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DE L'AUTHENTICITÉ DU PENTATEUQUE

Les Juifs et les chrétiens ont toujours cru que Moïse, le libérateur etle législateur des Hébreux, était l'auteur des cinq livres du Pentateuque. Ce fait historique est prouvé par le témoignage de ce livre lui-même. Dans l'Exode, xvur, 14, Dieu commande à Moïse d'écrire non pas dans wn livre, mais dans /e livre, comme le porte le texte hébreu, le récit de la bataille contre les Amalécites, ce qui suppose l'existence d'un livre dans lequel étaient consignés les événements concernant l'histoire d'Israél. Le ch. xxiv, 4, de l'Exode. dit expressément: > Moïse écrivit tous les discours du Seigneur. » Le y. 7 nomme en toutes lettres le Séfer Berith ou Livre de l'alliance, et Moise le lit au peuple. Moise avait donc écrit non seulement les lois, mais aussi les faits historiques. Le Deutéronome est plus explicite encore : > Moïse, y est-il dit, xxxr, 9, écrivit cette loi (ha-thórdh) et la donna aux prétres, fils de Lévi. » On a essayé, il est vrai, de restreindre au seul Deutéronome les passages tirés de ce livre, mais cette restriction est contraire à l'interprétation de tous les siècles. — Le récit de la mort de Moïse, Deut., xxxiv, qu'on reconnait généralement être l’œuvre d'un écrivain postérieur, peut-être de Josué, et qui est placé à la fin du Pentateuque comme une sorte d'appen dice, ne prouve nullement que Moise n'a pas écrit ce qui précede.

Tous les livres postérieurs au Pentateuque confirment ce qu'il nous apprend lui-méme sur son origine mosaique. Toute l'Histoire Sainte présuppose le Pentateuque et les événements qui y sont racontés, l'origine chaldéenne de la race Israélite, le séjour en Egypte, l'Exode et la législation mosaique. Le mont Sinai, surlequella loi fut donnée au peuple de Dieu, est le berceau de sa nationalité.

Si plus tard, le souvenir du Sinai s'éclipse devant celui de Sion, où Dieu habite, il n'est pas complètement oublié, car le prophète Elie va le visiter, et le mont Sion lui-méme est, pour ainsi dire, un autre Sinai :

Le Seigneur est au milieu d'eux dans un sanctuaire, comme autrefois sur le Sinai. (Ps. Lxvir, 18.)

Et de méme que Sion présuppose le Sinai, toute l'histoire juive présuppose la législation du Sinai.

Et ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans l’histoire de la législation hébraïque, ce qui en confirme l'antiquité et l'origine d'une manière frappante, c'est qu'elle n'est pas faite, comme les autres législations, à l'image du peuple qu'elle régit. Elle ne sort pas de lui, comme le fruit de l'arbre qui le porte, elle n'est pas l'expression de ses idées et de ses penchants, elle est, au contraire, en opposition absolue avec ses goüts et ses inclinations, et cependant il s'y soumet. 11 est comme invinciblement porté à l'idolátrie, il y tombe souvent, il n'y persiste jamais. Qui est-ce qui l'en retire et l'empéche de s'y perdre? La loi. Supprimez la loi, supprimez Moise, supprimez le Pentateuque, et rien n'est intelligible dans son histoire.

Les Psaumes sont tout imprégnés de la loi de Moise, ainsi que les livres sapientiaux. Les Psaumes descriptifs et historiques ne sont qu'un résumé des faits racontés par Moise. Le Psautier est le Pentateuque mis en prieres.

Tous les prophétes connaissent les livres de Moise, et y puisent fréquemment. Enfin le Nouveau Testament confirme le témoignage de l'Ancien et Notre Seigneur lui-méme cite Moise comme l'auteur du Pentateuque.

Une preuve nouvelle et importante de l'origine mosaique de ce livre nous est fournie par les monuments égyptiens. L'exactitude minutieuse du texte n'atteste pas seulement une connaissance parfaite de l'Egypte, mais la connaissauce de l'Egypte telle qu'elle était sous les Ramsès, à l'époque de l'Exode. Ce qui est dit de l'état du pays, des principales villes de la frontiere, de la composition de l'armée, est vrai de l'époque des Ramsès et non de l'époque des pharaons contemporains de Salomon et de ses successeurs. Or, une telle exactitude ne peut étre le résultat d'une tradition qui se serait transmise à travers une durée de plusieurs siècles; elle nous reporte au temps de Moise.

Le Deutéronome, en particulier, contient de nombreuses allusions aux usages de l'Egypte. Il interdit aux Hébreux, Deut., iv, 15-48, les œuvres de sculpture qu'on prodiguait dans l'empire des pharaons, de peur qu'elles ne les séduisent et ne les entraînent à l’idolâtrie. Il défend aussi au roi, quand il y en aura un en Israél, de ramener son peuple en Egypte, טא‎ 16. Voilà, certes, une crainte qu'on ne peut avoir conçue que dans le désert, lorsque les Hébreux, naguère sortis de la vallée du Nil, et découragés par les privations qu'ils avaient à endurer, comme par les obstacles qu'ils rencontraient sur la route de la Terre Promise, étaient tentés de retourner dans la terre de

Gessen. Un certain nombre de passages rappellent les usages pharaoniques : — xx, 5, les chefs, schoterim, qui font penser par leur nom méme aux scribes égvptiens et en remplissent les fonctions en temps de guerre; — xxvii, 1-8, les pierres enduites de chaux dont on se sert pour écrire; — xxv, 2, la bastonnade infligée pour certaines fautes de la méme maniere que nous la représentent les monuments égyptiens; — xr, 10, les nombreux canaux dans lesquels on distribuait l'eau du Nil et que les auditeurs, auxquels l'orateur s'adresse, ont vu de leurs yeux ou connaissent par le récit de leurs pères ; — vit, 15, et xxvur, 60, les maladies dont les Hébreux ont souffert en Egypte, etc. Les nombreuses prescriptions du Pentateuque contre la lèpre prouvent qu'elles ont été portées en un temps proche de la sortie d'Egypte, parce que c'est surtout à cette époque que ce mal terrible a été fréquent parmi les Hébreux, Deut., vir, 15 (4).

Enfin l'authenticité du Pentateuque est confirmée par les archaismes et les locutions qui lui sont propres. Les livres de Moise ont une couleur antique, qui est produite par des mots et des formes vieillis depuis, comme aussi par le caractere poétique de sa prose et la puissante originalité de sa poésie. Ces archaismes ne se rencontrent déjà plus dans le livre de Josué. Le Pentateuque ne contient d'ailleurs d'autres mots étrangers que des mots égyptiens. Tout nous prouve ainsi qu'il a été écrit au temps de l'exode et qu'il est l'œuvre de Moise, comme l'a toujours enseigné la tradition juive et chrétienne (2).

(1) On peut voir le développement de cette preuve dans La Bible et les découvertes modernes, 5° édit., t. π, p. 519 et suiv.; 516 et suiv.

(2) Pour l’éclaircissement de certaines questions importantes, concernant ie Pentateuque, voir les notes placées à la fin du volume

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