‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 74 sur 873 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

1. Je dis donc : Est-ce que Dieu a rejeté son peuple? Loin de là! Car moi aussi je suis Israélite, de la race d'Abraham, de la tribu de Benjamin.

2. Dieu n'a pas rejeté son peuple, ^[u'il a connu d'avance. Ne savez -vous^ pas ce que dit l'Écriture au sujet d'Élie?

comment il interpelle Dieu contre Israël?

3. Seigneur, ils ont tué vos prophètes , ils ont renversé vos autels ; et moi je suis demeuré seul, et ils cherchent à m'ôter la vie.

1. Dico ergo : Numquid Deus repuîit populiim suum? Absit. Nam et ego Israelita sum, ex semine Abraham, de tribu Benjamin.

2. Non repulit Deus plebem suam , quam prsescivit. An nescitis in Elia quid dicit Scriptura, quemadmodum interpellât Deum adversum Israël?

3. Domine, prophetas tuos occiderunt, altaria tua suiïoderunt; et ego relictus sum solus , et quaerunt animam meam.

l'ont trouvé ; ce qui suppose qu'Israël aurait pu aiséinent connaître et comprendre, lui qui avait reçu tant de lumières. C'est d'ailleurs ce qu'ajoute l'apôtre au vers. 21, en citant, encore d'après les IjXX, la suite du même passage d'Isaïe ( Lv, 2 ) : Tota die... Les Juifs sont demeurés Incrédules, malgré les appels réitérés de Dieu.

§ III. — Grande consolation pour Israël. Xr, 1-36.

Paul ^ fait entendre aux Juifs de dures vérités. Il leur a démontré que, s'ils étaient alors exclus pour la plupart de la rédemption messianique, c'était par leur propre faute. Il essaie maintenant de les consoler autant qu'il le pourra de ce grand malheur. Il puise ses motifs de consolation soit dans le présent, soit dans l'avenir. !• Malgré la réprobation de la plupart des Juifs, il demeurait vrai qu'un nombre considérable d'entre eux avaient accepté la foi chrétienne. 2« L'exclusion des Israélites volontairement endurcis avait produit un résultat salutaire, puisque la conversion des Gentils s'en était suivie. 3» Cette exclusion n'était pas perpétuelle, mais seulement temporaire : la masse du peuple Israélite se convertira un Jour et sera sauvée par la foi en Jésus - Christ.

1» La réprobation des Juifs n'a paa été totale, mais partielle. XI, 1-10.

Chap. XI. — 1-2». Dieu n'a pas rejeté son peuple d'une manière absolue.— I>ico erèro.L'objection qui suit semblait, en effet, découler naturellement des textes allégués plus haut. — Numçiuid...f La formule grecque [/,?] suppose déjà une réponse négative. Il en est de même des deux termes Deua Qt populum suum, juxtaposés dans la question : Israël est et demeure le peuple de Jéhovah ; il ne sera donc pas rejeté à jamais. Cf. Ps. xcm, 14, etc. — L'apôtre mentionne son propre exemple, en preuve que Dieu n'a pas

répudié en masse et absolument le peuple théocratique : Nam et ego. S'il a été converti, lui qui avait persécuté tout d'abord le christianisme, à plus forte raison d'autres Juifs auront -ils pu croire en Jésus - Christ. Remarquez la solennité avec laquelle il signale successivement trois titres qui constataient clairement son origine juive : Israelita, ex semine..., de tribu... Cf. II Cor. XI, 22; Phil. m, 6. — Non repulit... Autre réponse préalable, et tout à fait péremptoire, à l'objection. Ce sont les mots quem prsescivit qui portent l'idée principale. Si Dieu, de toute éternité, a choisi les Israélites pour en faire sou peuple de prédilection, c'est qu'il n'a pas voulu qu'ils fussent tous à jamais rejetés, condamnés. Il y aurait une sorte de contradiction entre ce choix et une réprobation permanente; d'où il Buit que le choix subsitte d'une manière ou d'une autre.

