‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 525 sur 873 · UX HEBREUX · texte numérisé non relu

UX HEBREUX

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jo Le SKj/'e^ traité, la division. — Cette lettre, dont on a dit à bon droit qu' (( elle n'a pas sa pareille parmi les épîtres diTNouveau Testament » ,,démoritre d'une manière systématique, et avec une rare élévation de langage, que la religion fondée par Notre -Seigneur Jésus -Christ l'emporte de beaucoup sur l'ancienne religion judaïque, que la nouvelle alliance est incomparaÏDlement supérieure à l'ancienne.

Procédant avec une méthode rigoureuse et une grande clarté , l'auteur établit d'abord un parallèle entre les agents révélateurs des deux alliances, qui étaient d'une part, pour la théocratie juive, les anges et Moïse, de l'autre, pour la religion chrétienne, Notre -Seigneur Jésus -Christ. Jésus est infiniment au-dessus des anges et de Moïse : tel est le résultat de cette comparaison. Vient ensuite un autre contraste, sur lequel il est insisté davantage et qui forme vraiment la ' A^yOïJ^^^^^^ centrale de l'épître. Il porte sur les sacerdoces des deux religions, avec >j^^^î^-^Tés développements que voici. 1<> La personne même des prêtres : Jésus -Christ, r pontife selon l'ordre de Melchisédech, est bien supérieur à Aaron et à ses suc- ^-^^ / cesseurs; tandis que ceux-ci étaient mortels et pécheurs, Jésus est notre pontife / éternel, unique, parfaitement saint. 2« Le local du culte : autrefois un simple ^' tabernacle, une tente, tandis que le Christ exerce ses fonctions sacerdotales t} \ dans le ciel même. 3» Les sacrifices offerts : sous l'ancien Testament, des vie-

times immolées par milliers et sans relâche, parce qu'elles étaient incapables par elles-mêmes d'effacer les péchés; sous le nouveau Testament, une seule

* Le titre primitif parait avoir été simplement, d'après les manuscrits les plus anciens, Tipoç 'Eêpatouç, « ad Hebraeos ». C'est à tort qu'on a contesté parfois de nos jours le caractère épistolaire do cet écrit. Il est vrai qu'on ne trouve pas, au début (non plus que dans la

première épître de saint Jean;, la salutation accoutumée; mais les derniers versets, xiii, 22-25, et la teneur générale prouvent jusqu'à l'évidence que l'auteur a vraiment voulu écrire une lettre proprement dite, et non pas un trait* dogmatiqut.

ÉPyRB AUX HÉBREUX

victime, Jésus -Giirist, victime idéale, immolée une seule fois, parce que sa vertu est toute -puissante.

A plusieurs reprises (cf. ii, 1-4; m, 7-iv, 13; v, H-vi, 20), l'auteur interrompt sa démonstration, pour adresser à ses lecteurs des exhortations, des avertissements, des reproches. Et même, à partir de x, 19, jusqu'à la fin de l'épître, c'est l'exhortation qui a la part prépondérante, car elle n'est guère interrompue qu'au chapitre xi, par la magnifique description des (.< héros de la foi » sous l'ancienne alliance.

On le voit par ce court exposé, la marche des pensées est des plus simples. Deux parties, dont la première est surtout dogmatique, et la seconde surtout morale ^ La première partie, i, 1-x, 18, démontre la thèse qui a été résumée plus haut. Elle se subdivise en deux sections : Jésus, en tant que fondateur du cliristianisme, est supérieur aux anges et à Moïse, qui avaient servi d'intermédiaires entre le Seigneur et les Hébreux pour l'institution de l'ancienne théocratie (i, 1-iv, 13). 2o Notre -Seigneur, en tant que souverain prêtre de la nouvelle alliance, l'emporte de toutes manières sur Aaron et les autres pontifes de l'Ancien Testament (iv, 14-x, 18). Dans la deuxième partie, x, 19-xiii, 17, nous trouvons une longue série d'exhortations, d'un caractère d'abord plus général et se rattachant plus étroitement à la thèse dogmatique (c'est la première section, x, 19-xii, 29), puis d'une nature plus spéciale (c'est la deuxième section, xiii, 1-17). Un court épilogue, xiii, 18-25, sert de conclusion à la lettre \ /X ;

2» Le but et rnccaf^ion de l'épUrc ■— Le but est au fond le même que danS""^*^^ les lettres aux Romains et aux Galates^. Ces trois épîtres, en effet, tendent à démontrer que le salut messianique n'est pas procuré par les œuvres de la lol^ mais par la foi en Jésus- Cihrist; ici, cependant, « la méthode, l'argumentation, les moyens dialectiques » diffèrent notablement.

L'auieur, nous lavons vu, présente lui-même sa lettre comme « une parole d'exhortation ^ », d'encouragement. Elle est, en réalité, constamment cela. L'objet de cette exhortation est de maintenir dans la fidélité à Jésus-Christ et au christianisme ceux auxquels elle s'adresse. Aussi les met- elle en garde à tout instant, soit par les avertissements de longue haleine dont 4 était question plus haut, soit par des appels vibrants, directs ou indirects, qui retentissent à travers tout l'écrit'', contre tout ce qui pourrait les conduire à l'apostasie. Telle est bien la préoccupation capitale de l'auteur. Mais il se sert d'un exposé théorique pour atteindre ce but moral et pratique. De là sa grandiose démonstration dogmatique, destinée à fortifier les lecteurs dans la foi chrétienne, et, par conséquent, à les mieux encourager à une persévérance inébranlable.

