CHAPITRE IX
1. La première alliance a eu aussi des règlements relatifs au culte, et un sanctuaire terrestre.
2. Car un tabernacle avait été dressé, dans la première partie duquel étaient le chandelier, la table et les pains de proposition, et cette jpartîe s'appelait le Saint.
1. Habuit qnidem et prius justifîcationes culturae, et sanctiim sseculare.
2. Tabernaculiim enim factum est primum, in quo erant candelabra, et mensa et propositio panura, quœ dicitur Sancta.
(reteravit h l'actif, uîTraXaîco/.cv) la première, contractée au Sinaï. — Deuxièire déduction : quod... antiquatur (to 7calaiou[;,evov ) et... prope... Lu décrépilude de l'Ancien Testament faisait présager sa prochaine disparition.
2° L'action sacerdotale dans ea manifestation la plus brillante , sous l'ancienne et sous la nouvelle alliance. IX, 1-28.
C'est du culte considéré dais ta. partie e.-sentielle , le sacrifice, que l'apôtre va maintenant parler. Pour mieux comparer pontife h pontife, il prend, d'une part, le grand prôtre Juif dans la circonstance où il exerçait ses fonctions de la manière la plus solennelle, c.-à-d. au jour de la fête de l'Expiation, et, d'autre part, Jésus- Christ au jour de sa passion et de son sacrifice Bur la croix.
Chap. IX. — 1-10. Le sanctuaire et le grand prêtre du judaïsme. Après une intéressante description du tabernacle et de son mobilier, versets 1-5, l'auteur donne quelques indications relatives au service des prêtres dans cet ancien sanctuaire, vers. 6-7; puis il signale quelques leçons qui se dégageaient de ces divers détails, vers. 8-10. — Hobuit (à l'imparfait dans le grec) quidem... Petite introduction au vers. 1. L'adjectif prius désigne l'Ancien Testament, d'après le contexte. Cf. viii, 13. — Justiflcationes culturse (SixatajfjLaTa Xarptaç) est une expression tout hébraïque, qui représente les ordonnances divines relatives au culte. Dans ses révélations à Moïse , le Seigneur avait institué tout un rituel, dont les moindres détails étaient sacrés. — Et sanctum (to ayiov) : le sanctuaire, considéré dans son ensemble. Voyez viii, 2* et les notes. L'épithète sseculare (v.oa\iix6v, seulement Ici et Tit. ii, 12) signiflio quo le sanctuaire en question appartenait à ce monde, qu'il était terrestre et fait de main d'homme. Comp. le vers. 24» et vin, 2*'. — Tabernaculum enim... (vers. 2). L'auteur justifie et développe son assertion du vers. 1. — Primum. Avec l'article dans le grec : f, TipcôxYi, la première
(tente). Ce trait désigne la partie du tabernacle, appelée Saint, que l'on rencontrait tout d'abord, après avoir traversé le vestibule. Le Saint des saints qui venait entuite, était
Le cbandelier à sept brancLes, eur une ancienne lampe chréticnno.
censé former une féconde lento. N'oytz Ex. xxvi, 31 et ss., et le commentaire ; l'Atl. arch., pi. xcv, flg. 1. — In qvo erant. . . Le mobilier du Saint se composait de deux objets principaux. C'étaient le chandelier à sept branches ic>jndelabra; an singulier dans le grec ; Ex. xxv, 31-40 ei xxxvu, 17-24 ; AtL arch., pi. cm, fig. 11), et la table des pains de proposition (mensa; Ex. xxv, 23-30 et xxxvii , 10-16 ; AtL arch , pi. civ, tig. 6, 12). Les mots propoi-itio j anum désignent les douze pains eux-mêmes, placés sur cette table en deux rangc'es (Ex. xxv, 30 ; Lev. xxiv, 5-7). — Q^'SC diciiur. . II faudrait « quod » au neutre, comme
Hebr. IX, 3-6.