2" -6. En fait, un certain nombre de Juifs s'étaient déjà convertis au christianisme. — An nescitis f Formule fréquente dans cette épîti'e. Cf. II, 4; VI, 3; VII, 1 ; ix, 21. Un fait célèbre de l'histoire d'Israël va mettre en relief la pensée de l'apôtre. — Ire Elia. C.-à-d., d'après les meilleurs interprètes : dans la section de l'Ancien Testament relative à Élie. Comp. Marc, xii , 26 ; Luc. XX, 30 et les notes. Les rabbins, Phllon, etc., emploient des formules analogues pour citer la Bible. Ces mots ne signifient donc pas : au sujet d'Élie. — Quemadmodum interpellât... La parole d'Élie et la réponse du Seigneur sont tirées de III Reg. xix, 10, 14 et 18. Achab et Jézabel avaient fait massacrer les prophètes et les prêtiTs de Jéhovah, et renverser ses autels. Élie, qui s'était enfui jusqu'au mont Horeb pour échapper au carnage, désolé de voir la masse du peuple devenue idolâtre, disait à Dieu en gémissant : Domine,,., et ego... solus... (vers. 3). La citation est faite assez librement d'après les

Rom. XI, 4-8.

4. Sed qiiid dicit illi divinum respon- Bum? Reliqiii mihi septem millia virorum, qui non curvaverunt genua ante Baal.

5. Sic ergo et in hoc terapore, reliquiœ secundum electionem gratise salvee factae sunt.

6. Si autem gratia, jam non ex operibus ; alioquin gratia jam non est gratia.

7. Quid ergo? Quod quaerebat Israël, hoc non est consecutus ; electio autem consecuta est, ceteri vero excaîcati sunt ;

8. sicut scriptum est : Dédit illis Deus spiritum compunctionis, oculos ut non

4. Mais que lui dit la divine réponse? Je me suis réservé sept mille hommes, qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal.

5. Dé même donc en ce temps aussi, selon l'élection de la grâce un reste a été sauvé.

6. Mais si c'est par gi'âce, ce n'est donc point par les œuvres ; autrement la grâce ne serait plus la grâce.

7. Que dirons-nous donc? Ce que cherchait Israël, il ne l'a pas trouvé ; mais les élus l'ont trouvé, et les autres ont été aveuglés ;

8. selon qu'il est écrit : Dieu leur a donné un esprit d'assoupissement, des

LXX. — Sed quid... (vers. 4). Réponse consolante du Seigneur. L'équivalent grec de responsum, ô xp-q[L(XXiG[t.Qc, désigne toujours un oracle divin. — Reliqui mihi... Saint Paul abrège de nouveau la citation, qu'il fait autant d'après l'hébreu que d'après les LXX. — Baal.

Le dieu Baal sur une monnaie de Tarse.

Dans le grec : Tq BaaX , avec l'article au féminin, ainsi qu'il arrive souvent, dans les LXX, pour le nom de cette divinité. — Sic ergo et... ( vers. 5 ). L'apôtre applique à son propre temps la réponse de Jéhovab à Elle. Comme à l'époque du prophète, le peuple juif n'était pas réprouvé tout entier, puisqu'un reste qui le représentait était sauvé. — Reliquise ( Xsl [X[xa ). Maint passage des évangiles et des Actes démontre qu'un nombre considérable de Juifs avalent cru en Notre - Seigneur ; mais ils ne formaient que la minorité de la nation. — Secundum electionem... C.-à-d., en vertu d'un choix qui dépend de la grâce divine. L'apôtre insère cette note, qu'il complète au vers. 6, pour rappeler brièvement à ses lecteurs le résultat d'une des discussions précédentes. Voyez le chap. ix. — Si... gratia, jam non... (vers. 6). Si la grâce est nécessaire, c'est donc que les œuvres sont insuffisantes par elles-mêmes. C'est ici une réfutation rapide de la grande erreur juive, d'après laquelle les Israélites avaient la prétention d'être infailliblement sauves par les œuvres extérieures. — Alioquin gratia... Chose évidente, puisque le mot grâce signifie précisément : doa gratuit. Un cer-

