Deuxième partie de l'avertissement
— rrsecipio... coram Deo... Grave injonction, accomi>agnée d'une adjuration qui rappelle celle de V, 21. — Qui vivifient... D'après la meilleure leçon du grec : Qui crée vivant. Allusion à la puis ance créatrice du Seigneur. — Christo... qui teslimonium... Cette formule peut signifier Bimplement que Jésus -Christ souffrit sous Pon-e Pilate; dans ce cas, sa « bonne*confeseion )) consisterait en son immolation sanglante 8ur la croix Elle peut aussi se rapporter au vaill£^:',t témoignage que le Sativeur rendit devant le tribunal du gouverneur romain, comme vrai roi et vrai Messie. Cf. Matth. xxvir, 11 ; Marc. XV, 2; Luc. xxiii, 3; Joan. xvi, 33 et ss. Le sens est d'ailleurs à psu près le môme dans les deux cas. — Serves mandatum ( zr^v £VToXr,v, avec l'ai-ticle; vers. 14). D'après lei uns, le
grand précepte de l'amour, qui renferme tous l.s autres. Mieux, d'après les autres, l'ensemble des devoirs chrétiens. — Sine macula, irreprehensibile. Suivant les anciens interprètes grecs et la Vulgate, ces deux épithètes retombent sur « mandatum » , et cette construction est excellente ; mais on peut aussi les rattacher, dans le texte grec, au pronom ce, toi (omis dans
coureurs dans Tarène. (D'après une peinture de vase.)
■notre version latine), par conséquent à Timothée, et de nombreux interprètes modernes préfèrent cet enchaînement. — Usque in adventum ( ÈTttçaveiaç, la manifestation)... Le retour du Sauveur ici-bas devait être pour Timothée, qu'il dilt en être témoin ou non, le but perpétuel de sa vie. — Suis temporibus (vers. 15) : xaipoïç toioiç , « temporibus propriis » ; au temps fixé par Dieu et connu de lui seul. Cf. it, 6, — Ostendet... C'est Dieu le Père qui manifestera lui-même son Fils devant tous les hommes. Sur l'épithète 6ea- ««.s, voyez I, 11, — Potens. Le grec emploie ici le substantif « dynaste »; c.-à-d., potentat. Les deux titres rex regum et Dominus dominantium sont aussi très solennels. — Qui solus... (vers. 16). L'admirable doxologie commencée au vers. 15-^ se poursuit majestueusement. On a émis quelquefois, mais sans raison suffisante, l'hypothèse qu'elle serait empruntée, comme le passage m, l'î, à quelqtie hymne de l'Église primitive. — Lucem habit-it... Express'on très poéticiue, qui :""^) peut-être allusion au Ps. cm, 2. Cf.
I TiM. VI, 17-20.
et hicem inhabitat inaccessibilem ; quem nullus hominura vidit, sed nec videre potest ; cui honor et imperium sempiternum. Araen.
17. Divitibus hujus saeculi praecipe non sublime sapere, neque sperare in incerto divitiarura, sed in Deo vivo, qui prsestat nobis omnia abunde ad fruendum ;
18. bene a^ere; divites fieri in bonis operibus ; facile tribuere, communicare ;
19. thesaurizare sibi fundamentum bonum in futurum, ut appréhendant veiam vitam.
20. 0 Tiraothee, depositum custodi, devitans profanas vocum novitates, et oppositiones falsi nominis scientiae,
qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu et ne peut voir, à qui est l'honneur et l'empire éternel. Amen.
17. Ordonne aux riches de ce siècle de ne pas être orgueilleux, et de ne pas mettre leur espérance dans les richesses incertaines, mais dans le Dieu vivant, qui nous fournit abondamment toutes choses pour en jouir ;
18. de faire du bien, de devenir riches en bonnes œuvres, de donner de bon cœur, de faire part de leurs biens,
19. de se faire un trésor placé sur un fondement solide pour l'avenir, afin de saisir la véritable vie.
20. 0 Timothée, garde le dépôt, en évitant les profanes nouveautés de paroles, et les contradictions d'une science qui porte faussement ce nom ;
I Joon. 1,5. — Quem nullus..., sed nec... C.-à-d. : que personne n'a vti et ne pent voir Ici -bas. Cf. Joan. I, 18 ; I Joan. iv, 12. Il en sera autrement dans le ciel (cf. Matt, v, 8). — Cui... imperiinn. Le substantif xpdio; a plutôt la signîficatlon de puissance.
