaïsants attachaient une importance capitale, tels que l'observation des préceptes légaux, la circoncision, etc. L'apôtre va d'ailleurs commenter luimême cette expression dans les vers. 4 et ss.

4-11. Paul possède autant que personne les avantages extérieurs du judaïsme, mais 11 y a entièrement renoncé par amour pour Jésus- Christ. Il les mentionne d'abord, dans les versets 5-6, après une petite introduction, vers. 4; il en démo.tre ensuite l'inutilité complète, versets 7-11. — Quanquam ego... Transition. Taul se place pour un Instant au point de vue des faux docteurs qu'il combat, et 11 prouve que, si la chair pouvait fournir quelque motif de confiance devant Dieu, il avait, lui personnellement, le droit de posséder en plein cette confiance.

— Ego magis. Cela n'est pas dit sans quelque fierté. Comp. le passage analogue II Cor. xi, 21-22. — Circumcisus octavo... D'après le grec : J'avais huit jours lorsque je fus circoncis. Il avait reçu le signe de l'alliance exactement au jour fixé par la loi. Cf. Gen. xvii, 12; Luc. 11, 21, etc. — Ex génère Israël. Il appartenait à la noble race du patrlai'che Jacob, au peuple de Dieu. Cf. Rom. ix, 4 et xi, 1 ; II Cor. xi, 22, etc.

— De tribu... Comp. Rom. xi, 1, où Paul mentionne ce môme détail. — Eebrseus ex... Voyez II Cor. XI, 22 et les notes. Il y a gradation ascendante : le mot « Hébreu » désigne ici un Juif parlant l'idiome sacré, par opposition aux Juifs dits hellénistes, répandus à travers tout l'empire romain, et qui parlaient la langue grecque. Quoique né en pays grec, Paul était strictement Hébreu dans ce sens. Cf. Act. xxi, 40; xxii, 2; xxiii, 6. — Secundum legem... Jusqu'ici l'apôtre a cité des privilèges qui lui avaient été transmis par d'autres ; 11 passe maintenant à des avantages plus personnels, auxquels sa volonté avait pris une part directe. En ce qui concerne la loi mosaïque, il s'était rangé parmi ceux qui faisaient profession de l'observer et de la défendre en quelque sorte à outrance {Pharisscus). Cf. Act. XXII, 3; xxiii, 6; xxvi, 5. — Secundum semulationem... (vers. 6). Plus clairement : sous

COAUIKNT. — VIII.

le rapport du zèle. C'est donc par un zèle sincère, quoique aveugle, pour le judaïsme que Saul avait persécuté l'Église. Cf. Act. xxvi, 9-11 ; II Tim. I, 3, etc. — Secundum justitiam qu^.., C.-à-d. : Quant à la justice qui l'ésulte du strict accomplissement de la loi. Paul ne s'était pas contenté de s'inscrire parmi les Pharisiens; sa conduite au point de vue légal était celle d'un homme qui fait tout ce qui dépend de lui pour obtenir la sainteté promise aux obéissants les plus fidèles (sine querela : irréprochable). — Sed quae... ( vers. 7 ). L'apôtre va indiquer comment et pour quels motifs ii a foulé aux pieds tous ces avantages extérieurs, dont il avait été jadis si glorieux. — Lucra. Le pluriel est très expressif : ces privilèges multiples attachés à la naissance, à la fidélité à la loi, au zèle, etc. — Eaec (pronom accentué)... detrimenta. Au singulier dans le gre^ : une perte. Les nombreux avantages de Paul s'écroulèrent tous ensemble à ses yeux, ne formant plus qu'une seule et mémo ruine, lorsqu'il comprit leur inanité au moment de sa conversion. Le verbe arbitratus sum (rjYifxai) marque un jugement délibéré. Cf. II, 6. — Propter (Sia) Christum. C.-à-d., parce que Paul vit que Jésus était le Vrai Messie, seul capable de procurer la justification et la rédemption. — Verumtamen... (vers. 8). L'auteur développe la pensée du vers. 7, et montre combien son idéal chrétien dépassait son idéal juif d'avant sa conversion. — Existimo (.r\yov[s.(x.i^ le même verbe qu'à la ligne précédente). II parle maintenant au temps présent : son jugement d'autrefois persévère; sa rupture avec le judfiïsme et avec tous les biens que procure la chair iomnia) se renouvelle à tout instant. — Propter eminentem scientiam... Plus exactement : A cause de la valeur supérieure de la connaissance de Jésus -Christ. Ce trait explique les mots « propter Christum » du vers. 7*>. Depuis qu'il connaît Jésus et qu'il a compris l'étendue des avantages qu'il possède en lui, Paul est incapable de ressentir la moindre estime pour les choses d'Ici -bas. — Pomini mei. Appropriation touchante. Cf. i, 3, etc. — Detri-