Ils se trouvaient, en effet, dans une situation à la fois pénible et dangereuse*. Sans être persécutés jusqu'au sang, ils enduraient, de la part de leurs concitoyens demeurés infidèles, toutes sortes de vexations douloureuses '^, qui créaient un péril pour leur foi, d'autant plus qu'ils s'étaient un peu relâchés de leur fer-

* Cette division est très communément adoptée, et elle a réellement sa raison d'être, quoiqu'il règne une grande unité dans tout l'écrit, qui est, dans toute son étendue, comme le dit l'auteur lui-même, un Xôyo; TtapaxXVÎastoç , une parole d'exhortation. Cf. xiii, 22.

- Pour une analyse plus détaillée, voj'ez le commentaire et notre Biblia sacra, p. 1320-

' Voyez les pages^ 16, 4« et 28,

^ La Vuigate et les anciennes versions disent avec une nuance, mais moins exactement : parole de consolation.

^ Voyez, sous le rapport négatif, ii, 3; m, 12 ; IV, 1 ; VI, 6 ; vit, 19 ; x, 26, 29, 35 ; xil, 15, etc.; sous le rapport positif, iv, 11, 14, IG ; vi, 11 ; X, 19, 22 ; xii, 28, etc.

•^ Cf. H, 1-4; m, 7 et ss. ; iv, 1-13; x, 26 et ss. ; xTi, 25 et ss.

' Cf. XII , 1 et es.

éPITRB AUX HÉBRSUX

veur première'. L'auteur, redoutant de les voir succomber, s'empresse de remonter leur courage par ses exhortations éloquentes.

3o Les destinataires sont très exactement désignés par le titre 'ad Hehrseos, qui existe « d'antiquité immémoriale » dans tous les manuscrits grecs comme dans toutes les versions, qui exprime le sentiment unanime des commentateurs des dix -huit premiers siècles, et qui s'harmonise fort bien avec le contenu de l'épître.

Ce nom d'Hébreux n'est employé qu'en trois autres endroits du Nouveau Testament^. C'est la dénomination nationale des descendants d'Abraham, en tant qu'ils étaient venus, en la personne de leur illustre aïeul, d' « au delà » de l'Euphrate^, de la lointaine Ghaldée. Dans toute cette épître, il s'agit évidemment de Juifs convertis au christianisme.

Indépendamment de la tradition, qui est très ancienne et très nette sur ce point '*, ce sentiment est démontré jusqu'à l'évidence par la lettre même. 1» Le sujet, tel qu'il est présenté dans le détail par l'auteur, convient admirablement à des Juifs convertis, nullement à des chrétiens issus du paganisme. 2o Le but de l'épître nous conduit à la même conclusion, car, le commentaire le montrera clairement, l'apostasie de laquelle l'écrivain sacré travaille à détourner ses lecteurs consistait à retomber, non dans le paganisme, comme l'ont prétendu quelques interprètes contemporains, mais dans le judaïsme. 3« Tout du long, l'auteur appuie son argumentation sur des textes bibliques : il suppose donc que ses lecteurs connaissaient à fond les écrits de l'Ancien Testament ; or, tel n'était pas alors le cas pour des païens d'origine. 4o Même remarque à faire à propos des réflexions empruntées très fréquemment par l'auteur à l'histoire, aux institutions et aux coutumes juives ^. Seuls, des lecteurs ayant appartenu au judaïsme pouvaient être familiarisés avec ces détails multiples, comprendre ces allusions réitérées. Un tel genre d'argumentation eût été à peine accessible à des Gentils. D'ailleurs, il est dit explicitement, i, 1-2, que les destinataires avaient des Israélites pour ancêtres; ii, 16, ils sont nommés postérité d'Abraham; xii, 1 , ils sont mis en relations intimes et directes avec une « nuée de témoins », c'est-à-dire, avec les héros de la foi sous l'Ancien Testament énumérés au chapitre xi. Bref, tout suppose que le milieu auquel s'adresse l'épître était « d'éducation juive » ^.

Mais nous pouvons mieux déterminer encore quels étaient les « Hébreux » pour lesquels fut écrite cette admirable lettre. Toujours d'après le sentiment traditionnel, très conforme au contenu de l'épître, c'est en Palestine, surtout à Jérusalem et dans ses alentours, que nous devons les chercher, lo Dans ces pages, on ne trouve pas la moindre trace de païens convertis, coexistant à côté de chrétiens issus du judaïsme; la chrétienté à laquelle s'adresse l'auteur ne

* Cf , V, 11 - 14 ; VI, 1 - 3 , 9 - 12 ; X , 25 et ss., 32-39.

2 Cf. Act. VI, 1 ; II Cor. xi, 22 ; Phil. m, 5. Dans le premier de ces passages, cette appellation représente les Israélites qui parlaient la langue hébraïque, par opposition à ceux de leurs coreligionnaires qu'on surnommait « Hellénistes », parce que, dispersés à travers l'empire , ils avaient adopté la langue grecque. Dans les deux autres, elle désigne les Juifs en général, par opposition aux païens. C'est la première de ces deux significations qui lui convient davantage ici, comme 11 sera dit plus bas.

2 'Ehe)\ an delA; 'Ibri, Hébreu.

^ Elle était déjà formulée par saint Clément pape et par Tertulllen, de Pudic, 30. Elle le fut plus tard par Origène , Clément d'Alexandrie, Eusèbe, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome, Théodoret. Il est à noter en outre que les deux grands docteurs alexandrins, Clément et Origène, disent tenir cette opinion des anciens auteurs (voyez Eusèbe, Hist. eccl., vi, 25, 11-14).

^ Voyez en particulier iv, 15 et ss. ; vi, 2 ; IX, 10, 13; X, 22, 23, 26; xi , 1 et SB. ; xm, 9, etc.

^ Voyez encore les passages suivants : ii, 1-2; ni , 2 ; VI , 6 ; X , 28 - 29 ; xii , 18 - 22 , 24 ; xill, 14, etc.

