In multis enim offendimus omnes
Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir ; potest etiam freno circumducere totum corpus.
1. Ne soyez pas nombreux à vous ériger en docteurs, mes frères, sachant que vous vous exposez à un jugement plus sévère.
2. Nous bronchons tous de bien des manières. Si quelqu'un ne bronche pas dans ses paroles, c'est un homme parfait, et il peut tenir en bride tout son corps.
et ss.; VI, 22-25. — Merelrix. L'apôtre ne craint pas de signaler ce trait, qui fait ressortir la grâce de la conversion. — Ex operibus... Comme Abraham, Rahab eut une foi très active, et c'est ainsi qu'elle réussit à sauver les envoyés de Josué '.suscipiens... et... Le verbe très expressif l>cêaXoO<7a (.ejiciens) a été choisi à dessein, pour relever le côté périlleux et la prompte exécution du projet de Rahab. — Sicut enim... (vers. 26). Comparaison très exacte, au moyen de laquelle saint Jacques prouve son assertion relative à Rahab (« ex operibus justificata... »), et en même temps l'affirmation générale qu'il a émise au ver.-i. 24. — Corpus sine sphitu. C.-à-(l., un corps qui vient de quitter l'âme à laquelle il était uni et qui le vivifiait. — lia et fides... Non que les œuvres soient l'âme de la foi ; du moins elles manifestent sa vital té. L'auteur termine ainsi victorieusement sa petite dissertation sur la nécessité de la fol vivante et agissante.
Section III. — Du désir immodéré d'instruire
LES AUTRES, ET DE LA SAGESSE VRAIE OU FAUSSE. m, 1-18.
L'av^ôlre va développer dans les vers. 1-12 sa recommau'lation « Sit... omnis homo tardas.,, ad loquendum », i, 19", qu'il s'était contenté d'énoncer brièvement; il dira ensuite, vers. 13-18, do quelle manière se manifeste la vraie sagesse.
1° Les péchés de la langue et leur condamnation, m, 1-12.
Chap. IIL — 1-4. Introduction : il ne faut pas désirer trop vivement se faire l'instructeur des autres, car cette fonction entraîne une grande responsabilité. — Nolite plures... L'expression est très concite, et un peu obscure tout
d'abord. Le sens est : Qu'il n'y ait point parmi vous un grand nombre de personnes désireuses d'exercer le rôle de docteur. Il régnait donc sous ce rapport, parmi les chrétiens auxquels écrit saint Jacques, une ardeur exagérée, due à l'ambition et à l'orgueil. — L'avertissement est motivé : majus judicium sumitis. Dans le grec, le verbe est à la première personne du pluriel : « Sumlmus ». Nous serons Jugés plus sévèrement, nous tous qui remplissons les fonctions de docteurs. C'est précisément pour cela que l'apôtre souhaitait que ceux-là seuls en fussent chargés,
Eride et mors. ( D'aiirèà un vase antique.)
qui avaient pour cela une vocation réelle. — In multis enim... (vers. 2). Preuve que les chrétiens qui instruisent les autres s'exposent à une
Jac. III, 3-5.
3. Si nous mettons un mors dans la bouche des chevaux, pour qu'ils nous obéissent, nous dirigeons aussi tout leur corps.
4. Voyez aussi les navires : quoique si grands et poussés par des vents impétueux, ils sont dirigés avec un petit gouvernail, selon la volonté de celui qui les conduit.
6. Ainsi la langue n'est qu'un petit membre, et elle se vante de grandes
3. Si autem equis frena in ora mittimus ad consentiendum nobis, et omne corpus illorum circuraferiraus.
4. Ecce et naves, cum magnîB sint, et a ventis validis minentur, circuraferuntur a modico gubernaculo, ubi impetus dirigentis voluerit.
