‹ La Sainte BibleChapitre 4 sur 1331 · POUR LA TRANSCRIPTION DES LETTRES IIÉRRAÏQUES EN CARACTÈRES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

POUR LA TRANSCRIPTION DES LETTRES IIÉRRAÏQUES EN CARACTÈRES FRANÇAIS

Aleph

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Coph Resch

s (ts dur comme dans tça)

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Sln

s (s dur)

Lamed

Schin

S ( comme eh

Mem

dans chat )

Nun

Thav

t (th)

Pour plus de simplicité, nous n'avons pas tenu compte de l'effet du daguesch doux dans les consonnes 2, i, "T, 3, T\-

Pour ce qui est des voyelles , u doit se prononcer ou ; le scheva quiescent n'a pas été marqué ; le mobile est représenté par un petit e en exposant (yqflu, qutt'lah, b'râqimX

PRINCIPALES ABREVIATIONS

Alan. btbl.

Atl. archéol. .

Atl. d'hist. nat.

Atl. yéogr.

Les Septante, ou les premiers traducteurs grecs de la Bible hébraïque.

Manuel biblique, ou Cours d'Écriture sainte à l'usage des séminaires, par MM. Vigouroux ( Ane. Testament ) et Bacuez ( Nouv. Testament ). 4 vol. in - 12.

Atlas archéologique de la Bible, d'après les meilleurs documents soit anciens, soit modernes..., destiné à faciliter l'intelligence des saintes Écritures, par L.-Cl. Filllon, prêtre de Saint -Sulpice. Un vol. gr. In -4°, composé d'un texte explicatif et de 117 planches contenant 1400 figures. Nous citons d'après la deuxième édition , 1886.

Atlas d'histoire naturelle de la Bible, d'après les monuments anciens et les meilleures sources modernes et contemporaines..., par L.-CI. Fillion. Un vol. grand ln-4», composé d'un texte explicatif et de 112 planches contenant 900 figures , 1884.

Atlas géographique de la Bible, d'après les meilleures sources françaises, anglaises et allemandes contemporaines, par L.-Cl. Fillion et H. Nicole. Un vol. gr. in-4", composé d'un lexique et de 18 cartes en couleurs, 1800,

§ I. — Ce qu'est la Bible.

I. Étymologiquemcnt, c'est « le Livre » par excellence, le livre des livrer. Telle est, en effet, la signification du mot Bible, qui dérive du grec1 par l'intermédiaire du latin Biblia*. Nom d'une parfaite exactitude, qui piace à bon droit la Bible au-dessus de tous les autres livres, et lui donne un rang à part entre les produits littéraires du monde entier. Aussi les écrivains sacrés furentils des premiers à l'employer, Dan. ix, 2; I Mach. xn, 9; II Mach. vm, 23; II Tim. iv, 13; de même que les dénominations analogues de sainte Écriture , de saintes Lettres, etc.3.

Mais qu'y a-t-il d'étonnant à ce que la Bible soit le plus beau, le plus riche, le plus utile, le plus parfait et le plus saint des livres, puisqu'elle a Dieu luimême pour auteur? Omnis Scriptura clivinitus inspirata, II Tim. m, 16; Spiritu sancto inspirati locuti sunt sancti Bei homines, II Tetr. i, 21. Qui quicleni Veteris et Novi Testamenti libri, integri cum omnibus suis par tibus..., Spiritu sancto inspirante conscripti, Beum habent auctorem, a dit le concile du Vatican (Sess. III, Const. dogm., c. n), à la suite du concile de Trente (Sess. IV).

On le voit par ces définitions officielles, ce qui fait de la Bible entière un livre divin et la parole de Dieu dans le sens strict, c'est l'inspiration en vertu de laquelle toutes ses parties ont été composées. L'impulsion première qui a excité les écrivains sacrés à prendre la plume, l'illumination intérieure qui leur suggérait d'une manière plus ou moins complète les matériaux à mettre en œuvre, la direction ou surveillance perpétuelle exercée sur leur travail : tout cela venait de Dieu, qui est ainsi, selon la rigueur des termes, l'auteur des saints Livres4. Conformément au langage imagé des Pères et des Docteurs, Scriptura divina convivium sapientiœ est , singuli libri singula sunt fercula5; Est autem omnis

1 Bt6/.''a, au pluriel neutre, diminutif de B:'- 6).oç, et correspondant à libelli. « Livres multiples qui sont devenus un seul livre, » disait saint Jean Chrysostome.

- D'abord également employé au pluriel neutre : Hiblia, blbliorum : puis transformé, au SHI« siècle, en un substantif féminin singulier : Dlblia, bibliœ.

3 « 1/Kcriuire: "c'est l'expression dont se sert habituellement Noire-Seigneur Jésus-Christ quand 11 cite les livres de l'Ancien Testament. Comment. — I

4 Sur la grave question de .''inspiration (nature, existence, étendue), voyez le Manuel bibl., t. I, nn. 7-23. Non seulement les protestants, mais même des écrivains catholiques ont émis sur ce point capital des théories relâchées et dangereuses, desquelles il résulterait que Dieu n'est pas l'auteur do nombreux passages de la Bible. Nous ne parlons pas des rationalistes, pour qnl la sainte Écriture n'est pas autre chose qu'un livre humain.

s S. Ambr. Deo/flc. min., 1. I,n. 165.