Phil. III, 9-11.

quem omnia detrimentura feci, et arbitrer ut stercora, ut Christum lucrifaciam,

.9. et inveniar in illo, non habens meam justitiam quae ex lege est, sed illam quse ex fide est Christi Jesu, quae ex Deo est justitia in fide ;

10. ad cognoscendum illum, et virtutem resurrectionis ejus, et societatem passionum illius, configuratus morti ejus;

11. si quo modo occurram ad resurrectionem quœ est ex mortuis.

Seigneur, pour lequel j'ai renoncé- à toutes choses, les regardant comme des ordures, afin de gagner le Christ,

9. et d'être trouvé en lui, ayant, non pas ma justice, celle qui vient de la loi , mais celle qui naît de la foi au Christ Jésus, la justice qui vient de Dieu moyennant la foi,

10. afin de le connaître , lui et la vertu de sa résurrection, et la participation à ses souffrances, en devenant conforme à sa mort,

11. pour parvenir, si je le puis, à la résurrection d'entre les morts.

mentum feci, IC'OIAtwôyjv. J'ai tout perdu, mais pour tout gagner, puisque j'ai gagné Jésus- Christ en échange de ce que j'abandonnais (ut... lucrifaciam). Remarquez la répétition emphatique des expressions : gain, gagner, perte, perdre, le Christ, toutes choses. Au moment de la grande crise de sa vie, sur le chemin de Damas, Saul avait perdu tous les biens qu'il tenait de la loi, mais quelle compensation n'avait-il pas reçue 1 — Arbitrer (encore riyoùjxaO ut stercora. Expression d'une force incomparable. Le grec (TxiJgaXa a probablement la signification que lui donne la Vulgate; d'autres le traduisent par balayures, rebut. — Et inveniar... ( vers. 9 ). Paul va décrire à un point de vue spécial ce que c'est que « gagner le Christ ».

— In illo. Sous -entendez : étant. (Afin que) je sois trouvé étant en lui; c.-à-d. intimement uni à lui , à quelque moment qu'on m'examine. Cette pensée de l'incorporation des fidèles avec le Christ est très fréquente dans les écrits de l'apôtre des Gentils; il y reviendra au vers. 11.

— Il en expose ici le merveilleux effet et la condition « sine qua non », par rapport à la juBiiification chrétienne : d'abord en termes négatifs, non habens... justitiam quse ex lege...; puis d'une manière positive, 3ed illam qvse ex flde... Paul a expliqué lui-même assez longuement ces deux notions dans les épîtres aux Romains (i, 17; m, 21-26; iv, 4 et es.; x, 3, etc.) et aux Galates (ii, 14 et ss, ; m, 1-14; V, 4-5, etc.), sans parler d'allusions fréquentes qu'il y fait ailleurs en passant. — Le pronom meam est accentué : une sainteté qui viendrait de l'homme lui-même, par opposition à celle que Dieu produit dans l'homme. Cette justice purement humaine est caractérisée comme provenant ex lege, des observances légales, tandis que celle dont Dieu est l'auteur, la vraie justice, a lieu par l'intermédiaire de la foi (ex flde...; dans \e grec : StàTctCTTewç, «perfidem»). Le nom Christi (Jesu manque dans le texte original) est au génitif de l'objet : la foi au Christ. Corap. Marc. XI, 22; Rom. m, 22; Gai. ii, 16, etc. — Les mots quœ ex Deo... in fide insistent sur la pensée : Dieu est la source, l'auteur de la vraie justification ; la foi en est la condition et la base (inl ty] Tiicjin, sur la fol). — Ad cogno-