3» Une dernière instruction, concernant les devoirs des riclies. VI, 17-19.
17-19. Sorte de post - scriptura , qui complète ce que saint Paul a écrit au sujet des relations de Timothée avec les différentes catégories de fidèles. Ce qu'il vient de dire des faux docteurs et de leurs vues intéressées lui rappelle qu'il a oublié de parler des riches ; il leur consacre maintenant quelques lignes. — Divitibus hujus... Dans le grec : A ceux qui sont riches dans le monde présent. La formule ô vOv atwv est particulière à nos trois épîtres (cf. II Tiin. iv, 10; Tlt. II, 12). Il est probable qu'il y avait dans l'Kglise d'Éphèse un nombre assez considérable de riches, la ville étant ti'ès commerçante. — Sublime sapere (û'i'/jXoçpoveîv : ici seulement et Rom. xi, 20). Dans le sens d'être orgueilleux. C'est un défaut dans lequel tombent facUement les riches. — In incerto... Rien n'est plus précaire que la fortune. Cf. Luc. xii, 16-21. — Prsestat... omnia. Dieu nous fournit richement , comme dit le texte original ( Vulg., abunde) tout ce dont nous avons besoin : « pour on user et même pour en jouir avec un cœur reconnaissant. » Cf. Eccl. n, 24; v, 18; viii, 15, etc. — Bene agere (àyaOospyeïv, .-rs. 18). Avec la signification d'exercer la bienfaisance. Non content de les détourner de la voie mauvaise, Paul met les riches sur la voie positive du bien. — Divites... ir bonis... C'est la même pensée que la précédente, avec un jeu de mots Intéressant. — Facile tribuere, communicare. Le grec emploie deux adjectifs d'une composition extraordinaire : eùfj.etxfîOTO^-:, y.oivwvtxo'j;. Il ne faut pas seulement donner de ses
biens; on doit le faire volontiers et généreusement. Cf. Prov. m, 28 ; I Cor. viii, 3. — Thesaurizare... (vers, 19). Celui qui distribue son superflu en bonnes œuvres est loin de s'en dépouiller ; il l'accumule dans le ciel comme un riche capital. Cf. Matth. vi, 20. Le verbe composé à7irj0r,(Taupi^etv est doublement expressif.
— Pundan'entum... : un fondement solide et sûr. La métaphore du trésor se transforme tout à coup en celle - ci. -* In futurum. Cette locution est expliquée par la suivante : ut appréhendant veram... La vraie vie, ou, comme s'exprime le grec, ce qui est vraiment la vie, ne diffère pas de la vie éternelle.
4° Un dernier appel à Timothée. VI, 20-21» 20-21. Comment il doit garder le précieux dépôt qui lui a été confié. — L'apostrophe o Timothée est tout à la fois émue et solennelle.
— Depositum (tyjv Tiapaôiqxrjv, avec l'article). Quel est ce dépôt, appelé ailleurs (II Tlm. i, 14) le « bon dépôt »? Ce serait, suivant les uns, la grâce que Timothée avait reçue pour ton propre avancement spirituel ; selon d'autres, celle qui avait été répandue sur lui pour qu'il s'acquittât bien de ses fonctions de pasteur ; etc. La meilleure réponse consiste à dire que ce dépôt est celui de la fol , de la saine doctrine ( « catholicœ fldei talentum », saint Vincent de Lérins ; voyez son beau développement de cette expression, Commonit., c. 17). Les mots suivants, qyi commentent en quelque sorte cette recommandation pressante, ne laissent guère de doute à ce sujet. Voyez aussi i, 3-4 ; iv, 6, 16 ; VI, 3 ; II Tim. i, 13-14 et ii, 2, 16, — Ce que Timothée devra faire pour garder fidèlement le dépôt : devitans... Saint Paul veut que son disciple garantisse autant qu'il le pourra l'Église des fausses doctrines. L'équivalent grec de vocum novitat'S est le mot composé y.evoiptovt'a? ; à la lettre : les paroles vides; c.-à-d., les spéculations profanes, sans fondement. Cf. i. (L
I TiM. VI, 21,
21. quelques-uns, pour en avoir fait profession, se sont égarés de la foi. Que la grâce soit avec toi! Amen.