^PITRE AUX HÉBREUX

paraît avoir été composée que de Juifs ; or, ce fait ne se rencontrait pas en deh >rs de la Palestine ^ 2« C'est là seulement aussi, et spécialement à Jérusalem, que la théocratie, si bien décrite dans l'épître, vivait encore presque dans toute sa force et sa splendeur. 3« La lettre nous montre les destinalaires en rapports intimes, incessants, personnels, avec les cérémonies du culte juif, les sacrifices, les purifications, etc. 4« L'oppression et les vexations auxquelles ils étaient en butte ^ n'ont rien de commun avec celles qui éclatèrent plus tard contre les chrétiens, soit à Rome, soit dans tout le reste de l'empire, et qui furent autrement terribles; ce sont celles que les Juifs convertis enduraient de la part de leurs compatriotes demeurés incrédules. 5» Ce qui est dit de leurs chefs morts antérieurement pour la foi (xiii, 7), de leur conversion qui remontait déjà à un certain temps (v, 12 et ss. ; x, 32), de leur brillant passé (vi, 19 etss. ; X, 32-34), nous conduit au même résultat^.

Notons aussi que l'épître aux Hébreux suppose une chrétienté très distincte, très concrète, qui a ses chefs, ses lieux de réunion^. L'auteur, qui a déjà vécu au milieu d'elle, se propose de la visiter bientôt^. Il suit de là qu'on a eu tort parfois de prétendre que la lettre était destinée aux « communautés dispersées de la Judée », ou même, d'une manière encore plus générale, à « un groupe d'Églises d'origine juive ». A plus forte raison doit- on rejeter le sentiment de quelcjnes critiques contemporains, au dire desquels les destinataires de l'épître auraient été d'origine païenne, nullement d'origine juive. Ce n'est là qu'un paradoxe sans fondement. La lettre entière, aussi bien que la tradition, protestent contre cette audacieuse assertion. D'ailleurs, ses fauteurs peu nombreux ne peuvent se mettre d'accord pour désigner la chrétienté spéciale à laquelle la lettre aurait été destinée.

4o T.n fnnqit.p nri.glYjnlp — D'après Clément d'Alexandrie^, c'est en hébreu (èêpaVxTi cpojv7i), c'est-à-dire, dans l'idiome araméen que l'on parlait encore à Jérusalem et en Palestine au premier siècle de notre ère, qu'aurait été composée l'épître aux Hébreux. Cette opinion fut presque unanimement admise dans l'antiquité, et l'autorité d'Eusèbe', de saint Jérôme^, etc., ne contribua pas peu à la généraliser durant de longs siècles. Cependant, l'illustre élève de Clément d'Alexandrie, Origène, abandonna sur ce point le senti. nent de son maître, une étude attentive de la lettre l'ayant convaincu qu'on n'y trouve point les particularités (to iStwTtxov) du style de saint Paul; d'où il concluait qu'un autre, sans doute un disciple du grand apôtre, avait donné aux pensées de Paul leur vêtement extérieur. D'après lui, la langue originale aurait donc été le grec, et non l'hébreu. L'accord tend de plus en plus à se faire aujourd'hui dans ce même sens, et la plupart des commentateurs, sans distinction de parti ^, admettent que l'épître aux Hébreux fut écrite en grec, comme tous les autres livres du Nouveau Testament, à part le premier évangile.

Telle est, en effet, l'hypothèse la plus vraisemblable. Le texte grec est vrai-

* Eus^be, l, c, IV, 6, affirme savoir de source certaine que, jusqu'à l'époque de la révolte des Juifs sous Adrien, au second siècle, la chrétienté de Jérusalem était entièrement composée d'd Hébreux ». Voyez aussi les Homélies Clémentines, XI, 35.

2 Cf. X , 32 - 34 ; xii , 4 et ss. ; xiii , 3.

3 C'est donc sans motif suffisant qu'on a supposé, de nos jours, que l'épître a été écrite pour des Judéo-chrétiens de Rome ou d'Alexandrie.

^ Cf. X, 25; xiii, 7, 17, 24.

^ Cf. xiii, 19, 23.

^ "Voyez Eusèbe, Hist. ceci., vi, 14.

"^ Hist. eccl., m, 38.

^ « Scripserat, dit ce Père, ut Hebraeus Hebraeis, hebraice, id est, suo eloquio disertissime, ut ea quse eloquenter scripta fuerant lu hebrœo eloquentius verterentur in graecum. »

"^ Parmi les catholiques, citons MM. Kaulen, van Stee ikiste, Fouard, B. Schaefer, le P. Coi'nely, etc.

ÉPITRE AUX HÉBREUX

ment de telle nature ', qu'il semble exclure toute supposition d'un écrit original en langue hébraïque. Rien n'y manifeste le traducteur; tout au contraire, « il porte visiblement un cachet primesautier. » On y rencontre fort peu d'hébraïsmes^; on sent que l'écrivain pensait en grec et non en hébreu. En outre, les citations de l'Ancien Testament sont toujours faites d'après les Septante : ce qui favorise encore l'hypothèse d'un original grec. Certaines allitérations ou paronomases ^ que l'on rencontre çà et là s'expliquent moins facilement si le texte grec actuel n'est qu'une traduction.

Voici encore quelques autres particularités que l'on regarde comme concluantes et décisives, ix, 5 et 16, l'auteur donne successivement au mot Siaôv^x-r) deux significations distinctes (alliance et testament). Mais le mot hébreu correspondant, b^rit, n'a que la première : d'où il suit que le texte primitif de ce passage n'a guère pu être l'hébreu Même conclusion à tirer de l'argumentation faite, X, 5 et ss., sur le Ps. xxxix, 7-8 : elle s'harmonise avec la version des Septante ^'.

Quoique les destinataires fussent des « Hébreux » de Jérusalem et de Palestine , dont l'idiome maternel était l'araméen , ils comprenaient certainement le grec, et aucune objection sérieuse ne peut être faite de ce côté^.

