LES ÉPITRES PASTORALES
Père, Notre-Seigneur Jésus-Christ, le salut, la foi, le rôle de la loi mosaïque, etc., nous trouvons ici les principes et les théories qui caractérisent l'apôtre des Gentils. Si la forme de nos trois lettres est moins dogmatique, cela tient au but tout pratique et moral que leur auteur avait en vue. Il est vrai qu'il insiste sur la nécessité des bonnes œuvres; mais dans ses autres écrits pareillement, toutes les fois que l'occasion s'en présente, il demande comme une chose nécessaire que la foi porte des fruits ^ .
On exagère singulièrement aussi, lorsqu'on affirme que l'organisation des Eglises, telle que la supposent nos trois lettres, « offrirait un état de choses tel qu'il ne s'est produit que plus tard », au milieu du second siècle. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les institutions ecclésiastiques durant la période qui les précéda, pour se convaincre que rien d'essentiel n'avait été introduit ou modifié, et en particulier, que nous ne trouvons pas ici « un système hiérarchique plus développé ». Les Actes des apôtres et les lettres antérieures de Paul nous mettent sous les yeux une organisation aussi complète que celle des épîtres pastorales : les apôtres, les prêtres - évêques ^, les diacres^, les diaconesses"*, des personnes chargées du ministère des pauvres^, etc., et comme points plus minutieux encore, l'imposition des mains pour conférer leurs pouvoirs aux ministies sacrés®, l'interdiction faite aux femmes de parler dans les assemblées religieuses '', etc. Toutes ces instructions détaillées sont d'ailleurs en parfaite harmonie avec l'esprit admirablement pratique dont saint Paul donne de nombreuses preuves dans ses lettres , et surtout dans la première aux Corinthiens.
Une dernière objection est tirée des éléments polémiques des épîtres pastorales. Les faux docteurs qu'elles attaquent à plusieurs reprises et avec une grande vigueur ne seraient autres, prétend -on, que les gnostiques du second siècle; ce qui résoudrait la question d'authenticité dans un sens absolument contraire à saint Paul. Mais cette assertion n'est pas plus fondée que les précédentes. La preuve en est d'abord dans l'impossibilité où sont les critiques de s'entendre au sujet du système gnostique représenté dans nos trois lettres ^, et pourtant rien n'est plus connu que ce système. De plus, il est certain que les hérétiques auxquels l'apôtre fait ici la guerre, étaient avant tout des chrétiens judaïsants, quoiqu'ils fussent un peu plus avancés, sur certains points, que les judaïsants des Actes® et des précédentes épîtres de saint Paul ^^, et qu'on ait pu les regarder comme les précurseurs très lointains du gnosticisme ".
Concluons en disant avec un auteur protestant que « tous les arguments apportés contre l'authenticité des épîtres pastorales parlent en leur faveur, lorsqu'on les examine de plus près *^ ».
en contradiction avec la doctrine bien connue de saint Paul, ou seulement étranger à celle-ci. Tout au contraire, ses idées fondamentales s'y laissent facilement découvrir, bien que l'auteur ne soit nulle part amené à les exposer théoriquement et dans leur ensemble. En effet, cela aurait été superflu vis-à-vis des personnes auxquelles il s'adresse, et dans un moment où il se préoccupait d'intérêts exclusivement pratiques. »
* Cf. Rom. II, 7 et XIII, 3; I Cor. xiii, 3; II Cor. V, 10; G-al. v, 6; I Thess. v, 8, etc.
2 Cf. Act. XI, 30; XIV, 23; xv, 2 et ss.; xx, 28, etc.; Rom. xii, 7 et ss. ; I Cor. xii, 28; Eph. IV, 11; Phil. i, 1, etc.
^ Act. VI, 2 et ss. ; Phil. i, 1 , etc.
^ Rom. XVI, 1 ; I Cor. xvi, 15.
* I Corc XVI, 2; ÏI Cor. viii-ij^,,
^ Act. XIII, 1-4, etc.
"^ I Cor. XI, 5, etc.
® On a mentionné tour à tour les théories de Marcion, celles de Valentin, des Ophites, prédécesseurs de Valentin, un gnosticisme mitigé, etc.
9 Act, XV, 1 et ss. etc.
'^ Surtout la seconde aux Cor. et l'épître aux Galates.
*' Ces détails seront développés dans le commentaire.
