CHAPITRE IX
1. Je dis la vérité devant le Christ; je ne mens pas, ma conscience me rendant ce témoignage par l'Esprit- Saint.
2. J'éprouve une grande tristesse, et il y a une douleur continuelle dans mon cœur,
3. Car je voudrais être anathème, séparé du Christ pour mes frères, qui sont mes proches selon la chair,
1. Veritatem dico in Christo ; non mentior, testimonium mihi perhibeute conscientia mea in Spiritu SÊ^iicto :
2. quoniam tristitia mihi magna est, et continuus dolor cordi meo.
3. Optabam enim ego ipse anathema esse a Christo pro fratribus meis, qui sunt cognati mei secundum carnem,
tianisme. — AUitudo, pi'ofundum (vers. 39). Autre formule géiiérale : tout ce qui est compris dans l'espace. Ce sont « des abstractions personnifiées )). D'après les anciens commentateurs : le ciel et la terre; ou le ciel et l'enfer, etc. — Le irait final, neque... alia, généralise et récapitule : aucune autre espèce de créature , rien au monde. — A caritaie Dei qu8e...C.-k-d., l'amour que Dieu nous a témoigné par sou Christ. Formule très expres.sive pour désigner l'amour de Notre -Seigneur Jésus -Christ.
Section III. — La srruATioN des Juifs par
RAI'POIIT A IiA JUSTIFICATION CHUéTIENNE. IX, 1-XI, 36.
L'apôtre a maintenant traité d'une manière à peu près complète le thème qu'il s'était proposé au début de l'épître. Cf. i, 16-17. Toutefois, les mots « Judaeo primum et Graeco » demandent encore une explication. En effet, quoique le peuple juif, en vertu des promesses divines, eût un droit spécial à la justification messianique, en fait, lorsque cette lettre fut écrite, il était presque tout entier en dehors de l'Église de Jésus, composée surtout de païens. Comment concilier le fait et les promesses? Il fallait expliquer cette énigme. C'est ce que va faire saint Paul, avec autant d'habileté que de clarté, dans trois paragraphes successifs, où il développe ces trois pensées : 1» La faute de la réprobation des Juifs n'est point à chercher du côté de Dieu, mais du leur; elle est tout entière dans leur incrédulité. 2" Leur réprobation n'est d'ailleurs que par; tielle, beaucoup d'entre eux ayant accepté le salut, et elle a produit un résultat très salutaire, l'appel des Gentils à la foi. 30 Un jour viendra où la masse des Juifs se convertira et sera sauvée. Il est aisé de voir que, ces assertions une fois démontrées, la Providence divine fiera glorieusement justifiée sur le point en question.
§ I. — Fidélité de Dieu à ses promesses et perfection de sa justice, malgré la réprobation d'Israël. IX, 1-29.
1° Vive douleur de saint Paul au sujet des Juifs. IX, 1-5.
Chap. IX. — 1-2. Il décrit éloquemment sa peine. — Abordant brusquement le problème qu'il veut étudier, 11 insiste d'abord d'une manière remarquable sur la sincérité de son atfection pour ses anciens coreligionnaires : Veritatem dico.,.; non mentior (une formule positive et une négative). Il pc avait craindre qu'ils n'en doutassent, eux qui le regardaient comme le pire ennemi de leur religion, ainsi qu'on le voit par la dernière partie du livre des Actes. — In Christo : en me tenant étroitement uni au Christ ; par conséquent , en sa présence , sous ses regards. Cf II Cor. ir, 17, etc. L'auteixr corrobore ainsi son assertion. — Testimonium mihi... Daas le grec : (TU[j.[xapT'jpouaY)ç, rendant témoignage avec. Cf. 11, 15; viii, 16. L'apôtre personnifie sa conscience et la traite comme un témoin distinct de lui-même. — In Spiritu Sancto : en union avec l'Esprit -Saint. — Objet de cette attestation solennelle : quoniam tristitia... Par délicatesse Paul ne dit pas pourquoi il souffre tant; mais on le devine aisément par la suite de ses paroles.