5o Gomme nous l'avons insinué, le style est vraiment remarquable à tous les points de vue, et d'une telle pureté, qu'aucune autre partie du Nouveau Testament ne peut être comparée à notre lettre sous ce rapport*'. Sans doute, ce n'est pas le grec classique qu'elle emploie, mais l'idiome judéo- hellénique des Septante et du Nouveau Testament; toutefois, cette réserve faite, le style de l'épître aux Hébreux est d'une étonnante richesse et d'une rare élégance.

En ce qui concerne le vocabulaire, c'est-à-dire les matériaux du langage, la quantité des mots employés est extraordinaire. La lettre contient de nombreuses expressions qui n'apparaissent pas ailleurs dans le Nouveau Testament', ni dans les Septante, ni même dans la littérature grecque, de sorte qu'elle a réellement un domaine philologique qui lui est propre. Ce fait suppose que l'auteur maniait le grec avec aisance. Il use plus fréquemment des verbes composés qu'aucun autre écrivain du Nouveau Testament ; il aime les verbes en tCetv^, les substantifs en <yiç ^; oôsv est sa conjonction préférée.

Mais son habile agencement des mots attire encore davantage l'attention. Il n'y a qu'une voix parmi les littérateurs, comme parmi les exégètes, pour vanter ses belles périodes arrondies ^^, l'art exquis avec lequel il donne à chaque mot sa véritable place, ses épithètes toujours bien choisies, le rythme parfait des propositions, l'emploi d'expressions euphoniques, ses amplifications calmes et majestueuses. Tout est soigné et pondéré dans son style, sans que rien soit jamais gâté par une tendance trop visible à produire de l'effet. On sent partout l'écrivain exercé, qui savait d'avance ce qu'il voulait dire, et qui réussit toujours à le bien exprimer. Ses images sont nombreuses et dramatiques".

^ Voyez ce qui sera dit plus bas du style.

2 Par exemple, i, 3 ; v, 7 ; ix, 5, etc.

•^ Par exemple : v, 8 ; efxaOev àç' wv STiaôcv; X, 38-39, iJitO(TTe:Xr,Tai , Ûtîoo-to)^?)?; xiii, 14, |X£vou(Tav, [xénouCTav. Voyez aussi i, 1; II, 10; VII, 23-24; ix, 28, etc.

* Voyez encore les passages suivants : i, 6-7; II, 5-8 ; VI, 1 ; ix, 2 et ss. ; x, 37 ; xn, 5 et ss., 26 et 2.

^ C'est également en grec que saint Jacques écrivit sa lettre adressée « aux douze tribus ». Cf. Jac. 1,1.

^ Elle nous est parvenue dans un excellent état de conservation.

"^ On en a compté jusqu'à cent quarante.

^ Environ quatorze; par exemple, àvaxatviKs.iv, TTptÇeiv, etc.

^ Entre autres, àôéTYjo-iç, aiveciç, uTTOffTacriç (quinze environ).

^^ Notez en particulier les passages i, 1-3 ; II, 2-4 ; V, 1-6 ; vi, 16-20 ; vu, 26-28 ; x, 19-25 ; XII, 1-2, 18-24, etc.

" Voyez en particulier n, 1 ; iv, 12 ; vi, 7-8, 19; X, 20; XI, 13; xii, 1.

ÉPITRE AUX HÉBREUX

60 La question relative à l'auteur a été de tout temps fort débattue. Nous interrogerons successivement à son sujet la tradition ecclésiastique et l'épître elle-même.

1. Les plus anciens témoignages sont ceux de saint Panthène et de Clément d'Alexandrie *, qui la regardaient comme l'œuvre immédiate de saint Paul, Origène aftirme ^ que « ce n'est pas en vain que les anciens (01 onpyouoi àvôpeç, expression qui désigne évidemment les premières générations chrétiennes) l'ont transmise comme étant de Paul. » Et cette attestation d'Origène est d'autant plus précieuse, qu'il est fidèle à mentionner ailleurs les doutes qui existaient çà et là sur l'origine paulinienne de l'épître ^. Les célèbres évêques d'Alexandrie , Denys, Pierre, Alexandre, saint Athanase et saint Cyrille''*, le concile tenu en 264 contre Paul de Samosate, l'historien Eusèbe ^', Théophile d'Antioche, saint Cyrille de Jérusalem, Jacques de Nisibe, saint Éphrem, saint Épiphane, saint Grégoire de Naziauze, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome et d'autres encore n'hésitent pas à regarder saint Paul comme l'auteur de notre épître. On le voit, tous ces grands noms résument la tradition des différentes Églises d'Orient : tradition très ancienne, très ferme et très explicite.

En Occident, l'opinion ne fut pas tout d'abord unanime sur le point en question. C'est ainsi que, d'après Eusèbe ^, le prêtre romain Gains n'aurait pas compté l'épître aux flébreux parmi les écrits de saint Paul. Tertullien ' va plus loin, et l'attribue directement à saint Barnabe. Saint Cyprien^ ne mentionne que sept Églises auxquelles l'apôtre des Gentils aurait écrit, et parmi elles il ne signale pas celle des « Hébreux ». Peu à peu cependant, surtout à la suite de l'arianisme, on se mit, dans l'Église d'Occident comme dans l'Église d'Orient, à regarder saint Paul comme l'auteur de l'épître aux Hébreux. Saint Hilaire de Poitiers^, Lucifer de Cagliari, saint Ambroise, Rufm, saint Jérôme et saint Augustin ^^ les conciles d'Hippone ^^ (en 393), de Carthage (397 et 419), de Rome (en 494), attestent la croyance, comme aussi, le cas échéant, les hésitations de leurs contemporains sur ce point.

