Omnis iniquitas peccatum est, et est peccatum ad mortem
18. Scimus quia omnis qui natus est ex Deo, non pcccat ; sed generatio Dei
16. Si quelqu'un voit son frère commettre un péché qui ne va pas à la mort, qu'il prie; et la vie lui sera donnée, si ce péché ne va pas à la mort. Il y a un péché qui va à la mort : ce n'est pas pour ce péché - là que je vous dis de prier.
17. Toute iniquité est un péché, et il y a un péché qui va à la mort.
18. Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais la
seront également. — Habemus... L'cmi.loi du temps présent est significatif : le lésultat de nos demandes est une chose acquise d'avance, quand même il ne serait pas encore perceptible au dehors.
16-17. Confiance qui doit pareillement animer le chrétien dans ses prières pour ses frères coupables. — Qui scit. . . D'après le grec ; Si quelqu'un voit sou frère. . . La prière mutuelle des chrétiens est une des meilleures manifestations de la charité fraternelle, qui à été si Chaudement recommandée dans cette lettre. Les exhortations du même genre ne sont pas rares dans les autres parties du Nouveau Testament (cf. I Theis. V, 25; Hebr. xiii, 18-19; Jac. v, 14- 20, etc.). — Peccare -peccatum. C'est là une sorte d'hébraïsme ; en outre, la forme même de l'expression suppose que le coupable est pris sur le fait (Celui qui voit son frère péchant Un péché). — Non ad mortem. C.-à-d., une faute qui ne va pas jusqu'à produire la mort spirituelle do celui qui la commet. Le peccatum ad mortem que signale la seconde moitié du verset donne au contraire la mort à son auteur; ce qui revient à affirmer que, dans ce cas, le pécheur est séparé de Jésus -Christ, source de la vraie vie (cf. vers. 12). Sur cette sorte de mort, voyez m, 14; Joaa. v, 24, etc. Les commentateurs ne sont pas complètement d'accord pour déterminer la nature de l'acte nommé « peccatum ad mortem ». D'après les uns, saint Jean aurait en vue toutes les fautes graves sans exception , toutes celles qui entraînent la perte de la grâce sanctifiante. Selon d'autres. Il s'agirait spécialement du péché contre le Saint- Esprit (voyez Matth. xii, 31-32 et le commentaire ), ou de l'inipénitence finale, ou de la négation de la divinité de Jésus -Christ. Il est plus probable, en effet, qu'il faut spécifier ici, car il résulce des mots « non pro illo dico ut... », que l'apôtre a voulu surtout désigner une faute extérieure et publique, par laquelle on se sépare ouvertement de Jésus -Christ et de son Église. ,Telle serait l'apostasie directe , ou une conduite manifestant qu'on a cessé en fait d'être chrétien. — Petat. Au futur dans le grec : Il demandera. Ce sera un acte spontané, suscité par l'amour fraternel. — Et dabitur... D'après le grec ; Et 11 lui donnera la vie. Le sujet du verbe serait l'intercesseur lui-même, selon les ■uns; plutôt Dieu, selon les autres (« dablt ei vitam Dominus », Tertullion ), car l'action de donner la vie est regardée habituellement dans
les saints Livres comme une prérogative divine. — Vita. Le coupable n'a pas encore perdu la vie surnaturelle, puisque son péché n'est pas « ad mortem » ; mais sa faute pourrait le conduire peu à peu à la mort, et c'est pour cela qu'il faut prier pour lui. — Peccanti. Le grec a le pluriel maintenant, parce que l'auteur généralise tout à coup sa pensée : La vie lui sera donnée (au pécheur en question), .'i ceux qui pèchent... — Est peccatum... C'est l'hypothèse contraire , exprimée en termes positifs : Il y a un péché ia.\).