5. Ita et lingua raodicura quidem membrum est, et magna exaltât. Ecce
condamnation plus rigoureuse. — Û'après l'interprétation la plua naturelle, la proposition in multis offentlimus... a une portée générale : En un grand nombre de points nous péchons (à la lettre ; nous nous heurtons). Il ne faut donc pas la restreindre aux péchés de la langue. C'est à bon droit que les théologiens s'appu'ent sur ce passage, pour affirmer qu'il n'est pas possible aux hommes de passer toute leur vie sans commettre au moins quelques fautes vénielle.". Voyez I Joan. i, 8 ; le Conc. de Trente, Sess. vi, c. 23, etc. — Si quis autem... L'auteur veut dire qu'à plus forte raison nous péchons en pa rôles ; car les ( hrétiens parfaits restent seuls Indemnes sous ce rapport (le pronom hic est très accentué). D'où il suit qu'on ne doit pas ambitionner sans raison le rôle d'instructeur. — Potest... frcno. .. Même image que plus haut, I, 26. Elle va être immédiatement commentée. L'adverbe etiavi serait mieux placé avant les mots totum corpus, comme cela a lieu dans le grec. L'homme qui ne commetti'ait aucun péché en paroles posséderait un tel empire sur luimême , qu'il pourrait aisément gouverner tout son corps , tous ses sens, avec les passions dont ils sont le siège. Cf. Rom. vu, 23; viii, 13; Col. III, 5, etc. — Si autem... (vers. 3). Ce verset et le suivant ont pour but de démontrer, au moyen de deux comparaisons très frappantes, que celui qui peut maîtriser sa langue est capable de
rôle d'enseigner les autres. — Equis frena... Usage qui remonte à une époque très reculée, comme on le voit par les monuments figurés les plus anciens de l'Egypte, de l'Assyrie, etc. (dW. arch., pi. Lxxvi, fig. 7, 9, etc.). — Et omne corpus... Les écrivains classiques signalent aussi ce même acte de la puissance et de l'intelligence humaines; entre autres, Sophocle, Antig., 332 et ss., 475. — Circuniferirius. Grâce à un instrument très simple, nous conduisons où noug voulons des animaux beaucoup plus forts que nous. — Ecce et naves... (vers. 4). Exemple encore plus saisissant. Les traits cum magnœ... et a ventis... minentur en rehaussent la force. Ils sont opposés, le premier, à modico (au superlatif dans le grec : très petit ) gubernaculo ; le second, à ubi im,petus... Quelque petit que soit le gouvernail, cette invention également très ancienne iAtl.arch., pi. lxxiv, fig. 7,9, 11, 12), il a raison de la résistance d'un navire aux proportions les plus considérables ; quelque violent que soit le vent, il doit céder à la volonté du pilote qui tient en main cet instrument. Comp. Aristote, Quaest. mechan., u, 5.
5-8. La grande puisfince de la langue, considérée en mauvaise part. — Ita et lingua... Application des deux comparaisons qui précèdent, et tout pariiculièrement de la seconde. — Magna exaltât. Dans le sens de « magna cfflcit. » Les anciens manuscrits de la Vulgate
Gouvernail de navire. (D'après un vaso peint.)
toute sorte de bien. Il appartenait aux lecteurs de mesurer par là même l'étendue de leur perfection et «le voir si, suffisamment maîtres de leui-s paruies, ils pouvaient aspirer sans péril au
portent : « Magna exultât » ; ce qui se rapproche davantage du grec : Elle se vante de grandes choses; c.-à-d., de pouvoir les accomplir. Les ligues qui suivent montrent en quel sens il faut
Jac. m, 6-10.
quantus ignis quam magnam silvam ÎDcendit !
6. Et lingua ignis est , universitas iniquitatis. Lingua constituitur in membris nostris, quse maculât totum corpus, et inflammat rotam nativitatis nostrae, inflammata a gehenna.
7. Omnis enim natura bestiarum, et volucriim, et serpentium, et ceterorum, domantur et domita sunt a natura humana ;
. 8. linguam autem nullus hominum domare potest : inquietum malum , plena veneno mortifero.
9. In ipsa benedicimus Deum et Patrem, et in ipsa maledicimus horaines, qui ad similitudinem Dei facti sunt.
10. Ex ipso ore procedit benedictio et maledictio. Non oportet, fratres mei, haec ita fieri.
choses. Voyez quelle grande forêt nn petit feu peut incendier.
6. La langue aussi est un feu ; c'est un monde d'iniquité. La langue est placée parmi nos membres ; elle souille tout le corps, elle embrase le cours de notre vie, embrasée elle-même au feu de l'enfer.
7. Toutes les espèces de bêtes sauvages, d'oiseaux, de reptiles, et d'autres animaux peuvent se dompter, et ont été domptés par la nature humaine ;
8. mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; mal impossible à réprimer, elle est pleine d'un venin mortel.
9. Par elle nous bénissons Dieu notre Père, et par elle nous maudissons les hommes, qui ont été faits à l'image de Dieu.
10. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu'il en soit ainsi.
entendre ces grandes choses. — Ecce quantus... Fait d'un ordre tout général : il suffit d'un petit feu pour allumer d'immenses incendies. Comp. Homère, II., ii, 455; Virgile, Georg., ii, 303. La Vulgate a suivi la leçon la plus autorisée du grec : riXtvtov... •if]Xtx-/)v... (et non pas oXi'yov... o\lyr\v...). — Et lingua... (vers. 6). La langue aussi est un feu qui, si l'on n'y prend garde, peut produire des résultats désastreux. — Universitas iniquitatis. Littéralement dans le grec : le monde (c.-à-d., la plénitude) de l'iniquité. La langue est ainsi nommée parce que , en tant qu'elle est l'organe de la parole, elle sert d'instrument à toutes les passions, à tous les vices.