De tout cela, se dégage clairement ce fait que, dans l'ancienne Église, saint Paul a été regardé d'abord généralement, puis à l'unanimité, comme étant, au moins dans le sens large de l'expression, l'auteur de l'épître aux Hébreux ^2 C'est là en réalité le sentiment catholique, dont il serait téméraire de s'écarter ^^. De fait, on n'a commencé à l'abandonner, et tout d'abord d'une manière assez lente, qu'à la suite de Luther et de Calvin ^'*.

* Voyez Eusèbe, Eist. eccl., vi, 14. Clément d'Alexandrie, Strom., cite Hebr. v, 12, avec cette formule d'introduction : « Paul écrivait aux Hébreux. »

2 Dans Eusèbe, l. c, vi, 25. Lui aussi, il introduit plusieurs fois des passages de l'épître aux Hébreux par des formules qui attribuent ouvertement la composition à saint Paul.

3 Voyez plus bas, p. 545.

^ Ep. /est. : ((. De l'apôtre Paul il existe quatorze épîtres : . . . les deux aux Thessaloniciens et celle aux Hébreux. »

^ Hist. eccl., Il, 17, etc.

^ Loc. cit.

"^ De Pudicit., 20.

* Adv. Jud., I, 20.

* De Trinit., iv, 10, etc.

*® Ces deux savants docteurs signalent fré-

quemment , eux aussi , les doutes qui existaient dans l'Eglise latine ; mais ils préférèrent suivre, comme ils disent, « veterum scriptorum auctoritatem. » Voyez saint Jérôme , ad Dardan., ep. 129 , 3 ; de Vir. ill., 5 , etc. ; saint Augustin, de Civit. Dei, xvi, 22 ; Enchir., viii, etc. ; Rufln, Sytnb. apost., 37.

^1 « Pauli apostoli epistolae tredecim ; ejusdem ad Hebraeos una. »

^^ Nous reviendrons plus bas sur les nuances avec lesquelles cette croyante s'est produite , et sur les conclusions qu'il faut en tirer.

*'' Dans le sens large dont nous parlons, le mot (i'Estius, Prolog, in Ep. ad Eehr., « Censeo quidem cum Facultate Parisiensi ... temerarium esse, si quis epistolam ad Hebraeos negaret esse Paull apostoli , » n'a rien perdu de sa valeur.

^^* Plusieurs exégètes protestants affirment

iiPITRE AUX HÉBREUX

2. Si nous consultons l'épître elle-même sur ce point, elle nous donne trois sortes de réponses, qui consistent soit dans quelques allusions biographiques, soit dami la doctrine enseignée, soit dans la forme extérieure. Sous ces trois aspects , elle confirme entièrement l'antique tradition.

a) Si l'épître aux Hébreux est anonyme pour nous, elle ne l'était point poui ses destinataires qui, d'après divers passages % connaissaient fort bien l'auteur. Elle nous le révèle d'ailleurs assez nettement : d'après sa manière de parler en divers endroits^, et d'après sa connaissance remarquable des livres de l'Ancien Testament, de l'histoire et des choses juives ^, il appartenait luimême par sa naissance à la nation théocratique. On le voit, ces deux traits conviennent à saint Paul. Le passage xm, 19, où l'auteur demande des prières à ses correspondants pour qu'il leur soit promptement rendu, nous font également penser au grand apôtre, qui aimait à intéresser à sa personne et à ses œuvres les Éiflises avec lesquelles il était en relations. Même conséquence à tirer de XIII, 23, où l'auteur mentionne Timothée comme son compagnon de voyage"*. La doxologie, xiii, 20-21, et la salutation finale, xiii, 23-25, rappellent aussi très vivement saint Paul ^.

b) En ce qui concerne la doctrine contenue dans l'épître, rien n'est plus exact que la réflexion faite par Origène à son sujet ^: T« [xàv voTiaaTa tqû àTtodxôAou £(TTc'v, (( Lcs pcusécs sont celles de l'apôtre ». Gomme l'écrivait naguère un exégète protestant , « une comparaison établie entre la substance de l'épître et les idées émises dans les écrits reconnus (de tous) comme étant de saint Paul montre avec certitude que la doctrine de l'épître aux Hébreux est tout à fait paulinienne ». Gela est parfaitement vrai, soit pour l'ensemble, soit pour les détails.

Pour l'ensemble, nous avons déjà fait remarquer'' que le thème traité ici est au fond le même que celui des lettres aux Romains et aux Galates. Dans l'épître aux Hébreux comme dans toute la prédication orale ou écrite de saint Paul ^, c'est autour de Notre -Seigneur Jésus- Ghrist que tout converge, à sa divine personne que tout est rattaché comme à un centre. Dans les épîtres proprement dites de l'apôtre des Gentils comme dans celle-ci, l'Ancien Testament tout entier est un type de Jésus et de son Eglise ^.

Pour les détails aussi, la doctrine est certainement la même. De part et d'autre, la parole de Dieu est un glaive acéré (Hebr. iv, 12; cf. Eph. vj, 17); il y a, sous le rapport religieux, les commençants, que l'on nourrit avec du lait, et les hommes mûrs, qui ont besoin d'une nourriture plus substantielle (Hebr. v, 13-14; cf. 1 Gor. m, 1-2; xiv, 20, etc.); le siècle présent est mis en opposition avec le siècle futur (Hebr. vi, 5 et ix, 9; cf. Eph. i, 21), ce qui est terrestre avec ce qui est céleste (Hebr. vi, 4; ix, 1, etc.; cf. Eph. i, 10), l'ombre avec la réalité (Hebr. viii, 5 et x, 1; cf. 1 Gor. ii, 17), etc. On remarque surtout une identité frappante entre les données christologiques. Les

néanmoins encore l'origine paulinienne de l'épître même dans le sens strict.

^ Cf. xm, 19, 25, etc.

