Qui dicit se nosse eum, et mandata
thèse d'abord douloureuse, mais qui deviendra imniédlatemeni consolante : sed et si quis... Le péché est un très grand mal, mais ce n'est point un mal irrémédiable. — Peccaverit. L'aoriste àaàpTy; suppose un péché isolé, par contraste avec riiabitude du péché, désignée plus loin par l'emploi du temps présent. Cf. m, 6, 8, 9. La formule « si quis peccaverit » ( au lieu de « si peccaveritis », ou « si peccaverimus ») met en relief « le caractère individuel de l'ofifense ».
Tête du Christ.
( D'après une antique mosaïque de Ravenne.)
L'apôtre ne veut pas croire que nous pécherons en masse. — Advocatum. La Vulgate donne fort bien ici le sens du mot grec Trapax^-z^xoç. Lorsqu'un chrétien a le malheur de pécher, par surprise ou par faiblesse, Jésus se fait son avocat et son Intercesseur auprès de Dieu. Cf. Rom. VIII, 34; Hebr. vii, 25 etix, 24. Jésus donne ce même nom à l'Esprit- Saint, qui est notre second avocat. Cf. Joan. xiv, 16 , 26 ; xv, 26, etc. — Habemus. Nous avons tous et d'une façon permanente Jésus pour avocat et protecteur. — Apud Patrem : Tzpd; tov uarlpa, comme ci-dessus (voyez i, 2" et les notes). — Jnstum (Sixaiov,
sans article). C'est précisément parce qu'il est infiniment juste et infiniment saint que Jésus peut plaider avec succès la cause des pécneurs.
— Et ipse propitiatio... (vers. 2). Le substantif abstrait a beaucoup plus de force que le concret Œ propitiator ». — Sed etiam pro (s.-ent. : « peccatis ») totius... L'ellipse n'est pas nécessaire dans le grec : Mais aussi pour le monde entier. Ce trait est tout à fait expressif : « quam late peccatum, tam late propitiatio. » Cf. iv, 14; Joan. I, 29, etc.
2° Deux autres conséquences d'une vie passée dans une intime union avec Dieu, II, 3-11.
Les deux premières étaient que le chrétien doit vivre dans la lumière et éviter le péché (i, 6-n, 2) ; l'apôtre démontre maintenant qu'il faut aussi observer les commandements divins, et en particulier celui de l'amour du prochain.
3-6. Nécessité pour les vrais croyants d'obéir à tous les ordres de Dieu, à l'imitation de Jésus- Christ. — La formule Et in hoc f'Cimus, employée à deux reprises (cf. vers. 3» et b^), introduit deux signes distincts auxquels nous pouvons reconnaître que nous jouissons de l'amitié de Dieu , après que r. Js péchés nous ont été pardonnés. — Cognovimus. Le parfait eyvcoxafJLev marque un fait accompli : (Nous savons que) nous sommes arrivés à connaître Dieu. Saint Jean ne parle point ici d'une simple connaissance intellectuelle et théorique, mais d'une connaissance pratique, vivante, qui implique l'adhésion du cœur. En réalité, cette expression équivaut a « societatem habere eum », i, 6; « in ipso esse », n, 5; «■ in Ipso manere », ii, 6.
— Le contexte n'indique pas nettement si le pronom eum se rapporte à Jésus -Christ ou à Dieu le Père ; plutôt à Jésus, puisqu'il va être question de ses commandements. — Si... observemus. Tel est le premier signe. La formule xr,psTv ràç èvToXaç e-t fréquente dans les écrits de saint Jean, très rare ailleurs. — Qui dicit... (vers. 4). Comme plus haut, i, 6 et 7, l'auteur développe dans deux propositions antithétiques le principe qu'il vient d'émettre. — Se nosse. Le grec emploie le langage direct, qui dramatise la pensée : (Celui qui dit,) Je le connais. — A cette assertion audacieuse est opposée la réalité des faits : et mandata... non... — Mendax eU et in hoc (dans cet homme)..; Voyez les vers 6* et 8^. L'apôtre a en vue dans ce passage dçs hommes pervers , précurseurs des gnostlques,
ï JOAN. II, 5-7.
ejus non custodit, mendax est , et in hoc Veritas non est.