<xç»-zicf. sans article) qui conduit à la mort. — - Non... dico ut... Les mots pro illo sont mis en avant avec beaucoup d'emphase, et le verbe atreiv (« petere ») est remplacé par èp6i)Tàv (roget), qui contient moins spécifiquement l'idée de prière. Dans ce second Cas, l'apôti'e, sans interdire de prier pour le coupable, ne demande pas non plus qu'on le fa?se, parce qu'il sait que la faute, vu sa nature même, ne saurait être pardonnée, celui qui l'a commise s'étant placé en dehors des conditions requises pour le pardpn. Comp. Hebr. vi, 4-6 et X, 26-31, — Omnis iniquitas (àôixt'a, « injustitia »)... L'apôtre insère cette réfiexion (vers. 17), afin de mettre ses lecteurs en garde contre toute sorte de péchés. Pour la première proposition, voyez iir, 4. Par injustice il faut entendre tous les manquements au devoir, de quoique nature qu'ils soient. — Et est... ad mortem. La Vulgate n'a pas lu la négation, qui, dans le texte grec, précède les mots «ad mortem »: Et il y a un péché qui n'est pas à la mort. Le sens est ainsi modifié. Ce trait a pour but de rassurer les lecteurs : sans doute , il est nécessaire que le chrétien évite les péchés de tout genre ; mais il ne doit pas se décourager s'il lui arrive de succomber, puisque tous les péchés, fort heureusement, ne sont pas « ad mortem ».
2° Trois certitudes très consolantes pour les fidèles. V, 18-19.
La formule scimus quia, répétée trois fois, donne à ce passage « une forme rythmique ».
18. La première certitude. — Qui i omnis... ex... Plus exactement: celui qui a été engendré de Dieu. Comp, le vers, 1; ii, 29^ etc, — Non jeccat. Voyez m, 6, 9, et le commentaire. L'auteur répète ce principe évident, qu'entre les enfants de Dieu et le péché il y a une contradiction profonde. Ne pas pécher est donc, en soi, la condition habituelle et pour ainsi dire innée des chrétiens. S'ils pèchent, c'est par i;no sorte d'exception à la règle idéale. — Sed gène-
naissance qu'il a reçue de Dieu le conserve, et le malin n'a pas de prise sur lui.
19. Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est sous l'empire du malin.
20. Et nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence, afin que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous soyons en son vrai Fils. C'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle.
I JoAN. V, 19-20. 755
conservât eum, et malignus non tangit
cura.
19. Scimus quoniam ex Deo sumus, et mundus totus in maligno positus est.
20. Et scimus quoniam Filius Dei venit, et dédit nobis sensum, ut cognoscamus verum Deum, et simus in vero Filio ejus. Hic est venus Deus, et vita aeterna.
ratio... Raison du fait qui vient d'ôtre signalé. IjH pensée qu'exprime la Vulgatc est celle de III, 9^ Toutefois, au lieu de l'abstrait, « generatio Dei », le grec emploie le concret : Mais celui qui a été engendré (6 yzyyq^eiO de Dieu le garde. Il y a là une sorte d'opposition très frappante ; le yôvvriOcli; àub toO ©ôou, c'est le Fils de Dieu dans le sens strict, Notre- Seigneur Jésus- Christ, qui protège le yeyevv/iijivoç âx ToO 0£oO (« qui natus... ex Deo »), c.-à-d., le chrétien, et l'em poche de tomber. SI la variante Ty)p£Ï éaUTÔv, « servat semetipsum », était authentique, il faudrait traduire : Celui qui est engendré de Dieu se garde lui-même; et alors les deux termes YevevvTjfJilvo; et yew/jOeiç sei'alent synonymes pour désigner les chrétiens. Mais la leçon TiQpeï aùxov, adoptée par la Vulgate, est beaucoup mieux accréditée. — Et malignus (ô ixovT^poç). Voyez ii, 13 et les notes. Le chrétien a dans Satan un ennemi terrible , qui le pousse sacs cesse au mal ; mais il a dans le Christ un protecteur tout - puissant. Cf. Joan. X, 28; xiv, 30. — Non tangit. Ce verbe marque ici un contact qui aboutirait à une prise de possession.