3-5, Motif de cette violente tristesse. — Optabam... D'après le grec, je souhaiterais. Souhait dont la réalisation était impossible, mais qui montre bien l'ardent amour que saint Paul continuait de porter à ses frères d'autrefois. Il rappelle celui de Moïse, Ex. xxxii, 32. — Anathema. C'est le mot par lequel les LXX traduisent l'hébreu hérem, qui désigne une chose ou une personne vouée à la destruction. Cf. Lev. XXVII, 28-29; Dent, vn, 26; Jos. VI, 17, etc. Voyez au«sl les deux autres passages du Nouveau Testament où cette expression est employée : I Cor. xvi, 22 et Gai. i, 8-9. — A
EoM. IX, 4-6.
4. qui sunt Israelitae , quorum adoptio est filiorum , et gloria , et testamentum , ■^t legislatio, et obsequium, et promissa ;
5. quorum patres, et ex quibus est Christus secunduni carnem, qui est super omnia Deus benedictus in sœcula, amen.
6. Non autem quod exciderit verbum Dei. Non enim omnes qui ex Israël sunt, ii sunt Israelitœ,
4. qui sont Israélites, à qui appartiennent l'adoption des enfants, et la gloire, et l'alliance, et la loi, et le culte, et les promesses ;
5. de qui les patriarches sont les pères, et desquels est issu selon la chair le Christ, qui est au-dessus de tout, Dieu béni dans tous les siècles ; amen.
6. Ce n'est pas que la parole de Dieu soit restée sans effet. Car tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas Israélites ;
Christo. Par conséquent, maudit du Christ, damné pour toute l'éternité. Et pourtant l'apôtre vient de dire que rien au monde n'était capable de le séparer de l'amour de Notre - Seigneur Jésus -Christ. Ce trait relève donc la générosité du sacrifice qu'il se dit prêt à accomplir pour les Juifs, si, à ce prix, il pouvait obtenir leur salut. — Cognati... secundum carnem. En effet, selon l'esprit, c'étaient les chrétiens qui étaient désormais ses frères et qui formaient sa vraie famille. Quelques exégètes se sont demandé bien à tort si un tel désir est licite. Nous le voyons s'élancer spontanément du cœur aimant de Paul, et il ne faut pas peser trop strictement les paroles que profère l'affection. Le langage du sentiment ne doit pas être traité comme celui du raisonnement et de la réflexion. D'ailleurs, saint Paul suppose évidemment que, même dans l'état de damnation, il continuerait d'aimer Jésus -Christ et d'en être aimé. — Qui sunt... (vers. 4). Pour mieux justifier son vœu d'une réalisation impossible, il signale quelques-uns des nobles privilèges accordés par Dieu à Israël, privilèges qui donnaient à espérer des Juifs de si grandes choses, mais qui contrastaient de la manière la plus triste avec leur incréfîulité par rapport au Messie. — Israelitae. Dénomination d'honneur, qui implique les six prérogatives énumérées ci -après. Cf. Eccli. xvii, 16, etc. — Adoptio... filiorum. Cf. Ex. iv, 22; Deut. xiv, 1; Jer. xxxr, 9; Os. xi, 1, etc. Toutefois, cette adoption n'était pas si intime que pour les chrétiens. Cf. viii, 15. — Gloria. Ce mot désigne probablement la présence visible de Jéhovah ata milieu de son peuple, manifestée par le brillant nuage qui apparut plus d'une fois au-dessus de l'arche. Cf. Ex. xvi, 10; xl, 34 et ss. ; III Reg. viii, 10-11, etc. Dans ces textes, la manifestation de la présence divine reçoit précisément le nom de gloire. — Testamentum. Au pluriel et avec l'article dans le grec (al 6ta6r,xai), parce que Dieu fit coup sur coup des alliances successives avec les patjriarches, avant la grande alliance du Sinaï. Cf. Gen. VI, 18; ix, 9; xv, 18; xvii, 2, etc.; Ex. II, 24; Lev. xxvi, 42, etc. — Legislatio. C'était un Immense privilège pour les Israélites que d'avoir seuls, parmi tous les peuples anciens, reçu des lois du Seigneur lui-même. — Obsequium. Plus clairement dans le grec : r\ Xarpsca, le culte divin prescrit diixctement aussi par