^ I. 2, « Locutus est nobis » ; xri, 1, etc.

^ Voyez ce qui a été dit à la page 541.

^ Comp. Act. XVI, 1 et ss. ; Phil. ii, 23, etc.

^ Le passage ii, 3, a été souvent allégué comme supposant que l'auteur faisait partie de la seconde génération chrétienne, et ne pouvait pas être saint Paul : mais , dans ce texte , le pronom « nous » se rapporte surtout aux leo-.

leurs, parmi lesquels l'écrivain sacré se place comme ne formant qu'une seule personne morale avec eux.

^ Dans Eusèbe, Hist. eccl., vi, 25, 13. Voyez aussi VI, 25, 12.

8 Cf. I Cor. I, 23 ; Il Cor. i, 19, etc.

9 Voyez Rom. v, 14; x, 6-7; l Cor. v, 7; IX, 9 et ss. ; X, 1 et ss ; Il Cor. m, 13-18 ; Gai. III, 18-24; IV, 21-31.

ÉPTTRE AUX HÉBREUX 545

relations du Christ avec Dieu et avec le monde (Hebr. i,2 et ss. ; cf. Rom. xi, 36; I Cor. VIII, 6; Col. i, 16), l'humiliation volontaire du Fils de Dieu par l'incarnation (Hebr. ii, 9 et ss.; v, 7-9; cf. Phil. ii, 7-8; Gai. iv, 4, etc.), son élévation en tant qu'homme au-dessus des anges (Hebr. ii, 7 et ss.; x, 12; cf. Eph. I, 20-21; Phil. ii, 9), son triomphe sur la mort et sur le démon (Hebr. ii, 14; cf. Col. II, 15; I Cor. xv, 54 et ss.; II Tim. i, 10), le salut mérité par lui pour tous les hommes (Hebr. ix, 15; v, 9, etc.), son état de victime et implicitement son sacerdoce (cf. Eph. v, 2; Gai. ii, 20, etc.), la continuation de son activité dans le ciel (Hebr. viii, 1-3; ix, 24; cf. Rom. viii, 34; I Cor. xii, 9-10, etc.), l'identité de son enseignement avec celui des apôtres (Hebr. ii, 3; cf. Eph. ii, 20) : ces points dogmatiques et. beaucoup d'autres encore sont présentés des deux parts de la même manière. L'harmonie est donc très réelle sous le rapport doctrinal. On a vainement allégué en sens contraire l'absence, dans l'épître aux Hébreux, de certaines théories regardées comme « spécifiquement pauliniennes » : par exemple, la justification par la foi seule et non par les œuvres de la loi; la vocation des païens eux-mêmes au christianisme, la résurrection du Sauveur. En effet, outre que l'épître touche au premier et au troisième de ces points % faut-il donc qu'un auteur, pour que l'on puisse croire à l'autheiilicité de ses écrits, soit obligé d'y reproduire toujours toutes ses pensées dominantes? « On ne peut pas demander cela » raisonnablement. En réalité, l'on ne trouve dans l'épître aux Hébreux rien, absolument rien, qui soit en opposition avec l'enseignement, de saint Paul.

c) Sous le r.apport de la forme, il n'en est pas de même, comme le reconnaissaient déjà Clément d'Alexandrie, Origène et saint Jérôme^. « Le style surtout diffère : plus abondant (ici), plus soutenu (et aussi plus correct) que celui de l'apôtre; il n'a en revanche ni le même élan, ni la marche libre, inégale, suspendue ou précipitée au souffle du moment '*. » On a remarqué aussi que, d'ordinaire, saint Paul ne développe pas ses comparaisons et ses rapprochements jusque dans le détail; au contraire, dans l'épître aux Hébreux, le parallèle établi entre le sacerdoce lévitique et le sacerdoce du Christ (viii, 1 et ss.) est complet, minutieux. La longue énumération des héros de la foi (xi, 1 et ss.) n'a rien non plus qui lui corresponde dans les aut/es écrits de l'apôtre des Gentils. On a noté aussi les nuances qui existent de part et d'autre dans l'emploi du nom sacré de Jésus : saint Paul y ajoute presque toujours les titres de Christ ou de Seigneur; le rédacteur de l'épître aux Hébreux l'écrit souvent seul, sans aucune épithète ^. L'absence de l'introduction épistolaire accoutumée, le mélange presque perpétuel de l'exposition dogmatique et de l'exhortation morale doivent aussi attirer notre attention, comme étant opposés au genre habituel de saint Paul. Il en est de même des citations de l'Ancien Testament, faites invariablement ici d'après les Septante, tandis qu'elles ont lieu dans les autres lettres de l'apôtre tantôt selon cette même version, tantôt suivant l'hébreu. Les formules qui les introduisent diffèrent fréquemment aussi.

On a donc pu dire à bon droit que « le caractère tout spécial de la lettre sous le rapport du style (et de la forme extérieure) oblige d'abandonner l'opinion d'après laquelle Paul l'aurait composée d'une manière immédiate. » Ce n'est pas qu'à côté des différences que nous venons de signaler, sous le rapport de la forme, entre les deux catégories d'écrits il n'existe aussi des ressemblances con-

* Voyez V, 9 ; x , 38 , etc.

2 Saint Jérôme signale, de Vir. ill., 5, « styll Bcrmonisque dlssonantiam. »

•• C. Fouard, Saint Paul, ses dernières an-

nées, Paris, 1897, p. 208.

^ Voyez en particulier Gai. iv, 1 et ss.

^ Cf. Hebr. ii, 9 ; m, 1 ; vi, 20 ; vu, 21, 22; X, 19 ; XII, 2, 24. etc.