3. Post velameiitum autera secundura, tabernaculum , quod dicitur Sancta san- Ctorum ,
4. aureum habens thiiribulum , et arcam testament! circumtectam ex omni parte auro, in qua urna aiirea habens manna, et virga Aaron quse fronduerat, et tabulée testamenti ;
5. Buperque eam erant cheriibim glorise, obumbrantia propitiatorium : de quibus non est modo dicendum per singula.
6. His vero ita compositis, in priori quidem tabernaculo semper introibant sacerdotes, sacrificiorum oflficia consummantes ;
3. Puis, derrière le seconJ voile cttit la partie du tabernacle appelée le Saint des saints ,
4. renfermant un encensoir d'or, et l'arche d'alliance toute couverte d'or, dans laquelle était une urne d'or contenant la manne, la verge d' Aaron, qui avait fleuri, et les tables de l'alliance.
5. Au-dessus de l'arche étaient les chérubins de la gloire, qui couvraient de leur ombre le propitiatoire. Mais ce n'est pas le moment de parler de cela en détail.
6. Or, ces choses étant ainsi disposées, les prêtres entraient en tout temps dans la première partie du tabernacle, lorsqu'ils exerçaient des fonctions sacerdotales;
au verset suivant, car le pronom féminin T|Ti; se rapporte à av.f\vr\ ( « tabernaculum » ) : Lequel premier tabernacle est appelé Saint. — Post. . . autem. . . (vers. 3). Description du Saint des saints, ou de la partie la plus intérieure du tabernacle. — Velamentum. . . secundum. Le voile qui séparait le Saint et le Saint des saints pof te ici le nom de second, parce qu'il y en avait un premier, entre le vestibule et le Saint (Ex. XXVI, 31-37 ; AU. arch., pi. xc, fig. 1). — Sancta sanctoi'um. Sorte de superlatif hébreu, signifiant : Lieu très saint. — Le mobilier du Saint des saints est aussi énuméré dans les vers. 4 - 5, et plus longuement que celui du Saint, Tout d'abord : aureum... thurïbulum. Le substantif ôufiiar^iptov a souvent la signiftcation d'encensoir ; mais il sert aussi, dans les livres des écrivains juifs Philon et Josèphe, à désigner l'autel de l'encensement, et il est probable que ce second sens est ici le meilleur ( Itala : « aureum habens altare »). En effet, cet autel d'or, ou de^j parfums , était l'un des principaux meubles du tabernacle (voyez Ex. xxx, 1-10 ; xxxvii, 25-29), et l'on comprendrait difficilement que l'apôtre l'eût omis dans son énumération. D'un autre côté, les livres de l'Ancien Testament ne font jamais mention d'un encensoir d'or qui aurait fait partie du mobilier spécial du Saint des saints. Il est vrai que l'autel d'or était dans le Saint, et non dans la partie la plus intime du tabernacle (cf. Ex. xxx, 6); aussi ne faut -11 pas trop presser le sens du participe habens. Comp. III Reg. vi , 22 (d'après l'hébreu), où ce même autel est également donné d'une façon générale comme « appartenant au Saint des saints ». — Et arcam... C'était le meuble le plus précieux du tabernacle. Il symbolisait la présence du Seigneur lui - même : de là son nom d'arche d'alliance , car c'était le gage extérieur de l'alliance établie entre Jéhovah et son peuple. Cf. Ex. XXV, 10-12 (Acl. arch., pi. cm, fig. 6). — L'auteur indique aussi le contenu de l'arche : in qua urna.,., et virga..,, ei laWlx.,, D'aprèa
