TOUCHANT LE CANON DES ÉCRITURES
cieuse ne pourront jamais s'imposer assez aux intelligences pour les convaincre et les ramener à l'unité sur ces points fondamentaux ; il n'y a qu'une autorité suprême, divinement constituée, infaillible et reconnue comme telle, qui puisse dirimer cette controverse et mettre fin aux incessantes fluctuations d'une raison toujours orgueilleuse, même au milieu de ses plus lamentables faiblesses.
ARTICLE TROISIÈME
Impossible à un prolestant de constater par l'Ecriture l'authenticité de tous les textes de la Bible ; historiquement la démonstration en est très-difficile, et nullement à la portée des intelligences ordinaires ou peu cultivées. — Aveux du protestantisme sur cette importante question.
Il ne faut pas perdre de vue que les protestants ne trouvent la parole de Dieu que dans la Bible ; pas de vérités révélées en dehors de ce volume. Or la Bible garde un silence absolu et sur l'authenticité des livres qui la composent, et sur l'intégrité du texte ; aucune mention d'un grand nombre de ces livres ni dans l'Ancien, ni dans le Nouveau Testament, et supposé qu'il en fût question en quelque endroit, il resleFait encore à démontrer l'authenticité du livre et du passage où il en serait parlé ; par conséquent, le problème demeurerait toujours sans solution.
Pour plusieurs livres des deux Testaments, il est impossible d'en connaître les auteurs, ni de déterminer l'époque précise où ils furent écrits. « Car, comme le fait remarquer le célèbre Père Perrone (i), si tant de critiques modernes ont non-seulement mis en doute, mais nié même l'authenticité du Pentateuque comme ouvrage de Moïse, quoiqu'elle sÔit la
(1) La règle de foi, t. I, p. 158.
l'authenticité de la. bible et le protestantisme. 33
moins contestée, et qu'elle soit prouvée par de si solides raisons, que n'aurons-nous pas à dire des livres de Job, de Josué, des Juges, de Ruth, des Rois, des Paralipomènes et des autres? w
Peut-être cherchera-t-on une base, un appui en dehors de l'Ecriture pour en prouver l'authenticité et l'intégrité ; peut-être aura-t-on recours à l'autorité de la Synagogue et du peuple juif. Fort bien ; mais alors pourquoi refuser obstinément à l'Eglise catholique, à sa légion de saints et savants personnages, une autorité qu'on accorde si facilement à tant d'autres ?
De même comment prouver que les livres du Nouveau Testament sont bien l'œuvre de ceux dont ils portent les noms? Assez difficilement. Aussi, beaucoup de critiques modernes n'ont pas hésité à regarder comme apocryphes la seconde épître de saint Pierre^ celles de saint Jacques et de saint Jude, ainsi que l'Apocalypse. Il ne suffit pas que le nom d'un écrivain soit en tête d'un livre, pour qu'il en soit réellement l'auteur ; il peut y avoir été mis après coup. Ainsi presque tout le monde admet aujourd'hui que ce ne sont pas les évangclistes eux-mêmes qui ont intitulé leurs écrits : Evangile selon saint Matthieu, saint Marc, saint Luc ou saint Jean. Comment démontrer qu'ils sont véritablement authcnliques? Ce n'est pas chose si facile qu'on le pense généraleraent ; pour s'en assurer par soi-même, il faudra se condamner à des études sérieuses, à des recherches
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infinies, que la millième partie du genre humain n'est pas même capable d'entreprendre. Comment faire voir avec cette clarté qui est le fruit de la certitude, qui entraîne après elle la conviction et qui est absolument requise en pareille matière, comment faire voir qu'il n'y a pas eu interpolation ou corruption du texte primitif pendant une période de dix-huit siècles? Ce point offre encore plus de difficultés à résoudre que le précédent, et même je n'hésite pas à dire qu'il est impossible de démontrer clairement l'intégrité de tous les textes de l'Ecriture par les seules règles de la critique ordinaire. Pour nous, catholiques, qui croyons que toute la parole de Dieu, même écrite, a été confiée à la garde de l'Eglise infaillible de Jésus- Christ, pour être par elle conservée et propagée dans tous les lieux et dans tous les temps, nous demeurons parfaitement rassurés, car notre foi est assise sur le .roc immuable des promesses divines.. Mais je déclare bien ouvertement que si j'étais membre de quelque secte protestante, ma tranquillité ne serait pas aussi pai'faile ; je me demanderais et je demanderais à mes ministres si ce livre, si cette Bible qu'ils me présentent, est bien inspirée de Dieu et est en réalité la parole de Dieu. Je leur demanderais si ce volume contient toute, la parole de Dieu, ou bien seulement une partie ; si les livres qu'ils rejettent comme deutérocanoniques et non inspirés, ne seraient pas par hasard des livres aussi divins que les protocanoniques ; si cette Bible qu'on me doime n'a pas été falsifiée
•dans plusieurs de ses parties ; si beaucoup de textes n'ont pas été omis, altérés, ou conlrouvés. Voilà autant de questions fondamentales pour tous ceux qui n'admettent que la Bible comme leur règle de foi : questions très-épineuses, excessivement ardues, et dont la solution, abandonnée aux faibles ressources de la critique historique, doit nécessairement laisser dans l'âme de tous ceux qui s'en occupent les terribles anxiétés du doute.