Comment. — VllI, ^g

546 ÉPITRE AUX HÉBREUX

sidérables *; mais celles-là sont beaucoup plus frappantes, et suffisent pour motiver l'opinion d'Origène, de saint Jérôme et des nombreux auteurs catholiques qui ont suivi ces deux savants critiques. Nous admettons comme tout à fait vraisemblable que si saint Paul doit être regardé réellement comme l'auteur de l'épître aux Hébreux , ce n'est pas de la même manière que pour ses autres écrits. Il en a conçu le projet et le plan; puis il a chargé un de ses amis de la rédiger, d'après les idées qu'il avait lui-même fournies'^; il a ensuite adopté la rédaction comme sienne, de sorte qu'on peut dire qu'elle lui appartient véritablement. On comprend, de la sorte, pourquoi cette lettre présente tout à la fois tant de ressemblances et tant de différences avec ses autres épitres.

Lequel des amis ou des disciples de l'apôtre aura, été chargé de ce travail de rédaction? Sur ce point, le mot célèbre d'Origène demeure toujours vrai : Dieu seul connaît la vérité sur ce point ^. Tout ce qu'on peut dire de plus ne saurait dépasser les limites de l'hypothèse. Les anciens mentionnaient saint Luc '^, saint Barnabe^, surtout le pape saint Clément^, auxquels on a ajouté, dans les temps modernes, saint Marc, Silas (cf. Act. xv, 22, etc.), et tout particulièrement Apollos (cf. Act. XVIII, 24 et ss.) '. Les plus grandes probabilités nous paraissent être en faveur de saint Clément; mais ce n'est là qu'une vraisemblance, et nous devons laisser la question ouverte en ce qui regarde le rédacteur.

1^ La date et le lieu de la composition peuvent être déterminés avec assez de vraisemblance, d'après ce qui précède. En ce qui concerne le premier point, l'épître aux Hébreux a dû être composée avant la destruction de Jérusalem et du temple juif par les Romains (70 ap. J.-C). En effet, l'auteur se propose (voyez la p. 539) d'écarter de ses lecteurs le grave péril qu'ils épuraient de retomber dans le judaïsme. Or, après la ruine de l'État juif, ce péril eût été à peu près nul pour les chrétiens de Jérusalem et de la Palestine , qui auraient vu au contraire, dans cet événement terrible prédit par Notre -Seigneur Jésus -Christ^, une frappante confirmation de leur foi. Comme on l'a dit avec beaucoup de justesse , si la lettre n'a été écrite qu'après la destruction de Jérusalem , l'auteur avait, dans cette catastrophe même, pour démontrer sa thèse, « un argument beaucoup plus décisif que tous les autres. » Pourquoi ne l'a-t-il pas employé? Par exemple, lorsqu'il affirme, vu, 12 etss., que l'abrogation du sacerdoce lévitique entraînait forcément celle de la loi mosaïque tout entière , il avait un développement éloquent de sa proposition dans le fait en question. Voyez d'ailleurs VIII, 13 et X, 25, où il annonce précisément la fin prochaine de l'ancienne alliance; il aurait tenu un langage plus énergique, si elle avait eu lieu depuis quelque temps.

En outre, la lettre suppose que le judaïsme existait encore, avec son culte, ses sacrifices et tous ses dehors brillants, qui exerçaient une influence séductrice sur les Juifs devenus chrétiens ^. Elle suppose également que ceux-ci

' On a composé de longues listes avec les expressions ou les constructions identiques que l'on rencontre de part et d'autres, et il est certain que « ces coïncidences ne peuvent guère Être attribuées au hasard ».

2 C'est bien là ce que disait saint Jérôme,

6 Voyez Origène, dans Eusèbe, l. c, vi, 25 ; saint Jérôme, de Vir. ill,, 5 et 15 ; Philastrius, Lib. de Hser., c. 89.

' Les commentateurs et les critiques contemporains adoptent l'un ou l'autre de ces divers noms, avec cette divergence très importante,

l. c. : « Sententias Pauli proprio ordinasse et que la plupart des auteurs protestants et tous ornasse sermone. » les exégètes rationalistes voient l'auteur pro-

L. c. : Ttç Se ô ypà^'aç tyjv è7Tt(TToXïiv, -ro [LEv à)vr,6£; Ôeoç o'ifSsv.

* Clément d'Alexandrie, dans Eusèbe, Eist. eccl., VI, 14.

^ TertulUen, de Pudic, 20.

prement dit là où les catholiques parlent d'un simple rédacteur.

® Voyez Matth. xxiv, 1 et ss., etc.

® Voyez en particulier vu , 5 ; viir , 3 - 4 ; ix, 6-7, 9, 25 ; X, 1-2, Il ; xiii, 10, etc.

ÉPITRE AUX HÉBREUX

avaient à souffrir de la part de leurs anciens coreligionnaires ^ Or, ces deux faits sont incompatibles avec une date postérieure à l'an 70. Aussi la plupart des interprètes, sans distinction d'écoles, admettent- ils que l'épître fut composée entre les années 63 et 67. C'est probablement vers la fin de 63 . ou au commencement de 64, vers les derniers temps de sa première captivité à Rome, ou au moment où il revenait de recouvrer sa liberté, que Paul écrivit aux Hébreux. Timothée était précisément alors auprès de lui, comme le suppose la fin de la lettre ^

D'après xiii, 24^, le lieu de la composition fut d'une manière générale l'Italie. Les mots « Elle fut écrite à Rome », qui terminent l'épître dans le célèbre manuscrit d'Alexandrie, et la conclusion analogue de la Peschito syriaque'^, nous fournissent un précieux et très ancien renseignement, qui, joint au témoignage de plusieurs Pères grecs ^, présente toutes les garanties d'une tradition sérieuse et authentique.