^^ Un autre dit, avec non moins de justesse : « Si l'on compare nos trois épîtres aux lettres qui ont été forgées au second siècle ou plus tard, et attribuées soit à saint Paul, soit à d'autres apôtres , on reconnaît que les pi'emlères sont manifestement authentiques. »
PREMIÈRE ÉPITRE
A TIMOTHÉE
ÏNTRODUGTION
1° La personne de Timothée. — Son nom (Ttu.o9ôo;) n'était pas rare chez les Grecs *, 11 signifie : Celui qui honore Dieu, Timothée était originaire de Lystres, en Lycaonie-. Il était issu d'un mariage mixte, son père étant Grec et sa mère Juive 3. Celle-ci l'éleva pieusement dans sa religion^; mais il n'était pas circoncis, peut-être parce que le père ne le permit point ^. C'est probablement lorsque saint Paul vint à Lystres durant son premier voyage apostolique ^, vers l'an 47, qu'il convertit et baptisa Timothée. A l'époque de son second voyage, sachant que le jeune néophyte était très estimé des chrétiens de Lystres et d'Iconium, et appréciant lui-même ses excellentes qualités, il se l'attacha comme auxiliaire'. Il est vraisemblable que les passages I Tim. i, 18 et iv, 14, et II Tim. r, 6, font allusion à des lumières surnaturelles que saint Paul aurait reçues au sujet de ce choix. Quoiqu'il en soit, il lui imposa les mains avec les prêtres de Lystres. Avant de l'emmener avec lui, il crut devoir le circoncire, de crainte qu'autrement son ministère ne fût rendu impossible chez les Juifs, qui, d'après leurs principes, le regardaient comme l'un des leurs, dès là que sa mère était Israélite ^.
Timothée fut pour saint Paul un compagnon fidèle, l'aidant avec un zèle tout filial ^ en Macédoine et en Grèce ^^, pendant tout ce second voyage de l'apôtreo Durant le troisième voyage, nous le trouvons à Éphèse auprès de son maître ^^ qui lui confia alors des missions importantes et délicates ^"^; puis nous les voyons ensemble en Macédoine ^^, à Gorinthe ^^ et à Troas *^, en route cette fois pour
* Cf. I Mach. V, 6; Il Mach. viii, 30, etc. - Cf. Act. XVI, 1-2 (AU. géogr., pi. xvii),
3 Act. XVI, 1; II Tim. i, 5,
" Cf. II Tim. m, 15.
^ Act. XVI, 3.
^ Act. XIV, 6.
' Act. XVI, 1 et 88.
* Act. XVI, 3 (voyez les notes).
9 Phll. il, 22.
'*^ Act. XVI et XVII.
^' Act. XIX, 22.
^2 Cf. I Cor. IV, 17; xvi, 10-12.
^3 II Cor. I, 1.
^^ Cf. Rora. XVI, 21.
'^ Act. XX, 4-5.
PREMIÈRE ÉPITRE A TIMOTHÊE
Jérusalem. Le disciple rejoignit plus tard saint Paul à Rome durant sa première captivité, car son nom est associé à celui de l'apôtre dans plusieurs des lettres écrites alors par ce dernier ^ D'après les deux épîtres à Timothée, Paul, lorsqu'il recouvra sa liberté, rejoignit son disciple dans l'est et le laissa à la tête de l'Église d'Ephèse^, avec des pouvoirs presque illimités.
La suite de l'histoire de Timothée ne nous est que très imparfaitement connue. D'après les Constitutions apostoliques, vu, 46^, il serait demeuré à Éphèse jusqu'à son martyre, qui aurait eu lieu sous Domitien, alors que le saint évêque essayait de détourner le peuple de prendre part à une fête licencieuse, célébrée en l'honneur de Diane '*.
Divers traits des épîtres de saint Paul nous apprennent que Timothée avait une nature affectueuse (II Tim. i, 4), qu'il était souvent malade (I Tim. v, 23) et d'un caractère timide (I Cor. xvi, 10; I Tim. iv, 12). L'apôtre l'aimait comme Jésus avait aimé saint Jean : c'était son vrai fils (I Tim. i, 2), son enfant bien-aimé et fidèle (I Cor. iv, 17; II Tim. i, 2), avec lequel il n'avait qu'une seule âme (Phil. ir, 20), parce qu'il cherchait toujours avec zèle les intérêts de Jésus-Christ (Phil. ii, 21 )5.