tain nombre de manuscrits grecs et le syriaque ajoutent ici : « Si autem ex operibus, jam non adest gratia; alioquin opus jam non est opus. » Cette froide addition, qui manque dans la plupart des meilleurs témoins, est justement regardée comme une interpolation.

7-10. La plus grande partie du peuple juif a été frappée d'endurcissement , en punition de son triste état moral. — Quid ergo? C.-à-d. : Que s'est -il donc passé? Dieu n'a- 1- il pas réellement rejeté son peuple? Comp. le vers. 1>. — Quod quserebat..., hoc non... Fait malheureusement trop notoire : quoiqu'une petite portion d'Israël eût adopté la foi chrétienne, le peuple, en tant que peuple, n'avait pas atteint « ce qu'il cherchait », c.-à-d., son but, la justification. Cf. ix, 33. — Eleetio ( -f; èxXoyo ). L'abstrait pour le concret : les élus de Dieu avaient atteint ce but. — Ceteri... excœcati... Le verbe £7toi)p(o0r,aav signifie plutôt : ont été endurcis. Dans cet endurcissement, il fallait sans doute voir l'action de Dieu , d'après le chap. ix et aussi d'après les deux textes qui vont être cités ; mais l'action personnelle des Juifs n'y avait pas été étrangère, puisqu'ils avaient volontairement repoussé les grâces du ciel. — Sicut scriptum. . . ( vers. 8 ). Au Deutéronome, ix, 3, mais avec des modifications empruntées à Isaïe, xxix , 10 et vi, 9-10 (comparez entre eux ces trois passages)^ — Dedit ilHs Deus... En châtiment de leur infidélité. Dieu avait frappé les Hébreux d'une torpeur morale , par suite de laquelle ils étaient devenus plus coupables encore. De même en était -il des Juifs contemporains de saint Paul. — Spiritum compunctionis. Cf. Is. xxix, 10. « Compunctio » est la traduction littérale de xaràvultç, dont le sens primitif est celui de piqûre violente, puis celui de coup violent qui étourdit, et par suite celui d'étourdissement. C'est ce dernier qui convient Ici. En effet, nous lisons dans l'hébreu d'Isaïe : ruah tardémah, un esprit de profond sommeil, d'engourdissement. — Oculos ut non... et aures... : par conséquent, des organes incapables de remplir leurs fonctions naturelles. —

Rom. XI, 9-13.

yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre ; cela jusqu'à ce jour.

9. Et David dit : Que leur table devienne pour eux un filet, un piège, une occasion de chute et un châtiment ;

10. que leurs j'eux soient obscurcis pour ne pas voir, et tenez toujours leur dos courbé.

11. Je dis donc : Ne se sont-ils heurtés que pour tomber? Loin do là! Mais par leur faute, le salut est venu aux païens, de manière ii exciter leur émulation.

12. Si leur faute a été la richesse du monde, et leur diminution la richesse des païens , combien plus en sera - 1 - il de leur plénitude !

13. Car je vous le dis, à vous, païens : Tant que je serai l'apôtre des gentils, j'honorerai mon ministère.

videant, et aures ut non audiant, usque in hodiernum diem.

9. Et David dicit : Fiat mensa eorum in laqueum, et in captionem, et in scandalum, et in retributionem illis;.

10. obscurentur oculi eorum ne videant, et dorsum eorum semper incurva.