[NTBODUOTIO&

Scriptura cor Dei, os Dei, lingua Dei1. Avec quelle foi, quelle reêor.naisaaneô el quel amour on doit lire et méditer on tel livrel

II. Livre divin, eL pourtant, à un autre point de vue, fertile aussi en cOl tantes pensées, livre dans ta composition duquel les hommes, nous Tenons de le dire, ont joué un rôle impoi tant : Dans est auctor Scripturarum per conscriptores humanos -. Ces amanuenses de l'Esprit-Saint conservaient, à part de rares circonstances, telles que certaines extases, le libre exercice de leurs facultés naturelles8; c'est pourquoi chacun d'eux a laissé, dans les pages écrite- par lui. l'empreinte individuelle de son caractère, de sa condition, de son style. De là cette merveilleuse variété des saints Livres, qui ne plaît pas moins que leur unité.

En tant que livre humain, la Bible appartient au temps et à l'espace. Publiée par fragments, elle mit [très de seize cents ans pour paraître (de 1500 avant Jésus-Christ à Tan 100 de l'ère chrétienne). Sa patrie principale est la Palestine; mais plusieurs livres furent composés bien loin de Jérusalem : à Rome, par exemple, ou à Babylone. Les langues qu'elle parle sont l'hébreu, le grec; le chaldéen en quelques rares passages.

III. Dictée, pour ainsi dire, par Dieu, et écrite par des hommes, la Bible nous a été fidèlement transmise et interprétée par l'Église, comme le prouve de la façon la plus admirable l'histoire du canon, soit chez les Juifs, soit chez les chrétiens4. Elle est donc en troisième lieu, et c'est encore pour elle un beau titre de gloire, le livre ecclésiastique par antonomase. Nous n'avons pas à raconter ici les soins plus que maternels avec lesquels deux institutions également divines5, quoique si dissemblables sur bien des points, veillèrent tour à tour à sa préservation. Qu'il suffise de rappeler que nul livre ancien ne présente d'aussi frappantes garanties d'authenticité et d'intégrité.

§ IL — Jésus-Christ, centre de la Bible.

1. Mais, par-dessus tout, d?ns l'intention visible de Dieu qui l'a donnée au monde, et d'après l'interprétation constante de la Synagogue comme de l'Église, la Bible est le livre du Messie, le livre de Notre -Seigneur Jésus-Christ.

Telle est vraiment l'idée mère et centrale des écrits inspirés, idée vers laquelle convergent toutes les autres; telle est leur principale raison d'être, en dehors de laquelle disparaît toute leur unité et presque toute leur beauté : Jésus, le Christ, Fils de Dieu. « Jésus-Christ, que les deux Testaments regardent: l'Ancien, comme son attente, le Nouveau, comme son modèle, tous deux comme leur centre, » a .dit sobrement et magnifiquement Pascal6. Ou mieux encore, suivant l'expression de saint Paul7 commentée par saint Irénée8, Jésus-Christ est lapis summus angularis, qui unit les deux Testaments de la manière la plus étroite.

IL Rien de plus facile à démontrer que cette noble thèse. Les preuves extrinsèques, ou d'autorité, et les preuves intrinsèques, tirées du fond même des saints Livres, abondent en ce sens. Nous devons nous borner ici à indiquer les

1 S. Bonav. In Ilexaem. 12. | 8 Contra Hœr., 1. IV, c. xxv, 1. Comparez ces

2 Cette heureuse expression est du cardinal , lignes de S. Augustin, Contra Faust: u Nos au- Fianzelin, De tradltione et Scriptura ,1870.

3 \oy. II Mach. i, 1 ; Luc. I, 1-4.

4 Voy. le Man. bibl., t. I, An. 24-47.

5 La Synagogue et l'Église.

6 Per.i<k.i, é.lit. E. Ilavet; Paris, 1880, p. 272.

Eph. il , 20. j leg. *

tem , et ad commémorât! nem fldei nostras , et ad consolationem spei nostrœ, et ad exhortationem charitatis nostrœ, libros propheticos et apostolicos(c.-à-d. l'Ancien et le Nouveau Testament) leglnms, alterutris vocibus sibimet concinen-

principales. Naturellement, nous insisterons davantage sur les écrits de l'ancienne Alliance, car il est de toute évidence que Jésus est Valpha et Voméga du Nouveau Testament.

1° Les preuves extrinsèques consistent dans le témoignage de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même et dans celui de ses apôtres, dans la tradition juive et dans la tradition chrétienne.

A plusieurs reprises, le Seigneur Jésus affirme, dans les termes les plus énergiques, que toute la Bible est occupée de lui. Il y renvoie les pharisiens hostiles et incrédules : Scrutamini Scripturas , quia vos putatis in ipsis vitanx seternam habere, et illse sunt quse testimonium perhibent de me, Joan. v, 39. Si crederetis Moysi, crederetis forsitan et mihi; de me enim ille scripsit, Joan. v, 4G. Il y renvoie ses disciples et ses amis : Incipiens a Moyse et omnibus prophetis, interpretabatur illis in omnibus Scripturis quse de ipso erant, Luc. xxiv, 27. Hsec sunt verba quœ locutus sum ad vos, cum adhuc essem vobiscum, quoniam necesse est impleri omnia quse scripta sunt in lege Moysi, et prophetis, et psalmis de me, Luc. xxiv, 44. Il ne s'en applique pas seulement l'ensemble, mais des détails spéciaux et minutieux : par exemple, le symbole du seipcnt d*aiiain, Joan. m, 14; l'oracle d'Isaïe relatif à la conduite suave et miséricordieuse du Messie, Luc. ni, 16-21; les prophéties qui concernaient sa passion, Matth. xxvi, 34, et Luc. xxn, 37. Sur le point d'expirer, il pousse ce ci i suprême : Consummatum est, Joan. xix, 30, signifiant par là qu'il avait réalisé en entier le- prophéties de l'Ancien Testament qui concernaient sa vie, son rôle et sa mort.

