LES SOCIÉTÉS BIBLIQUES
font subir le supplice du feu comme à une marchandise avariée. Qu'on cesse donc de prôner les bienfaits de cette société biblique et les conversions qu'elle a opérées : aucune personne sérieuse ne se laissera prendre à ces phrases sonores qui ne s'appuient sur rien.
CUAPITRE IV.
Ce que pensent les catholiques de la lecture de la Bible. — Leur respect pour ce livre divin est plus profond et plus sincère que celui des protestants. — Nul précepte de lire la Bible. — L'Eglise et la lecture de la Bible en langue vulgaire. — Nécessité d'un interprète infaillible de la Bible. — Wiseman : ce qu'a fait l'Eglise catholique pour conserver la Bible intacte.
1" Les catholiques croient que la Bible renferme la parole de Dieu. C'est pourquoi ils sont pénétrés d'un profond respect pour cette divine parole. Lorsqu'on lit le saint Evangile à l'Eglise, tout le peuple se tient debout, et fait le signe de la croix sur le front, sur la bouche et sur le cœur, pour montrer qu'il ne veut pas en rougir, qu'il veut le professer ouvertement et l'aimer ; puis le prêtre baise le texte même.
L'Eglise fait un devoir à tous ceux qui sont dans les ordres sacrés de réciter tous les jours le Bréviaire, qui n'est composé en grande partie que d'Ecriture Sainte. C'est cette vénération extrômequ'elle a toujours eue pour les Livres Saints, qui fait qu'elle lésa conservés avec tant de soin, qu'elle les a préservés de toute altération et de toute interprétation erronée, contrairement à la manière d'agir des protestants qui en ont rejeté une partie, qui ont mutilé les autres et
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qui en ont faussé le sens naturel et évident de la façon la plus désastreuse. Que de variations étranges, que d'opinions arbitraires, au sujet des Saintes Ecritures, depuis Luther qui appelait Tépître de saint Jacques une épilre de paille, jusqu'à nos rationalistes modernes qui nient la divinité, l'authenticité ou la véracité de tous les Livres Saints ! Que le lecteur veuille bien juger qui a professé et qui professe encore plus de respect pour la Bible, ou des protestants, ou des catholiques, ou de ceux qui n'en ont plus que des lambeaux épars, ou de ceux qui l'ont conservée intacte.
2° La Bible a pour les catholiques une autorité divine. Aucun catholique n'a encore songé à nier que les Saintes Ecritures fussent la parole de Dieu ; chez nous, personne n'a le droit de rejeter tels livres ou tels textes de la Bible, qui ne lui plaisent pas ou qui ne vont pas à ses idées. Non ; l'uniformité la plus universelle et la plus constante se retrouve sur ce point comme sur tous les autres ; on regarderait comme coupable de profanation et d'impiété celui qui oserait d'une main sacrilège lacérer la moindre partie de ce livre céleste. Les protestants n'en pourraient pas dire autant; le premier venu, armé des ciseaux d'une critique boiteuse, ou guidé par la passion, le caprice, ou une raison dévergondée, taille à droite et à gauche, commente à sa manière et surtout retranche en maints endroits ; on croirait véritablement voir un professeur de littérature occupé à élaguer de la
composition de son jeune élève les digressions inutiles, les longues périphrases, les expressions ampoulées et de mauvais goùl; c'est ainsi que l'on traite l'œuvre de Dieu. Un jour on avait surpris Luther traduisant ces paroles de l'Ecriture : justificari homineni per fidem par : l'homme est justifié par la foi seule. Pour toute justification de son audacieuse témérité, il fit cette réponse outrecuidante : «Votre papiste prétend faire beaucoup de bruit de cette addition du mot sala ; répondez-lui : le Docteur Martin Luther veut que cela soit ainsi, et il dit qu'un papiste et un âne sont la même chose ; Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntasl Nous ne voulons pas être les disciples des papistes qui regardent comme un péché de falsifier l'Ecriture, mais de leur maître, (0 etc. » Quel langage édifiant pour un chef de religion !