21. quam quidam proraittentes, circa fidem exciderunt. Gratia tecurn. Amen.
et II Tim. n, 16. La Viilgate a 1«, avec quelques rai'es manuscrits : xaivocptoviaç , les paroles nouvelles. — Opposiliones falsi... Dans le grec : les antithèses de la science pseudonyme (c.-à-d., au faux nom). Allusion aux objections que les faux docteurs soulevaient, au nom d'une prétendue science, contre l'enseignement chrétien, et aux thèses eiTonées qu'ils opposaient directement aux mérités évangéliques. Cf. II Tim. ii, 25 ; Tit. I, 9. — Quam quidam (comp. le verset lOb : I, 3, 6, 19) promittentes (vers. 21). Le participe grec a plutôt le sens de « profl-
tentes », faisant profession de (science). Cf. ii, 10. — Circa fidem exciderunt. Dans le grec : Ils ont manqué le but en ce qui concerne la foi. Cf. I, 6 et II Tim. u, 18. — Une très courte bénédiction pour conclure : Gratia tecum; ou, d'après les meilleurs manuscrits grecs : La grâce (soit) avec vous. Cf. II Tim. iv, 22 ; Tit. m, 15i>. Si cette leçon est authentique, le pieux souhait de l'apôtre s'adresserait à toute l'Église d'Éphèse. — ■ L'Amen final souligne cette bénédiction.
DEUXIEME EPITRE
A TIMOTHÉE
io L'occasion et le but; le temps et le lieu de la composition. — La situation n'est plus la môme que pour I Tim. et pour l'épître à Tite. Saint Paul a cessé d'être libre. Il est de nouveau prisonnier à Rome (cf. i, 8, 16 et 17; iv, 6 et ss,, 21), dans une situation douloureuse et critique, presque seul, car quelquesuns de ses disciples avaient été envoyés au loin par lui pour fonder de nouvelles Eglises, et d'autres l'avaient quitté d'eux-mêmes. Il a déjà comparu une première fois devant ses juges ^, et sa cause a été ajournée. Il s'attend à être ramené bientôt devant le tribunal , et une issue fatale de son procès lui semble non moins certaine que prochaine ^.
Dans sa tristesse, il s'adresse à son bien-aimé fds limolhée, qui était alors sans doute à Ephèse, comme à l'époque de la première épître'*, et il le presse de venir le rejoindre promptement avec Marc. En même temps, comme il était possible que Timothée arrivât trop tard, il lui fait ses dernières recommandations, l'exhortant à la vaillance, malgré les difficultés de l'heure présente, l'engageant à se choisir des auxiliaires vraiment capables d'enseigner la vérité, le prémunissant contre les dangers spéciaux qui pouvaient créer des obstacles à son ministère.
La conviction où était l'apôtre que l'heure de sa propre mort approchait fut donc l'occasion directe de cette épître. Le but est double : d'un côté, mander Timothée à Rome; de l'autre, fortifier sa foi et son zèle, et lui adresser des recommandations suprêmes. L'épître fut composée à Rome, dans la prison où souffrait saint Paul, peu de temps avant son martyre, par conséquent vers la fin de l'an 66, ou au commencement de l'an 67.
2û Le sujet et la division. — La plus grande partie de l'épître renferme des avis donnés à Timothée au sujet de son enseignement et de sa conduite comme évêque. Le maître mentionne tout ce qui était capable d'encourager, de toucher,
* Pour l'authenticité, voyez ie« jtrdgeb 465-4(17, | "* Il occnpo toujours une haute position dans 2 Voyez IV, 16-17. l'I^vlise, et il est chargé d'enseigner, de di-
^ IV, 8-9. I lij^r.
DEUXIÈME ÉPITRE A TIMOTIIÉE 497
d'instruire son disciple, de manière à le renouveler dans l'exercice fidèle de ses fonctions, spécialement en ce qui concernait la préservation du dépôt sacré de la foi.