— La preuve en est aussitôt donnée : constituitur in membris. . . Placée parmi nos autres membres comme dans un centre, elle arrive ainsi à souiller le corps entier et tous ses actes. Comp. le vers. 2 en sens contraire. — Inflammat... Ce détail nous ramène à l'image de l'incendie. — Par rotam nativitatis. . . 11 faut entendre le cours de la vie humaine, comparé à une roue, qui tourne depuis le moment de notre naissance jusqu'à celui de notre mort. — La langue, enflammée elle-même par le feu de l'enfer iinflummata...}, embrase à son tour cette roue, de sorte que l'Incendie persiste durant toute notre existence. Le langage est d'une vigueur extraordinaire. Sur le mot g(^henne pour désigner l'enfer, voyez Matth. v, 22 et les notes.
— Omnis enim. . . Continuant sa triste description, saint Jacques montre combien la langue est difficile à dompter, vers. 7-8. Le vers. 8 contient la pensée princiiale; le verset 7 lui sert d'introdu. tion . — JS^atura (çùdtç). Dans le sens d'espèce, comme on le voit par l'énumération qui suit. — Bestiarum , et..., et... Au lieu de et ceterorum, le grec dit : et d'(animaux) marins.
Cette division zoologique très simple est la même que celle de Gen, ix, 2 : les quadrupèdes, les oiseaux, les animaux rampants et les êtres marins. — Domantur et domita. . . Saint Jacques signale un fait qui a eu lieu dans les temps passés , et qui se renouvelle sans cesse dans le temps présent. L'histoire en mentionne des cas nombreux dans le monde des fauves, comme dans celui des Insectes, des poissons, etc. — Linguam nullus... (vers. 8). L'assertion n'est pas absolument hyperbolique, puisqu'il n'y a pas d'homme auquel n'échappe parfois une parole de vivacité, de colère, de médisance, etc. Comp. le vers. 2. — Inquietum malum. Sorte d'exclamation qui s'échappe de l'càme justement indignée de l'apôtre. La langue est appelée « mal instable » (d'après la meilleure leçon, àxatacrTaTOv , au lieu de àxaTâa-/£Tov, incontrôlable), parce que la passion la met toujours en mouvement. — Plena veneno... A la manière des reptiles venimeux*. Cf. Ps. cxxxix, 4,
9-12. Les contradictions de la langue. Elle est capable des meilleures choses, et aussi des plus mauvaises : preuve qu'elle est en réalité un mal constamment actif. — In ipsa benedicimus... Saint Jacques mentionne le plus noble usage que l'homme puisse faire de sa langue. Malheureusement, in ipsa maledicimus... Et pour mieux faire ressortir la contradiction, l'auteur ajoute, d'après Gen. i, 26 : qui ad similitudinem... — Ex ipso... (vers. 10). C-à-d., de la même bouche. Ces mots réitèrent, en l'abrégeant, la double constatation qui a été faite au vers. 9. Ils préparent la petite exhortation pathétique : Non opo)4et... — Pour bien convaincre ses lecteurs qu'une pareille conduite est tout à fait inexcusable et même monstrueuse, saint Jacques cite trois fai)^ empruntés 4 la naiiue. Premier fait:
Jac. III, 11-17.
11. Est-ce que la source fait jaillir, par une même ouverture, de Veau douce et de Teau aiuère?
12. Est-ce qu'un figuier, mes frères, peut produire des raisins, ou une vigne des figues ? Ainsi une source salée ne peut pas donner de l'eau douce.
13. Qui est sage et instruit parmi •VOUS ? Qu'il montre ses œuvres par une bonne conduite, dans une sagesse pleine de douceur.
14. Mais si vous avez un zèle amer et s'il y a un esprit de dispute dans vos cœurs, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité.
16. Car une telle sagesse ne descend pas d'en haut, mais elle est terrestre, animale, diabolique.
16. En effet, là où il y a zèle amer et esprit de dispute, il y a du trouble et toute sorte d'actions mauvaises.
17. Mais la sagesse qui vient d'en haut est premièrement chaste, puis paci-
11. Numquid fous de eodem foraniine émanât dulcem et amaram aquam ?
12. Numquid potest, fratres mei, ficus uvas facere, aut vitis ficus? Sic neque salsa dulcem potest facere aquam.
13. Quis sapiens et disciplinatus inter vos? Ostendat ex bona couversatione operationem suam in mansuetudine sapientiae.
14. Quod si zelum amarum habetis, et contentiones sint in cordibus vestris, nolite gloriari, et mendaces esse adversus veritatem.
