PREMIÈRE ÉPÎTRE AUX THESSALONICIENS
breux prosélytes, puis des païens et des femmes appartenant aux classes supérieures de la société grecque, crurent au message évangélique et formèrent le noyau d'une fervente et généreuse communauté ^ Une terrible émeute ne tarda pas à éclater, suscitée par la jalousie des Juifs demeurés incrédules, et Paul dut quitter la ville en toute hâte^, après un séjour qui avait duré quelques semaines seulement^.
2o L'occasion et le but de la première épître aux Thessaloniciens. — La persécution qui avait rendu nécessaire le départ de l'apôtre atteignit bientôt aussi les néophytes avec une grande violence"*. De là, dans l'âme de Paul, un très vif désir de revenir auprès d'eux, pour les consoler et les encourager dans leurs peines. Mais il fut empêché par deux fois de réaliser ce dessein \ C'est pourquoi il envoya d'Athènes son bien-aimé disciple Timothée à Thessalonique, le chargeant de réconforter en son nom la jeune Église ^. Le retour de ce fidèle messager et les nouvelles qu'il rapporta à son maître furent l'occasion de celte épître.
Ces nouvelles étaient de nature à réjouir le cœur de Paul, car les chrétiens de Thessalonique étaient demeurés fermes dans le Seigneur, malgré les attaques auxquelles ils étaient en butte. Ils brillaient par leur foi généreuse, par leur charité mutuelle ' et par les dons merveilleux que leur avait départis l Esprit- Saint^; ils donnaient de magnifiques exemples aux autres églises de Macédoine et d'Achaïe^; ils conservaient pour leur père dans la foi l'affection la plus tendre *^.
Le premier but que se proposa l'apôtre en leur écrivant cette première lettre fut donc de les féliciter et de les encourager affectueusement. Cependant, l'ivraie que l'homme ennemi sème partout à profusion avait germé çà et là au milieu du bon grain. Les Thessaloniciens n'avaient pas réussi à se mettre complèlement à l'abri des deux vices principaux du paganisme, la luxure et l'attache aux bi^ns de ce monde ^^ Ils n'honoraient pas non plus toujours assez les prêtres placés à leur tête *^. En outre, des idées incomplètes et inexactes sur le second avènement de Jésus-Christ et sur l'autre vie avaient jeté le trouble parmi eux, de sorte qu'ils négligeaient leurs occupations ordinaires et s'abandonnaient à l'oisiveté ^^. De là deux autres buts qui excitèrent Paul à leur écrire : il voulait les exhorter à se corriger de leurs défauts, puis les instruire et les rassurer par rapport aux événements de la fin de ce monde *"*.
3*^ Le sujet et le plan de la lettre. — La première épitre aux Thessaloniciens est plutôt pratique que doctrinale. Elle a été suggérée beaucoup plus par un sentiment personnel que par quelque urgente nécessité exléheuro, qui aurait pu former un centre d'unité et grouper davantage les divers détails. Elle présente cependant un plan assez distinct.
Après le préambule accoutumé, i, 1-10, nous trouvons deux parties, dont la première, ii, 1-iir, 13, peut être appelée historique on [)r>rsonnolio, tandis que
* Voyez Act. xvir, 2-4. Nous apprenons aussi par I Thess. i, 9 et ii, 14, que la plupart des nouveaux convertis étaient d'origine païenne.
2 Cf. Act. xvn ,5-10.
3 Act. XVII, 7, il est parlé de trois sabbats pour la première pariic du séjour de l'apôtre, alors qu'il prêchait dans la synagogue; on ignore quelle fut la durée de la seconde.
^ Cf. I Thcss. I, 6; III, 3.
5 I Thess. II, 17-18.
6 Ci. I Thess. Il, 14 et ss.; m, 1-2.
■^ I Thess. I, 9-10; II, 14.
** I Thess. V, 19-20.
^ I Thpss. I, 7-8.
^'^ I Thess. III, 6.
'* Cf. I Thess. 17, 3 et ss.
1^ I Thess. V, 11.
^^ I Thess. IV, 11 et ss.
^^ Sur l'authentic'té «le cette épitre, voyez les p. 8-9. Elle est admise même par l'école rationaliste , d'une manière assez générale.
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la seconde, iv, i-v, 22, est tout à la fois pratique et doctrinale. Une conclusion très courte, iv, 23-28, corresi)ond au préambule.
Deux subdivisions dans la première partie : l» Description du ministère de saint Paul cà Thcssalonique, ii, 1-16; 2« Description de ce qui s'était passé depuis que l'apôtre avait dû quitter la chrétienté nouvellement fondée, ii, 17 -m, 13. Trois subdivisions dans la seconde partie : 1° Quelques exhortations morales 'relatives à des vertus à pratiquer et à des vices à éviter, iv, 1-14; 1^ Instruction concernant le second avènement du Christ, iv, 12-v, 11; 3» Quelques autres recommandations morales, v, 12-22 ^
4o L'époque et le lieu où fut composée l'épîlre sont faciles à déterminer. C'est en 52 que l'apôtre des Gentils était venu prêcher l'évangile aux Thessaloniciens. Or, lorsqu'il leur écrivait pour la première fois, il ne les avait quittés que depuis peu de temps, depuis quelques mois au plus. En effet, il est encore visiblement sous l'impression du séjour qu'il avait fait parmi eux ; les plus petits détails sont présents à son esprit, et il les mentionne avec la fraîcheur et la vie que laissent en nous les choses récentes ^. La seconde partie de la lettre prouve aussi qu'au moment où elle fut composée, les fidèles de Thessaloni(iue, malgré leurs grandes qualités, n'étaient encore que des néophytes : leur instruction chrétienne est encore incomplète^; ils se troublent facilement '*, etc. C'est donc vers la fin de l'année 52, ou au commencement de 53, que fut écrite cette épître, qui est ainsi, d'après l'opinion la plus probable et la plus commune, la première de toutes les lettres de saint Paul qui sont parvenues jusqu'à nous^.
Quant au lieu de la composition, ce ne fut pas Athènes, comme l'ont pensé quelques interprètes anciens et modernes "^, mais Corinthe , durant le long «(""jour qu'y fit l'apôtre des Gentils. Sans doute, l'auteur mentionne Athènes (II, 1), mais seulement pour dire qu'il envoya de là Timothée à Thessalonique. Quelques lignes plus bas, m, 6, il affirme avoir composé ?a lettre lors«|u'il eut été rejoint par son disciple ; or, il résulte du récit des Actes, xviii, 5, que Timo- Vhée et Silas retrouvèrent leur maître à Corinthe '^.
' Pour une analyse plus étendue, voypz le toranientalre, et notre Biblia sacra, p. 1304-
2 Les chap. i-m sont remj'lis de traits de ce pnre.
3 I Thess. III, 10.
■* I Thess. IV, 12 et ss. ; v, 14.
^ Sur le sentiment d'après lequel ce tiire devrait être réservé à l'épître aux Galates, voyez les pages 282 et 283.
^ Plusieurs manuscrits grecs ajoutent à la
fin de l'épître : eypafr) àno 'Aôt^vwv, elle a été écrite d'Athènes.
' Pour les commentaires catholiques, voyez la p. 12. Nous (ajouterons quelques ouvrages spéciaux : J.-B. Rœhm, der erste Brief an die Thessalon., uhersetzt und erklœrt, Passau , 188.5 ; J. Panek, Commentarius in duas epistolas B. Pauli ad Thessalon., Ratisbonne, 1886 ; A. Schaefer, Erldxruvg der zwei Brie/e an die Thessalonicher und des Brie/es an die Galater Miiiister, 1890.
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