scendum... (vers. 10). Cette proposition incidente décrit un précieux résultat qui est atteint grâce à la justification par la foi : dans le Christ, Paul a trouvé non seulement la vraie justice, mais aussi une sainteté nouvelle, par suite de l'union merveilleuse qu'il a contractée avec lui. Trois points distincts sont signalés : la connaissance personnelle de Jésus -Christ, la puissance de sa résurrection et la participation à ses souffrances. Pour le premier, voyez le vers. 8. Ici encore, 11 s'agit d'une connaissance non pas simplement théorique, mais avant tout expérimentale et pratique : connaître de plus en plus Jésus -Christ, de façon à se l'approprier pour ainsi dire. — Viriutem (ttjV êûvafxiv) resun-e^ ctionis. . . La vertu , la puissance efficace de la résurrection du Christ est envisagée ici par rapport à son influence sur les croyants : ce mystère est pour nous un gage soit de notre justification (cf. Rom. IV, 24-25, etc.), soit de notre propre résurrection (cf. I Cor. xv, 20 ; I Thess. IV, 14), soit de notre union indissoluble arec le second Adam, notre rédempteur (cf. Rom. vi, 4 et ss.; Eph. ii, 5-6; Col. ni, 1-4 , etc.). — Et societatem passionum... De la résurrection de Jésus -Christ, Paul passe à sa croix, à ses souffrances, pour dire, à la suite du Maître luimême (cf. Matth. XVI, 24, etc.), que nous devons y participer activement. Cette obligation est très souvent inculquée dans les écrits apostoliques. Cf. Rom. VIII, 17; II Cor. i, 5; Col. i, 24; II Tim. II, 11; I Petr. iv, 13; Apoc. m, 10, etc. — Bien plus, c'est à la mort même du Christ que le chrétien doit prendre part, configuratus morti... Expression remarquable, qui rappelle le passage II Cor. iv, 10, et qui désigne une conformité complète de sentiments avec le Sauveur mourant. — Si quo modo... (vers. 11). « Cette manière de parler ne marque pas la défiance (cf. I, 22-23; Rom. vnr, 31-39; II Cor. v, 1 et ss.; II Tim. i, 12); mais elle insinue la grandeur et la difficulté de l'entreprise, l'incertitude du succès et l'ardent désir de l'anôtre » (Calmet, h. l.) , et aussi sa profonde humilité. — Resnrrectionem. . . Dans le grec : IçavdîffTafTtv , ï substantif composé qu'on ne trouve qu'en cet endroit du Nouveau , Testament. L'apAtre a on vue la résurrection des bons à la fin du monde»

Phil. III, 12-14.

12. Ce n'est pas que j'aie déjà reçu le prix, ou que je sois déjà parfait ; mais je le poursuis pour tâcher de le saisir, puisque j'ai été saisi moi-même par le Christ Jésus.

13. Mes frères, je ne pense pas l'avoir atteint. Mais je fais une chose , oubliant ce qui est en arrière , et me portant vers ce qui est en avant,

14. je cours vers le but, vers le prix auquel Dieu nous a appelés d'en haut dans le Christ Jésus.

12. Non quod jam acceperim, aut jam perfectus sim ; sequor autem, si quo modo comprehendam in quo et comprehensus sum a Christo Jesu.

13. Fratres, ego me non arbitrer comprehendisse. Unum autem, quae quidem rétro sunt obliviscens, ad ea vero quae sunt priera extendens meipsum,

14. ad destinatum persequor, ad bravium supernse vocationis Dei in Christo Jesu.

leur glorification éternelle auprès du Christ. Cf. Rom. Tia, 17.

20 Exhortation à pratiquer la perfection la plus relevée. III, 12-17.

12-14. Paul reconnaît humblement qu'il est loin d'avoir lui - même atteint ce but ; du moins il fait des efforts constants pour devenir parfait. — .Non quod jam... Sous - entendez : « Dico ». Je ne veux pas dire que je suis déjà parvenu au but que je viens d'indiquer. L'objet du verbe acceperim n'est pas marqué directement ; il est facile de le suppléer d'après le contexte. Ce n'est pas le « biavium » du vers. 14, mais la perfection chrétienne, comme il ressort des vers. 8-11, et surtout du trait aut jam perfectus... — Sequor autem. Plus fortement dans le grec : Mais je poursuis. L'expression marque un élan perpétuel dans la direction de l'idéal entrevu. — Si... comprehendam (xataXaêto forme un jeu de mots avec sXaêov, « acceperim »). Au lieu aequo modo, le grec a simplement la conjonction xat, « et » : (Je poursuis) pour tâcher de saisir aussi. La pensée va en gradation. — In quo et comprehensus... Il y a une petite ellipse : La chose en vue de laquelle j'ai été moimême saisi par Jésus - Christ. Paul fait allusion à sa conversion : le Christ l'avait saisi alors, pour transformer le persécuteur en apôtre ; à son tour il voudrait saisir complètement, par la pratique d'une perfection éminente, la grâce qu'il voit devant lui, l'appelant, l'attirant à une sainteté toujours plus grande. — Fratres. Apostrophe affectueuse (vers. 14), qui introduit la répétition légèrement développée (vers. 13-14) des deux pensées émises au vers. 12. — Ego me (eyw èfxauTov, pronoms emphatiques) non arbitror ('Xo'^i^o[ia.i)... En réfléchissant bien sur le point en question, l'apôtre constate qu'il n'est pas encore au but désiré. Cependant, il croit pouvoir déclarer fermement qu'il s'efforce sans cesse d'y arriv^er : Unum autem. Autre ellipse. Sous -entendu : a Pacio »; je fais une chose. Cette chose est Immédiatement décrite, en un langage figuré, par lequel saint Paul se compare à un athlète qui court dans l'arène, et qui fait des efforts suprêmes pour mériter le prix. — ' Quse... rétro sunt. C.-à-d,, tout son passé en tant que chrétien, tout ce qu'il a pu acquérir de vertus, de mérites. Cela ne compte pas à ses yeuz ioUiviscens), aussi longtemps qu'il se