19. Seconde certitude. — Scimus quoniam ex Deo... Les expressions être de Dieu et être engendré de Dieu diffèrent à peine l'une de l'autre. — Et (avec le sens adversatif : mais, au contraire) mundus... En face des chrétiens, des enfants de Dieu, l'apôtre contemple le monde, dont il affirme que tout entier itotus, oXo;) il est in maligno positus. Cette locution est très énergique : tandis que les croyants sont unis à Dieu et à Jésus-Christ , et que le démon ne les touche même pas, le monde est entièrement dans la sphère (èv xw Trov/jpw) et sous l'influence active de l'esprit du mal. Cf. Joan. xii, 31 ; xiv, 30; XVI, 17.
20. Troisième certitude. — Filius... venit : rjxsi , 11 est venu du ciel au milieu de nous, par l'incarnation. — Et dédit... sensum: ôiavotav (ici seulement dans les écrits de saint Jean), l'intelligence , la capacité de connaître et de comprendre. — L'intention que le Fils de Dieu se proposait en nous faisant ce don est marquée par les mots ut cognoscarnus. . , : afin que nous arrivions de plus en plus à la connaissance du vrai Dieu. Comp. les passages analogues Joan. X, 38 et XVII, 3. — Deum verum. II y a plu- Sieurs variantes dans le grec. La plupart des
manuscrits portent : tôv àXr,6tvôv, « verum » (adjectif masculin). Quelques autres ont: xb àXrjôtvdv au neutre, le vrai. On lit ailleurs: xbv àXYjôtvbv ©eov (la leçon de la Vulgate). Le premier de ces trois textes est le mieux garanti ; il équivaut d'ailleurs complètement au troisième, et désigne le Dieu qui est seul véritable, par opposition aux idoles mentionnées plus bas (cf. vers. 21). — Et simus. Le grec a le présent : Et nous sommes Cette proposition ne dépend donc pas de la conjonction « ut ». C'est un nouveau fait que l'apôtre signale : Nous savons que le Plis de Dieu est venu..., et en réalité nous lui sommes étroitement unis. — In vero Filio. D'après le grec : (Nous sommes) dans le (Dieu) véritable, clans son Fils Jésus -Christ. Les derniers mots expliquent ceux qui précèdent : c'est en étant « dans le Fils do Dieu », en communion intime avec lui , que nous sommes « dans le Dieu véritable »; par le Fils nous sommes unis au Père. Cf. II, 23; IV, 15, etc. — Rie est... Au double pomt de vue de la grammaire et de la logique, ce pronom, très accentué, peut se rapporter aussi bien à Dieu qu'à son Fils, Jésus -Christ. Il semble cependant plus conforme à la pensée de l'apôtre de le rattacher, comme l'ont fait les anciens écrivains catholiques, au Fils plutôt qu'au Père. En effet, c'est le Fils qui a été nommé en dernier lieu, et plus haut (voyez les vers. 11-12; i, 2, etc.), il a été déjà affirmé de lui qu'il est la vie, la vie éternelle, et qu'il possède la nature divine. D'ailleurs, l'assertion obtient ainsi plus de force. Saint Jean vient de dire : Le Fils de Dieu est venu dans la personne de Jésus-Christ, pour nous aider à connaître le Dieu véritable. Il est très naturel qu'il ajoute : Mais il est lui-même le vrai Dieu (6 àXr|6ivbç 0£oç). Répéter que le Père est le Dieu véritable ressemblerait assez, comme on l'a remarqué justement, à une tautologie. — Et vita... Sans article dans le grec : Et vie éternelle.