Comment, en etîet, un protestant pourrait-il demeurer tranquille, comment pourrait-il avoir une ombre de certitude, lorsqu'il considère que son opinion personnelle est en contradiction avec celle de milliers de savants catholiques qui, humainement parlant, sont tout aussi capables de juger ces questions que les savants protestants ? Si du moins il y ^vait accord parfait entre ces derniers sur les parties constituantes de la Bible, sur les livres et les textes qui doivent en faire partie, ce serait une garantie humaine plus rassurante. Mais nous avons vu quelle diversité presque infinie d'opinions règne sur ces questions vitales, qui touchent à la base même de la fameuse Réforme du seizième siècle ; il suffit de les agiter, de les examiner un instant pour voir la fragilité du fondement sur lequel repose le protestantisme.
D'ailleurs, je le demande à tout homme de bonne foi, croit-on qu'il y ait beaucoup de méthodistes, de luthériens, de calvinistes, de quakers, de presbylériens, de baptistes et autres, qui se soient con-
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vaincus par leurs propres recherches, par des études consciencieuses et certainement pénibles, que fous les livres et les seuls livres de leur Bible, que tous les textes et les seuls textes de ces livres sont authentiques et renferment la pure parole de Dieu, telle que le Saint-Esprit a dû la dicter aux écrivains inspirés ? Sans vouloir amoindrir en rien les travaux et la science des membres des différentes dénominations protestantes, je n'hésite pas à dire qu'il en est peu, très-peu qui aient fait ces recherches fondamentales et qui aient exploré ce terrain hérissé de mille difficultés ; il y en a peut-être encore moins qui, ayant fait ces études sérieusement, en aient rapporté la conviction bien ferme de l'intégrité, de l'authenticité, de l'exactitude de la version, et de l'inspiration de chacun des livres de la Bible. Je laisse à la conscience de chacun à juger de la vérité •de ce que j'affirme en ce moment.
Mais comme on pourrait m'accuser de déprécier la science protestante et d'exagérer les difficultés de ces questions, j'emprunte les paroles des protestants eux-mêmes. Yoici ce qu'écrivait sur ce sujet le fameux Richard Buxter W : « Les chrétiens les plus instruits et les plus intelligents sont-ils capables de démontrer la vérité des Ecritures ? Bien plus, les membres du bas clergé le sont-ils ? » Et un peu plus loin il ajoute qu'il trouve étrange l'horreur qu'on a pour cette partie du papisme qui consiste à donner
(I) Tlie Sni7iU' everlasliiig rest.
pour base à notre foi l'autorité de l'Eglise, et cependant, dit-il, nous, comme la plupart des professeurs, nous nous contentons de la même espèce de foi ; la seule différence consiste en ce que les catholiques croient que l'Ecriture est la parole de Dieu, parce que tel est l'enseignement de leur Eglise, tandis que nous, nous croyons la mêuie chose, parce que notre Eglise ou nos chefs l'affirment.
Le Révérend Jeremiah Jones (2), traitant la même question, prétend 1° que la lâche d'établir l'autorité "■■ canonique des livres du Nouveau Testament est pleine de difficultés ; 2° que c'est un sujet d'une extrême importance ; 3" qu'un grand nombre de chrétiens ne sont pas en état d'articuler une seule raison pour justifier la croyance où ils sont que les livres du Nouveau Testament sont canoniques ; 4" qu'il existe peu d'ouvrages sur cette matière.
M. Scherer, célèbre docteur protestant de Genève, «'hésite pas à reconnaître qu'il n'y a qu'une Eglise infaillible qui puisse proposer à la foi du chrétien le canon des Ecritures. Yoici ses paroles : « A moins ,x d'attribuer, avec le catholicisme, une infaillibilité surnaturelle à l'Eglise, nous sommes obligés de reconnaître qu'elle a pu se tromper dans la constitution du canon, y faire entrer des livres qui ne méritaient pas cet honneur, en exclure d'autres qui l'eussent
(2) New and f vil method of setlling the canonical authority of the New Testament, 1ère édit., Oxford, 1827.