Comme leur Maître, les évangélistes et les apôtres en appellent sans cesse à la Bible, puisant à pleines mains dans le riche trésor des prophéties messianiques, relevant par des textes nombreux1 la parfaite harmonie qui existe entre la vie de Jésus-Chi ist et les écrits inspirés, montrant de toutes manières qu'à leurs yeuy l'Ancien Testament tire sa principale valeur du Messie qui devait l'accomplir.

Saint Philippe s'écrie au moment môme où il venait de rencontrer Jésus pour la première fois : Quem scripsit Moyses in lege, et prophetse, invenimus : Jesum, filium Joseph, a Nazareth, Joan. i, 43 2. Les quatre biographes du Sauveur signalent à chaque pas, dans leurs récits, les coïncidences providentielles de ses moindres actes avec les figures et les oracles de l'ancienne Alliance. « Jésus a réalisé, trait pour trait, le grand idéal messianique des prophètes : telle est la pensée fondamentale sur laquelle tout s'appuie, à laquelle tout est ramené 3 » dans saint Matthieu4. Les formules dont il se sert pour introduire ses citations sont significatives : Hoc factum est ut adimpleretur quod dictum est a Domino per prophetam...; ou bien : Tune adimpletum est quod dictum est. C'est donc le plan, le conseil de Dieu même, qui est ainsi mis en relief; il ne s'agit pas d'une simple accommodation humaine, mais d'un rigoureux accomplissement. Quoiqu'ils n'aient point écrit pour des Juifs à la façon du premier évangéliste, saint Marc et saint Luc suivent une marche analogue, et ils prouvent historiquement, à leur tour, par des passages de la loi, des pio-

1 On en a compté jusqu'à deux cent soixantequinze. Leur étude est tout à fait Instructive. Dans ce nombre ne sont pas comprises les simples allusions de pensées et de langage, qui se rencontrent à tout Instant. Et néanmoins, le Nouveau Testament est loin de tout citer, puisqu'il passû sous silence des oracles messianiques «lu premier ordre, tels que Is. ix, 6-7; Jer. xxni, 6-6: Zach. vr, 12-13, etc.

1 II est remarquable que les anges , pour an-

noncer à Zacharie, à Marie, à Josepb, aux pasteurs, l'avènement du Messie, emploient les expressions de l'Ancien Testament, et les imagos des prophètes. Cf. Matth. I, 20-21 ; Luc. i, 13-17, 30-35; n, 10-13.

3 Fillion, Evang. selon S. Matth., Paris, 1R7S, p. 17.

4 n cite l'Ancien Tostamont quarante • trois fols.

4 iDUCTION

I g et des psaumes, que Jésus est le Messie promis '. Saint Jean T reprend rmule ut adimpleretur de saint Matthieu, et, constamment aussi, il appuie Ba narration sur l'Ancien Testament comme sur sa base naturelle : pour lui, la Palestine > t le pays du Christ, et les Hébreux forment sa nation spéciale, i, 11; plusieurs incidents de l'histoire juive ont figuré les mystères de la vie île Notre-Seigneur Jésus-Christ, entre autres, la manne, l'agneau pascal, Joan. VI, 32; xix, 36. Rien de plus saisissant que ces rapprochements, auxquels les évangélistes n'auraient pas pensé d'eux -ni'" mes, mais que l'Esprit- Saint daigna leur suggérer, Joan. u, 22; xu, 10; xx, 8, etc.

C'est aussi l'Ancien Testament qui fournissait à tous les apôtres eu général la substance de leurs discours et de leurs lettres, quand ils annonçaient Notre- Seigneur Jésus-Christ. De quoi saint Pierre paraît-il avant tout frappé, dans les rares pages qui nous sont restées de lui? De la réalisation littérale et intégrale, par son Maître, des prophéties antiques. Il cite tour à tour, en ce sens, Joël, A«l. u, 16-21; David, Act. H, 25-28,34-35; Moïse, Act. m, 22-23; Isaïe, 1 Petr. n, G. Mais, ne pouvant tout dire, il résume sa pensée dans les lignes suivantes, Act. m, 24-25 : Et omnes prophetoc a Samuel et deinceps, qui loeuti sutit, annuntiaverunt dies istos (l'ère messianique). Saint Etienne, le diacre au visage d'ange, termine en ces termes son beau discours christologique : Quem prophetarum non sunt persecuti patres vestri? Et occiderunt eos qui annuntiabant de adventu Justi, Act. vu, 52. Saint Paul, ce rabbin converti, qui s'était avidement plongé dans l'étude des saintes Écritures et des traditions juives, a prouvé mieux que personne, soit par des principes généraux, soit par des applications de détail, que Jésus-Christ est vraiment l'âme de la Bible. Ses principes sont d'une lucidité et d'une énergie remarquables : Finis legis Christus, Rotn. x, 4; quand Jésus-Christ apparaît, c'est la plenitudo temporis 3, Gai. îv, 4, à laquelle tout aspirait ardemment sous l'ancienne Alliance; Lex pœdagogus noster fuit in Christo, ou mieux, d'après le texte original, un pédagogue qui nous conduit au Christ, Gai. iv, 24; les fidèles sont supersedificati super fundamentum apostolorum et prophetarum, Eph. n, 20; l'Ancien Testament, avec ses lois et ses cérémonies, n'était qu'une ombre, le Nouveau est le corps, la réalité, Col. u, 17; Jésus Christus heri et hodie, hier sous le régime et dans les livres de la théocratie judaïque, aujourd'hui dans l'Église chrétienne: mais aussi ipse et in sœcula, Hebr. xm, 8 4. Ces phrases parlent d'elles-mêmes. Du reste, saint Paul les a personnellement commentées, de vive voix et par écrit, au moyen d'applications non moins riches que fréquentes. Ses discours aux Juifs pourraient se réduire à quelques lignes : Et nos vobis annuntiamus eam quse ad patres nostros repromissio facta est, Act. xm, 32; Testificans minori atque majori, nihil extra dicens quant ea quse prophetse loeuti sunt futura esse et Moi/ses, Act. xxvi, 22; Suadens eis de Jesu ex lege Moysi et prophetis, Act. xxvin, 23. Ses magnifiques épîtres, toutes remplies du nom et de l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, reviennent constamment aussi sur cette preuve essentielle. Parfois, à première vue, les applications semblent surprenantes et amenées de bien loin; par exemple, dans certains passages où l'histoire des Hébreux est mise en corrélation avec celle du Christ et de son Église5. Mais le

1 S. Marc a dix-neuf citations, S. Luc vingtdeux.

* Quatorze citations directes , Indépendamment des allusions.