Les catholiques se servent à chaque instant des Livres Saints. Nos prédicateurs commentent invariablement dans leurs instructions quelques textes de l'Ecriture et en font jaillir des pensées lumineuses et salutaires pour le peuple qu'ils veulent diriger. Toutes les thèses de la théologie dogmatique et morale, bien qu'appuyées sur renseignement constant de l'Eglise, reposent généralement aussi sur des passages de la Bible. Qu'on ne vienne donc plus nous accuser d'amoindrir l'autorité des Ecrituies, ou de les regarder comme inutiles.
(1) DôUinger, La Ré/orme, t. III, p. 148
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3° Nous croyons et enseignons toutefois que la lecture de la Bible n'est nullement nécessaire à tous les fidèles pour opérer leur salut 0). Il n'est question ici que des simples fidèles, et non pas des pasteurs de l'Eglise qui doivent être les gardiens de la science sacrée ; la lecture et la méditation des Saintes Ecritures leur sont fréquemment recommandées. Mais pour les fidèles, d'où cette nécessité de lire la Bible tirerait-elle son origine ? Serait-ce de la nature même des Livres Saints ? Evidemment non ; car à toutes les époques de l'histoire du monde, même pendant les siècles qui précédèrent l'existence de la Genèse, les hommes purent se sauver sans la lecture de la Bible. Osera-t-on dire que, même depuis que le canon des Ecritures a été complété, il n'y ait un grand nombre de personnes ignorantes qui se soient sanctifiées, sans avoir cependant jamais vu un seul exempinire du Livre sacré ? Il serait ridicule de prétendre pareille chose, puisque, d'après le témoignage de saint Irénée, beaucoup de chrétiens barbares et ignorants, professaient, sans le secours des Ecritures, la véritable foi et y conformaient leur conduite. — Dira-t-on que la piété, la foi, la sainteté ne peuvent ni se maintenir, ni progresser sans le secours de la Bible ? Mais la foi vient par l'audition [fides ex auditu) ; et que de moyens les fidèles n'onlils pas de connaître leur foi, instructions, exhortations, sermons, livres ascétiques, etc. !
(l) Perrone, Pralect. theolog. vol. II, part. II, p. 217-228.
N'y aurait-il pas du moins quc|,que précepte divin ou ecclésiastique qui astreigne les fidèles à la lecture du texte sacré? Aucun; et je n'en veux d'autre preuve que l'impossibilité oiî ont été réduits nos adversaires d'en produire un seul, quoiqu'on les ait bien souvent sommés de le faire. Nous voyons bien que quelques Pères conseillent parfois délire la Bible ; mais nulle part ils n'insinuent un précepte quelconque ; souvent même ils excluent manifestement la nécessité des Ecritures. Les conciles sont encore plus explicites sur ce point ; on voit, en effet, qu'ils en ont, en certaines circonstances, défendu la lecture en langue vulgaire : tels sont, entre autres, les conciles de Narbonne, de Toulouse, de Cambrai, de MalineSj etc.
4° L'Eglise et les Souverains Pontifes n'ont jamais prohibé aux fidèles d'une manière générale la lecture de la Bible en langue vulgaire, mais ils l'ont tantôt désapprouvée, tantôt approuvée, suivant les circonstances des temps, des lieux ou des personnes, et pour la plus grande utilité du peuple chrétien. C'est là une question disciplinaire, qui est par conséquent variable. Jusqu'au moyen-âge les Saintes Ecritures, traduites en langue vulgaire, étaient laissées entre les mains des personneîT capables de les lire. Mais comme à cette époque (XIIl" siècle), et surtout à l'origine du protestantisme, l'hérésie cemmençait à corrompre la parole de Dieu, à en fausser le texte et le sens suivant le caprice du moment, et à proclamer la nécessité
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absolue de la lire, le Pape Pie IV, voulant remédier à un désordre si funeste, donna la quatrième règle de l'Index par laquelle il défendit sous des peines sévères la lecture de la Bible en langue vulgaire ; toutefois cette défense ne s'étendit jamais à tous les fidèles indifféremment, puisque le Pape laissa à l'évêque ou à l'inquisiteur à juger de l'utilité ou des inconvénients de cette lecture dans les différents cas. Comme il y eut abus dans la concession de ce privilège, Clément YIII restreignit à la S. Congrégation de l'Index le pouvoir de l'octroyer.