Dieu. — Promissa : les nombreux oracles de l'Ancien Testament relatifs au Messie. — Patres. C.-à-d. les patriarches, qui étaient non seulement la source et l'origine d'Israël, mais aussi ses saints très glorieux. Cf. Act. m, 13; vii, 32, etc. — La prérogative mentionnée en dernier lieu est la plus belle de toutes : ex quibus... Christus. En ce qui concerne sa nature humaine {secundum, carnem), le Messie devait naître de la race juive. Mais l'apôtre se hâte d'ajouter que, d'après sa nature supérieure, il est Dieu, et possède à ce titre la souveraineté universelle : super omnia Deus. — Benedictus... amen. Doxologie à la manière des Juifs. Contrairement à la tradition, et aussi contre toute logique, certains critiques mettent un point après les mots « super omnia », de manière à ne pas appliquer à Jésus- Christ les expressions « Deus benedictus... », qui seraient, disent -ils, « suspendues en i'air ». Mais on ne comprend précisément pas le motif de cette suspension étrange.
2» La réprobation d'Israël n'est pas en opposition avec les promesses divines. IX, 6-13.
Après avoir un Instant épanché sa douleur et s'être concilié ses lecteurs juifs, saint Paul passe à la discussion du problème qu'il s'est posé. Jetant un regard sur l'histoire d'Israël , il signale, à une époque très importante, au temps d'Abraham et de Jacob, deux faits qui démontrent la liberté entière du Seigneur envers la nation théocratique.
6-9. Premier fait: Isaac et Ismaël. — Non autem quod... Dans le sens de : Ce n'est pas que..., cela ne suppose nullement que... Les prérogatives d'Israël ne garantissaient pas le salut messianique à tous ses membres, et si beaucoup d'entre eux sont demeurés dans l'incrédulité par rapport au Messie, ils ne doivent pas accuser la fidélité de Dieu, — Verbum Dei. Ici, d'après le contexte, les promesses qui promettaient la rédemption aux Juifs. — Non enim... Preuve que D^cu n'a pas manqué à sa parole. — Omves... ex Israël. C.-à-d., tous les descendants de Jacob suivant la chair. — Israelitse. La Vulgate suit la variante de quelques manuscrits, qui ont 'IffpavjXiTat ; mais la vraie leçon paraît être' lapari^. Par conséquent: Tous ceux qui sont nés d'Israël (le patriarche) ne sont pas d'Israël (le peuple); c.-à-d., ne sont pas le véritable Israël auquel étalent destinc^es les promesses divines. Cf. Gai. vi, 16. Cela revient à dire qu'il ne suffit pas d'apparttnir &
Rom. IX, 7-11,
7. et ceux qui sont de la race d'Abraliani ne sont pas tous ses enfants; mais Diea lui dit: C'est d'Isaae que sortira la race qui portera ton nom.
8. C'est-à-dire que ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu; mais ce sont les enfants de la l>romesse qui sont regardés comme la postérité.
9. Voici, en effet, les termes de la promesse : Vers ce même temps, je viendrai, et Sara aura un fils.
10. Et non seulement elle, mais aussi Rcbecca , qui conçut en même temps deux fils d'Isaac, notre père.
11. Car avant qu'ils fussent nés, ou qu'ils eussent fait aucun bien ni aucun mal (afin que le décret de Dieu demeurât/erme selon son élection),
7. neque qui semen sunt Abrahae, omnes filii ; sed in Isaac vocabitur tibi semen.
8. Id est, non qui filii carnis, lii filii Dei, sed qui filii sunt promissionis, aestimantur in eemine.