15. Non est enim ista sapientia desursiim descendens, sed terrena, animdlis, diabolica.
16. Ubi enim zelus et contentio, ibi inconstantia et omne opus pravum.
17. Quae autem desursum est sapientia, primum quidem pudica est, deinde
Numquid,.. de... foramine... (vers. 11). Il s'agit de l'orifice naturel par lequel la source laisse échapper ses eaux. Au lieu de émanât, lisez c( effundit ». — Dulcem et... Le substantif aquam a été ajouté par la Vu'gate. Le grec porce : le doux et l'amer. — Second fait : Numquid... ficus... (vers. 12). Peut-être saint Jacques a-t-il emprunté cette comparaison à Notre - Seigneur Itii-même. Cf. Matth. vu, 16-17. On la trouve aussi dans les auteurs classiques (voyez Ari'ien, Epict., ir, 20, etc.). — Troisième fait : Sic neque... Une fontaine saline isalsa^ ne peut pas fournir de l'eau douce.
20 De la vraie et de la fausse sagesse. III, 13-18.
Ce passage est uni au précédent d'une manière très étroite, puisque la fausse sagesse se manifeste surtout par un langage abusif.
13. Introduction : ce à quoi l'on reconnaît rhomme sage. — Quis sapiens...? Cette question, posée direccement aux lecteurs, nous ramène au vers. 1. La transition est celle-ci : Ce n'est pas dans la démangeaison de parler et d'enseigner autrui que consiste la vraie sagesse, mais dans une conduite calme, pacifique et parfaite. — L'épithète disciplinatus correspond au grec è7ri<7T:^(jL(jov, qui parait désigner ici un homme doué de la sagesse pratique. — Réponse à la question : Ostendat... operationem... (au pluriel dans le grec : ses œuvres). Au sage on demande donc des actes plutôt que des paroles. — - Ces actes doivent provenir ex bona couversatione, de l'ensemble d'une conduite toute chrétienne, et être accompagnés de la douceur, qui découle naturellement de la sagesse, in m,ansuetudine...
14-16, La fausse sagesse et ses oeuvres mauvaises. — Quod si, . . Puisque la douceur est le caractère distinctif de la sagesse, celui-là n'est
pas sage qui a un esprit brouillon et qnerell ur. — Zelum amarum. Un zèle qui, tout en affectant de défendre les droits de Dieu et de la religion, serait rempli d'amertume et de méchanceté. — M contentiones sint... D'après le grec : (Si vous avez un zèle amer) et un esprit de dispute dans vos coeurs. — Nolite gloriari et. . . C.-à-d. : Dans ce cas, ne vous glorifiez pas de votre prétendue sagesse ; si vous le faisiez, vous mentiriez contre la vérité, car l'homme vraiment sage est aimable, charitable, patient. — Non est enim... (vers. 15). Portrait de la fausse sagesse, telle qu'elle existe lorsqu'on a le zèle amer et l'esprit de querelle. — Ista sapientia. L'expression est ironique : la prétendue sagesse que plusieurs des lecteurs se vantaient de posséder. — Desursum descendens. Cf. i, 17. La vraie sagesse descend du ciel, puisque Dieu seul peut la donner. Cf. I, 5 La fausse sagesse n'en vient donc pas. — Sed terrena... L'auteur la qualifie par trois épithètes humiliantes, dont la première est opposée à (i desursum descendens ». — Animalis : <^uxt'/.-/^, naturelle, charnelle. Voyez I Cor. II, 14 et les notes. — Diabolica : émanant des esprits mauvais. — Ubi enim... (vers. 16). Saint Jacques motive ce jugement sévère. — 75i inconstantia et... Le substantif àxaaxaata représente le désordre et le trouble. L'expression omne optts pravum, encore plus sévère, marque la cessation de toute vie morale.
17-18. La vraie sagesse et ses fruits. Cette description forme une antithèse avec celle qui précède.— Quse... desursum... L'auteur rommence par rappeler l'origine toute céleste de cette sagesse. Comp. le vers. 15^ — Il la caractérise ensuite , elle aussi , par quelques épithètes qui indiquent fort bien sa nature, ses tendances, <>ss résultats. Les mots primum quidem, qai
Jac. III, 18 - IV, 2.
pacifica, raodesta, suadibilis, bonis con- Kentiens, plena raisericordia et fructibus bonis, non judicans, sine siraulatione.
18. Fructiis autera justitiae in pace seminatur, facientibus pacem.
fique, modérée, conciliante, cédant au bien, pleine de miséricorde et de bons fruits, ne jugeant pas et n'étant paa dissimulée.
18. Or le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui prodiguent la paix.