11. Dico ergo : Numquid sic offenderunt ut caderent? Absit; sed illorum delicto salus est gentibus, ut illos semulentur.

12. Quod si delictura illorum divitigs sunt mundi, et diminutio eorum divitise gentium, quanto magis plenitudo eorum !

13. Vobis enim dico gentibus : Quamdiu quidem ego sum gentium apostolus, ministerium meum honorificabo,

Usque in hcdiernum... Comp. Act. vu, 61, où saint Etienne reproche vigoureusement aux Juifs leur résistance perpétuelle à l'Esprit de Dieu. — Et David dicit (vers. 9 et 10). Au Pe. lxviii, 23-24, d'après la traduction des LXX, citée avec quelque liberté par l'apôtre. Dans ce poème, qiti est d'ailleurs « plein du Messie », après la description d'une poignante douleur, de brûlants anathèmes éclatent tout à coup contre les cruels ennemis qui en étaient la cause. Saint Paul applique deur de ces Imprécations aux Juifs de son temps. — Fiat mensa... Manière de dire que ce qui était en soi une cause de joie devait produire au contraire la tristesse et la ruine. — Obscurentur... Même pensée qu'au vers. 8*>. — Dorsum eorum... Par ces mots, qui s'adressent directement à Dieu, le psalmiste demande que le coupable soit courbé par le malheur et profondément humilié.

20 La réprobation d'Israël a produit un résultat bienfaisant, et elle est seulement temporaire. XI, 11-24.

11-15. But providentiel de la chute des Juifs. — Dico ergo. Comme au vers. 1. C'est un nouveau point de départ de l'argumentation de l'apôtre. Ainsi qu'il vient d'être démontré , Dieu n'a pas rejeté tout son peuple ; mais quelle conclusion doit -on tirer de la répudiation de la grande majorité des Juifs? Numquid sic...? L'idée principale réside dans les mots ut caderent. Est-ce que leur endurcissement n'a eu , dans le plan divin , d'autre but que leur chute perpétuelle, dont ils ne se relèveront jamais? L'auteur rejette vivement cette conclusion i Absit), et il se hâte d'indiquer deux heureuses conséquences de la déchéance morale des Juifs : d'abord la conversion des païens, puis finalement la restauration d'Israël lui-même. — Illorum delicto. Dans le grec : par leur chute. De même au verset suivant. — Salus... gentibus. Dans sa vie de missionnaire saint Paul avait souvent fait cette expérience : lorsque les Juifs avaient refusé

d'écouter la prédication chrétienne, les païens l'avaient acceptée. Cf. Act. xiii, 45-48; xi, 19; xxviii, 2, etc. — Ut illos... C.-à-d., pour que les Gentils , par leur conversion généreuse , provoquent la jalousie des Juifs et les poussent ainsi à devenir chrétiens à leur tour. Le verbe semulentur est un écho de la parole de Moïse citée plus haut (x, 19). — Qvod si... (vers. 12). Sous la forme d'un argument « a minori ad majus », l'apôtre ouvre une perspective encore plus brillante, rattachée au caractère spécial du peuple théocratique. Si la répi'obation des Juifs, événement si désastreux pour eux-mêmes, a produit un résultat très bienfaisant pour le reste de l'humanité, que n'arrivera -t- 11 pas lorsqu'ils se seront convertis à leur tour au christianisme?

— Divitise. Les Juifs ont enrichi le monde en lui ouvrant, comme il vient d'être dit, les portes du salut. — Diminutio. Le grec Y]TTr][j.a a aussi le sens de défaite; mais la signiflcaLion que lui attribuent ici la Vulgate et la majorité des interprètes semble exigée par l'antithèse avec les mots « plenitudo eorum ». Leur diminution : c.-ù-d., la réduction du peuple de Dieu à un faible reste (cf. vers. 5), par l'incrédulité dn plus grand nombre. — Plenitudo eorum : leur nombre complet, leur totalité; par conséquent, le ralliement de toute la nation juive à l'Église.