J Expression d'une si grande beauté. Cf. Hebr. ix, 27, où l'avènement du Christ est appelé consHmynalio sœculorum. C'est l'équivalent del"«ftayit hayyâmim , ou « un des jours », locution par

laquelle l'Ancien Testament désigne plusieurs fois l'ère messianique. Gen. sxts, 1 ; Num. xxiv, 14 ; Is. n, 2, etc.

4 Cf. i, 1-2 : « Multifariam multisque modis olim Deus loquens patribus In prophetis, novissime dlebus lstis locutus est nobis in Filio. »

B Yoyez surtout I Cor. x, 1-10; Gai. îv, 21- 31; Hebr. XI, 3 10.

grand Apôtre a pris soin de citer cet autre profond principe : ILxc omnia in figura contingebant Mis', I Cor. x, 11.

Apollos, le célèbre juif alexandrin dont Aquila et Priscilla, les amis de saint Paul, achevèrent la conversion, est appelé dans le livre des Actes, xvm, 24", vir potens in Scripturis. Or en quoi consistait exactement son habileté, sa puissance? Saint Luc l'exprime en ces termes un peu plus bas, vers. 28 : Vehemonter enim Judseos revincebat publiée, ostendens per Scripturas esse Christum Jesutn.

Si des livres du Nouveau Testament nous passons aux anciennes interprétations juives de l'Écriture, telles que les Targums, le Talmud, le Midrasch1, les écrits des premiers rabbins, nous voyons que ce fut en Israël, jusqu'au xn0 siècle après Jésus-Christ, une tradition perpétuelle et sacrée de trouver partout le Messie dans la Bible. Tantôt on insère son nom au milieu des textes, pour indiquer nettement qu'il ne peut y être question que de lui4; tantôt une paraphrase lui applique plus au long des passages qui n'éveillaient pas directement son souvenir3; tantôt même, dans le Talmud et dans les écrits similaires, d'interminables et arides discussions sont ouvertes entre les rabbins les plus renommés, pour prouver, bon gré, mal gré, que tout lui est applicable. « Les prophètes, dit un axiome rabbinique, ont uniquement prophétisé sur le bonheur des jours du Messie. » L'exagération est évidente; néanmoins, dans son ensemble, cette manière de faire des docteurs juifs était une rigoureuse vérité, puisque le Christ est le cœur des saintes Écritures4. « Il ne faut pas vouloir tout appliquer immédiatement au Messie; mais les endroits qui ne le regardent pas directement servent au moins de support à ceux qui l'annoncent. Comme dans une lyre, dit saint Augustin, les cordes seules sont sonores de leur nature, et cependant le bois sur lequel on les monte n'a point d'autre but que de contribuer aussi à la production des sons. Ainsi en est-il de tout l'Ancien Testament, qui résonne comme une lyre harmonieuse le nom et le règne de Jésus- Christ5. »

On le voit déjà par cette délicate comparaison de saint Augustin, les Pères et les Docteurs chrétiens des premiers siècles, quand ils étudiaient la Bible, aimaient à regarder toutes les parties qui la composent comme autant de cercles concentriques, ou comme autant de rayons convergents, dont le Seigneur Jésus est le centre réel. A la façon des Apôtres et selon la pressante recommandation du Sauveur, ils scrutaient les Écritures surtout en vue d'y découvrir le Messie promis6. Saint Justin martyr, dans son dialogue avec le Juif Tryphon; Athénagore, dans son Apologie; Tertullien, Adversus Judseos; saint Irénée, Contra Hœreses1, développent fréquemment ce beau thème. Christus, écrivait ce dernier, qui tune (dans l'Ancien Testament) per patriarchas suos et prophetas

1 Voy. lo Manuel blbl., t. I, nn. 94-101, 190-

2-Num. xxiv, 17, d'après les Targums d'Onkélos et de Jonathan : « Un roi sortira de Jacob, et le Messie s'élèvera en Israël. » Sur la célèbre Mèm'ra , équivalant au Logos , voy. notre commentaire sur l'Évangile selon S. Jean, p. 5.

3 Gen. xlix, 10, les Targums ajoutent : « jusqu'au temps du Messie. » Os. xrv, 8 , le Targum de Jonathan traduit : « Ils habiteront à l'ombre de leur Christ. » Et mille autres traits analogues. Voir Drach, Harmonie entre l'Église et la synagogue, passim.

4 Sur les théories tout opposées des rabbins moderne», voy. no» Essais d'exégèse, Lyon, 1884,

pp. 271-276. Leurs commentateurs réputés les plus doctes sont rationalistes, et ne voient le Messie nulle part. Comme le dit S. Paul, II Cor. m, 14- 1 6, « ils se couvrent les yeux d'un voile quand ils lisent la Bible. »

5 Le Hir, les trois grands Prophètes, Isaïe, Jérémie , Ezéchiel : analyses et commentaires. Paris, 1877, p. 14 et ss.

6 C'est dans YÊpître de S. Barnabe, composée entre les années 71 à 120 de notre ère, que l'on trouve la première discussion systématique des passages de l'Ancien Testament réalisés par Jésus-Christ.