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mieux mcrilé. Il en résulte que tout chrétien protestant a le (Iroil, pour ne pas dire le devoir, de récuser l'autorité de l'Eglise à cet égard, de réviser son jugement, et, le cas échéant, d'y substituer le sien... Or quelles sont les conséquences de celte liberté que le protestantisme reconnaît implicitement au fidèle? Que la question decanonicité... qui forme un des éléments de l'aulorilé protestante, en matière de foi, est une question remise au jugemenl de chacun ; que la règle de l'autorité n'existe pas d'une manière objective et certaine ; que l'on peut différer à cet égard sans cesser d'être chrétien ; que chaque individu est appelé à se prononcer sur des matières au sujet desquelles les docteurs doutent et diffèrent ; que le plus simple des fidèles, avant d'être sûr de sa foi, doit résoudre des questions d'aulhenlicité et de canonicité, de critique et d'histoire ; bref, que l'article cardinal de la foi chrétienne, le principe même de l'autorité, et, par suite, de toute la religion qui repose sur cette autorité, repose lui-même sur le sable mouvant de recherches délicates, d'opérations littéraires incertaines, en un mot, d'études rarement favorisées de la lumière de l'évidence. En vérité, voilà une assiette bien solide pour la foi de l'Eglise ! Voilà une règle bien accessible à la masse du peuple chrétien ! » C^) Un catholique n'eût pas parlé autrement.
(1) La crîliqxieet la foi, p. 13 et 14.
Que ces questions soient difficiles, très-peu étudiées et au-dessus de la portée des intelligences ordinaires, c'est un fait que personne n'osera nier et qui n'est que trop connu de tous ceux qui s'occupent de ces matières.
Il est donc absolument impossible aux protestants 1° de constater l'inspiration des Saintes Ecritures ; 2° de déterminer quels sont les livres qui composent le canon des Ecritures ; 3° d'établir l'intégrité de ces livres et de tous les textes qui les composent ; 4° de. mettre ces pénibles recherches à la portée des intelligences ordinaires ; elles ne seront toujours l'apanage que d'un très-petit nombre.
AUTICLE QUATRIÈME.
Impossible à un protestant d'établir, comme articles de foir l'inspiration, rauthenlicité et l'intégrité des Livres Saints. — Nature du jugement que l'Eglise porte sur les Ecritures. — La démonstration catholique ne renferme pas de cercle vie ieux. — Wiseman. — Perrone.
Pour les protestants, la Bible est l'unique règle de foi ; ils rejettent la tradition divine. Cependant la foi divine doit nécessairement s'appuyer sur la parole de Dieu écrite ou traditionnelle.
Or il est impossible, comme nous l'avons vu, de démontrer par la Bible, l'intégrité, l'authenticité et l'inspiration de tous les Livres Saints et de chacune de leurs parties.
Donc, si ces points peuvent et doivent être établis^ comme articles de foi, il ne reste d'autre ressource^ pour arriver à ce résultat, que de chercher un appui, une base dans la parole de Dieu traditionnelle.
Or nos adversaires ne^^l'admeltent pas comme faisant autorité, si ce n'est peut-être certaines sectes^ en tant qu'elle leur paraît conforme à l'Ecriture.
Donc ils n'ont aucun moyen d'établir comme articles de foi divine les points ci-dessus mentionnés. En d'autres termes : tout article de foi divine doit s'appuyer sur la parole de Dieu.
Or, les protestants prétendent que la parole de Dieu est contenue seulement dans l'Ecriture, et TEcriture ne suffit pas pour démontrer l'inspiration, l'authenticité et l'intégrité des livres qui la composent.
Donc, impossible pour un protestant d'établir ces trois points comme articles de foi divine.
Mais si uos adversaires ne peuvent établir que les Ecritures soient inspirées et authentiques, impossible pour eux de faire un acte de foi divine sur ce qui y est contenu ; impossible d'en déduire un article de foi : ce serait donner plus d'extension à la conséquence qu'aux prémisses.
Dans les premiers siècles du christianisme, certains docteurs et même certaines Eglises particulières admettaient dans le canon des Ecritures le Pasteur d'Hermas, Vépître de saint Barnabe, etc. ; cependant il leur restait quelque doute sur leur canonicité. Auraient-ils pu déduire de ces écrits douteusement inspirés des articles de foi? Non, certainement ; car pour tirer une conclusion certaine, irréfragable, il faut avoir des prémisses certaines, irréfragables ; si la base est ruineuse, l'édifice le sera également.
Mais, répliquent nos adversaires, s'il appartient à l'Eglise seule de déterminer la canonicité et l'inspiration des Ecritures, il s'ensuit que l'Eglise a une plus grande autorité que l'Ecriture. En effet, l'autorité du juge est plus grande que celle de l'individu qui est jugé. Or l'Eglise, dans ce cas, porte son jugement sur l'Ecriture, et par là même elle lui donne l'auto-