— Vobis ?,nivi... ( vers. 1 3 ). Formule d'introduction, destinée à accentuer la pensée que saint Paul va développer dans les vers. 13 et 14. — Gentibus. Il parait évident, d'après cette expression , que la majorité des destinataires de l'épître était composée d'anciens païens. Se rappelant ce fait, l'écrivain sacré s'interrcrmpt un instant, pour dire à ces chrétiens d'origine païenne que le point en question les intéresse très spécialement, et que l'espoir de stimuler les Juifs rend son ministère auprès des Gentils plus ardent et plus empressé. — Quamdiu. Le grec signifle plutôt : « quatenus », en tant que. Sur le titre dQ gentium apostolus, qiie saint Paul revendique

Rom. XI, 14-17.

14. si quoraodo ad aemulandum provocem carnem meam, et salvos faciam aliquos ex illis.

15. Si enim amissio eorum reconciliatio est mundi, quse assumptio, nisi vita €x mortuis ?

16. Quod si delibatio sancta est, massa; et si radix sancta, et rami.

et

17. Quod si aliqui ex ramis fracti sunt, tu autem, cum oleaster esses, insertns es in illis, et socius radicis et pinguedinis olivae factus es,

14. dans l'espoir de provoquer l'émulation de ceux de ma chair, et d'en sauver quelques-uns.

15. Car si leur perte a été la réconciliation du monde, que sera leur admission , sinon une résurrection d'entre les morts ?

16 . Si les prémices sont saintes, la masse l'est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi.

17. Si quelques-unes des branches ont été brisées, et si toi, qui étais un olivier sauvage, tu as été enté parmi elles, et mis en participation avec la racine et la sève de l'olivier,

ici avec fierté, voyez Act. ix, 15; xxii, 21; Gai. n, 7 et ss. ; I Tim. ii, 7, etc. — Ministerium... honorifleaho : en continuant de travaiUer avec tout le zèle possible à la conversion du monde païen. — Si quomodo... (vers. 14). Résultat qu'il espère obtenir auprès d'Israël, en faisant entrer dans l'Église du Christ un grand nombre de Gentils. — Carnem meam : les Juifs, qu'il a appelés plus haut ( ix , 3 ) ses proches selon la chair. — Salvos... aliquos... Espoir exprimé en termes bien modestes ; mais Paul connaissait par expérience la difficulté qu'il y avait à convertir les Juifs. D'ailleurs, ces « quelques-uns » seraient comme les prémices de la moisson future. — Si enim... (vers. 15). Après la petite parenthèse formée par les vers. 13 et 14, l'apôtre revient à la pensée qu'il exprimait au vers. 12, et il la développe en termes saisissants. — Amissio. La répudiation ( àuoêoXiq , « rejectio ») des Juifs par le Seigneur, à cause de leur incrédulité. — Aasumpiio. Leur admission (upocrXyi- ^iç) dans le royaume du Messie. — Vita ex mortuis. D'assez nombreux commentateurs, à la suite d'Origène, ont pensé que cette formule désigne la résurrection générale, dans le sens strict. Mais il faut remarquer, contre ce sentiment, que saint Paul emploie d'ordinaire, pour représenter la résurrection proprement dite, l'expression plus claire àvacTao-i; vexpîov (ou èx v£y.pôbv), tandis qii'ici il dit simplement : une vie d'entre les morts. L'idée demeure donc vague et indéterminée. D'autres interprètes voient dans cette locution une recrudescence de vie spirituelle parmi les païens convertis, lorsque Israël sera entré en masse dans l'Église. Il vaut mieux la regarder comme l'indication de grâces et de joies extraordinaires, que saint Paul n'a pas eu l'intention de préciser. C'est comme s'il avait voulu dire : Le monde renaîtra en quelque sorte.

