‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 30 sur 106 · LES OBSCURITÉS · texte numérisé non relu

LES OBSCURITÉS

Origène écrit que « plusieurs hommes, remplis de zèle, sont parvenus, à force de travaux, à comprendre l'Ecriture, bien qu'en beaucoup d'endroits elle soit obscure» (i).

Saint Jérôme se plaint de ce que l'Ecriture Sainte est tissue de difficultés, et spécialement les Prophètes, qui sont remplis d'énigmes» C2).

Dans son épîlre à Algas, il écrit encore : « Toute l'épître de saint Paul aux Romains est enveloppée d'obscurités excessives, et ne peut être comprise qu'avec le secours de l'Esprit-Saint qui l'a dictée à l'Apôtre ».

Dans sa cinquième épître à sainte Paule, il ajoute : « Les Apôtres Pierre, Jacques, Jean et Jude ont écrit sept épîlres tellement mystiques, qu'il est bien rare de trouver quelqu'un qui puisse les interpréter sans commettre quelque erreur. L'Apocalypse de saint .Jean renferme autant de mystères que de paroles •».

Après ce témoignage d'un Docteur aussi érudit que l'était saint Jérôme, aussi familier que lui avec le grec et l'hébreu, aussi versé dans la connaissance des Saintes Lettres, qui a consumé sa vie toute entière à les étudier et à les commenter, comment pourrionsnous, avec l'audace d'un Luther, d'un Mosheim et autres, affirmer que les Ecritures sont claires comme le soleil, et que chaque fidèle peut et doit les lire et en extraire son symbole de foi ? Véritablement, c'est

(1) Cont. Ceh. 1. IV, n. 2.

(2) In crij). 3 Nahum,

pousser beaucoup trop loin l'esprit de système. En effet, quiconque a étudié la Bible un peu sérieusement, doit être mille fois convaincu de la vérité des paroles de saint Jérôme.

Saint Augustin (i) n'est pas moins explicite sur ce sujet dans son ouvrage sur la Doctrine chrétienne.

Mais écoutons un instant l'oracle de Lérins, saint Vincent (2)^ qui atteste que, « vu la profondeur de l'Ecriture, tous les hommes ne peuvent en tirer le même sens : une personne interprète les oracles divins d'une manière, une autre, d'une manière tout à fait différente, tellement que d'une môme source il semble qu'on puisse tirer autant d'opinions qu'il y a de têtes : autre est l'interprétation de Novatien, autre, celle de Sabellius, autres, celles de Donat, d'Arius, d'Eunomius, de Macédonius, de Photin, d'Apollinaire, de Priscillien, de Jovinien, de Pelage, de Célestius, et enfin de Nestorius. C'est pourquoi il est extrêmement nécessaire, à cause des nombreux replis de l'erreur, que l'interprétation des écrits des Prophètes et des Apôtres soit dirigée parles décisions de la tradition ecclésiastique w. C'est pourquoi il veut que « l'on garde avec le plus grand soin ce qui a été cru dans tous les lieux, dans tous les temps et par tous les fidèles».

Et comme si cela ne suffisait pas pour rendre toute sa pensée, il ajoute que « le propre du catholique et

(1) De doct. christ. \. II, c. 6.

(2) Commonitorium , c. 2.

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