Ex. XVI, 33-34 et Num. xvii, 7-10, les deux premiers de ces objets étaient « devant le témoignage », c.-à-d. devant l'arche. La tradition juive, que suit ici l'apôtre , nous apprend qu'on les plaça ensuite dans l'intérieur même de l'arche d'alliance. Ils en furent plus tard extraits (cf. III Reg. viir, 9 et II Par. v, 7, 10). — Tabulœ testamenti. II s'agit des tables de la loi, données par le Seigneur à Moïse sur le Sinaï. Ccmp. Ex. XXV, 16 ; xxxi, 18 et xxxii, 15, où elles sont appelées tables du témoignage. Au Deutéionome, ix, 9, 11 et 15, elles reçoivent le même nom qu'ici. — Superque eam... (vers. 5). C.-à-d. : au-dessus de l'arche. Sur les cherubim gloriae, ainsi nommés parce que la nuée lumineuse au moyen de laquelle Jéhovah manifestait sa présence venait se reposer &ur eux, voyez Ex. xxv, 18 et ss. ; Num. vii, 2 ; IV Reg. xix, 15, etc. (Atl. arch., pi. cm, fig. 6). — Obiimbrantia...Y oyez Ex. XXV, 15. De leurs ailes étendues, ils recouvraient le propitiatoire, placé Immédiatement au-dessus de l'arche comme un couvercle. Le mot hébreu kapporet, couvercle, était précisément le nom de cette partie de l'arche; les LXX lui ont presque toujours substitué celui de IXacrryiptov, propitiatorium, parce qu'au jour de l'Expiation le kapporet était aspergé avec le sac g des victimes, pour obtenir le pardon des péchés du peuple; cf. Lev. xv, 14. — De quibus non... Voyant qu'il serait entraîné trop loin, s'il s'étendait sur tous ces objets et sur leur signification symbolique, l'auteur coupe court à sa description. — His vero ita... (vers. 6). Transition à une autre pensée. D'après le grec : Lorsque toutes ces choses eurent été préparées. — In priori...: dans le Saint. Comp. le vers. 2. — /ntroibani. An pré-ent dans le grec : Les prêtres entrent. Voyez viii, 4'' et les notes. — Semper: toutes les fois que leurs fonctions sacrées le demandaient ; ce qui avait lien chaque jonp plusieurs fois. Cf. Ex. xxx, 7 et ss. ; Lev. xxiv, 5 et s?., etc. — Sacrificiorum offina... Le grec ne parle pas ici de sacrifices, et de fait ce
Hebr. IX, 7-9.
7. mais, dans la seconde, tC entre qu'une fois par an le seul grand prêtre, non sans y porter du sang, qu'il offre pour son ignorance et pour celle du peuple.
8. L'Esprit -Saint montre par là, que le chemin du sanctuaire n'était pas encore ouvert, tant que le premier tabernacle subsistait.
9. C'est une figure pour le temps présent, où l'on offre des dons et des victimes, qui ne peuvent rendre parfait selon la conscience celui qui rend ce culte; puisqu'ils ne consistaient qu'en mets, et en breuvages.
7. in secundo autem semel in anno solus pontifex, non sine sanguine, quem offert pro sua et populi ignorantia ;
8. hoc significante Spiiitu sancto, nondum propalatam esse sanctorum viam, ad hue priore tabernaculo habente statum.
9. Qufle parabola est lemporis instantis, juxta quam munera et hostise offeruntur, quse non possunt juxta conscientiam perfectum facere servientem, solummodo in cibis, et in pctibus,
n'était point le cas, puisque aucun sacrifice proprement dit n'était offert dans l'intérieur du Saint. Il faut traduire : Accomplissant les actes du culte (ràç /.arpstaç). — Ainsi donc, les prends seuls pouvaient pénétrer dans la partie antérieure du tabernacle, à l'exclusion des lévites eux-mêmes; quant au Saint des saints, la restriction était beaucoup plus grande encore : in secuvdo... semel... solus... (vers. 7). Cela se passait le jour de l'Expiation. Cf. Lev. xvi, 12 et ss. — Non sine sanguine. C'était la seule fois que le sang des victimes était introduit dans le sanctuaire. — Pro sua et populi... Avec une nuance dans le grec : Pour lui , et pour les ignorances du peuple (c.-à-d. les péchés commis par Ignorance, et non par pure malice ; cf. V, 2 ; Num. xv, 22 et ss., etc.). — Hoc significante... (vers. 8). Le pronom est à l'ablatif : l'Esprit -Saint montrant par cela. « Il y a une signification voulue par Dieu soit dans les paroles ile l'Écriture, soit dans les règles qui
Le graad prêtre juit leuaiit un encensoir. ( D'après Calmet.)
