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LES CONTRADICTIONS

Dieu et la clarté si lumineuse de la Bible : sixième contradiction.

Si les protestants étaient logiques, s'ils étaient persuadés de la vérité de leur principe fondamental, toute leur propagande religieuse devrait se réduire à un immense colportage de Bibles ; les prédicateurs devraient disparaître complètement pour faire place aux colporteurs.

Il est vrai que ces derniers pourraient être embarassés, si, distribuant leurs Bibles comme livres divins et inspirés, on leur demandait . « Mais qui vous a dit que ces livres contiennent la parole de Dieu? Cette Bible vous est-elle tombée du ciel? On dit que les originaux ont été écrits en hébreu, en syro-chaldéen, en grec ; êtes-vous bien certains que le volume que vous me présentez renferme tous les livres inspirés et en est une version fidèle? Ne seraitce pas par hasard un livre purement profane au lieu d'un livre divin ? Pourquoi le Common Prayer Book ouïe livre de Vlmitation de Jésus-Christ ne serait-il pas inspiré ? Pourquoi rejetez-vous les livres deutéro-canoniques de l'Ancien Testament, l'évangile de Nicodème, l'apocalypse de saint Pierre, les épîtres de saint Clément et de saint Barnabe ? On a dû avoir des raisons d'y inclure les uns, et d'en exclure les autres, m

Il ne faut pas d'ailleurs un grand effort de réflexion pour découvrir que le colportage des Bibles n'est pas le mode d'apostolat choisi par Jésus-Christ, exercé

par les Apôtres et leurs successeurs. Avant Luther, la chose était moralement impossible ; depuis cette époque elle est devenue plus facile, mais elle ne peut pas, évidemment, avoir changé l'institution divine du ministère apostolique.

Les sociétés bibliques, établies en Angleterre et en Allemagne, au commencement de notre siècle, ont fait distribuer une énorme quantité de Bibles dans toutes les langues et sur toutes les plages du monde connu. Elles comptent le nombre des conversions par celui des Bibles distribuées ; il faut bien reconnaître que ce calcul est plus chimérique que réel, plus fondé sur le désir ardent que sur les faits. Dans l'avant-dernière réunion de la Société Biblique, tenue à Québec (1872), un révérend orateur crut devoir faire un éloge tout spécial d'un individu qui avait colporté trente mille Bibles (^) ; mais je doute fort qu'avec ce nombre prodigieux de volumes il ait opéré trente conversions sincèi es au protestantisme, tandis que saint François-Xavier, avec une seule Bible et son ministère vraiment apostolique, convertit des milhons de barbares à la foi catholique. Il est bien constaté maintenant que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes au moins de ceux qui reçoivent de ces Bibles, ou ne peuvent pas les lire, ou n'y comprennent rien, ou ne se donnent pas la peine de les lire, ou ne les lisent que par pure curiosité, ou enfin leur

(1) Morning Chronicle de Québec, 15 février, 1872. Discours du Rév. Banoroft.

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