voit encore loin du but. — Ad ea quœ... prlora. Mieux : Vers ce qui est en avant. Ce qui signifie : Vers l'idéal de la sainteté chrétienne, toujours présent à la pensée de Paul, de même que la « meta » du stade l'était à celle du coureur. — Extendens meipsum. Simplement dans le grec: cVsxxeivoaevoç, étant tendu vers (le but). Locution dramatique , qui rappelle le corps penciié

Couronnes et vase pour les vainqueurs des jeux. (D'après un siège d'agonothète trouvé à Athènes.)

de l'athlète, ses muscles tour à tour tendus et détendus, sa course violente. — Ad destinatum persequor (vers. 14). Cette fois, la Vulgate a traduit littéralement le verbe ôtcoxo), je poursuis (voyez les notes du vers. 12). Elle est moins exacte pour l'expi'ession xcLxh tÔ\ cxotcov, qui signifie : Dans la ('irection du but. — Ad bravitim. Vers le prix. Sur ce mot technique, voyez I Cor. IX, 24 et le commentaire. — Supernse vocationis... Locution extraordinaire, qui revient à ceci : ( Le prix ) auquel Dieu m'a appelé en haut; c.-à-d., la récompense qu'il m'offre éternellement dans le ciel. — Dei in Christo... Cet appel vient de Dieu le Père ; c'est par Jésus- Christ qu'il est transmis, et ca union avec lui qu'il est réalisé.

Phil. m, 15-18.

15. Quicumque ergo perfecti sumus, ioc seniiaraus ; et si quid aliter sapitis, et hoc vobis Deus revelabit.

16. Verumtamen ad quod pervenimus, ut idem sapiamus, et in eadem permaneamus régula.

17. Imitatores mei estote, fratres, et observate eos qui ita ambulant, sicut habetis formam nostram.

18. Mulli enim ambulant, quos ssepe dicebam vobis, nunc autem et flens dico, inimicos crucis Christi :

15. Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons ce sentiment; et si eu quelque point vous pensez autrement, Dieu vous éclairera aussi là -dessus.

16. Seulement, au point où nous sommes parvenus, ayons les mêmes sentiments et demeurons dans la même règle.

17. Mes frères, soyez mes imitateurs, et regardez ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous.

18. Car il y en a beaucoup, dont je vous ai souvent parlé, et dont je vous parle encore maintenant avec larmes, qui marchent en ennemis de la croix da Christ.