30 Conclusion. V, 21.
21. C'est un avertissement final, qui découle très naturellement du vers. 20 : s'il n'y a qu'un seul Dieu véritable, il faut que les chrétiens s'éloignent avec le plus grand soin des « vaines ombres qui usurpent sa place ». — L'apostrophe filioli (xsxva), que nous n'avions pas rencontrée depuis IV, 4, souligne cette recommandation pressante. — Vos : vous-mêmes, dit le grec d'une manière plus expressive. — A simulacris
21. Filioli, custodite vos a simulacris. | 21. Mes petits enfants, gardez -vous Amen. des idoles. Amen.
(àno Tcôv elôa)).a)v). L'épître nous a donné une trop excellente idée des chrétiens auxquels elle est adressée, pour que noua puissions prendre cette expression à la lettre, et supposer que saint Jean craignait qu'ils retombassent dans une grossière idolâtrie. L'auteur nomme idoles toutes les fausses conceptions que les docteurs hérétiques répandaient sur l'essence de Dieu
et de Jésus -Christ, et sur la nature de leurs relations avec les hommes. Telle est l'opinion la plus communément adoptée de nos jours (c'était celle du Vén. Bède). Néanmoins, Tertullien, Œcuménius et d'autres prennent l'exhortation dans le sens littéral. — h' Amen est assez peu garanti par les documents anciens.
DEUXIÈME ET TROISIÈME EPITRE
DE SAINT JEAN
INTRODUCTION
io La question de V authenticité'^ ne peut évidemment pas être tranchée d'une manière aussi simple et aussi aisée que pour la première épître, car ces deux écrits sont tellement courts et si peu dogmatiques, qu'on ne saurait s'attendre à les voir souvent cités par les anciens auteurs. Ils ont même été, d'assez bonne heure et pendant deux ou trois siècles, l'objet de doutes réitérés, plusieurs refusant de les regarder comme l'œuvre de l'apôtre saint Jean et de leur attribuer une valeur canonique, ainsi que nous l'apprenons par Origène^, parEusèbe'*, qui la range parmi les àvTtX£yo[j,£va, et par saint Jérôme^. Ces deux derniers auteurs ajoutent que le doute ou l'hésitation provenait souvent de la distinction qu'on établissait, dès cette époque reculée, entre l'apôtre Jean et le prêtre Jean : les deux lettres n'auraient pas été composées par l'apôtre, mais par le prêtre, son homonyme. Distinction sans base sérieuse, comme on le reconnaît aujourd'hui de plus en plus ^. Mais, dans les temps anciens, l'authenticité de II Joan. et de III Joan. a trouvé beaucoup plus de partisans que d'adversaires. Papias, dans le passage même où il semble favoriser l'existence du prêtre Jean', saint Polycarpe^ et saint Ignace'-^ leur font des emprunts. Si la première version syriaque n'a point accueilli ces deux épîtres^^, l'Itala les contient l'une et l'autre. D'après le sentiment le plus probable, le Canon de Muratori leur rend témoignage : en effet, après avoir signalé la première épître de saint Jean aussitôt après le quatrième évangile, il ajoute, quelques lignes p'us bas: « Superscripli Joannis duœ (epistolse) in catholica habentur » ; or,
* Pour les commentaires , voyez la p. 716, n. 1, et II. Poggel, Der zwtite und dritte Brief des AposteTs Johannrs g/prii/t anf ihren kanonischen Churalder, ubersetzt und erkicert. Pa- Oerborn, 1896.
2 Elle est fort bien traitée par M. Poggel, L c, p. 51-58.
3 Di-ns Eusèbe, Hist. ceci., vu, 25, 10, ^ Eist. ceci., ni, 25, 2.
'-» De Viris ill, 9 , 18.
'^ Non moios pai*mi les critiques pro<o?^taTlts que parmi les catholiques. Voyez la saviiulo étude de M. Poggel, l. e., p. 7-51.