7 Voy. en particulier le livre IV, chap. mk-

( , rat] prœfiyuram et prœnuntians futura '. D'où il concluait : 8i quti igitur intenltu légat Scriptun ■ t in iisdem de Christo 8ermonem...Ab

Scripturis thésaurus Christus , quoniam per typoaet parafoolas aignifi Origène el les autres écrivains de l'école' d'Alexandrie a ne pouvaient manquer d'exploitei à leur tour, non sans quelque exagération de détail, une mine féconde. Il valait mieux, disaient-ils, chercher dix Ibis le Christ là où il n'était pas, que de l'oublier une seule fois là où il se trouvait. D'après eux, l'Écriture, c'est, pour ainsi dire, le Verbe fragmenté; ce sont les gloires et la bonlr du Verbe répandues boub chaque pensée du texte sacré: Vestimentu sunt Verbi ScriptursB dictiones... Semper in Scripturis Verbum caro fit, ut habitet in nobis ''. Quelques membres de l'école d'Antiochc tentèrent, il est vrai, une réaction fâcheuse, et en vinrent, entre autres Théodore de Mopsueste, à nier que Jésus-Christ eût été prédit par les prophètes5; mais ils ne trouvèrent aucun écho sérieux, et les Pères de l'Occident comme ceux de l'Oiient, les Jérôme, les Ambroise, les Augustin, comme les Éphrem, les Basile, les Chrysostome, continuèrent à chercher et à trouver le Christ dans toute leur Bible. « La coupe de la sagesse est entre vos mains, dit saint Ambroise8. Cette coupe est double : c'est l'Ancien et le Nouveau testament. Buvez-les, car dans les deux vous buvez le Christ. Buvez le Christ, car c'est une fontaine de vie... Buvez le Verbe dans les deux Testaments... On boit l'Écriture, on la dévore, lorsque le suc du Verbe éternel descend dans les veines de l'esprit et dans l'essence de l'âme. » Lex gravida Christo, s'écriait saint Augustin7, avec une vigueur digne de saint Paul. L'art chrétien et l'épigraphie chrétienne à leur début, c'est-à-dire à l'origine môme du christianisme, n'avaient- ils pas été remplis de cette pensée? Types et prophéties, Abel et Jonas, Isaac et Daniel, l'agneau immolé et le lion qui dévore, la manne et la toison, le déluge et l'arc-en-ciel : ces traits et cent autres de l'Ancien Testament sont rapportés à Notre-Seigneur Jésus-Christ par les peintures des catacombes 8, et par les antiques inscriptions de l'Asie Mineure ou de la Syrie9.

Et depuis ces temps reculés jusqu'à nos jours, tous les interprètes croyants sont venus de même saluer Jésus-Christ dans la Bible des Juifs, où il ne se manifeste pas moins que dans les écrits apostoliques10. Nous avons entendu Pascal, le profond penseur du xvii0 siècle; Bossuet a également jeté son regard de génie sur les pages sacrées, et voici ce qu'il y a découvert : « Tous (les auteurs inspirés) ont écrit par avance l'histoire du Fils de Dieu, qui devait aussi être fait le fils d'Abraham et de David. C'est ainsi que tout est suivi dans l'ordre des conseils divins. Ce Messie, montré de loin comme le fils d'Abraham, est encore montré de plus près comme le fils de David u. » A notre époque, Stolberg

1 Ch. xxi, n. 3.

2 Ch. xxvi, n. 1. Voy. Prat, Hist. de S. Irénêe, Lyon, 1813, p. 244 et ss.

3 M au. Ubl., t. I, n. 205. Ce mot d'Origène est bien connu : « Arguruentum quo maxime ea qua3 ad Jesum spectaut conflrmantur, nempe illum a Judœorum prophetis, a Moyse et ab lis qui an te et post Moysen vixerunt, fuisse praenuntiatum. » Contra Cels., 1. II , c. xm.

* Orig. Philocal. c. xv. Cf. In Levit. hom. I. ■"olr d'autres beaux textes sur ce sujet dans Ms' Landriot, le Christ de la tradition, t. I, p. 284 et ss. de la 2« édition.

5 Ce sont les paroles mêmes du second concile de Constaiitinople, qui condamna Théodore.

6 InPsahn.l, a. 33.

7 Serm. XX de Sanclis. Voy. aussi les traités

Decivit. Dei, 1. XVII et XVIII, et Contra Faust., 1. XII , où le saint Docteur fait tout au long l'application de son principe.

8 Voy. Rossi, Roma sotteranca, passim ; Xortlicote et Brownlow, Rome souterraine, p. 293-402 de la traduction française; Paris, 1874.

9 Le Bas et Waddiiigton , nn. 2551, 2650, 2665, etc.

10 * Jésus -Christ était présent au milieu des hommes avant son apparition visible , présent de l'autre côté du Calvaire, sur le versant de l'ancien monde, comme Verbe et Sauveur. » Mer Moignan, les Prophéties messianiques de l'Ancien Testament : prophéties du Pentateuque ; Paris , 1856, p. 16.

