ÉPURES PASTORALES
lo Origine de ce nom. — Il n'est guère employé d'une manière générale que depuis un siècle environ; mais il convient fort bien pour désigner le petit groupe d'écrits formé par les deux épîtres à Timothée et l'épître à Tite, lesquelles datent de la même période de la vie de saint Paul , sont adressées à deux de ses disciples les plus intimes, et ont beaucoup d'affinité entre elles sous le double rapport des pensées et du style. Cette dénomination est empruntée tout ensemble au sujet traité dans les trois lettres et au but que l'auteur se proposait en les écrivant. Composées pour deux évéqucs, pour deux « pasteurs » spirituels *, elles leur fournissent de précieuses instructions sur la manière de remplir fidèlement leurs fonctions délicates. Le choix et l'institution des évêques, des prêtres , des diacres et des veuves , quelques règles relatives au service divin , les devoirs des différentes catégories de fidèles , l'organisation de la vie des Églises particulières: voilà ce qu'on y trouve, avec quelques détails personnels qui concernent l'auteur et les destinataires. Ce trait commun leur doone une physionomie particulière, que ne possède aucune autre partie du Nouveau Testament^.
Sans doute, nous ne devons pas chercher au grand complet dans ces épîtres ce qu'on nomme aujourd'hui une Théologie pastorale. Elles ne contiennent, en effet, qu'un certain nombre d'avis pratiques, choisis parmi ceux que les circonstances de temps et de lieu rendaient plus pressants. Néanmoins, l'essentiel s'y trouve; aussi ont -elles toujours été la source à laquelle sont venus puiser tous les bons prêtres , comme les y invite l'Église durant la cérémonie de leur ordination ^.
Bien qu'elles soient directement adressées à Timothée et à Tite, l'individualité
* Sous l'ancienne alliance les princes et les prêtres d'Israël étaient déjà désignés par cette appellation métaphorique (cf. Is. xliv, 28; Jor. II, 8; Ez. xxxiv, 2, etc.). Notre - Seigneur Jésus- Christ se donne lul-a?ême comme le bon Pasteur ( Joan. x, 2 et ss.), et ses ministres sont honorés d'un nom identique (cf. Eph. iv, 11), qui devint habituel dès le début de l'Église pour représenter les chefs des chrétientés particulières.
2 Le nom de « lettre pastorale » sert à désigner les instructions adz'essées par les évoques
à leurs prêtres et à leurs diocésains.
^ « His institut! dlsclpliriis quas Tito et Tlmotheo Paulus exponit; ut... quod legerint credant, quod crediderlnt doceant, quod docuerint imitentur, . . . ac purum et immaculatum mlnisterii sui donum custodiant. » Pontifie. Rom., de Ordinal. Presbyt. Voyez saint Augustin, de Doctr. christ, iv, 16, 8, et surtout l'excellent commentaire pratique de Me' Ginoulhiac, les Épîtres pastorales, ou Réflexions dogmatiques et morales sur les épîtres de saint Paul à Timothée et à Tite, Paris, 1870.
LES Él^ITRES PASTORALES
de ces saints personnages disparaît en grande partie; leurs fonctions supérieures sont presque seules en vue. De là vient ^ue nos trois lettres ont un caractère erénéral, tout en étant destinées à de simples particuliers.
2t> L'authenticité des épîtres pastorales n'est pas attestée avec moins do force que celle des autres écrits de saint PauP; mais, comme elle a été très violemment attaquée de nos jours par les rationalistes ^, il sera bon de la traiter brièvement à part.