15-17. Paul presse ses lecteurs d'imiter ses efforts persévérants. — Quicumque ergo... Après avoir esquissé son idéal de la vie chrétienne, et montré avec quelle énergie infatigable 11 travaillait h l'atteindre, l'auteur revient à l'exhortation pour quelques instants. — Perfecti, zilzXoi. Cet adjectif dit évidemment moins que le verbe TeteXecwtxai du vers. 12» (« perfectus sim »). Là, saint Paul parlait d'une perfection absolue, complète; ici, il n'a en vue qu'une perfection relative. — Hoc sentiamus (cçpovwjiev). Le pronom résume les vers, 13 et 14 : Ayons tous ce sentiment d'humble estime de nous-mêmes, par suite duquel nous nous élancerons toujours vers une perfection plus grande. — Et si... aliter... Réserve délicate. Tout en ayant les mômes vues, les mêmes pensées que lui au sujet de l'idc.il chrétien , les pieux fidèles auxquels l'apôtre s'adressait pouvaient apprécier autrement que lui certains points de détail; mais il ne s'en inquiète pas outre mesure, car il sait que Dieu leur fournira les lumières nécessaires pour les diriger : et hoc (cela aussi, de même qu'il vous a révélé d'autres choses)... revelabit. Le grec aTCoyaXût^et a le sens de dévoiler ce qui est caché. Cette révélation devait avoir Heu soit directement, par l'Esprit -Saint (cf. I Cor. ii, 10 et ss.), soit par l'intermédiaire des prédicateurs de la foi, Foit par l'expérience, etc. — Verumtamen... (vers. 16). D'après la leçon la plus autorisée, ce verset a dans le grec une forme légèrement variée. A la lettre : Seulement, ce à quoi nous sommes arrivés, avançons d'après cela même. C.-à-d. : Quoiqu'il y ait des points sur lesquels vous avez besoin d'être encore éclairés, ce que je vous demande, c'est de régler votre vie spirituelle d'après les connaissances que vous possédez actuellement. Les mots idem sapiamus et régula ont été ajoutés par les copistes. De plus, au lieu de permaneamus, le grec emploie le verbe ctoi- )jctv, marcher, aller en avant. Mais la pensée est la même de part et d'autre, puisque la leçon suivie par la Vulgate revient à ceci : Suivons fidèlement la règle que nous avons reçue pour notre conduite chrétienne; ne changeons pas de sentiments, et ne nous laissons pas entraîner en

arrière. — Sous ce rapport, saint Paul propose aux Philippiens comme modèle son propre exemple et celui de ses disciples les plus fidèles : Imitatores mei... (vers. 17). Avec une nuance dans le grec : Soyez tous ensemble mes imitateurs (auv- [jLijXY)Tat). Pour des invitations analogues, voyt z IV, 9; I Cor. iv, 16 et x, 33 -xi, 1 , etc. Malgré toute sa modestie, dont les vers. 11 et è;s. viennent de donner une nouvelle preuve, l'apôtre des Gentils avait conscience d'être fidèle h la grâce qui le poussait en avant. — Observate: CTxOTistxs, regardez attentivement. Cf. ii, 4. — Sicut habetis formai... Dans le grec : Comme vous nous avez pour type ( tûttov ), Le pronom est cette fois au pluriel (rifxà;), sans doute parce que saint Paul voulait aussi proposer à ses lecteurs l'exemple de ses collaborateurs, Timothée, Épaphrodite, etc.

3° Comparaison entre les chrétiens charnels et ceux qui tendaient à une vie parfaite. III, 18-21.

18-19. Les ennemis de la croix du Christ. — Multi enim... L'apôtre explique pourquoi il a fait la recommandation qui précède : Imitez les exemples de vos maîtres dans la foi et de tons ceux qui leur ressemblent. Il y avait à l^hilippes des hommes dépravés, dangereux, dont la conduite était entièrement oppo.'-ée aux principes évangéliques. Divers auteurs ont pensé que ces hommes ne diffèrent pas des docteurs judaïsants mentionnés au vers. 2; d'autres ont vu en eux la population païenne de la ville. D'après l'opinion la plus vraisemblable et la plus communément admisse aujourd'hui, c'étaient des chiéiiens de nom, qui, sous prétexte de mettre à profit la liberté chrétienne, menaient une vie très dissolue. Voyez I Cor. VI, 12 et le commentaire. — Quos saepe dicebam... Paul les avait signalés à l'attention des Philippiens lorsqu'il était parmi eux. — Flens. On conçoit qu'une profonde émotion ait été excitée dans le cœur de l'apôtre par la vue de tels désordres, qui compromettaient le salut d'un grand nombre d'âmes. Sur ses larmes, voyez aussi Act. XX, 19, 31; II Cor. ii, 4. — Inimicos... Dans le grec, avec un article qui équivaut à un pronom démonstratif : ces ennemis de Ij>

Phil. III, 19 — IV, 1.

19. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui est leur honte, et leurs pensées sont pour la terre.

20. Quant à nous, notre vie est dans le ciel, d'où nous attendons comme sauveur notre Seigneur Jésus- Christ,

21. qui transformera notre corps d'humiliation , en le rendant semblable à son corps glorieux , par le pouvoir qu'il a de 8'assujettir toutes choses.

19. quorum finis interitus, quorum deus venter est , et gloria in conf usione ipsorum, qui tcrrena sapiunt.

20. Nostra autem conversatio in caelis est, unde etiam salvatorem expectamus Di minum nostrum Jesum Christum,

21. qui reformabit corpus humilitatis nostrse, configuratum corpori claritatis suœ, secundum operationem qua etiam possit subjicere sibi omnia.

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