"^ Voyez Eusèbe, Eist. tccl., m, 39, 3. Comn, III Joan. 12.
^ Ad Phil., VII, 1; coœp. II Jran. 7.
^ Ad Smyrn., iv, 1; cf. II Joan. 10.
10 Ce qui n'a pas empêché saint Ephrem dô croire à leur authenticité.
DEUXIÈME ET TROISIÈME ÉPITRE DE S. JEAN
d'après le contexte, ces deux lettres ne peuvent être que la seconde et la troisième. Saint Irénée ^ cite le vers. 11 et les vers. 7-8 de la seconde épître, qu'il dit en propres termes avoir été composée par l'apôtre saint Jean. Clément d'Alexandrie''^ et Denys d'Alexandrie^ sont aussi très expressément favorables à l'authenticité. Saint Gypricn, dans son récit de ce qui s'était passé au concile de Garthage, en 25(3, mentionne qu'un évêque nommé Aurélien cita II Joan. 10 et 11, avec cette formule d'introduction : « Jean l'apôtre a dit dans son épître. » Enfin, si Eusèbe et saint Jérôme paraissent, à première vue, avoir partagé quelque peu les doutes qu'ils signalent, on voit, par d'autres passages de leurs écrits, qu'ils regardaient en réalité ces deux petites épîtres comme authentiques '*.
Ici encore^, la preuve intrinsèque confirme singulièrement celle des témoignages transmis par l'antiquité, tant la ressemblance des pensées et du style est grande entre II et III Joan. d'une part, le quatrième évangile et I Joan. d'autre part. La seconde et la troisième épître ont en commun, avec ces deux autres compositions plus considérables de saint Jean, de nombreux concepts et de nombreuses expressions^ ; notamment les formules « être de Dieu, avoir Dieu le Père, vrai Dieu, avoir le Fils, connaître la vérité, marcher dans la vérité, marcher dans l'amour, une joie complète, » etc., les mots ôiaOr^xv) (commandement), à).rjO£ta (véril;é), u-apTupefv (témoigner), as'vsiv (demeurer), etc. Les versets 10 et 11 de II Joan. nqipellent bien le « fils du tonnerre » ; de môme III Joan. 9-10. Ce qui n'empêche pas les deux petites lettres d'avoir leurs particularités de diction ^, comme toutes les autres parties du Nouveau Testament.
On a objecté parfois contre l'authenticité le titre TipsaSurspoç (Vulg., senior), que prend l'auteur au début des deux épîtres; mais « ce titre garantit plutôt une origine apostolic[ue », car il marque, à lui seul, une autorité très grande et très paternelle, telle qu'était celle de saint Jean, On en conçoit aisément l'origine. Les disciples de l'apôtre en Asie se mirent à l'appeler familièrement et respectueusement :( l'ancien » par excellence, à cause de son grand âge et du caractère patriarcal de son gouvernement ; et ce nom devint peu à peu d'un usage si fréquent, que saint Jean l'employait lui-même pour se désigner, de même qu'il prend dans son évangile le titre de disciple bien-aimé, sous lequel il est aisé de le reconnaître. En tout cas, un faussaire n'aurait jamais songé à se nommer ainsi.
2o Les destinataires et le but des deux lettres. — La seconde épître de Jean est adressée « Electse dominée et filiis ejus ^». On discute depuis de longs siècles pour savoir si les mots « electa domina » représentent au propre une chrétienne isolée, mère de famille, ou bien, au figuré, une Eglise particulière.
Il n'est pas possible de donner une solution certaine de ce problème exégétique ; néanmoins, la première opinion ^ trouve actuellement beaucoup moins de partisans que la seconde. A bon droit, ce semble. En effet, il est moralement certain qu'il ne faut regarder ni « Electa » ni « Domina » comme un nom
* Adv. hier., I, 16, 3 et III, 16, 8.
