LA. DÉMONSTRATION CATHOLIQUE
autorisée d'un éminent théologien, d'un homme qui a vieilli dans les études sérieuses, du R. P. Perrone, l'une des gloires du Collège Romain et de la Compagnie de Jésus Cl). « Notre point de départ, dit -il, c'est l'établissement de l'Eglise d'abord promis par Notre divin Sauveur, puis inauguré solennellement par la descente visible de l'Esprit-Saint sur les Apôtres réunis dans le cénacle. A peine l'Eglise est-elle établie de cette manière, qu'elle ouvre sa carrière par la prédication, par l'administration des sacrements, par l'exercice du culte, pour ne l'achever qu'à la fin des siècles. Comme un courant électrique qui se communique à tout un cercle de personnes assemblées, elle s'étend avec la rapidité de la foudre parmi les peuples voisins et jusqu'aux nations les plus lointaines. Ou la voit dès ses commencements se partager en deux classes, l'une chargée d'enseigner, l'autre astreinte à recevoir l'enseignement de la première. Or, en tant qu'enseignante, cette Eglise a dû obtenir avant tout de ceux qu'elle voulait attirer à elle du judaïsme ou de la gentilité, pour les recevoir dans son sein, la foi à sa mission divine, c'est-à-dire à la mission que Dieu lui avait confiée de convertir le monde : ce qu'elle fit par les miracles, par les prophéties et par toute autre sorte de faits surnaturels, appelés motifs de crédibilité. Sans les preuves manifestes de cette mission divine, on n'aurait pas pu
(1) Perrone, La règle de/oi, t. II, p. 85-89.
ajouter foi à sa prédication, quelque auguste qu'en fût la source, et admettre avec certitude les articles de croyance (jui en faisaient l'objet.
« Que si la foi à la divinité de la mission des Apôtres ou de l'Eglise enseignante était, comme cela €st évident, le premier pas à faire, la première condition sans laquelle il eût été inutile d'entrer dans le détail des vérités enseignées ; d'un autre côté, cette condition remplie, cette foi établie de manière à écarter tout doute, tout le reste suivait et découlait de lui-même. Car du moment où il était prouvé, et prouvé évidemment, que celui qui se présentait aux peuples pour leur enseigner une nouvelle doctrine avait reçu à cet effet sa mission de Dieu, il s'ensuivait que ces peuples devaient avoir une confiance sans bornes dans ce divin envoyé, et admettre avec une foi entière tout ce qu'il leur annonçait sous une telle recommandation. Or, cette confiance, cette foi pleine et entière, n'est possible qu'autant qu'on se tient assuré que cet envoyé divin, dans ce qu'il propose à croire de la part de Dieu et comme révélé de Dieu pour arriver au salut, ne peut ni se tromper lui-même ni tromper les autres, en donnant une fausseté pour une vérité révélée de Dieu. Et c'est ainsi que le don ou le privilège d'infaillibilité en matière de foi est inhérent, intrinsèque et identique, pour ainsi dire à la divine mission donnée solennellement par Dieu à son Eglise.
« Forte de cette mission divine et de la prérogative