11 Discours sur l'histoire universelle, 1" partie, oh. rv. Chaque page de ce magnifique ouvrage i

écrivait au sujet de la Bible: « Toutes les paities de ce livre sont unies de la façon la plus étroite par une relation unique, la relation qu'elles ont à J> Christ, l'Oint de Dieu, le Sauveur d'Israël, le Sauveur de l'humanité. Sans lui, l'histoire sainte entière n'aurait ni enchaînement ni but. Non , elle n'en aurait pas, puisqu'il est l'objet perpétuel des promesses, des coutumes religieuses, de l'attente nationale, des aspirations ardentes des hommes de Dieu r. »

2° Il n'est pas moins facile de démontrer par les preuves intrinsèques , c'està-dire par le contenu même des livres sacrés, que Notre-Seigneur Jésus-Christ est le point culminant et l'idée centrale de la Bible. Ce volume, composé par des auteurs si nombreux et si dissemblables, à des intervalles si écartés les uns des autres, sous des civilisations si différentes, présente une remarquable unité : tout s'y enchaîne d'une manière vraiment étonnante. Or le Christ est le lien moral qui en groupe les diverses parties en un faisceau unique. Chaque éciit spécial présente l'idée messianique sous une forme nouvelle; tous ils s'expliquent, se contrôlent, se complètent mutuellement. Cet axiome que le moyen âge a extrait des écrits de saint Augustin 2 :

NovTim Tcstamentum In Vetere latet, Vêtus Tcstamentum in Novo patet,

est un parlait sommaire de la pensée que nous avons à développer.

1. Il est aisé de voir que Jésus-Christ est le thème unique du Nouveau Testament. Les Évangiles, les Actes des Apôtres, les Épîtres, l'Apocalypse, ne s'occupent que de lui et de son règne. Mais déjà nous avons vu que les évangélistes et les apôtres établissent des points de repère perpétuels entre leurs propres livres et ceux de l'ancienne Alliance3. Toutefois, contentons-nous ici de deux pages des saints Evangiles. Qu'est, au fond, la généalogie de Jésus telle que nous la lisons dans saint Matthieu, i, 1-17, et dans saint Luc, m, 23-38'.' Que sont les soixante-douze noms de la liste la plus longue? Un résumé aussi complet que possible de l'Ancien Testament. On a élagué les faits accessoires, et l'on a maintenu seulement les faits essentiels; or tout ce qui est essentiel se rapporte au Messie, à Jésus-Christ. Si bien que la Bible pourrait être comparée à ces beaux vitraux et à ces gracieuses vignettes des siècles passés, où le pieux artiste a représenté un arbre gigantesque, aux branches verdoyantes, qui a sa racine au cœur d'Adam ou d'Abraham, et qui, de son rameau suprême, soutient le Sauveur et sa mère. Cherchez bien dans les deux Testaments, vous n'y trouverez pas autre chose que le Christ. Le reste est subordonné à sa personne et à son règne.

2. Si l'Évangile est un abrégé de la Loi et des prophètes, on peut affirmer également que les écrivains de l'ancienne Alliance ont condensé d'avance la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans leurs plus beaux | assages : ils sont, comme on l'a si bien dit, les évangélistes de l'Ancien Testament; sous la dictée

pour but de démontrer que Jésus-Christ est le centre , non seulement de la Bible et de l'histoire Juive, mais de l'histoire universelle.

1 J. Janssen, Friedrich LeopoJd Graf zu Stolberg , sein Entwickelungsgang und sein Wirlcen Im Geiste der Kirche; Fribourg-en-Brisgau,18S2, p. 294. Il disait encore, ibid., p. 262 : « L'attente du Messie Jette de la lumière sur tous les livres de l'Ancien Testament, qui forment, grâce à elle, la plus parfaite harmonie, et qui seraient sans ella un chaos. » Un autre écrivain de génie, le P. Lacordaire, a sur cette môme pensée des pagss éloquentes, dans lesquelles il se complaît >

montrer, du sommet à la base des saintes Ecritures, « la figure du Christ éclairant tout de sa lumière et de sa beauté. » Lettres à un jeune hommesur la vie chrétienne , Paris, 1873, p. 111. La seconde lettre, du Culte de Jésus-Christ dans les Ecritures, se rapporte en grande partie au point que nous traitons.

2 Qusest. 73 in Exod.

3 Un simple coup d'œil Jeté sur la concordance marginale d'une édition quelconque du Nouveau Testament est très instructif sous ce rapport. On voit aussitôt que Jésus-Christ est la conclusion rigoureuse des prémisses de l'Ancien Testament.

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il-- Dieu, ils onl Irai ê au Messie le programme qu'il devait réaliser un jour; il» ont p.int lentement, mais sûrement, son image '. I mei l dans

prophétiques proprement dits que l'on peul étudier ce portrait d'une si exacte ressemblance; c1 -t à travers toute la Bible qu'on l'aperçoit, car les oracles messianiques retentissent partout.

a La promesse d'un Sauveur, faite dans le paradis terrestre, est le premier ■ a d'une chaîne non interrompue de prophéties, depuis Adam jusqu'à Zacbaric, père de saint Jean -Baptiste*. » Aussi lui a-t-on donné depuis longtemps le beau uom de protevangelium 3. Brillant rayon qu'Adam et Eve emportèrent avec eux de l'Edcn, comme une vive consolation dans leur détresse. Avec Noé, Gen. ix, 2G, la promesse devient plus précise et plus nette : le « fils de la femme » sera le fils de Sein, auquel est alors rattachée l'histoire de la rédemption. Le cercle se resserre davantage encore avec Abraham, quand Dieu lui annonce gu'en sa postérité toutes les nations seront bénies, Gen. xn, 3. Semini tuo, qui est Christus , ajoute saint Paul, Gai. ni, 16. Plus tard, Gen. xxvn, 27 et ss., la race de Jacob est séparée de celle du profane Esaiï, toujours en vue de la promesse. Puis Jacob lui-même, divinement éclairé, choisit Juda parmi ses fils pour être le nagid, ou prince, duquel naîtra le Messie, Gen. xlix, 8 et ss. Plusieurs siècles s'écoulent; de nouvelles révélations rendent la douce et glorieuse image du Rédempteur de plus en plus distincte : Balaam piédit sa royauté, Num. xxiv, 17, et Moïse, son triple rôle de législateur, de médiateur et de prophète, Deut. xviii, 18-19.