5. Qui autem servat verbum ejus, vere in hoc caritas Dei perfecta est ; et in hoc scimus quoniam in ipso sumus.
6. Qui dicit se in ipso manere, débet, si eut ille ambulavit, et ipse ambulare.
7. Carissimi, non mandatum novum scribo vobis, sed mandatum vêtus quod habuistis ab initio ; mandatum vêtus est verbum quod audistis.
qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui.
5. Mais si quelqu'un garde sa parole, l'amour de Dieu est vraiment parfait en lui ; et par là nous savons que nous sommes en lui.
6. Celui qui dit qu'il demeure en lui, doit marcher aussi comme il a marché lui-même.
7. Bien -aimés, je ne vous écris pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien, que vous avez eu dès le commencement ; ce commandement ancien , c'est la parole que vous avez entendue.
qui prétendaient avoir une connaissance parfaite de Dieu, mais qui ne s'inquiétaient nullement d'observer les lois divines. — Qui autem. . . (vers. 5). Contraste. L'expression sercat verbum ejus est un peu plus large que « garder les commandements »; elle désigne tout l'ensemble de la révélation chrétienne. Les deux locutions alternent ici comme dans Joan. xiv, 15, 21, 23, 24: et XV, 10, 20, — Vere in hoc... (avec beaucoup d'emphase). Au lieu de dire : La connais- «anoe de Dieu est parfaite dans un tel homme, l'auteur donne selon sa coutume un autre tour À la pensée, pour la faire progresser : caritas Dei perftcta... Les mots y) àyàTio toO ôeoO sont ambigus, car ils peuvent représenter aussi bien l'amour de Dieu pour nous que notre amour pour Dieu. Plus bas, iv, 9, le premier sens est exigé par le contexte ; le second paraît mieux convenir ici , car, dans tout ce passage , l'apôtre parle surtout de ce que nous faisons nous-mêmes pour Dieu. Une décision analogue s'impose pour le vers. 15, pour m, 17 et pour v, 3. — Perfecta est (TexeXetwTai) : non pas d'une manière absolue, mais autant que l'ont permis les circonstances. Les progrès continueront d'ailleurs toujours. La même expression se retrouve plus loin, IV, 12 , 17 et 18. — Et in hoc. C'est l'autre signe de notre communion avec Dieu. La ponctuation est imparfaite Ici dans la Vulgate. Il faudrait un point après les mots « perfecta est », et deux points à la fin du vers. 5. — Quoniam in ipso... Être en Dieu, c'est lui être uni de la façon la plus intime. « Lui en nous, et nous en lui. » Comp. les vers. 6, 24, 27, 28; iv, 15^; Joan. VI, 56 ; xv, 4, etc. — Qui dicit... (vers. 6). Comme au vers. 4 : celui qui affirme faussement. — Débet (ocpciXsi). C'est une obligation morale, une vrai'^ dette personnelle. Cf. m, 16 ; iv, 11, etc. On emploie le verbe ôeî, il faut, pour marquer un devoir imposé par la nature même des choses. Cf. Joan. xx, 9, etc. — Siciit ille (èxcîvo:) : comme le Christ, qui est plusieurs fois désigné dans l'épître par ce môme pronom. Cf. III, 3, 5, 7, 16; iv, 17. — Ambulavit. La conduite de Jésus-Christ est un parfait modèle pour les chrétiens, sous le rapport de la bonté,
de la patience, de l'humilité, du dévouement généreux, de toutes les vertus. Cf. Matth. xi, 29 ; Joan. xui, 15: Rom. xv, 2-3; Eph. v, 1 et ss.; Phil. II, 5 etss.; I Petr. ii, 21, etc.
