‹ La Sainte Écriture et la règle de foiChapitre 36 sur 106 · LÀ BIBLE AVANT · texte numérisé non relu

LÀ BIBLE AVANT

mettaient dans leur canon qu'une partie des Livres Saints, parce qu'ils doutaient quelque peu de l'inspiration des autres. Ce n'est qu'à la fin du quatrième siècle que la question fut clairement résolue, lorsque le concile d'Hippone (393) et le troisième concile de Carthage (397) admirent dans leur canon tous les livres que le concile de Trente y a inclus et que nous avons encore. Le Pape Innocent I, saint Augustin, saint Gélase I et autres énumérèrent aussi les mêmes écrits que les conciles d'Hippone et de Carthage. Pense-t-on véritablement que pendant cette période des grandes persécutions, où tant de fidèles soutinrent le martyre pour la foi, pense-t-on qu'il n'y avait pas de bons et fervents chrétiens ? Et s'il y en avait, l'éiaient-ils devenus par le moyen d» la Bible, que possédaient à peine les Eglises particulières ? Non, assurément ; et comme le fait si bien observer l'illustre évêque de Châlons, Monseigneur Meignan, « il y avait longtemps que les disciples de Jésus-Christ récitaient le Pater, lorsque ce divin formulaire fut écrit ; il y avait longtemps que les Apôtres baptisaient au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, quand ces paroles sacramentelles furent déposée? dans un livre ; il y avait longtemps que les hommes apostoliques prêchaient, gouvernaient au nom du Christ, et que l'Eglise en un mot était constituée, lorsque nos Evangiles furent rédigés et publiés. » (p. 126).

Je pourrais ajouter : il y avait longtemps que l'Eglise remplissait le monde entier de sa gloire et

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de ses triomphes, que sa foi était scellée du sang de milliers de martyrs, lorsque l'on en vint à un accord paifait sur les livres à admettre dans le canon des Ecritures. Saint Irénée, qui vivait vers la fin du deuxième siècle, nous parle des chrétiens répandus dans les Gaules, dans la Germanie, chez les Sarmates, etc., et nous affirme qu'ils n'avaient pas les Saints Livres en leur possession.

Plus tard et pendant tout le moyen-âge, on con- Imua à lire dans l'église, tous les dimanches et féte-^ des extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament, et a les commenter, comme cela se pratique encore'de nos jours. Mais il y a loin de là à croire que chaque fidèle avait sa bible, la lisait, l'interprétait à sa guise et en extrayait son symbole de foi. Au reste, quel eut été le nombre des fortunés mortels assez riches pour se faire copier soigneusement toute la Bible ? Accoutumés que nous sommes à avoir les livres à des prix très-modiques, nous sommes portés à croire qu'il en était ainsi avant le quinzième siècle ; mais en cela nous nous trompons gravement. On trouvait des bibles dans les écoles épiscopales, dans les églises, dans les monastères surtout, où les religieux s'occupaient à les copier, et chez quelques riches particuliers : ailleurs on en rencontrait fort peu.

Supposons même qu'il eût été possible à tous d'en avoir, combien auraient été en état d'en profiler ? Bien peu sans doute. L'instruction élémentaire et secondaire n'était pas chose ordinaire, comme à notre

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époque ; fort minime était le nombre de ceux qui avaient assez étudié pour pouvoir lire la Bible et y comprendre quelque chose. C'est aussi ce qu'affirme l'historien Macaulay, lorsqu'il écrit : « Il n'y avait «lors (au douzième et au treizième siècle), dans la plus grande partie de l'Europe, que très-peu d'instruction et ce peu était confiné dans les rangs du clergé. Pas un homme sur cinq cents n'eut été en état de comprendre superficiellement un psaume. Les livres étaient rares et coûteux. L'art de l'imprimerie élaitinconnu. Des copies de la Bible, inférieures en beauté et en netteté à celles que tout paysan peut maintenant se procurer, se vendaient à des prix qui dépassaient les moyens pécuniaires d'un grand nombre de prêtres. 11 était naturellement impossible aux laïques de faire l'acquisition des Ecritures pour euxmêmes « (0,

On acquérait autrefois la connaissance de la religion, non pas en feuilletant les Livres Saints, mais par tradition, par enseignement oral, absolument comme nos paysans, qui ne savent pas lire, apprennent encore leurs prières et leur catéchisme ; et leur science religieuse n'était peut-être ni moins vaste, ni moins solide que celle de nos modernes demi-savants. Il n'y a probablement pas d'exagération à affirmer que les neuf-dixièmes de la population n'étaient pas en état de lire matériellement les manuscrits de la

(1) Uistory of England, c. 1.

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