CHAPITRE X
1. Et vidi alium angclum fortem descendentem de caelo, amictum nube, et iris in capite ejus ; et faciès ejus erat ut sol, et pedes ejus tanquam columnse ignis ;
2. et habebat in manu sua libellum apertum. Et posuit pedem suum dextrura super mare, sinistrum autem super terra m.
3. Et clamavit voce magna quemadmodum cum leo rugit ; et cum clamasset, locuta sunt septem tonitrua voces suas.
1. Puis je vis un autre ange robuste qui descendait du ciel, enveloppé d'une nuée, et il avait un arc-en-ciel au-dessus de sa tête ; son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu ;
2. et il avait dans la main un petit livre ouvert. Et il posa son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre.
3. Et il cria d'une voix forte, comme un lion qui rugit; et lorsqu'il eut crié, les sept tonnerres firent entendre leurs voix.
Dxmonia. Car c'est à eux que s'adressent en tin de compte les hommages des idolâtres. Cf. Ps. cv, 37 ; I Cor. x, 20. — Aurea, et,.., et... Enumération des principaux matériaux qui servaient à fabriquer les idoles. Cf. Bar. vi, 29, 56 ; Dan. V, 4, 23, etc. — Qiise neque..., neque... Détail très ironique. Cf. Ps.cxiii, 2e partie, 4-7; cxxxiv, 15-17. — Ab homicidiifi..., neque... Autres crimes de ces grands coupables (vers. 21). C'étaient les plus fréquents chez les païens ; ils ^ont cités d'après l'ordre du déc.ilogue hébreu. Cf. Matth. v, 21, 27; XV, 19; XIX, 18, etc.
( VI. — Deux autres visions intermédiaires, suivies de la septième trompette. X, 1-XI, 14.
Il y a une InteiTuption entre la sixième trompette et la septième, comme entre le sixième et le septième sceau (cf. vu, 1 et ss.). Les deux scènes auxquelles le voyant nous fait
L'on rugissant. ( D'aprèa une monnaie romaine.)
assister ici nous révèlent la destinée future de Jérusalem et de son temple, c.-à-d. du peuple Juit
l» L'ange muni du petit livre que le prophète devra s'assimiler. X, 1-11.
Cette vision sert d'introduction h la suivante. Jean est préparé à recevoir « des communications célestes de plus en plus terribles et saisissantes ».
Chap. X. — 1-4. L'ange et le livre ouvert. — Alium... fortem. L'allusion porte sans doute sur v, 2, où il a été parlé aussi d'un ange robuste. — Amictum..., et..., et... Son aspect était très impi-essionnant : une nuée lui servait pour ainsi dire de manteau; il avait l'arc -en ciel pour magnifique aui'éole ; son visage brillait comme celui de Jésus transfiguré (cf. i, 16 et Matth. xvrr, 2) ; ses jambes ressemblaient à des colonnes d'airain embrasé. — Habebat... libellum (ver?. 2). Il y a aussi un diminutif dans le grec, suivant la meilleure leçon : PtêXapî- Stov. Par contraste avec le rouleau scellé (v, 1 et ss,), ce petit livre était ouvert; aussi Jean, après l'avoir absorbé sur l'ordre de l'ange, vers. 8 et ss., connut-il aussitôt son contenu, qui correspondait vraisemblablement à tout ce que nous avons encore à lire dans l'Apocalypse. — l'edem... super.., La taille de cet ange était donc colossale. Par son attitude, il indiquait que la puissance du Dieu auquel il servait de messager s'étendait sur le monde entier, de sorte que nul ne pourrait échapper au jugement annoncé. — Voce magna (vers. 3). Circonstance fréquemment notée (cf. VI, 1, 10; viii, 13; xi, 15,etc. ). Ici, elle tst encore rehaussée par une comparaison: quemadmodum... leo... Sur ce trait, qui marque le caractère menaçant de la prophétie, voyez Osée, xi, 10; Joël, iii.
Apoc. X, 4-9.
4. Et quand les sept tonnerres eurent fait entendre leurs voix, j'allais écrire; mais j'entendis une voix du ciel qui me disait : Mets sous le sceau ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne l'écris pas.
6. Alors l'ange que j'avais vu debout sur la mer et sur la terre leva la main vers le ciel,
6. et jura par celui qui vit dans les siècles des siècles, qui a créé le ciel et les choses qui s'y trouvent, la terre et les choses qui s'y trouvent , la mer et les choses qui s'y trouvent, qu'il n'y aurait plus de temps,
7. mais qu'aux jours de la voix du septième ange, lorsqu'il sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu serait consommé, comme il Fa annoncé par ses serviteurs les prophètes.
8. Et la voix que j'avais entendue, venant du ciel, me parla encore, et me dit : Va, et prends le petit livre ouvert, dans la main de l'ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre.
9. Et j'allai vers l'ange, et je lui dis de me donner le petit livre. Et il me dit : Prends le livre et dévore -le; il te
4. Et cum locuta fuissent septem tonitrua voces suas, ego scripturus eram ; et audivi vocem de cselo, dicentem mihi :
Signa quae locuta sunt septem tonitrua, et noli ea scribere.