2 Stiom., II, 15, 66 et vi, 14, 1. Voyez aussi Eusèbe, Eist. ceci., vi, 14, 1.
3 Dans Eusèbe, Eiat. eccl, m, 25, 11.
^ Voyez Eusèbe, Dem. evavrj., m, 5, et saint Jérôme, Ep. 146, ad Evagr.
^ Voyez la p. 717.
^ Comp. II Joan. 5, avec Joan. xiii, 34 et
I Joan. n, 7; II Joan. 7, avec I Joan. iv, 1-3;
II Joan. 9, avec I Joan. u, 23; II Joan. 12^
avec I Joan. i, 4; III Joan. 11, avec I Joan. III, 6; III Joan. 12, avec Joan. xxi, 24, etc.
"^ Par exemple les verbes Û7ïoXa[xêocvetv, çiXoTipwTôûeiv, çXuapetv, etc.
^ Dans le grec : 'ExXsxx-^ %upîa xal rot; Tly.voi; aÙTYi;.
^ C'était celle d'Estius, de Cornélius a Lapiile, etc. Elle est adoptée de nos jours par les savants ex('gètes catholiques A. Maier, F. Kaulen, n. Poggel, etc.
DEUXIÈME ET TROISIÈME ÉPITRE DE S. JEAN
propre* ; l'adjectif exXsxtv] est synonyme de chrétienne, comme dans I Petr. i, 1 et ailleurs, et le substantif xupia est une expression honorifique, qui o(iuivaut à notre titre de dame. Si donc l'apôtre a réellement écrit à une femm*^. chrétienne, pourquoi l'a- 1- il désignée par une formule générale, et point par son nom personnel? De plus, la composition, par son caractère plutôt général qu'individuel 2, paraît moins convenir à une veuve chrétienne et à sa famille qu'à toute une Église locale. Si « Electa » est un nom propre, il faudrait, d'après le vers. 14, en conclure que, dans une même famille, deux sœurs auraient reçu simultanément cette dénomination très rare.
Il est donc mieux de penser que la seconde lettre fut composée pour une chrétienté de l'Asie proconsulaire, que saint Jean nomme métaphoriquement « electa domina », parce qu'elle avai't été élue par le Seigneur (xupto;, « Dominus »), pour être son épouse mystique^; les enfants de cette mère ne sont autres que les divers membres de l'Église en question. Le passage I Petr. v, 13^ nous présente un cas analogue : le prince des apôtres y envoie à ceux qu'il a nommés précédemment (i, 1) les élus, les salutations de celle qui a été « coelecta » à Babylone, c'est-à-dire à Rome. De même qu'il s'agit d'une Église dans l'épître de saint Pierre, de même dans la seconde lettre de saint Jean; de part et d'autre les destinataires reçoivent des salutations affectueuses d'une autre Eglise avec laquelle ils étaient en rapports intimes. Telle était déjà Topinion de saint Jérôme ^.
Dans sa seconde épître, l'apôtre a pour but de recommander la pratique de la charité fraternelle'^ et la persévérance dans la vraie foi', particulièrement en ce qui concerne l'incarnation du Christ^. Gomme divers hérétiques, surtout les Docètes et les Cérinthiens, niaient la réalité de ce dogme capital, saint Jean invite les fidèles à rompre toute relation particulière avec eux, afin de n'avoir part en aucune manière à leur culpabilité^.
La troisième épître est adressée à un fervent chrétien nommé Gaïus^°, membre d'une chrétienté assez éloignée de la ville où saint Jean était alors domicilié. Naguère, cet homme généreux avait accordé l'hospitalité à plusieurs missionnaires qui traversaient le lieu de sa résidence ^^ et ceux-ci, revenus auprès de l'apôtre, avaient fait solennellement l'éloge de leur hôte devant toute l'Eglise *^. Gomme ils allaient partir pour prêcher de nouveau l'évangile et qu'ils devaient revoir Gaïus *^, saint Jean les chargea de lui porter cette lettre.