16 - 24. Deux leçons qui découlent de cette conduite providentielle du Seigneur. — Quod si... L'apôtre expose brièvement, au moyen d'images très significatives, qu'il emprunte d'une part au caractère sacré d'Israël, et de l'autre à son origine toute sainte, les raisons qui lui font «jpérer la conversion finale des Juifs. — Deli-

batio : 1] aTiapyri, les prémices. Massa: xo cpupafjia, une masse de pâte. D'après Num. xv, 19-21, il était enjoint aux Hébreux, toutes les fois qu'ils faisaient du pain , de mettre à part une petite portion de la pâte, dont on faisait un gâteau, qui était offert au Seigneur et consommé par les prêtres. Telle était la « delibatio » (dans les LXX : ànctp'/;^ cpupa[;.aTOç), Ces prémices, sanctifiées par leur destination (sancta), communiquaient leur sainteté à toute la masse dont elles étaient tirées. Dans l'application, les prémices figurent les patriarches ; la masse , c'était le peuple juif tout entier, que la sainteté de ses ancêtres avait consacré lui - même. — Radix. Cette fois, c'est à un arbre qu'Israël est comparé. Il forme les branches, et la .racine symbolise les patriarches. Le peuple, qui tire sa sève d'une racine sainte, est saint lui aussi par son origine. — Quod si... Première leçon, vers. 17 - 21 : que les Gentils devenus membres de l'Église prennent garde de s'enorgueillir outre mesure. — Aliqui ex ramis. Litote manifeste. Cf. III, 3. La comparaison de l'arbre, commencée au vers. 16'', sera continuée et développée jusqu'à la fin du vers. 24. — Fracti siint. Allusion à la réprobation des Juifs, due à leur incrédulité. Comp. le vers. 20. — Tu autem. Apostrophe frappante , comme en d'autres endroits de cette épître. Cf. II, 3 et ss.; m, 27; ix, 19 et ss., etc. Ici, Paul prend individutUement à partie les chrétiens d'origine juive. — Oleaster. Le mot grec àYpié)>aioç désigne plutôt l'olivier sauvage non greffé, qui produit des fruits très petits, âpres et sans valeur. L' « oleaster » proprement dit , ou « Eleagnus angustifolius », appartient à une autre espèce. — Insértus es. D'après le grec : Tu as été enté. Trait extraordinaire, car on ne greffe pas une branche de sauvageon sur un boa arbre, mais, au contraire, la branche d'un bon arbre sur un plant sauvage. Il est possible que l'apôtre fasse allusion à une coutume adoptc'o parfois en Orient, au dire de divers auteurs, pour rajeunir les oliviers qui ont vieilli. Mais il vaut mieux croire que l'argument de saint Paul, pour avoir toute sa force, exigeait précisément que le procédé employé fût contraire à la nature. Comp. le vers. 24. — In illis : parmi les brandiea

Rom. XI, 18-24.

18. ne te glorifie pas aux dépens des branches. Si tu te glorifies, sache que ce n'est pas toi qui portes la racine, mais que la racine te porte.

19. Mais, diras- tu, les branches ont été brisées, afin que je fusse enté.

20. Bien, c'est à cause de leur incrédulité qu'elles ont été brisées ; et toi , tu subsistes par la foi. Ne t'enorgueillis pas, mais crains.

21. Car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, il ne t'épargnera peut-être pas non plus.

22. Vois donc la bonté et la sévérité de Dieu : sa sévérité envers ceux qui sont tombés ; envers toi la bonté de Dieu, si tu demeures ferme dans cette bonté ; autrement tu seras retranché, toi aussi.

23. Eux de même, s'ils ne persistent pas dans l'incrédulité, ils seront entés; car Dieu est puissant pour les enter de nouveau.

24. En effet, si tu as été coupé sur un olivier sauvage de sa nature , et enté , contre ta nature, sur l'olivier franc, à combien plus forte raison ceux qui sont les branches naturelles seront -ils entés sur leur propre olivier ?

18. noli gloriari ad versus ramos. Quod si gloriaris, non tu radicem portas, sed radix te.

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