Les rayons messianiques, après avoir été ainsi pendant longtemps rares et isolés, — quoiqu'ils fussent suffisants pour échauffer et pour illuminer des périodes entières, — se multiplient tout à coup, et acquièrent un éclat incomparable à partir de David. Ce saint roi a contemplé de loin le Messie, et l'a chanté dans ses Psaumes avec une magnificence que rien n'égalera jamais. « Les autres prophètes n'ont pas moins vu le mystère du Messie4. Il n'y a rien de grand ni de glorieux qu'ils n'aient dit de son règne. L'un voit B> thléem, la plus petite ville de Judée, illustrée par sa naissance; et, en même temps, élevé plus haut, il voit une autre naissance par laquelle il sort de toute éternité du sein de son Père 5; l'autre voit la virginité de sa mère6. Celui-ci le voit entrer dans son temple7; un autre le voit glorieux dans son tombeau, où la mort avait été vaincue8. En publiant ses magnificences, ils ne taisent pas ses opprobies. Ils l'ont vu vendu; ils ont su le nombre et l'emploi des trente pièces d'argent dont il a été acheté9. Afin que rien ne manquât à la prophétie, ils ont compté les années jusqu'à sa venue10; et, à moins de s'aveugler, il n'y a plus moyen de le méconnaître " . »

Dans ces oracles multiples, le progrès de la révélation est admirablement accentué. L'Esprit- Saint n'a évoqué que peu à peu et graduellement cette radieuse figure du Christ, qui se dresse devant nous toujours plus vivante, à mesure qu'approche la plénitude des temps, l'époque où les oracles sacrés doivent s'accomplir. Chaque prophète ajoute un trait nouveau : quand le dernier

1 t Ipsc enim (Christus) se in prophetis pnedicabat, quoniam lpsc est Verbum Dei. Nec illi taie allquid dicebant, nlsl plenl Vcrbo Dei. Anmintnbaiit ergo Christian pleni Christo, et illl eu in venturum pnecedebant. î> S. Aug. Enarrat. in Psalin. cxi.n, 1.

2 M' Melguan, loc. cit., p. 13.

3 Gen. m, 15.

* Voy. dans le Man. Ubl, t. II, nn. 902-903, l'indication sommaire des principales prophéties

messianiques.

5 Mich. v, 2.

6 Is. vu, 14.

7 Mal. m, 1.

6 Is. un, 9.

9 Zacta. xi, 12-13.

10 Dan. ix.

11 Bossuct, Discours sur l'histoire universelle, 2e part., en. rv. Voy. aussi les en. v et suiv., qui développent la même pensée.

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d'entre eux s'est retiré, le tableau est parfait, et l'image est d'une telle précision, qu'il suffira de rencontrer le personnage ainsi représenté pour s'écriei aussitôt: C'est Lui! voilà ce Christ dont la physionomie remplit et anime tout l'Ancien Testament.

3. Nous avons donné déjà, pour ainsi dire, deux sommaires de la Bible, les généalogies de Jésus et les oracles messianiques, afin de démontrer que tout 6'y rapporte au Sauveur. Nous ajouterons une troisième variation sur ce riche et fécond motif.

De môme que les écrits de l'ancienne Alliance peuvent se résumer dans une série de noms propres qui représentent les aïeux du Christ, de même que tous ces livres peuvent se réduire aux prophéties relatives à Jésus, de même aussi ils se ramènent de la manière la plus simple et la plus naturelle à l'histoire des Juifs, la nation privilégiée; or cette histoire est étroitement unie à celle du Messie, c'est une marche constante vers le Messie '.

Longtemps avant Abraham, remarquez, dans la Genèse, comment l'écrivain sacré procède par voie d'élimination. La race humaine est traitée comme une plante vigoureuse, que l'on emonde de temps à autre pour lui conserver sa fraîcheur et sa beauté. Les branches retranchées sont celles qui n'ont aucun rapport avec le Christ promis : brandie de Gain (ch. iv), branches de Japhet et de Cham (ch. x), tous les rameaux sémitiques à part celui d'Abraham (ch. xi et xm), branche d'Ismaël (ch. xxv), branche d'Ésaiï (ch. xxxvi). Et de même dans les livres suivants. Ce qui ne concerne pas le peuple du Messie est regardé comme accessoire, et l'on n'y touche qu'en passant. Au contraire, on insiste avec amour et complaisance sur les plus petits détails, lorsqu'ils se rapportent à Israël et à la rédemption. Comparez, par exemple, l'histoire de la chute, Gen. m, racontée si explicitement, à celle des nombreuses générations patriarcales sur lequelles on glisse avec tant de rapidité, Gen. v; les biographies d'Abraham, d Isaac, de Jacob, dont les moindres circonstances sont notées, et la formation des premiers empires, Gen. xi, exposée d'un trait de plume. Pourquoi la gracieuse idylle de Ruth a-t-elle été préservée tout entière, sinon à cause de la généalogie qui la termine et qui nous fait connaître plusieurs ancêtres du Messie? Ruth, iv, 18-22. De même dans les autres écrits.