concernent le culte. » — Nondum propalatam... Telle est la leçon révélée par l'Espiit divin. D'après l'opinion la plus probable , le mot sanctorut't ne désigne pas cette fois le sanctuaire hébreu, mais le tabernacle du ciel, déjà mentionné plus haut, vni, 2. Comp. les vers. 11-12. Tant que durait le tabernacle terrestre, et par
suite le temple, qui en était une copie agrandie, la voie du vrai sanctuaire, du sanctuaire céleste, était fermée et personne ne pouvait y p('n;^trer directement. — Qux parabola est... (vers. 9). Mieux : a Quod est parabola... » Parabole dans le sens de figure, de symbole. — La formule temporis instantis (d'après le grec : « in tempus instans , » une f.gure destinée au temps présent) est évidemment opposée aux expressions « le monde futur » (ii, 5), « le temps futur » ( v, 5 ) , etc. , employées ailleurs par l'apôtre. Celles-ci représentant la période du Messie , celle-là désigne donc le temps de préparation qui précéda l'ère messianique. Au moment où l'auteur écrivait ces mots , l'ère chrétienne avait commencé, mais la période précédente n'était pas entièrement achevée ; de fait, elle ne prit fin qu'après la ruine du temple, lorsque le culte juif fut devenu Impraticable,— Juxta quatn... La phiase qui suit, un peu compliquée, renferme ces trois pensées : les institutions religieuses de l'Ancien Testament étaient inefficaces en réalité ; raison de leur insuffisance ; but pour lequel Dieu les avait établies.
— La première pensée est exprimée par les mots munera... servientem. Les f acriflces de l'ancienne alliance ne procui'aient qu'une perfection extérieure ; ils ne touchaient pas directement à l'âme, à la conscience. Comp. les vers. 13-14 et x, 22. Le trait juxta conscientiam est essentiel ici. Le participe servientem désigne, d'après le grec (xbv ),aTp£ijovTa , l'adoi'ateur ) , ceux des Juifs qui offraient Individuellement des sacrifices par l'intermédiaire de leurs prêtres.
— L'inefficacité du culte lévltique provenait de la nature même de ses ritts : solummoâo in cibis... carnis. L'apôtre, qui va bientôt parler des sacrifices proprement dits, se borne à signaler en cet endroit les prescriptions relatives aux mets et aux breuvages soit licites, soit illicites (pour les breuvages, voyez Lev. x, 8-9 ; Xum. VI, 2-3), ainsi qu'aux ablutions (et variis baptismatibvs; cf. Ex. xxix, 4; Lev. xi, 25, 28 et ss. ; Num. viii, 7 ; Marc, vu, 4, etc.). Toutes ces choses étaient purement extérieures ; c'est pourquoi l'auteur leur donne le nom tiès signlfliatif de « préceptes concernant la chair » ijuatitiis camis), et n'ayant pas de rai'port
Hebr. IX, 10-13.
10. et variis baptisraatibus, et justitiis carnis, usque ad tempus correctionis impositis.
11. Christus autem assistens pontifex futurorum bonorum, per ampliiis et perfectius tabernaculum non raanufactum, id est, non hujus creationis ;
12. neque per sanguinem hircorum ant vitulorum, sed per proprium sanguinem introi vit semel in sancta, aeterna redemptione inventa.