Mais toutes les fois que la lecture de la Bible en langue vulgaire a paru utile, les Souverains Pontifes, loin de la réprouver, l'ont fortement encouragée. Naturellement ils avaient toujours le soin de s'assurer de l'exactitude des versions et de l'addition de notes convenables aux endroits les plus difficiles. Ils ont donné leur approbation ou leur encouragement aux diflérenlea traductions qui ont été faites de l'Ecriture en allemand, par d'Allioli, en italien, par Martini, en espagnol, par le P. Scio, en français, par Glaire, en polonais, par Wich, etc. C'est dans la lettre qu'il écrivit concernant la version de l'archevêque de Florence, Martini, que le Pape Pie YI disait en parlant des Saints Livres: «Telles sont les- sources abondantes qui doivent être ouvertes à cAacun pour y puiser la sainteté de la morale et de la doctrine, etc» . Avant même que le nom de protestant fût connu en Europe, on avait déjà publié plusieurs centaines d'édi-
lions (le la Bible ; dans toutes les parties de l'Europe catholique elles circulaient en toute liberté ; enfin, il en existait déjà environ deux cents versions en langue vulgaire. De tout ceci il est facile de conclure que l'Eglise et les Papes n'ont jamais défendu, d'une manière générale et absolue, la lecture de la Bible, mais seulement dans des circonstances particulières où la prudence etle bien spirituel des fidèles l'exigeaient. (i) 5" Jésus-Christ, en permettant qu'une partie de sa doctrine fût consignée dans un livre, ne l'a pas livrée aux disputes, aux passions, aux préjugés et à l'ignorance des hommes, sans établir un tribunal suprême qui pût et dût dirimer les controverses inévitables en pareille matière : ce tribunal, c'est l'Eglise enseignante qu'il a lui-même fondée et qu'il a chargée d'enseigner, de garder et de propager toute sa doctrine, écrite ou non écrite, sans aucune distinction. Chaque fois donc que la doctrine est attaquée, et que l'erreur menace d'altérer le dépôt de la foi qui lui a été confié, elle parle, elle repousse l'erreur avec une énergie divine et affirme la vérité pure et simple ; elle éclaircit les difficultés biblique?, elle définit le sens précis de certains textes et toujours elle fait main basse sur les fausses interprétations. Les sentences rendues par l'Eglise doivent être reçues avec soumission et respect, comme étant l'expression de l'infaillible vérité qui a dit : « Celui qui vous écoute, m'écoute,
(1) Voyez Perrono, Prselectionea theologicœ, vol. II, p. II, p. 229, etc., Rome, 1842.
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et celui qui vous méprise, me méprise. » — « Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit regardé comme un païen et un publicain. »
Il convenait d'ailleurs qu'il en fût ainsi, si le divin Législateur voulait conserver à son œuvre le caractère d'unité et d'immutabilité qui lui est essentiel. De même qu'un code de lois humaines, quelque clair qu'il soit, n'est jamais abandonné à la libre interprétation de chacun, mais qu'il y a toujours des magistrats et des tribunaux chargés de décider les contestations qui s'élèvent sur le sens de ces lois, de même aussi le Législateur suprême ne pouvait manquer de mettre un frein au dévergondage de l'esprit humain, toujours disposé à adapter tout, même les lois divines, aux caprices, aux passions, aux besoins du moment.