8» La canonicité est, comme l'on sait, tout à fait indépendante de la question relative à l'auteur, de sorte que si, par impossible, on arrivait à démontrer que l'épître aux Hébreux n'est de saint Paul en aucun sens, mais qu'elle a pour auteur un chrétien de la seconde moitié du premier siècle, cela ne prouverait nullement qu'elle ne fait point partie des saintes Écritures. Gomme l'écrivait naguère un savant exégète protestant, en rangeant officiellement notre épître parmi les livres inspirés, [e concile de Trente (et après lui celui du Vatican) « s'est borné à confirmer ce qui était depuis longtemps un fait établi par l'Église. »

Les documents que l'antiquité nous a transmis prouvent que l'^inion a été unanime sur ce point dans les différentes Églises orientales depuis la fin du second siècle, et aussi, à partir de la fin du ivc siècle, dans l'Église occidentale. Celle-ci, il est vrai, a manifesté, jusqu'à l'époque de saint Jérôme et de saint Augustin, des hésitations notables, mais purement négatives : on ne rejetait pas, on ne condamnait pas la lettre, on se contentait de ne pas la recevoir dans le canon sacré. L'influence des deux grands docteurs dont nous venons de citer les noms ne contribua pas peu à faire cesser les doutes^, de sorte que les conciles de Garthage et de Rome, comme il a été dit plus haut"^, purent trancTïer définitivement la question. De là le témoignage significatif d'Eusèbe, que nous avons cité , dans notre Introduction générale aux épîtres de saint Paul \

Mais il est certain gu'à Rome même, et de très bonne heure, la lettre aux Hébreux fut traitée couuiie canonique et jouit d'une grande autorité. Dans son épître aux Corinthiens, le pape saint Clément la cite très souvent, et de la même

* Voyez la page 539, 2o.

^ XIII, 23. Cf. Phil. I, 1 ; Col. i, 1 ; Philem. 1.

2 Voyez le commentaire.

^ « Fin de l'épître aux Hébreux, écrite d'Italie, de Rome. »

^ Notamment de saint Jean Chrysostotne , Froœm. in ep. ad Hebr.

^ Le langage de saint Jérôme est intéressant à étudier sur ce point. Son opinion personnelle est très claire ; il admet sans hésiter la canonicité de l'épître : « Nos susclpimus, veterum Bcriptorum auctoritatem soquentes. » (Ep. 129 ad Da'-dah). Lorsqu'il parle de ses compatriotes, il fait des restrictions : « De ea multl Latinorum dubitant » (.in Malth.y xxvi);

« Eam consuetudo Latinorum non recipit Inter Scripturas canonicas » (^p. 129). Cependant « nonnulU Latinorum » la reçoivent, avec « tous les Grecs », etc. Puis tout à coup il écrit, in Tit., n : « Jam inter eccleslasticas estrecepta. » Saint Augustin, de Civ. Dei, xvi, 22, signale les contradictions auxquelles l'épître était en butte en Occident ; mais il la reçoit lui-même, à cause de la tradition des Églises orientales : « Magis me movet auctoritas Ecclesiarum orientalium, quac hanc (epistolam) etiam In canonicis habent (De Peccator. meritis, i, 27, 50). »

■^ Page 543.

® Page 9,

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manière que les autres écrits inspirés ^ L'auteur du Pasteur d'Hermas, qui écrivait pareillement à Rome, y fait de même allusion plusieurs fois. Saint Justin la cite aussi dans sa première apologie, composée également à Rome^. Au dire d'Eusèbe, Hist. eccL, v, 26, saint Irénée la citait comme un livre canonique dans ceux de ses écrits qui ne sont point parvenus jusqu'à nous. Tertullien nous apprend, de Pudic, 20, qu'au nord de l'Afrique elle était admise de son temps dans le canon sacré par un certain nombre de chrétiens. Ces divers faits sont éloquents. Si peu à peu l'épître aux Hébreux perdit de son autorité en Occident, ce fut, comme l'insinue saint Philastrius ^, pour une raison toute secondaire : « à cause des Novatiens ». Ces hérétiques prétendaient, comme les Montanistes, que certains péchés graves ne pouvaient pas être pardonnes ; or, comme. quelques passages de notre épître, entre autres, vi, 4 et ss., semblaient favoriser leur enseignement erroné,. on cessa de la lire dans les assemblées publiques, et peu à peu le silence se fit autour d'elle, jusqu'au changement d'opinion dont nous avons parlé. Mais saint Philastrius a soin d'ajouter que « interdum in Ecclesia flatina) legitur. » Même en Occident, elle a donc toujours eu un nombre plus ou moins considérable de partisans.

Concluons de tout cela que la canonicité et l'inspiration de l'épître aux Hébreux sont absolument indiscutables.

9o Commentaires catholiques. — A la liste des auteurs qui ont expliqué toutes les épîtres de saint PauP, il faut ajouter: F. Ribera, Commentarii in epist. ad Hebr., Salamanque, 1598; L. de Tena, Comm. et disputationes in epist. ad Hebr., Tolède, 1611; Klee, Auslegung des Briefes an die Hebrœer, Mayence, 1833; A. Maier, Kommentar ûber den Brief an die Hebr., Fribourgen-Brisgau, 1861, L. Zill, der Brief an die Hebr. ûbersetzt und erklœrt, Mayence, 1879; J. Paneck, Commentarius in epist. B. Pauli apost. ad Hebr., Inspruck, 1882; A. Schfefer, Erklœrung des Hebrœerbriefes , Munster, 1893; A. Padovani, in Epistolas ad Titum, Philemonem et Hebrœos, Paris, 1896, Voyez aussi Thalhofer, das Opfer des A. und des N. Bundes , mit besonderer Rûchsicht auf den Hebrœerbrief, Ratisbonne, 1870.

^ Eusèbe, Hist. eccl., m, 38, et saint Jérôme, de Vir. illustr., 15, signalent ce fait. 2 A2)0l., 1. 63.

3 Bœr., 89. Fin du ive siècle.

* Page 12.

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