7-11. Nécessité d'observer spécialement le précepte de la charité fraternelle. — Carissimi (àyaTtyjTot, et non àSeXçoî, frères, comme on lit dans quelques manuscrits). Appellation toute paternelle, qui alterne dans l'épître avec xcxvîa et Traiôta (cf. m, 2, 21 ; iv, 1, etc.) Elle est très naturellement suggérée par la loi d'amour dont va parler l'apôtre, et elle a pour but de rendre les lecteurs plus sensibles à ce qui sera dit sur ce point capital. — Non mandatum... Dans les vers. 7 et 8 , l'auteur, jouant sur les mots pour rendre la pensée plus saillante, présente le précepte de l'amour fraternel comme une loi tout à la fois ancienne et nouvelle. — Non... iiovum, sed... vêtus : en ce sens que ce précepte remontait à la fondation, déjà lointaine, du christianisme. En effet, « c'était la première chose que chacun apprenait en embrassant la foi chrétienne » : quod... ab initio. Sur ces derniers mots , voyez 1,1" et le commentaire. — Le trait mandatum... est verbum... répète le précédent sous une autre forme. La parole en question ne diffère pas de la prédication évangélique, qui est « un appel continuel à l'amour ». — Iterum ( vers. 8 ). Cet adverbe introduit un autre aspect de la pensée. Lorsque Jésus avait promulgué le précepte de l'amour fraternel, en le donnant comme le caractère distinctif de ses disciples (cf. Joan. xiii, 34 et xv, 12), c'était vraiment un commandement nouveau, présenté sous une forme nouvelle. Saint Jean le présente à son tour comme une loi toujours nouvelle, destinée à transformer le monde. — Quod verum . . . Tradiiisez : Ce qui est vrai ; et non : Lequel commandement est vrai. Le grec s'oppose à cette dernière interprétation , car le substantif ^vTo>^r], mandatum, est féminin, tandis que le pronom o, « quod », est au neutre. Cette réflexion de l'écrivain sacré a pour but d'expliquer en quoi la loi d'amour est nouvelle : c'est feulement en Jé-^us- Christ et en ses disciples qu'elle a pris une réalité concrète, quoi'
8. D'un autre côté , c'est un commandement nouveau que je vous écris ; ce qui est vrai en lui et en vous, parce que les ténèbres sont passées, et que la vraie lumière brille déjà.
9. Celui qui dit qu'il est dans la lumière, et qui hait son frère, est dans les ténèbres jusqu'à maintenant.
10. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et aucun sujet de chute n'est en lui.
11. Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres et marche dans les ténèbres, et il ne sait pas où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.
8. Iterum mandatum novum scribo vobis ; quod verum est in ipso, et in vobis, quia tenebrse transierunt, et verura lumen jam lucet.
9. Qui dicit se in luce esse, et fratrem suum odit, in tenebris est usque adhuc.
10. Qui diligit fratrem suum, in lumine manet, et scandalum in eo non est.
11. Qui autem odit fratrem suum, in tenebris est, et in tenebris ambulat, et rescit quo eat, quia tenebrae obcsecaverunt oculos ejus.