2» L'occasion de la première épître à Timothée est assez bien déterminée par le contenu même de la lettre. Peu de temps avant de l'écrire, saint Paul s'était trouvé à Éphèse avec Timothée. Pendant le séjour assez court qu'il avait fait parmi les chrétiens de cette ville, l'apôtre avait remarqué que maints détails administratifs, liturgiques, moraux, etc., avaient besoin d'être réglés ou améliorés. N'ayant pas le temps de s'en occuper alors, il dut partir, en priant son disciple de rester à Éphèse, et d'y lutter contre les fausses doctrines qui menaçaient d'envahir la communauté chrétienne de la cité^. Il ne semble pas lui avoir donné ^tout d'abord d'autres instructions, parce qu'il espérait pouvoir revenir bientôt'; mais, se sentant retenu pour quelque temps encore, et ne sachant pas à quelle époque il lui serait permis de se mettre en route ^, il se décida à écrire à Timothée, soit pour lui réitérer ses recommandations orales contre les docteurs hérétiques, soit pour lui recommander de se choisir de bons et saints auxiliaires, soit enfin pour lui donner des instructions relatives à sa conduite comme pasteur des âmes.
Le but principal que se proposait l'apôtre est bien marqué par les mots « ut scias quomodo oporteat te in aomo Dei conversari ^. »
3o Le plan de la lettre. — Les lignes qui précèdent ont indiqué en gros le thème de l'épître : il est plus difficile de déterminer la division et l'analyse , car les sujets traités sont assez variés et se succèdent rapidement. La suite des idées n'est pas organisée et développée d'une manière systématique, comme, par exemple, dans les lettres aux Romains, aux Galates, aux Éphésiens,
Avec plusieurs commentateurs, nous diviserons l'épître en deux parties, dont la première correspond aux chap. i-iii, et la seconde aux chap. iv-vi. La première partie a dans son ensemble un caractère plus général; on peut l'intituler : Ce que demande le bien de l'Église. La seconde est plus personnelle; nous lui donnerons ce titre : Ce que doit faire un ministre fidèle de l'Église.
* Phil. I, 1; Col. I, 1; Pbilcm. 1; Hebr. xiii, 23. Voyez aussi Phil. ii, 19 et ss.
2 I Tim. I, 3.
^ Comp. Eusèbe, Hist. eccl., m, 46.
* Voyez Nicéphore, Hist. eccl., lu, 11, et les Acta Sanct., t. III, 176 et ss.
^ Il existe des Acta sancti Timolhei apocryphes, qui n'ont à peu près aucune valeur.
Voyez Lipsius, Die apolcrijphen Apostelgeschicliten und Apostellegenden, II, 2, p. 372-4(ju, Brunswick, 1884.
^ I Tim. I, 3.
' I Tim. III, 14 et rv, 13.
^ I Tim. III, 14-15.
9 I Tim. m, 15.
PREMIÈRE ÊPITRB A TIMOTHÊE 469
Voici quelques détails. Dans la première partie, après la salutation initiale, I, 1-2, nous trouvons un premier paragraphe, i, 3-20, qui a un peu le caractère d'une introduction, et qui parle du bon combat que le pasteur des âmes doit soutenir pour le Christ et pour l'Église. Un second paragraphe, ii, 1-15, trace quelques règles à suivre pour que le culte public soit convenablement célébré; le troisième, m, 1-16, contient des instructions importantes relatives au choix des ministres sacrés. La deuxième partie renferme aussi trois paragraphes. Le premier, iv, 1-10, concerne les obligations de Timothée comme ministre de l'Église, surtout au sujet de sa prédication et de sa conduite. Le second, V, 1-vi, 2, lui indique ses devoirs particuliers envers les différentes catégories de personnes dont se composait son Église. Le troisième, vi, 3-21, est une instruction finale, qui contient encore plusieurs avis spéciaux du maître à son disciple *.
4^ La date et le lieu de la composition. — La première épître à Timothée fut composée entre les années 64 et 66, c.-à-d. entre les deux captivités de saint Paul à Rome. Il n'est pas possible de déterminer la date d'une manière plus précise. Le lieu de la composition est inconnu. Quelques anciens manuscrits mentionn-ent dans leurs inscriptions finales les noms de Laodicée, d'Athènes, de Nicopolis et de Rome; mais ce sont là des conjectures sans fondements
* Pour une analyse plus détaillée, voyez le commentaire, et notre £iWia sacra, p. 1310-1313.
PREMIERE EPITRE
A TIMOTHÉE