LA BIBLE AVANT
sance et dans un état voisin du néant, pourra-t-elle scruter les sublimes profondeurs et dissiper les incontestables obscurités de la Sainte Ecriture ? Je laisse la solution de cette difficulté — si elle est possible — à ceux qui se font gloire de professer les doctrines du grand réformateur saxon.
Abordons maintenant la question de plus près, et démontrons que le jugement privé ou le libre examen ne peut être l'interprète divinement constitué des Saintes Ecritures, où chacun devrait aller puiser sa foi : en d'autres termes, le libre examen ne peut pas être la règle prochaine de notre foi.
En effet, Jésus-Christ n'a pas dû donner comme règle de foi un moyen qui n'a jamais pu, qui ne peut pas encore, et qui ne pourra jamais être employé par la plus grande partie du genre humain, un moyen qui, non seulement à cause de la malice et de la faiblesse des hommes, mais de sa nature même, est destiné à enfanter les opinions les plus saugrenues, les plus contradictoires, et qui n'a produit et ne produit encore que la division et le désordre.
Or tels sont les caractères de la règle de foi protestante, tels sont les résultats bien connus et inévitables de l'examen privé, de la libre interprétation des Ecritures.
Un simple coup-d'œil suffira pour constater la vérité de cette affirmation.
En effet 1" Comment aurait-on pu se servir de ce moyen dans les quinze siècles qui ont précédé l'in-
l'invention de l'imprimerie. 71
vention de l'imprimerie ? Le canon complet des Livres Saints n'a été terminé qu'environ soixante ans après la mort de Jésus-Christ, et par conséquent personne ne pouvait scruter au moins les livres qui n'étaient pas écrits jusque-là. Comment oserait-on maintenant nier que ces premiers fidèles fussent de bons et parfaits chrétiens, plus parfaits môme que ceux de nos jours, eux dont l'Ecriture affirme qu'ils ne faisaient qu'un cœur et qu'une âme, qu'ils persévéraient dans la prière, dans la fraction du pain, dans les aumônes et autres œuvres de charité ? Ils étaient donc chrétiens sans les Ecritures, sans avoir jamais appliqué les forces de leur raison individuelle à en comprendre le sens. Oui, ils étaient parfaits chrétiens par la prédication des Apôtres et de leurs successeurs, en d'autres termes, par l'Eglise enseignante que Jésus-Christ s'était substituée ici-bas avant de faire sa glorieuse ascension au ciel.
Il ne faut pas s'imaginer qu'après la mort des Apôtres, les Ecritures furent de suite réunies en un volume que chacun avait en sa possession ; ce serait une grave erreur. Certaines Eglises particulières ne les acquirent môme que longtemps après leur publication ; d'autres y mêlaient certains écrits apocryphes ou profanes, tels que les différents évangiles et apocalypses, qui ne sont certainement ni divins, ni authentiques, et les épîtres de saint Clément Romain, de saint Barnabe, le Pasteur d'Hermas, qui sont bien authentiques, mais non inspirés ; d'autres enfin n'ad-