13. Si enim sanguis hircorum et taurorum, et cinis vitulse àspersus, inqui-
10. et en diverses ablutions, et en des cérémonies charnelles, imposées seulement jusqu'à une époque de réforme.
11. Mais le Christ étant venu comme pontife des biens futurs, a traversé un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a pas été fait de main d'homme^ c'est-à-dire, qui n'appartient point à cette création,
12. et il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs ou des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle.
13. Car si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion faite avec la
direct avec la sanctification intérieure de l'homme. — Troisième pensée : usiue ad... Le culte juif n'avait qu'un caractère préparatoire et transitoire. Ce qu'il préparait, c'était le tempus correctionis (dans le grec : un temps de redressement, de réforme ; cf. Jer. viii, 10 et ss.), c.-à-d. l'époque du Messie. Voilà pourquoi Dieu l'avait « imposé » aux Hébreux.
11-28. Le sanctuaire et le sacrifice du grand prêtre de la nouvelle alliance. Au sujet du grand prêtre juif, deux points spéciaux ont été mentionnés : son entrée dans, le Saint des saints, privilège réservé à lui seul ; puis le fait qu'il n'entrait qu'avej le sang des victimes. C'e^t sur ces deux traits que portera le parallèle. — Cfiristus autem... L'antithèse commence Immédiatement. Les vers. 11 et 12 décrivent d'une manière générale et sommaire l'œuvre pontificale de Jésns-Christ. Sa supériorité éclate dans tous les détails : sous le rapport du local du culte, de l'oblation, de l'efflcacité de cette oblation. Il est question du local au vers. 11. — Assistens correspond au grec 7rapaY£v6[X£voç, que ritala traduit plus clairement par a quando advenit » : le Christ était venu du ciel sur la tene, par l'incarnation, pour exercer son ministère au milieu de nous et en notre faveuf. — Pontifex futurorum ( c'est la meilleure leçon : (jleaXôvtwv ; la variante yzvoiiivtày est une faute fies copistes)... C'est au point de vue de la théocratie jurlaïque, qui les préparait, que les biens apportés par le pontife de la nouvelle alliance sont appelés futurs; mais déjà ils étaient présents, puisque l'ère du Vessie était ouverte. C< mp. le vers. 9» ; vi , 5 , et les notes. — Per ampHus et perfectius... (scil. « introivit », comme 11 est dit au vers. 12*'). Avec l'article dans le g ec : par le tabernacle plus grand et plus parfait; c.-à-d., par le sanctuaire idî^al. Avant de pénétrer dans le Saint des saints, le grand prêtre juif avait à traver-er le Saint (cf. vers. 2 et 3) ; le Christ aussi , avant d'arriver jusqu'auprès de Dieu (« in sancta », cf. vers. 12), dut passer ù travers un premier tabernacle, que l'apôtre caractérise par les épithètes « ampllus » et a perfectius ». Mais quel est ce tabernacle? La ques-
tion est assez difficile à résoudre. Saint Thomas et divers autres interprètes pensent qu'il consista dans les sphères iuférieures du ciel, que Jésus traversa au Jour de son ascension, lorsqu'il alla prendre possession de son trône à la droite du Père. Cf. iv, 14 ; vu, 26, etc. Toutefois, si l'on peut appliquer au ciel sidéral l'éplthète c( non raanufactum », comment dire de lui qu'il n'est point « hujus creationis »? Il vaut donc mieux admettre, avec la plupart des anciens commentateurs grecs (saint Jean Chrys., Théodoret, Théophylacte , Œcumenius, etc.) et de nombreux interprètes latins ( Primasius , Ribera, etc.), que ce tabernacle traversé par notre pontife pour aller jusqu'auprès de Dieu ne diffère pas du corps même de Jésus. En effet, c'est