« On ne trouve dans toute l'antiquité chrétienne aucun auteur orthodoxe qui ait exprimé le moindre doute » sur ce point, tandis qu'on peut citer une longue série de témoignages favorables ^. 4» Le témoignage des Pères apostoliques, qui consiste en des citations, en des réminiscences et en des allusions plus ou moins caractéristiques, qui montrent que les écrivains ecclésiastiques de la fin du premier siècle et des premières années du second ^ connaissaient nos trois lettres, telles que nous les possédons aujourd'hui. 2o Le témoignage des anciens apologistes grecs, notamment de saint Justin^ et de saint Théophile, évêque d'Antioche^, vers le milieu du second siècle. 3» Le témoignage des anciennes versions, notamment de la Peschito syriaque et de l'itala. 4° Le témoignage des premiers hérétiques, dont les uns, comme Marcion, rejettent les lettres pastorales parce qu'elles condamnaient d'avance leurs doctrines perverses, tandis que les autres, comme Héracléon, Théodote, etc., en citent des passages : dans les deux cas c'était attester leur existence. 5« Le témoignage des Églises particulières, et par là même celui de l'Église universelle. L'Église des Gaules est représentée soit par la lettre des chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères d'Asie et de Phrygie, qui mentionne I Tim. m, 15 et iv, 3-4 '', soit par saint Irénée^. L'Église d'Alexandrie a pour témoins Clément d'Alexandrie et Origène; l'Église d'Afrique, Tertullien ; l'Église romaine, le canon de Muratori, qui signale nommément les épîtres pastorales comme des écrits authentiques de saint Paul ®. 6o Le témoignage des manuscrits grecs les plus anciens , entre autres du « Vaticanus », de V « Alexandrinus », du « Sinaiticus ». 7« Le témoignage des premiers conciles, spécialement du troisième concile de Garthage, en 397.
Qui ne voit le caractère scientifique inébranlable d'un tel argument? Mais rien ne trouve grâce devant la critique rationaliste, qui lui a opposé, selon sa coutume , des preuves intrinsèques , que nous devons examiner rapidement.
Le style, dit-on d'abord, diffère trop de celui de saint Paul pour que ces lettres puissent provenir de lui. Elles contiennent environ 150 expressions qui ne sont pas employées ailleurs dans le Nouveau Testament*^; d'autre part, on y
^ Voyez rintrod. gén., p. 8 et 9.
- En 1807 pour la première fois. D'après Baur et son école, les épîtres à Timothée et à Tite n'auraient été composées qu'au milieu du second siècle. Quelques « critiques » admettent toutefois qu'elles auiaient réellement pour base des lettres de saint Paul , remaniées considérablement.
"^ Voyez le développement de cette preuve dans les Introd. au N. T., en pax'ticulier dans celles du P. Cornely, de MM. Kauleii, A. Schaefer, Belser, et dans l'ouvrage siîécial de F.-G. Ginella, de Authent. epistoLarum S. Pauli apostoli pasloralium, Breslau, 1860.
^ Saint Clément pape, dans ton Ep. ad Corinth., l'auteur de VEp. de Barnabe, saint Polycarpe, saint Ignace, l'auteur de VEp. à
Diognète, etc.
s Dial. c. Tryph., 7 et 35 ; cf. Tit. m, 4.
^ Ad Autol., m, 14; cf. I Tim. ii, 2, etc.
' Cf. Eusèbe, Eist. eccl., m, 2-3 ; v, 1, 17,
^ Son livre c. Eaer. s'ouvre par la citation de I Tim. i , 4 , avec cette formule : « Comme dit l'apôtre. »
9 Man. bibl., t. I, n. 41.
^•^ Sur ce nombre, 74 appai'tiennent à I Tim., 28 à II Tim., 46 à l'épître à Tite. Notons entre autres les mots ^(oippovi'Çetv, o-wcppovtc-jjLoç, xaAoôiÔàcrxaXoç, éTspooiôacrxaXetv, de nombreux composés de cpO.o:;, des formules nouvelles, telles que tzigioq ô Xoyo; (I Tim. i, 15; m, 4, etc.), '/~6^{oç Oytyiç (Tit. ii, 8), eucreêwf Cîjv (II Tim. ni, 12), etc.