Qu'on ne nous dise pas cependant, que nous met- ,tons par là l'autorité de l'Eglise au-dessus de celle de l'Ecriture ou de la parole de Dieu. Nullement ; en agissant ainsi, nous ne faisons que préférer Vinterprétation que VEglise nous donne de la parole de Dieu écrite, à rintery ré talion que nous en donnerions nous-mêmes. En cela, nous montrons moins de présomption que les protestants, qui préfèrent leur interprétation privée à celle de l'Eglise, à celle de tous les catholiques réunis, et même à celle de tous les réformés qui ne pensent pas comme eux. Pour nous, l'Eglise est une autorité divine et toujours vivante, qui juge du sens de la parole de Dieu écrite ;
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nous ne plaçons donc pas l'autorité de l'homme au-dessus de celle de Dieu. Quand un juge donne une interprétation d'une loi un peu obscure, personne n'est assez sot pour croire que le juge revêt par là même une autorité supérieure à celle de la reine ou du parlement qui a porté cette loi.
6° Cette sollicitude extrême que l'Eglise manifeste pour les Ecritures s'explique facilement. Comme elle est iutimement convaincue que les Livres Saints contiennent la parole de Dieu aux hommes, que ces mêmes Livres sont confiés à sa garde et que la perversité humaine peut facilement en corrompre et la lettre et l'esprit, elle veille sur eux avec toute la sollicitude d'une mère sur le berceau de son enfant; elle écarte les téméraires qui voudraient porter une main sacrilège sur le précieux dépôt qu'elle a reçu de Dieu ; elle empêche que l'or pur de la parole divine ne soit changé en un vil métal ; en un mot, elle use d'un droit incontestable, en même temps qu'elle remplit vis-à-vis de l'humanilé le plus impérieux de tous les devoirs.
Avant de sortir de cet important sujet, je veux rapporter les belles paroles du Cardinal Wiseman, de cet homme si éminent, dont les catholiques d'Angleterre et du monde entier déploreront longtemps la perte. Cette citation est un peu longue, mais elle complète si bien la question que je traite actuellement qu'on me saura gré, j'en suis sûr, de ne l'avoir pas omise. « On dit et l'on répète que les catholiques
n'aiment pas l'Ecrilure sainte ; que leur Eglise n'aime pas la parole de Dieu, qu'elle voudrait pouvoir la supprimer et metlre la lumière divine sous le boisseau pour l'éteindre. L'Eglise catholique n'a ni amour, ni estime pour la parole de Dieu ! Est-il une autre Eglise qui place plus haut l'autorité des Ecriture ? Est-il une autre Eglise qui, comme la nôtre, établisse la règle qu'elle veut imposer aux hommes sur les paroles mêmes de ce livre sacré ; et, par conséquent, est-il une Eglise qui ait un intérêt aussi grand à conserver et à enseigner cette parole ? Ceux qui ont été élevés dans la religion catholique le savent ; en effet, c'est, les Saintes Ecritures à la main, que l'Eglise réclame cette autorité, précieux et divin legs de son fondateur. Aussi non-seulement elle a aimé, elle a chéri l'Ecriture, mais elle s'est montrée jalouse de la sainte intégrité du livre de Dieu, à un point que n'a jamais pu atteindre le zèle des autres communions
chrétiennes
«Et d'abord, c'est elle qui a recueilli les divers fragments des auteurs inspirés et qui les a réunis de manière à en former un ensemble. A ceux qui diraient le contraire je répondrais que le principe de l'unité catholique a seul pu amener les diverses Eglises à se communiquer les livres et les lettres adressées à chacune d'elles par les Apôtres, et que c'est seulement grâce à cette communication que le canon des Ecritures a été formé. Puis n'est-ce point elle encore qui a employé les copistes par centaines, par milliers.