‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 29 sur 106 · LES OBSCURITÉS · texte numérisé non relu

LES OBSCURITÉS

même son interprète le plus sur elle plus clair, et en même temps le plus intelligible, qu'elle prouve tout à tout le monde, qu'elle juge tout et illumine tout». Ailleurs il dit : « Yoici ce que j'affirme de l'Ecriture entière : je n'approuve pas qu'on la dise obscure dans aucune de ses parties» (^). Plus loin, il ajoute encore : « Les chrétiens doivent tenir avant tout pour certain et indubitable, que les Saintes Ecritures sont une lumière spirituelle beaucoup plus claire que le soleil lui-même ».

Rapprochons ces paroles si explicites de ces autres du même Luther (2), et nous verrons comment, vrai caméléon en fait de doctrines, il savait modifier ses opinions d'un jour à l'autre. «Approfondir, disaiit-il, le sens des divines Ecritures est chose impossible ; nous ne pouvons qu'en effleurer la superficie ; en comprendre le sens serait merveille. A peine nous èst-il donné d'en sa voir l'alphabet. Que les théologiens disent et fassent tout ce qu'ils voudront : pénétrer le mystère de la parole divine, sera toujours une entreprise au-dessus de notre intelligence » (^).

Ces aveux que l'évidence même arrachait parfois à Luther et aux autres chefs de la Réforme, se trouvent clairement confirmés et par l'Ecriture elle-même et par tous les écrivains subséquents.

Saint Pierre, le prince des Apôtres, déclare nelte-

(1) Prxf. assert, art. à Leone Pontifice damnatî.

(2) Voyez Audin, Histoire de la vie d« Luther, t. II, p. 339.

(3) Voyez Perrone, Règle de foi, t. I, p. 249.

ment qu'il y a dans les lettres de saint Paul a quelques endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et légers détournent à de mauvais sens, aussi bien que les autres Ecritures, pour leur propre perte » (i).

L'eunuque de la reine d'Ethiopie, qui lisait le prophète Isaïe pendant le voyage, avoue au diacre Philippe qu'il ne saurait comprendre le sens de ces prédictions, si personne ne le lui explique (2). — Notre Seigneur lui-même est obligé d'expliquer les Ecritures à ses disciples qui se rendaient à Emmaûs ; il leur ■dit qu'ils n'ont pas compris les Prophètes C^).

Tous les Pères de l'Eglise, ces infatigables défenseurs de la vérité révélée, ces gardiens fidèles, ces apôlres de la science sacrée, ont reconnu les mêmes difficultés dans l'interprétation des Saintes Ecritures ; ceux là mêmes qui ont le plus savamment commenté les Livres Saints, ont été les premiers à proclamer qu'ils sont obscurs en beaucoup d'endroits.

C'est ainsi que Clément d'Alexandrie affirme que « ni les Prophètes, ni le Sauveur lui-même, n'ont exprimé les mystères divins d'une manière si commune et si ordinaire que le premier venu puisse facilement les comprendre », et il ajoute « qu'il faut en demander l'interprétation à ceux qui l'ont reçue de Jésus-Christ et qui la conservent « W.

(1) II Petr. III, 16.

(2) Act. VIII, 31.

(3) Luo. XXIV, 25-27.

<4) Strom. 1. VI.

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