En effet, les livres qui composent l'Ancien Testament viennent se ranger d'eux-mêmes dans l'une de ces trois catégories : les livres historiques, les livres prophétiques, les livres poétiques ou sapientiaux. La première classe expose les péripéties variées de la théocratie2, c'est-à-dire du gouvernement direct de Jéhovah sur les Juifs. Mais pourquoi le Seigneur emploie-t-il des méthodes si diverses pour faire l'éducation de son peuple? L'alliance auprès de l'autel du Sinaï, la législation mosaïque, les épreuves du désert, l'installation dans la Terre promise et à Jérusalem,. les victoires et les défaites, les phases de gloire et les périodes d'humiliation, l'isolement de tous les autres peuples, l'exil enlin : tout cela avait pour but de former la nation choisie et de faire, pour ainsi dire, son éducation en vue du Christ à venir. Ce plan divin est visible à chaque page de la Bible; il s'y déroule majestueusement, avançant toujours malgré les obstacles humains, jusqu'à sa réalisation au jour de Noël, ou plutôt jusqu'à la consommation plus parfaite du ciel, que racontent les derniers cha-

1 a Omnla quae illis contlnentur libris, vel de Ipso dicta sunt, vel propter ipsum. » S.Aug. Contra Faust. 1. XII, c. vn. « C'est une suite d'hommes, durant quatre mille ans, qui, constamment et sans Interruption, viennent, l'un en suite de l'autre, prédire ce même avènement (de J.-C).

C'est un peuple tout entier qui l'annonce , et qui subsiste pendant quatre mille années, pour rendre en corps témoignage des assurances qu'ils en ont. » Pascal, Pensées, édlt. E. Havet, p. 274.

2 Expression très Juste, qui remonte à l'historien Joseph», Contr. Apion. n, 1G.

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alypse1. Poui le môme motif, le oracles des prophètes, quand

ils m- il .1 ; Messi ■ • i lient néanmoins desti!

préparer sa venue, i n maintenânl tantôt par des menaci s, tantôt par des propeuple hébreu dans les Baines croyances, dans la pratique de la loi et dans l'attachement à son Dieu. Quant aux poèmes sacrés, les uns, comme les ont les prières de la nation messianique; d'autres, comme le Cantique, expriment, sous une forme allégorique, l'union d'Israël avec son Christ; les autres, comme les Proverbes, TEcclésiaste, etc., montrent, par leur nom même de Hokmah, « sagesse, » et aussi par plusieurs détails très directs -, Les relations intimes qu'ils ont avec le divin Loyos. Quoi d'étonnant que les Israélites, formés par de tels livres, eussent leurs regards toujours dirigés vers l'avenir, et vécussent dans une perpétuelle attente du Sauveur? Durant toute leur histoire, le seul nom de Messie fut un mot magique, qui exerça sur eux la plus vive influence.

III. De quelque manière qu'on l'envisage, la Bible est donc vraiment le livre de Notre- Seigneur Jésus- Christ. Les pas de Jéhovah cherchant les premiers hommes coupables, moins pour les châtier que pour leur annoncer l'évangile du salut b, voilà les premiers pas du Messie sur la terre; et, à partir de cette lontaine époque, on rencontre constamment dans les saints livres les traces du divin Rédempteur. L'idée messianique, c'est, de la Genèse à l'Apocalypse, le fil d'or qui unit indissolublement tous les écrits inspirés. Aussi bien, ^-aint Jérôme a-t-il dit à bon droit qu'ignorer les Écritures c'est ignorer le Christ lui-même4.

Depuis un siècle, et de nos jours surtout, les rationalistes ont étrangement obscurci la Bible, en voilant ce brillant soleil qui en éclaircit tous les mystères ; ils en ont fait un chaos semblable aux oracles du paganisme, que rien n'enchaîne et ne domine5; ils l'ont tristement déprimée, n'y voyant plus qu'un livre humain, qu'une « littérature nationale des Hébreux», parce qu'ils refusaient d'y contempler le Christ. Mais, aux yeux de la foi, rien n'a changé malgré leurs efforts impies. Aussi adorons-nous Notre -Seigneur Jésus-Christ dans la Bible avant d'en commencer la lecture ou l'étude, nous souvenant que, si elle est un livre scellé de sept sceaux, c'est l'Agneau, » l'Agneau immolé dès le commencement », Apoc. xin, 8, qui nous l'ouvrira et nous en fournira l'interprétation 6. En lisant, nous le contemplerons partout avec bonheur, puisque sa présence remplit tout: Apparet litterarum opertus involucris1. Et quels admirables fruits seront produits pju à peu dans nos cœurs! « I-os Écritures enfantent le Veibe, qui est la vérité du Père 8. » « Tous les jours le Verbe se fait chair dans les Écritures, afin d'habiter parmi nous9.» De ces nuées saintes derrière lesquelles il se cache, il arrosera et fécondera nos âmes 10.

1 n est remarquable que la Bible s'achève comme elle avait commencé, par une création. Cf. Gen. i, n, et Apoc. xxt. Le portique et la clef de voûte du beau temple scrlpturalre sont ainsi Intimement unis.

- Notamment, Prov. xxx, 4; Sap. va-ix, etc.

3 Gen. m, 8.

* « Ignoratio Scripturarum ignora tio Christi est.»

5 « Nos savants n'ont pas encore pu comprendre qu'un œil serein, de même qu'un miroir concave, rassemble en un seul point les rayons dispersés. Ils divisent et Us divisent, jusqu'à ce que le der-

nier atome disparaisse dans l'ombre. » Stolbcrg, loc. cit., p. 292. Mats ils sont aveuglés par leurs préjugés dogmatiques.

6 Apoc. v, 6-9. Cf. Joan. i, 18 s'Ei-Yjytjffato, il a fait l'exégèse.

7 S. Ambr., Exposit. in Luc, 1. VII, 12.

8 Clément d'Alex., Stromat., 1. VII, c. xv7.

9 Orig., Philocal. c. xv.

10 S. Aug., De Gen. contr. Man. 1. II, c. v : « De nubibus eas irrigat, id est de Scripturls. » Voy. Lacordalre, Lettres à un jeune homme sur la vie chrétienne, p. 161 de la 3» édiUon.

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