5. Et angélus quem vidi stantem super mare et super terram, leva vit manum suam ad cœlum,
6. et juravit per viventera in ssecula saeculorum, qui creavit caelum et ea quœ in eo sunt, et terram et ea quae in ea sunt, et mare et ea quae in eo sunt : Quia tempus non erit amplius ;
7. sed in diebus vocis septimi angeli , cum cœperit tuba canerè, consummabitur mysterium Dei, sicut evangelizavit per servos suos prophetas.
8. Et audivi vocem de cselo iterum loquentem mecum, et dicentem : Vade, et accipe librum apertum de manu angeli stantis super mare et super terram.
9. Et abii ad angelum, dicens ei ut daret mihi librum. Et dixit mihi : Accipe librurn,, et dévora illum ; et faciet ama-
16 ; Am. i, 2-3. — Effet produit par cette voix retentissante : locuta... tonitrua... D'après l'usage constant de la Bible, ces sept tonnerres ( toujours le chiffre mystique ) iigurent la voix de Dieu lui-même. Cf. Ps. xxvui, 1 et ss.; Joan. XII, 28-29, etc. La locution locuta... voces suas (vers. 4) revient à celle-ci : Ils dirent ce qu'ils avaient à dire. La formule est vague à dessein, puisqu'il va être interdit au voyant de communiquer ce qu'avaient dit les sept tonnerres. — Ego scripturus... C.-à-d. : J'étais sur le point d'écrire. En effec, Jean avait reçu l'ordre de noter par écrit tout ce qu'il contemplerait dans sa vision. Cf. i, 11 et 19. — Signa, acppâ-^Kyov : scelle, munis d'un sceau (pour qu'on ne puisse pas savoir ce qu'avaient dit les voix ; cf. Dan. xii, 4, 9). Par conséquent : tiens secret. C'est le contraire de xxii, 10. — Noli scribere... Dieu ne voulait pas que son prophète révélât Immédiatement à l'Église ce qu'il avait entendu.
5-7. Prophétie solennelle de l'ange. — Levavit mannm (d'après la leçon la plus accréditée du grec : sa main droite)... C'était le geste du serment. Cf. Gen. xiv, 22 ; Dan. xii, 7. — Suit le serment lui-même, et juravit... (vers. 6), prêté au nom du Dieu éternel (per viventem in...) et tout - puissant (qui creavit...) , capable par conséquent d'accomplir le dessein qu'il va révéler à son serviteur. — Tempus non. . . , sed. . . Le temps est opposé ici à l'éternité : Bientôt le temps aura pris fin, et alors l'éternité commencera pour les élus. Ce sens paraît exigé par }e vers. 7. Quelques auteurs préfèrent cette Comment. — VIII.
autre interprétation : Il n'y aura plus de délai, de retard, car la consommation finale viendra bientôt. La différence entre ces deux opinions est peu sensible. — /Sed in diebixs... (vers. 7). C.-à-d. : à l'époque où se fera entendre la voix du septième ange. Le pluriel « diebus » marque que cette époque aura une certaine durée, alors même qu'elle annoncera la fin. — Cum cœperit... Plus exactement : Lorsqu'il sera sur le point de... — Consummahitur. A l'aoriste prophétique dans le grec : le fait est déjà comme réalieé pour l'ange. — Mysterium... Le mystère de Dieu , c'-^st l'ensemble de son plan relatif à l'avenir de l'Église et du monde. — Sicut evangelizavit per... Le message confié par Dieu aux prophètes, soit de l'Ancien Testament, soit du Nouveau, est appelé à juste titre un évangile, une bonne nouvelle, puisqu'il prédisait le salut, la rédemption. Pour l'idée, voyez Rom. xvi, 25 ; Eph. m, 1-12 ; Col. i, 26 ; I Petr. i, 10-12, etc.
8-11. Jean s'assimile le petit livre et reçoit la mission de prophétiser encore. — Audivi vocem... La construction du grec est très irrégulière en cet endroit. A la lettre : Et la voix que j'entendis du ciel, parlant de nouveau avec moi, et disant. La Vulgate donne bien le sens. — Dévora illum (vers. 9). Ordre semblable à celui qui avait été donné autrefois à Ézéchiel (n, 8 - 9 ; m, 1 et ss.). C'est le signe de l'assimilation spirituelle la plus complète. « Insère tuls visceribus in latitudine côrdis tui » (le Vén. Bède). — Faciet amaricari..., sed... Pour Jean comme pour l'ancien prophète (voyez aussi Jer. xv, 16),
Apoc. X, 10 — XI, 2.
ricari ventrem tiuim, sed in oie tuo erit dulce tanquam mel.
10. Et accepi librum de manu angeli, et devoravi illum ; et erat in ore meo tanquara mel dulce, et cum devorassem eum, amaricatus est venter meus.
11. Et dixit mihi : Oportet te iterum prophetare p;entil)us, et populis, et linguis, et regibus multis.
causera de l'amertume dans les entrailles, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel.
10. Je pris le petit livre de la main de l'ange, et je le dévorai ; et dans ma bouche il était doux comme du miel, mais quand je l'eus dévoré, je sentis de l'amertume dans mes entrailles.
11. Alors on me dit : Il faut que tu prophétises encore devant beaucoup de nations, et de peuples, et de langues et de rois.