En la composant, l'apôtre se proposait donc tout d'abord de remercier Gaïus et de l'encourager à bien accueillir Toujours les missionnaires du Ghrist. Mais en outre, comme Diotréphès, l'évêque de l'Église à laquelle appartenait Gaïus, ne reconnaissait pas l'autorité suprême de Jean, et refusait de recevoir ceux qui étdient^en communion avec lui, l'auteur avait pour but de blâmer avec force cet évoque arrogant et intolérant, et de le menacer d'une dénonciation prochaine de sa conduite devant son propre troupeau'^.
* Voyez le commentaire.
2 Notez en particulier l'usige alternatif du singulier et du pluriel, epécialeraent du pluriel. Le trait « inveni de filiis tuis... », au vers. 4, ^st difflcile aussi à expliquer d'après la première hypothèse; car comment supposer que la dame en question aura eu des fils tout à la fois dans la vérité et dans l'erreur?
3 Cf. Apoc. XXI, 9, où l'Église entière reçoit le nom analogue de vjfj.çr], épouse.
* Voyez le commentaire.
^ E2nfit. Lxxxii, ad Acjcr., 12.
^ Voyez le vers. 5.
' Vers. 6.
8 Vers. 7-9.
9 Vers. 10.
"* Voyez le vers. 1 et les notes.
1* Vers. 3, 5.
12 Vers. 6.
13 Vers. 6"- 7.
i'* Voyez tes veis. 9-10.
760 DEUXIÈME ET TROISIÈME ÉPITRE DE S. JEAN
30 Le temps et le lieu de la composition ne peuvent être déterminés que d'une manière approximative, les renseignements soit extrinsèques, soit intrisèques, nous faisant défaut. Tout porte à croire, cependant, que saint Jean composa ces deux épîtres à Ephèse, et durant la dernière période de sa vie, c'est-à-dire, vers la fin du ler siècle de notre ère. C'est l'opinion assez générale des commentateurs qu'elles forment la partie la plus récente de tout le Nouveau Testament.
40 Le plan des deux lettres est facile à déterminer. Dans la seconde, après l'adresse et la salutation initiale, vers. 1-3, nous trouvons le corps de l'écrit, vers. 4-11, qui contient, après un aimable compliment (vers. 4), une exhortation à la charité fraternelle et à l'obéissance (vers. 5-6), quelques graves avertissements contre les hérétiques (vers. 7-9) et un ordre relatif à la conduite qu'on devait tenir à leur égard (vers, 10-11). Vient ensuite l'épilogue ordinaire, vers. 14-15.
La troisième épître se divise ainsi : l'adresse et la salutation accoutumées, vers. 1-2; le corps de l'écrit, vers. 3-12; l'épilogue, vers. 13-14. Trois pensées principales dans le corps de la lettre : éloge de la conduite chrétienne et de l'hospitalité de Gaïus (vers. 3-8) ; reproches sévères pour Diotréphès (vers. 9-11); félicitations pour un chrétien ou un prêtre zélé, nommé Démétrius (vers. 12).
DEUXIÈME ÉPITRE
DE SAINT JEAN
1. L'ancien, à la dame élue et ù, ses enfants, que j'aime véritablement, et non pas moi seul, mais aussi tous ceux qui connaissent la vérité,
2. à cause de la vérité qui demeure en nous, et qui sera avec nous éternellement.
3. Que la grâce, la miséricorde et la paix soient avec vous, de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ, Fils du Père, dans la vérité et la charité.
1. Senior electse dominée, et i atis ejus, quos ego diligo in veritate, et non ego solus, sed et omnes qui cognoverunt veritatem,
2. propter veritatem quse permanet in nobis, et nobiscum erit in seternum.
3. Sit vobiscum gratia, misericordia, pax a Deo Pâtre, et a Christo Jesu Filio Patris, in veritate et caritate.