en passant pour ainsi dire à travers sa sainte humanité, immolée sur le Calvaire, que le Christ ressuscité s'élança jusqu'aux régions supérieures du ciel. A sa chair, formée directement par l'Esprit- Saint, convient fort bien l'éplthète non manvfactum (par contraste avec le tabernacle de Moïse ; voyez vin, 2*' ), sur laquelle Insistent les mots non hujus creationis : le corps sacré du Sauveur, œuvre de Dieu seul, n'appartient pas à l'ordre de choses que nous voyons, que nous touchons et dont nous faisons partie. Comp. II Cor. v, 4 et II Petr. i, 13-14, où le corps humain est comparé à une tente. — Neque per... (vers. 12). L'auteur va parler plus longuement du sacrifice de Jésus-Christ. Pour l'ancien grand prêtre (comp. le vers. 7), c'était le sang des animaux les plus vulgaires {hircorum et vitulorum) qui servait de moyen de propitiation. Cf. Lev. xvi, 11 et 15. Le Christ pénétra dans le sanctuaire per proprium sanguinem : le sang d'un Homme-Dieu ! Cf. xiii, 12 ; Act. xx, 28 , etc. — Introivit semel. Non pas tous les ans, comme le pontife hébreu; mais une fois pour toutes, précisément à cause de la valeur infinie de son oblation, qui opéra par là même une rédemption éternelle (seterna...; expression remarquable). Cf. viii, 27. L'équivalent grec de redemptione est XUTpwaic, mot qui désigne la rançon payée pour racheter les esclaves, les coupables, etc. — Si enim... Les vers. 13-22
Hebr. IX, 14-15.
cendre d'une génisse, sanctifient ceux qui sont souillés, de manière à procurer la pureté de la chair,
14. combien plus le sang du Christ, qui par l'Esprit -Saint s'est offert luimême sans tache à Dieu, purifiera -t- il notre conscience des œuvres mortes, pour que nous servions le Dieu vivant ?
15. C'est pourquoi il est le médiateur d'un nouveau testament, afin que, la mort étant intervenue pour le rachat des iniquités commises sous le premier testament, ceux qui sont appelés reçoivent la promesse de l'héritage éternel.
natos sanctificat ad emuudationem carnis,
14. quanto magis sanguis Christi, qui per Spiritum sanctum semetipsura ohtAilit immaculatum Deo, emundabit conscientiam nostram ab operibus mortuis, ad serviendum Deo vivent! ?
15. Et ideo novi testament! mediator est, ut morte intercedente, in redem})tionem earum prsevaricationum quae erant sub priori testamento, repromissionem accipiant qui vocati sunt, seternse hereditatis.
développent cette pensée, qui a été simplement énoncée au vers. 12 : Le sang du Christ, répandu et offei t une seule fois , a suffi pour nous racheter et nous justifier complètement. L'auteur compare d'abord la vertu de ce sang précieux à celle des victimes légales, vers. 13-14. — Cinis vitulse... Au sang des boucs et des taureaux eet associé ici un troisième élément purificateur, qui jouait un rôle important dans le rituel juif. Cf. Num. XIX, 1-20. Il s'agit des cendres de la vache rousse, dont on composait une eau lustrale, employée pour faire disparaître certaines souillures légères. — Ivquinatos. A la lettre dans le grec : ceux qui sont devenus communs, c.-à-d., profanes et impurs. Cf. Matth. xv, 11 et ss. ; Act. XXI, 28, etc. — Sanctificat. Seulement à l'extérieur, comme l'ajoute l'apôtre (ad emundationem...), tandis que le sang du Christ possède une vertu bien autrement efficace : quanto magis... — Les mots qui... obtulit... Deo relèvent plusieurs circonstances qui donnent encore plus de valeur au sang de Jésus, versé pour nos péchés. D'abord, le Christ s'est offert per Spiritum sanctum, c.