La lettre, très mouvementée, se prête assez difficilement à une division logique, car il n'y règne pas un ordre aussi suivi que dans la précédente. Il nous semble qu'on peut la scinder en deux parties. Dans la première, i, l-ii, 13, Paul recommande à Timothée de combattre sans crainte et fidèlement pour l'évangile. Dans la seconde, ii, 14 -iv, 8^, il l'exhorte à lutter sans faiblir contre les faux docteurs et contre le danger d'apostasie. La première partie est plus personnelle; la seconde parle très fréquemment des docteurs de mensonge et des dangers qu'ils faisaient courir aux vrais croyants. Vient ensuite une conclusion, IV, 8^-22, qui contient des recommandations de différente nature, des nouvelles et la salutation finale *.
S" Caractère spécial de cette épître. — Elle est d'abord très intime, très personnelle. Presque tout est individuel et privé, dans l'ensemble comme dans les moindres détails. On sent vraiment battre le cœur aimant de Paul. En outre, cette lettre « tient moins de l'instruction que de l'exhortation; mais il serait difficile d'imaginer une exhortation plus solide, plus tendre et plus vivante ». Le ton y change à plusieurs reprises, selon que Paul se laisse dominer par la certitude de sa mort prochaine, ou qu'il songe seulement à instruire Timothée des devoirs à remplir durant la crise pénible que traversait alors l'Eglise. « C'est le testament du maître^, adressé au disciple favori. Dans son triste isolement, Paul pense moins à lui-même qu'à son œuvre et à celui auquel il pouvait en léguer l'héritage avec une entière confiance. »
L'épître n'est pas moins remarquable par son accent de majestueuse solennité que par celui de la tendresse pathétique. Ce qui est particulièrement touchant, ce sont « avec les grandes pensées dogmatiques que Paul ne néglige jamais, ces ouvertures de cœur sur sa propre vie, ces tableaux de ce qu'il a fait et de ce qu'il fait encore, de ce qu'il a souffert et de ce qu'il souffre pour la bonne cause, enfin cette assurance ferme de la récompense qui lui est réservée, ainsi qu'à tous ceux qui, comme lui, auront combattu jusqu'à la fin le bon combat de la foi et de la justice. »
* Pour l'analyse détaillée, voyez le comraeu- I ^ Pensée qu'on a souvent répétée à la suite taire, et notre BiUia sacra, p, 1314-1316. l de saint Jean Chrysostome.
DEUXIÈME EPITRE
A TIMOTHÉE
1. Paulus, apostolus Jesu Christi per vdluntatem Dei, secundum promissionem vitae quse est in Christo Jesu,
2. Timotheo, carissimo filio. Gratia, misericordia , pax a Deo Pâtre , et Christo Jesu Domino nostro.
3. Gratias ago Deo, cui servio a progeiiitoribus in conscientia pura, quod
1. Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, selon la promesse de la vie qui est dans le Christ Jésus,
2. à Timothée, son filsbien-aimé. Que la grâce, la miséricorde, la paix te soient données de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur.
3. Je rends grâces à Dieu, que je sers, comme mes ancêtres, avec une conscience
Chap. I. — 1-2. La salutation. Elle diffère peu de celle de la première épître à Timothée.
— L'auteur : Pauliis, apostolus... Ici encore, au lieu de Jesu Christi, il faut lire « Christi Jesu », d'après la leçon la mieux garantie. Cette inversion est très fréquente dans les épîtres pastorales. — Per voluntatevi... Comme dans les deux épîtres aux Cor., i, 1, et dans celles aux Éphésiens, i, 1, et aux Colossiens, i, 1. Allusion au premier appel de Paul, dû entièrement au bon plaisir de Diou. Cf. GaL i, 15-16. — Les mots secundum promissionem... dépendent encore de « Paulus apostolus ». Paul a été choisi comme apôtre en vue de cette promesse de vie, c.-à-d., pour l'annoncer au monde, pour contribuer à la réalisation du salut promis par Dieu. Le substantif vitse est déterminé ailleurs (comp. I Tim. I, 16 et vi, 12; Tit. i, 2, etc.) par l'épithète « aeternae ». — Quce. . . in Christo. . . La vraie vie ne peut s'obtenir qu'à la condition qu'on demeure étroitement uni h Jésus -Christ, qui en est le médiateur. Cf. I Tim. i, 1 , etc.
— Le destinataire : Timotheo... Sur Timothée et ses relatio'ùs avec saint Paul, voyez les
pages 468 et 4-69. — Gratia, miaericordia, pax. Les trois mêmes souhaits que dans la première épître, I, 2.