qu'elle existât en un sens depuis qu'il y avait des hommes. — Et in ipso (àv aùxô)). Non pas : (Ce qui est vrai) en soi , objectivement ; mais : en lui , c.-à-d. en Jésus , toujours présent à la pensée de l'apôtre, et souvent désigné par un simple pronom dans cette épître. L'amour fraternel a brillé d'un éclat incomparable en Jésus - Christ. — Et in vobis (c'est la meilleure leçon : àv yfxîv, au lieu de èv r\]xXv , en nous). Les lecteurs aussi pratiquaient du mieux qu'ils le pouvaient la charité mutuelle. — Quia tene- Jjrx... « L'apôire justifie son paradoxe , en appelant l'attention sur le changement qui s'est opéré dans le monde depuis que l'évangile a commencé à être prêché. » L'état idéal du monde, état qui suppose l'accomplissement Intégral de la loi d'amour, est désormais inauguré. — Transierunt. Au présent de l'indicatif dans le grec: napâySTai. Les ténèbres morales dans lesquelles le monde avait été plongé jusqu'alors disparaissaient peu à peu, grâce à la prédication de l'évangile. — Et verum lumen. Avec deux articles dans le grec : la lumière, la vraie. La lumière religieuse qui avait été répandue dans le monde avant l'incarnation du Verbe était simplement préparatoire, et par là même très imparfaite; mais, depuis l'avènement de Jésus - Christ , et surtout depuis la fondation de l'Église, la vraie lumière brillait de tous côtés, chassant dev.ont elle les ténèbres. Cf. Joan. i, 6, 9; VIII, 12; ix, 5, etc. Une nouvelle ère, toute d'amour, s'était donc ouverte. — Qui di- <,it ... Ce passage, vers. 9-11, rappelle par sa marche progressive et antithétique les vers. 4-6 et I, 6-10. C'est la cinquième fois que saint Jean exprime la possibilité d'une inconséquence grossière entre les assertions et la conduite. Comp. le vers, 4 et i, 6, 8, 10. Le vers. 9 indique d'une manière générale que la lumière ne saurait exister là où ne règne pas l'amour des frères; les vers. 10 et 11 décrivent avec quelques détails les effets produits soit par l'amour, soit par la haine. — Se in luce... D'après ce qui pi'écède, être dans la lumière, c'est vivre en vrai chrétien et en communion intime avec
Dieu. Cf. I, 6. — Et fratrem odit. Saint Jean ne mentionne que la haine et l'affection. En effet, dès qu'il s'agit de frères, l'indifférence n'est pas possible. Par frères, il faut entendre ici, conformément à l'usage habituel du Nouveau Testament, non le prochain en général, mais les chrétiens , que la foi groupait dans une même famille spirituelle. Cf. Joan. xx, 17 et XXI, 23; Act. I, 15; ix, 30; Rom. xvi, 14; I Cor. V, 11 ; Gai. i, 2; I Thess. v, 26 ; Jac I, 9 , etc. Les passages où ce nom désigne tous les hommes sont assez rares (cf. Matth. v, 12; Luc. VI , 41 ; Jac. iv, 11). — In tenebris... Cf. i, 6. L'opposé complet de l'état dans lequel on prétendait être. — Les mots iisque adhuc accentuent la pensée. Il est étrange de vivre dans les ténèbres, lorsque la vraie lumière a commencé à luire (cf. vers. 8**), et qu'on est membre de l'Église, magnifiquement illuminée par les splendeurs du Christ. — Quidihgit... (vers. 8). Cette fois, l'apôtre ne dit p ;« : Celui qui affirme qu'il aime ; il suppose la réalité du fait. — La locution in lumine manet est plus expressive que « in lumine est », car elle ajoute l'idée de permanence et de stabilité. Comp. les vers. 5^ et 6». — Et scandalum... non... Cela revient à dire que celui qui aime cordialement ses frères ne met pas de pierre d'achoppement sur sa propre voie (moins bien, d'après quelques interprètes, sur le chemin d'autrui). La sainte charité l'empêche de tomber. Il est très exact d'affirmer que l'égoïsme, « le manque d'amour, est la source la plus féconde en péchés». C'est d'ailleurs ce que démontre la ligne suivante. — Qui autem... (vers. 11). Contraste énergiquement tracé. — ■ In tenebris... Comme il a été dit au vers. 9. L'auteur insiste sur cette pensée : et... ambulat, et... Les ténèbres sont la sphère d'action de quiconque n'aime point ses frères; d'où il suit que ses actes sont très souvent coupables. — Nescit quo...: à la manière d'un aveugle, qui ne sait où mettre le pied. Cf. Prov. iv, 19; Joan. xii, 35. — Quia tenebrse... Cf. Is. vi, 10; Eph. i, 18. L'organe de la vision morale a en quelque sorte disparu.
12; Scribo vobis, filioli, quoniam remittuntur vobis peccata propter nomen ejus.
13. Scribo vobis, patres, quoniara cognovistis eum qui ab initio est. Scribo vobis, adolescentes, quoniam vicistis malignum.