-à-d., sous l'impulsion directe de cet Esprit-Saint, qui inspirait toutes ses actions (cf. Matth, iv, 1 et xii, 28 ; Luc. iv, 18 , etc.). Toutefois, la traduction de la Vnlgate ne correspond point parfaitement à la meilleure leçon du grec, Sioc TtveupiaTOç atcovtou Csans article : par un esprit éternel ), qui semble désigner plutôt l'esprit personnel de Notre- Seigneur, que la troisième personne de la sainte Trinité. L'auteur, jetant un regard en arrière sur le Verbe, avant l'Incarnation, le voit s'offrir à Dieu de toute éternité comme victime pour le salut des hommes. — Semetipsum. . . immaculatum. Deux autres traits qui font ressortir à leur tour la perfection du sacrifice de Jésus. Les autres victimes étaient conduites de force et inconsciemment à l'autel; lui, il s'est offert spontanément et librement. Elles devaient être irréprochables et sans défauts à l'extérieur; lui, il est la pureté même. — Le résultat produit par l'immolation d'une telle victime est digne d'elle: emundabit conscientiam... C'est la conscience même qui est purifiée, et pas uniquement la chair (voyez les vers. 9*" et 13''). — Ah operibus mortuis. C.-ù-d., des péchés (comp. vi, 1 et le commen-
taire), qui souillent l'homme jusqu'au plus intime de son être et lui donnent la mort. — Ad serviendum... Ainsi lavée par le sang du Christ, l'âme jouit d'une nouvelle vigueur pour se consacrer au service de Dieu (le verbe grec Xatpeueiv dénote un service f-aint et sacré). Sur le titre Deo vi- ■venti, voyez m, 12 et les notes. — Et ideo.,. L'apôtre se propose de démontrer maintenant, vers. 15-22, que le sang de Jésus a ratifié la nouvelle alliance, de même que celui des victimes légales avait autrefois ratifié l'Ancien Testament, a Pour cela » : c-à-d., parce que ce sang précieux purifie l'âme et la rend pins apte ù servir Dieu. — Novi... tnediator. Voyez viir, 6 et le commentaire. — Vt morte (sans article dans le grec)... Les mots in redemplionem... dépendent du participe « intercedente » : Afin qu'une mort ayant eu lieu (ysvofjLÉvou) pour la rançon des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont jté appelés puissent recevoir la promesse de l'héritage éternel. La phrase est un peu embarrassée au premier aspect. — Morte intercedente. Condition que Jésus devait remplir pour devenir le médiateur de la nouvelle alliance. — Quœ... sub priori... Si l'apôtre ne mentionne, comme expiés par Jésus - Christ , que les péchés des Israélites , c'est parce qu'il s'adresse directement à des Jnifs; mais le sang du Sauveur a coulé poiir tous les hommes sans exception. Cf. Rom. m, 25-26, etc. — Repromissionem,... seternse... C.-à-d., la promesse du salut éternel, par contraste avec l'héritage purement temporel qui avait été promis aux Israélites. Cf. IV, 9, 10, etc. — Les mots qui vocati sunt (o\ xexXYj(j,£Vot) sont certainement une réminiscence des évangile'i. Cf. Matth. xxiii , 3-4, 8 ; Luc. XIV, 17 et 24. Ils représentent ceux d'entre les hommes qui ont été appelés par Dieu à participer à l'alliance nouvelle. — Ubi enim... Pensée subsidiaire, d'une grande beauté, versets 16-17. La mort du Sauveur n'a pas seulement expié les péchés passés; elle a en même temps servi de ratification à l'alliance dont Jésus-Christ était tout ensemble le garant et le médiateur. — Ubi... testamentum.. . Principe général, emprunté aux coutumes romaines.
Jusqu'ici l'auteur a employé, comme les Septante, le mot Siaôrjxr) dans le sens d'alliance. Il lui
Hebr. IX, 16-20.
16. Ubi enim testamentum est, mors necesse est intercédât testatoris.
17. Testamentum enim in mortais confirmatmu est ; alioquin nondum valet, dum vivit qui testatus est.